CHAPITRE IV PHYSIOLOGIE
Issus des capillaires sanguins par diapédèse, les leucocytes
que l’on rencontre dans les maillés du derme et même entre les
cellules de l’épiderme et des épithéliums, après avoir cheminé dans les lacunes lyÿmphatiques, aboutissent aux radicules puis
aux capillaires !ymphatiques: ces capillaires font l'office de drains ramenant dans la circulation sanguine les cellules et aussi le plasma qui ont servi aux échanges nutritifs. Sur ce trajet de la |
lymphe, du derme à la circulation veineuse, sont échelonnés en plus où moins grand nombre, les ganglions lymphatiques.
Ceux-ci, au niveau de leur convexité, recoivent des troncs et des capillaires Iymphatiques afférents qui s'ouvrent dans les sinus et y déversent leur contenu.
Dans ces sinus, la lymphe circule dans un réseau très Com-. pliqué formé par l’anastomose des travées conjonctives Son. cours s'en trouve par suite ralenti. Dans ce trajet, la lymphe : contenue dans les voies Iymphaliques du ganglion se trouve en. contact constant avec la substance des follicules et des cordons.
Elle sort du ganglion par les lymphatiques efférents situés au niveau du hile, puis, après avoir traversé d'autres ganglions,
vient aboutir au canal thoracique ou à la grande veine lympha-
tique qui se jettent dans les veines sous-clavières.
La lymphe contient, d'après les classiques, 8,200 globules blancs par millimètre cube chez l’homme, de 4,800 à 7,500 chez le chien, 11,300 chez le lapin. Ces chiffres sont d’ailleurs sujets aux plus extrêmes variations. < >
Le nombre des léucocytes est variable selon qu'on l'étudie à l'entrée ou à la sortie du ganglion: il est plus considérable à la sortie, et cette augmentation de nombre montre bien le rôle que Joue le ganglion dans la formation des globules blancs.
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- Si l’on s'entend pour attribuer au ganglion un rôle leucocytopoïétique, le mode de formation . Rértes est encore discuté. Les uns pensent, avec M. Ranvier, que les leucocytes | circulant dans la lymphe subissent un arrêt dans le ganglion pour s'y multiplier; les autres admettent, avec Flemming, que … les follicules des ganglions fabriquent de.toutes pièces des cel- - lules Iymphatiques.
Des Pour M. Ranvier el ses élèves, d'étroites connexions existent entre le système folliculaire et le système caverneux. Le système folliculaire n’est pas un système fermé; il n’est entouré que __ d’une pseudo-capsule qui se laisse facilement traverser par les cellules et les substances inertes en circulalion dans la lymphe, de sorte qu'une injection poussée dans les voies lymphatiques pénètre dans son intérieur.
Bien plus, le système folliculaire peut ètre considéré comme un véritable centre d'attraction pour les cellules lymphatiques. Il constitue, en effet, par suite de sa richesse en capillaires sanguins, un milieu extrêmement oxygéné, tandis que la lymphe > qui circule dans les sinus est relativement pauvre en oxygène. . Les leucocytes, qui sont très avides d'oxygène, quittent Les ca- vités des sinus pour pénétrer dans la substance folliculaire. Là, . trouvant un milieu favorable, ils se multiplient par division directe, et les cellules de nouvelle formation reviennent dans la circulation lymphatique.
. Certains faits plaidénten faveur de cette théorie : 1° On peut, - disent Cornil et Ranvier, démontrer par l'expérience que le passage est assez facile de la substance folliculaire dans le sysème caverneux. Pour cela, on injecte au milieu du tissu conjonctif profond qui entoure le nerf sciatique d’un lapin du vermillon en poudre fine délayé dans l’eau. L'animal étant sacrifié 48 heures après cette opération, on trouve les vaisseaux Iymphatiques, qui partent de la région où le vermillon a été répandu, remplis comme si on les avait injectés eux-mêmes ; les ganglions lointains où se rendent ces vaisseaux contiennent aussi du vermillon qui est surtout fixé dans Le système caverneux. Sur des coupes histologiques, on voit que les grains de ver-
millon sont contenus dans les cellules Iymphatiques et dans les cellules endothéliales qui-recouvrent les travées du réticulum ; on observe aussi des grains de vermillon dans quelques-unes des cellules lymphatiques de la substance folliculaire. 2° Pendant la digestion, on trouve des granulations graisseuses dans les ganglions mésentériques, non seulement dans les systèmes caverneux mais encore à l’intérieur des cellules du système folliculaire, bien qu'elles y soient en moindre proportion (Cornil et Ranvier).
