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INJECTION DE CULTURES DE BACILLES DIPHTÉRIQUES

Huit cobayes ont recu en inoculation dans le tissu cellulaire de la face antérieure de la cuisse gauche un demi-centimètre : cube de bouillon mêlé au produit de râclage d'une culture sur gélose de bacille diphtérique de ul ee moyenne, tuant le cobaye témoin en deux jours et demi. Ils ont été ensuite sacrifiés en série à partir d’une demi-heure après l’inoculation.

A. Ganglion inguinal gauche. — 1° Évolution de l'inflammation ganglionnaire. — La réaction locale se traduit déjà une demi-heure après l’inoculalion par une infiltration de la région inguinale gauche. Un des ganglions inguinaux est hypertrophié et congestionné, les autres n’ont pas encore cubi Patteinte de l'affection.

Aprés 2 heures et demie, la réaction locale est plus marquée et se traduit par un œdème gélatiniforme au milieu duquel sont noyés les ganglions. Dans ceux-ci, les systèmes folliculaires sont absolument sains et montrent des figures de karyokinèse fréquentes.

Par contre, dans les voies lymphatiques, le réticulum est déjà très tuméfié, les celliles éosinophiles ont disparu et les leucocytes polynucléaires apparaissent en grand nombre. Les leucocytes polynucléaires sont apportés au ganglion par les vaisseaux lymphatiques afférents et par les vaisseaux sanguins qui présentent un gonflement de l'endothé-

(1) Bezancox et Lapré. Effet comparé de l'action sur les ganglions du bacille et de la toxine diphtériques, Sociélé de biol., T mai 1898.

lium et de la congestion avee excès de leucocytes polynucléaires ; ceuxci affectent une disposition marginée et franchissent la paroi vasculaire par diapédèse.

Après 7 heures, les follicules sont un peu touchés et présentent moins de figures de karyokinèse ; au contraire la fragmentation nucléaire est plus abondante qu'à l’état normal.

Après 12 heures, les mêmes phénomènes se poursuivent.

Après 19 heures le gonflement local est considérable, les ganglions inguinaux gauches sont congestionnés et noyés dans un tissu enflammé. La périadénite est intense et se traduit par une multiplication et une tuméfaction des cellules conjonctives, par l'apport dans le tissu périganglionnaire d’un très grand nombre de leucocytes polynucléaires en partie dégénérés, et par re hémorragies abondantes. Les vaisseaux sanguins périadénitiques présentent une congestion énorme avec LRCOGIERE polynucléaire.

L'état du tissu conjonctif périganglionnaire contraste avec celui du ganglion lui-même. Ce dernier, qui. nage réellement dans le pus, est relativement encore peu altéré. Les follicules, ilest vrai, ont perdu leurs centres germinatifs, mais ils ne présentent pas de nécrose; les cordons sont normaux. Le réticulum des voies Iymphatiques est le siège d’une réaction considérable : gonflement et desquamation des cellules, destruction et englobement d'hématies. Les leucocytes polynucléaires sont assez nombreux dans les systèmes caverneux, ils le sont moins dans les sinus. 7

Après 26 heures, le gonflement local est toujours considérable et les ganglions inguinaux gauches, hypertrophiés et congestionnés, sont entourés du même tissu conjonctif abcédé que dans le cas précédent. L'état du ganglion contraste encore plus avec celui du tissu périganglionnaire. Les follicules ont en partie conservé leurs centres germinaüfs ; cependant la fragmentation nucléaire y est plus abondante. :

Les voies lymphatiques présentent encore la même réaction du réticulum avec hémorragies, englobement des hématies, leucocytes polynucléaires. L'endothélium des vaisseaux sanguins est très tuméfié. En somme, ce ganglion, pour une cause anatomique probablement indépendante de l'infection, réagit plus vivement que le précédent et conserve mieux son intégrité.

Aprés 42 heures, l'œdème local est encore énorme. Les ganglions inguinaux s'isolent difficilement du tissu périadénitique. Celui-ci est encore le siège d'abcès et surtout d'hémorragies très importantes qui ont presque entièrement détruit l'un des ganglions, ne laissant subsister que quelques follicules qui forment de véritables ilots au sein de la nappe sanguine.

Comme précédemment, la réaction du ganglion est très intense, aussi

bien dans les voies lymphatiques qui sont le siège d'hémorragies et contiennent des leucocytes polynucléaires, que dans les cordons et la nappe réticulée ; là toutes les cellules fixes ont leur noyau gonflé, clair. L'endothélium des capillaires sanguins est aussi très tuméfié, ces vaisseaux sont congestionnés et riches en polynucléaires. Le ganglion met donc en œuvre tous ses moyens de résistance contre l'infection.

Mais, dans les follicules, le centré germinatif continue à être envahi par les lymphocytes, la karyokinèse diminue, la fragmentation nucléaire augmente. ;

2 Étude analytique des altérations. — La congestion ; l’arrivée des leucocytes polynucléaires par les voies lymphatiques et sanguines ; la réaction du réticulum des voies lymphatiques d’abord, des cordons et de la nappe réticulée ensuite ; le gonflement des endothélium vasculaires : tels sont en résumé les principaux phénomènes qui traduisent la réaction du ganglion à l'infection diphtérique. Ils sont les mêmes que dans les infections charbonneuse et staphylococeique; cependant l'infection diphtérique se distingue par le nombre modéré des polynucléaires, par la congestion relativement faible et par le peu d’importance des hémorragies. Le rôle acüf des centres germinatifs persiste pendant toute la vie du ganglion et ne cesse que quand celui-ci est complètement nécrosé. . |

Dans les cas où l'infection a amené la mort du cobaye en l'espace de 2 jours et demi, la réaction du ganglion est arrètée ; celui-ci atteint par la toxine diphtérique, est complètement, détruit et pour ainsi dire mort sur place. Il n’est plus constitué que par une masse uniforme dans laquelle on distingue diflicilement les différentes régions du ganglion; dans cette masse granuleuse on voit des hémorragies et des cellules nécrosées: granulations de echromatine libres el poussière de noyaux.

