Ë. INJECTIONS DE TOXINES DIPHTÉRIQUES
5 cobayes adultes ont reçu, dans le tissu cellulaire de la cuisse gauche, 1 centimètre cube de toxine diphtérique diluée au
Cette toxine a tué, dans l’espace de 18 à 24 heures, 3 de ces cobayes. Les 2 autres ont été sacrifiés au bout de 50 minutes et de 2 heures.
À. Ganglion inguinal gauche. — Après 50 minutes, le ganglion est hypertrophié, mais ne présente pas de congestion appréciable à l'œil nu.
À l'examen histologique, la congestion est relativement peu marquée; cependant on voit quelques hémorragies dans les sinus. Les vaisseaux périganglionnaires sont gorgés de sang : ils ne contiennent pas de leucocyles en excès. Les lymphatiques afférents contiennent un peu de sang el des leucocytes polynueléaires en excès, mais on ne retrouve pas ces leucocytes à l’intérieur du ganglion.
Le réticulum réagit très peu ; on constate seulement un léger gonfle-
* (1) Cette toxine nous a été donnée par le D' Martin, chef de service à l'Institut Pasteur, que nous remercions de son obligeance.
195, = ment des cellules fixes. Les voies lymphatiques du ganglion sont d'’ailleurs peu riches en cellules.
Les follicules présentent déjà des altérations importantes. Les centres
-germinatifs sont diminués, la karyokinèse y est devenue extrêmement rare. Le centre germinatif est souvent occupé par un exsudat de matière amorphe, colorée en rose par l’éosine, et en violet pâle par la méthode de Weigert : cet exsudat dessine vaguement un réticulum et renferme des noyaux et des fragments de noyaux encore colorables. La disposition de l’exsudat et ses réactions colorantes autorisent à le : considérer comme formé d'une substance fibrinoïde. D'ailleurs on a vu déjà que Bulloch et Schmorl avaient signalé chez l'homme des épanchements abondants de fibrine dans les systèmes folliculaires et dans les voies lymphatiques. La couronne de lymphocytes périphériques : existe encore, mais se distingue mal de la nappe réticulée voisine.
Les cordons folliculaires ne présentent pas d’altérations.
Les cellules éosinophiles existent en proportion normale.
Au boat de 2 heures, les altérations sont de même nature, mais beaucoup plus marquées. Les centres germinatifs ont disparu, et le centre des follicules est occupé par un exsudat de même nature que dans le cas précédent ; cet exsudat se retrouve en dehors des follicules, dans la nappe réticulée et les cordons folliculaires. Les cellules Éoghophiles sont extrèmement abondantes dans la nappe réticulée et les cordons.
Dans les cas où la mort du cobaye est survenue spontanément, la congestion n'a encore qu'une intensité moyenne.
On retrouve de très nombreux leucocytes polynucléaires dans les vaisseaux Iymphatiques afférents de certains ganglions, mais ils ne pénètrent pas à l'intérieur de l'organe. Dans les sinus caverneux, on voit un grand nombre de grosses cellules arrondies ou ovoïdes renfermant beaucoup de noyaux ou de fragments nucléaires souvent entourés d’une vacuole.
Les follicules se distinguent mal de la nappe réticulée. Les centres germinatifs ont disparu. Dans certains follicules, ils sont remplacés par des zones nécrotiques constituées par une substance intercellulaire amorphe, fibrinoïde, parsemée de débris nucléaires.
Dans la nappe réticulée et dans les cordons, on voit des cellules endothéliales tuméfiées, des cellules en voie de division directe et de grands macrophages remplis de granulations ; de place en place, on retrouve le même exsudat qu'à l'intérieur des centres germinatifs.
Les cellules éosinophiles existent en quantité re
La lésion peut aboutir encore à un degré plus élevé; les follicules et les cordons se distinguent à peine des voies lymphatiques ; les contours des cellules sont effacés et celles-ci semblent fusionnées ; enfin il existe un grand nombre de zones nécrosées et de granulations nucléaires diffuses.
B. Ganglion inguinal droit. — Les lésions sont de même nature mais peut-être encore plus précoces et plus marquées que du côté de l’inoculation.
Dans les cas où la mort est survenue, la lésion est la même qualitativement et quantitativement, que du côté gauche.
Les effets de la toxine diphtérique sont très intéressants à mettre en parallèle avec ceux du bacille diphtérique sur les ganglions.
Rappelons en effet les phénomènes observés dans l’infection diphtérique : c'étaient la congestion avec diapédèse des globules rouges et hémorragies dans les voies lymphatiques; l’arrivée dé leucocytes polynucléaires par les vaisseaux sanguins et lymphatiques ; et la persistance de ces leucocytes pendant toute la durée
de la réaction; le gonflement précoce et considérable du réticu-
lum des voies lymphatiques puis des cordons folliculaïres ; la tuméfaction des endothéliums vasculaires ; la disparition des cellules éosinophiles qui ne reparaissent qu'après la mort de l'animal, dans les ganglions nécrosés ; l'intégrité relative du follicule et la persistance du centre germinatif pendant toute la vie du ganglion. Le ganglion du côté correspondant à l’inoculation est toujours plus altéré que celui du côté opposé.
Au contraire, dans l’intoxication diphtérique : la congestion est peu intense, les hémorragies dans les voies lymphatiques sont peu abondantes ; les ieucocytes polynucléaires n'apparaissent pes dans les voies lymphatiques intra-ganglionnaires, bien qu'on en voie quelques-uns dans les lymphatiques afférents : la réaction des cellules fixes du réticulum est tardive et touts
peu intense; les cellules éosinophiles ne disparaissent pas, elles .
semblent même dans quelques cas augmenter de nombre: les altérations des follicules sont précoces et intenses : la karyokinèse disparaît très rapidement, et des phénomènes de nécrose se montrent dans le centre germinatif. Les lésions sont précoces, intenses, généralisées et aussi marqués dans les ganglions éloignés que dans les ganglions voisins du point d’ eos
En résumé, dans l'infection diphtérique, le ganglion réagit
Pa
avec intensité tant qu ‘il n'a pas été atteint par les toxines produites au foyer d’inoculation ; dans l’intoxication diphtérique, la réaction est faible ou ae et la fonction de karyokinèse est très rapidement détruite. Le ganglion ne produit plus de cellules Iymphatiques, fait important à rapprocher des constatations de Chatenay, d'Everard, Massart et Demoor. Ces auteurs ont montré que, chez les animaux à qui on inoculait une dose mortelle de toxines ou de cultures microbiennes, l'hyperleucocytose ne se produisait pas et était remplacée par une hypoleucocytose progressive.
La raison de cette hypoleucocytose peut être attribuée à l'altération des ganglions lymphatiques.