Flemming n'admet pas ce mode de formation. Il considère les centres de karyokinèse abondante qui existent dans les follicules (centres germinatifs) comme les lieux de production des globules blancs. Dans ces centres, les cellules fixes du tissu : conjonclif ne jouent aucun rôle, et ce sont les lymphocytes qui se transforment en leucocytes mononueléaires pour subir la karyokinèse. : CÉSAR
Si Ja karyokinèse se produit avec abondance dans les centres germinalifs, c'est qu'à ce niveau les liquides plasmatiques Lranssudent plus facilement hors des vaisseaux et apportent en quantité suffisante les éléments nécessaires à la multiplication cellulaire. Il existe, en effet, à l’intérieur du centre germinatif, un ou plusieurs gros capillaires sanguins dont les parois possèdent une grande perméabilité: une expérience de Toldt et Stühr prouve qu'une masse à injection extravase beaucoup plus facilement au centre du follicule que partout ailleurs. |
Les centres germinatifs ne sont point des organes préformés, et il n'existe pas de région spéciale du ganglion destinée à jouer le rôle de centre germinatif: ce sont seulement des points où un grand be de lymphocytes se transforment en même temps en leucocytes mononucléaires pour subir la karyokinèse. Ces organes se forment au point du follicule où la transsudation est le plus active, par conséquent en son centre.
Fabriquées dans centres germinatifs, les cellules filles sont, par suite de l’augmentation de la pression centrale repoussées à la périphérie, et de là elles se dirigent vers les voies lymphatiques.
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Les recherches que j'ai faites avec M. F. Bezancçon sur la structure du ganglion lymphatique normal et sur ses altérations dans les maladies infectieuses mènent à une conception qui diffère de la conception, classique en France, de M. Ranvier, et se rapproche de celle qu'a proposée Flemming.
Le système folliculaire nous a paru avoir une grandé indépendance vis-à-vis du système des voies lymphatiques. Tandis que les cellules qui circulent dans les sinus sont de nature très variable et disposées au hasard, les cellules qui constituent le système folliculaire sont disposées suivant un plan bien défini: ce sont, au centre, des leucocytes mononucléaires à l’état de repos ou de division indirecte; à la périphérie, une couronne de lymphocytes dans laquelle on ne voit jamais de figure de karyokinèse. Ily a là une fixité de structure que l’on n’observerait pas si les cellules de la lymphe pouvaient pénétrer dans le système folliculaire.
De plus, ce n’est que très exceptionnellement qu’on peut ob-
__ server le passage des leucocytes des voies lymphatiques dans le
système folliculaire. Ce dernier se montre extrèmement résistant à toute pénétration de corpuscules inertes ou vivants venant des sinus. Le pigment qui s’accumule dans les ganglions se montre d'abord dans les voies lymphatiques. Les bactéries peuvent envahir les voies lymphatiques, mème en très grand nombre, comme dans la peste, et faire complètement défaut dans les follicules et les cordons. D'innombrables leucocytes polynucléaires apportés par les vaisseaux Iymphatiques afférents peuvent encombrer les sinus du ganglion et cependant laisser indemne le système folliculaire. Dans celui-ci, le follicule et particulièrement son centre germinatif sont doués de la plus grande résistance.
Le système folliculaire n’est donc pas un simple lieu de passage où les cellules trouvent en abondance de l'oxygène pour se ec il paraît être la partie fondamentale du ganglion ; c'est un organite actif qui fabrique de toutes pièces les leucocytes jeunes qui sont emportés par la Iymphe.
‘Il existe dans l'économie un organe qui peut lui ètre co m-
paré par bien des points : c’est le corpuscule de Malpighi de la rate. Ce dernier possède aussi un véritable centre germinatif
constitué par de gros leucocytes mononueléaires en voie de ka-
ryokinèse et entouré d’une couronne de lymphocytes tassés qui
le sépare de la pulpe splénique. Le corpuscule de Malphigi subit d’ailleurs, dans la série animale, les mêmes variations de
structure que le follicule. Le rôle de ces deux petits organes est identique : fabriquer des globules blancs qui, de là, passent dans
la circulation lymphatique au niveau du ganglion, dans la circulation sanguine au niveau de la rate. Le ganglion est interposé sur le trajet de la lymphe, comme la rate sur le trajet du sang.
Le corpuscule de Malpighi et le follicule ne sont en sômme que des amas de cellules embryonnaires capables de fournir les cellules nécessaires à l'organisme au fur et à mesure des besoins de la vie cellulaire. ;
Leur activité va en diminuant avec l’âge de l'individu ‘dans le ganglion comme dans la rate; et le peu de réaction du système lymphatique dans la vieillesse correspond à la disparition de la partie active du follieule dans le ganglion.
Les cellules fabriquées dans les follicules du ganglion appar-
tiennent à une variété spéciale de globules blancs, le /ymphocyte; celui-ci passe dans la lymphe où on le retrouve sous cette forme
où bien sous l'aspect de leucocyte mononucléaire qui n’est que
l'état adulte du Iympho:yte.
L'évolution du leucocyte ne va jamais plus loin dans le ganghon, et le follicule ne joue aucan rôle dans la production des leucocytes polynucléaires. Ceux-ci ne se retrouvent jamais dans le ganglion normal, pas plus dans le système folliculaire que dans le système des voies lymphatiques. |
Le ganglion lymphatique paraît être un des lieux de formation des cellules éosinophiles, du moins chez les animaux, tels
que le cobaye et le lapin, dont les ganglions en contiennent un grand nombre. Ces cellules semblent se former dans la nappe
réticulée diffuse et surtout dans les cordons folliculaires, d’où elles passent dans les voies lymphatiques.
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