“Le tissu conjonctif périganglionnaire est le siège d’un abcès plus avancé que dans le cas précédent; c’est du véritable pus avec des leucocytes polynucléaires nécrosés.

Dans un autre cas, où le cobaye est mort d'infection diphtérique en 2 jours, il y eut des altérations analogues.

Les lésions nécrotiques étaient très marquées et se présentaient sous divers aspects: destruction du noyau des lympho-

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cytes par expulsion de boules chromatiques; fragments nucléaires très nombreux dans les follicules et les cordons ; noyaux des cellules fixes devenus irréguliers, bourgeonnants, en voie : de division directe ; fragmentation indirecte d'Arnold ; poussière denoyaux. Toutes ces lésions sont comparables à celles qu'Œrtel a décrites dans les ganglions diphtériques de l'homme ; l’hypothèse de Morel qui attribuait la production de nécrose dans les ganglions diphtériques à l’infection secondaire parle streptocoque est donc erronée ; la toxine diphtérique est au contraire fortement nécrotisante.

Dans ce dernier cas, l'examen des ganglions a montré l’aecumulation, principalement dans les régions nécrosées, de cellules éosinophiles et de mastzellen extrèmement nombreuses. Bien que nos connaissances sur le rôle physiologique de ces deux variétés de cellules ne nous permette de tirer de ces deux faits aucune conclusion, ilest cependant intéressant de les noter et de rappeler qu'une même accumulation de cellules éosinophiles s’est rencontrée dans deux cas de mort spontanée du cobaye par infection charbonneuse et par infection staphylococcique ; peutêtre cette sorte de leucocytes a-t-elle pour rôle d’englober dans son protoplasma certains matériaux provenant de la destruction des cellules ou des microbes etde les tranformer en granulations à réaction spéciale.

Metchnikoff, puis Cantacuzène (1), Mesnil (2), Bordet ont déjà montré que la destruction des microbes par les phagocytes donnait Heu à la production de grains éosinophiles.

Bactériologie. — Pendant la période de réaction, chez tous les animaux sacrifiés, nous avons constaté l'absence de bacille diphlérique à l’intérieur du ganglion.

Lorsque /e cobaye est mort spontanément de l'infection diphtérique, les microbes envahissent le ganglion dont la résistance

(1) CanracuzÈne. Mode de destruction des vibrions cholériques dans l'organisme. Paris, 1894.

(2) Mesnis. Sur le mode de résistance des vertébrés inférieurs aux invasions microbiennes. Annales de l'Institut Pasteur, mai 1895.

est vaincue par l’action de toxines microbiennes ; mais, tandis que dans le tissu conjonctif périganglionnaire se voient des bacilles de Lôffler normaux et bien colorés à côté d’autres baeilles déjà englobés par les phagocytes et transformés en grains colorables par le violet, on ne trouve plus dans le ganglion que cette dernière espèce de bacilles modifiés par la phagocytose.

Dans un autre cas, l'inoculation a été pratiqué d’une façon différente : nous avons injecté dans la cuisse gauche du cobaye, 2 centimètres cubes d’une culture sur bouillon de bacille diphtérique datant de deux jours ; l'animal est mort en un jour.

A l’autopsie, malgré la rapidité de la mort, on put constater des lésions déjà très avancées.

Les centres germinatifs sont détruits sur place ; la karyokinèse en est absente, et les cellules ne se colorent plus. On y retrouve au contraire beaucoup de grains nucléaires, libres ou englobés dansles phagocytes. Le ganglion n’a pas eu le temps de réagir à l'inflammation ; le réticulum des voies Iymphatiques est à peine gonflé ; on y trouve seulement quelques leucocytes polynucléaires plus ou moins nécrosés qui sont apportés à la périphérie par des vaisseaux lymphatiques.

La congestion est très intense ; certains ganglions ont même été complètement détruits par hémorragies qui n’ont laissé intacts que les follicules ; il n’y a pas de ce Los cléaire.

Ce cas est intéressant à retenir parce qu'il forme une transition entre les cas où nous avons inoculé le bacille diphtérique et ceux où nous avons au contraire inoculé la toxine : ici en effet nous avons injecté à la fois le microbe et la toxine.

B. Ganglion inguinal droit. — [e mode de réaction de ce ganglion est comparable à celui du ganglion inguinal gauche ; la réaction est seulemént un peu moins intense, les hémorragies et les leucocytes polynucléaires moins abondants. La karyokinèse persiste pendant toute la vie du ganglion.

Les altérations du ganglion inguinal droit, après la mort spontanée du cobaye, sont aussi SL modérées que celles du

ganglion gauche; tandis que celui-ci est complètement nécrosé, mort sur place, le ganglion inguinal droit présente encore des follicules apparents, sièges de nécrose cellulaire. Les voies lymphaliques sont encombrées de grandes cellules desquamées et nécrosées. Il n’y a pas de leucocytes polynucléaires, pas d’éosinophiles.

Dans le cas où nous avons inoculé une culture de bacille diphtérique sur bouillon, le ganglion inguinal droit présentait les mêmes altéralions nécrotiques des follicules avec réaction peu marquée du réticulum des voies lymphatiques. A droite comme à gauche, on trouvait plus de lésions nécrotiques que de phénomènes de réaction.

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