CHAPITRE I DÉVELO PPEMENT
__ Les histologistes sont partagés en deux groupes au sujet du développement des ganglions Iymphatiques.
Les premiers font jouer le rôle le plus important aux vais-
seaux lymphatiques qu'ils considèrent commeantérieurs embryologiquement aux ganglions eux-mêmes.
Les seconds attribuent dans le développement du ganglion la part principale aux cellules lymphatiques qui, par leur activité propre, modifient le tissu conjonctif au sein duquel elles sont situées.
Nous allons exposer en détail chacune de ces deux opinions.
4° Lauth, en 1824, admet que les ganglions Iymphatiques sont dus à la réunion des vaisseaux lymphatiques sous forme de plexus.
Breschet (1836), Engel (1850) émettent la même opinion.
Deichmann (1863) montre que dans les points destinés à devenir le siège d’un ganglion, un ou plusieurs troncs lymphatiques se divisent en deux ou plusieurs branches qui se subdivisent elles-mêmes en rameaux plus petits; ces capillaires s’anastomosent entre eux et forment un réseau. A l'extrémité opposée au tronc afférent, ils reconstituent par leur réunion un tronc efférent.
Le réseau formé par un trone lymphatique peut rester indépendant ou s’anastomoser avec le réseau formé par un tronc lymphatique voisin.
L'organe tout entier est entouré par une membrane de tissu conjonctif contenant quelques fibres élastiques.
La transformation du peloton des capillaires Iymphatiques en
un véritable ganglion se fait secondairement par l'apparition et l'accumulation des corpuscules de la lymphe dans l'intérieur
des réseaux.
Robin attribue aux épithéliums made etnon aux cellules lymphatiques, la formation des follicules lymphatiques au sein
. des réseaux.
Gulland (1891), Saxer (1896) ont vu de très bonne heure (chez des embryons de bœuf de 2*,5) apparaître des vaisseaux lymphatiques. Plus tard, ceux-ci forment des plexus au milieu desquels se constituent. des nodules de tissu conjonctif qui, suivant Saxer, sont dès le début plus serrés et plus riches en vaisseaux sanguins
et Iymphatiques que le tissu conjonctif environnant (embryon
de bœuf de 4%,5, fœtus humain de 1 pouce ;).
Bientôt de très nombreuses cellules sortent des vaisseaux san-
guins, et infiltrent les nodules conjonctifs. Pour Gulland, ce sont ces cellules qui donneraient au tissu du nodule son aspect
réticulé; elles sont apportées par la circulation sanguine et non par la circulation lymphatique; elles ne proviennent pas de la
multiplication des cellules mésenchymateuses, ni des cellules
conjonctives qui sont beaucoup moins avancées dans leur développement. Ces cellules se reproduisent par karyokinèse. Suivant Saxer, les cellules apportées par les vaisseaux sanguins sont des « cellules migratrices primaires », distinctes des cellules vasoformatives de Ranvier, el capables de donner naissance à la fois aux globules blancs et aux globules rouges du sang. Le
. ganglion est donc, chez l'embryon, un organe hématopoïétique.
Plus tard le ganglion se perfectionne. Le tissu conjonctif périphérique s'épaissit et constitue une capsule. Le plexus primitif des vaisseaux lymphatiques forme le sinus périphérique et les voies caverneuses du hile; les voies Iymphatiques intra
ganglionnaires se forment par élargissement des espaces lympha-
tiques primitifs. L'infiltration progressive du tissu conjonctif par les cellules Ilymphatiques produit les follicules et les cordons
folliculaires.
Tel est le mode de formation habituel des ganglions; il est
L rs
comparable à celui que Stôhr a décrit pour les amygdales. Mais
Saxer pense que quelques ganglions peuvent aussi se constituer
sans passer par toutes ces étapes; d'autre part il y a dans le tissu embryonnaire, surle bord postérieur de l omoplate etautour de l’aorte, des amas plexiformes très abondants qui ressemblent en tous points à ceux dont proviennent les ganglions et qui régressent dans la suite sans donner naissance à ces organes.
M. Ranvier admet aussi la priorité des vaisseaux sur les ganglions lymphatiques. Avant qu'il existe aucune trace de ces J derniers, il est déjà possible, sur l'embryon de porc ou de mouton, d’ injecter les vaisseaux lymphatiques.
1. première apparition du ganglion lymphatique se traduit par un petit nodule rouge vif, situé à la surface d’un tronc lymphatique et formé par un réseau très riche de capillaires sanguins embryonnaires, relativement volumineux, et dilatés par places: ce nodule correspond à un follicule lymphatique. Le tronc lymphatique parait interrompu au niveau du nodule ; il se produit là un phénomène de régression qui détermine [’ Sie parlielle du lymphatique et la formation de deux tronçons. Le tronçon inférieur ou afférent émet bientôt des bourgeons qui pénètrent dans le nodule vasculaire, et vont à la rencontre de bourgeons semblables émis probablement par le tronçon efférent. Peu à peu, les bourgeons se transforment, s’élargissent, s'ouvrent les uns dans les autres ; ils subissent un processus de cavernisation. Les débris de leur paroi forment les fibrilles de la seconde tunique qui entoure les capillaires sanguins du follicule. 3
En résumé, dans toutes les théories que nous venons d'exposer, ce sont les capillaires Iymphatiques qui, par leur bourgeonnement, ordonnent la disposition du lissu réticulé el des voies lymphatiques du futur ganglion.
2° Sertoli (1866) attribue la formation des ganglions Iymphatiques au dépôt des cellules embryonnaires au sein du tissu conjouctif embryonnaire. Ces groupes de cellules sont entourés de lacunes qui formeront les espaces lymphatiques du tissu conjonctif et les vaisseaux lymphatiques eux-mêmes.
re Re a — Larroque (1880), Champeil (1881), Renaut (1889) étudient le développement du tissu réticulé, et montrent qu’il est dû à l’action des cellules lymphatiques sur le tissu conjonctif. Les cel- Jules migratrices pénètrent dans l'intervalle des faisceaux con- jonctifs et écartent les faisceaux, puis les fibres ; de sorte que le tissu prend un aspect rétiforme. Les travées s’aplatissent de plus en plus, deviennent très délicates, et le tissu revêt en dernier lieu l'aspect du tissu réticulé.
M. Ranvier avait déjà montré le rôle que jouent les cellules lymphatiques dans la formation des trous du grand épiploon ; F des animaux nouveau-nés.
Suivant Conil, les ganglions a apparaissent dans le courant du quatrième mois de la vie fœtale. Des cellules em- __ bryonnaires se réunissent au sein du tissu muqueux en amas enke tourés de lacunes. Les amas sont l’origine des follicules. Les lacunes ne sont pas formées par des plus de vaisseaux lympha- Lo mais elles sont dues à la dissociation par les cellules Es rondes, devenues migratrices, des faisceaux du tissu con- É jonctif; ces lacunes donneront plus tard naissance aux voies - Iymphatiques du ganglion.
Cette dernière opinion est à rapprocher de la théorie-émise par] M. Laguesse (1), au sujet du développement de la rate chez les poissons. La rate est d’abord formée par des cellules rami- fiées, anastomosées entre elles et formant un réseau par leurs prolongéments. Les mailles de ce réseau sont pleines et occupées par des cellules qui présentent un gros noyau granuleux et un protoplasma réduit à une mince couche enveloppante. Ces cel- Jules représentent les futurs éléments lymphatiques de la rate tandis que les cellules ramifiées et anastomosées en représentent le futur réticulum. Dans la suite du développement, une partie des mailles entrent en communication avec la veine sous-intes- - tinale pour former des lacunes qui constitucront la pulpe de la
(4) Laçuesse. Développement de la rate chez les poissons. Thèse de doctorat ès VEa sciences, 1890, et Journal de l’analomie, 1890.
rate: mais. un certain nombre de cellules restent indépendantes de tout rapport avec le sang et constituent les futurs corpus cules de Malpighi.
Dans la rate, comme dans le ganglion, corpuscules de Malpighi et follicules ne seraient que des reliquats représentant ehez l'adulte la partie embryonnaire de l’organe, c'est-à-dire la partie active, capable dans la suite de l'évolution organique de fabriquer de nouvelles cellules: ce seraient des centres germinatifs.
Sur un certain nombre de fœtus, venus à différents termes, j'ai fait la recherche des ganglions lymphatiques. Je les ai trouvés déjà bien développés et relativement volumineux au 3° mois de la vie fœtale. =
À 4 mois et demi, les ganglions inguinaux ont déjà, à un faible grossissement, l'aspect général d’un ganglion d'adulle;
leur développement est done plus précoce que ne l'a indiqué
M. Conil. On y voit déjà la division en substance médullaire et -
corticale, cette dernière étant moins différenciée que chez l'adulte. pes
La capsule est bien distincte, riche en cellules à gros noyau vésiculeux, sans fibres conjonctives. Le système folliculaire semble surtout constitué par une masse réticulée diffuse ne. présentant pas de bosselures à sa périphérie, ni de séparations en follicules ‘par les sinus venus de la région sous-capsulaire ; cependant, on y trouve, sur certains points, des amas de lymphocytes tassés, représentant une ébauche de follicules.
Dans la nappe réliculée, on trouve surtout des leucocytes mononucléaires, dont un certain nombre sont en voie de karyokinèse, et des lymphocytes. Les figures de karyokinèse ne sont pas groupées sous forme de centres, mais répandues partout. La tuméfaction des cellules fixes du réticulum dont le noyau est gros, vésiculeux, un peu allongé, donne à la nappe réticulée un aspect particulier. On trouve de plus, en cette région, de: nombreuses cellules éosinophiles.
Les cordons folliculaires ont à peu près la même structure. Ge
Les sinus contiennent les différentes variétés de leucocytes précités et de nombreuses mastzellen. | Les capillaires sanguins sont très abondants dans la nappe
réliculée.
Le ganglion bronchique, moins avancé dans son développement que le précédent, présente déjà le caractère qui Le distingue
chez l'adulte: une vascularisation extrême.
Les ganglions mésentériques sont allongés, en forme de
boyau, comme s'ils étaient formés par la réunion de plusieurs
ganglions mal séparés les uns des autres.
N'ayant pas étudié les ganglions du fœtus à des stades plus précoces, je ne puis prendre parti dans la discussion au sujet de leur origine.
Je signale cependant me aspects qui m'ont paru corres-
pondre à des stades plus précoces. A quelque distance d'un
ganglion lymphatique bien développé, au milieu du tissu muqueux, se trouvait un petit organe arrondi, sans limites pré- , cises, sans capsule, sans sinus, constitué exclusivement par du
tissu rétieulé contenant dans ses mailles des cellules Iympha- __ tiques (lymphocytes, leucocytes mononucléaires et cellules éosinophiles). Des capillaires sanguins abondants sillonnaient
cette masse cellulaire et l'on ne voyait pas de voie lymphatique afférente..
Sur un autre point, j'ai vu une formation identique, mais présentant, à ses deux pôles, un vaisseau lymphatique.