III. — LES ASTRES IMPLIQUENT-ILS LA FATALITÉ
Tous les auteurs d'Astrologie sont d'accord sur un point : « En ce monde inférieur, Dieu ordonne et les Astres exécutent. » i S'il en était ainsi, qui oserait nier que la Mens des animaux, et à plus forte raison celle des hommes, n'est pas soumise à l'ordonnance divine ? Ce n'est, toutefois, pas en ce sens que je comprends que la Mens humaine est ■en quelque façon soumise à l'opération des Astres, attendu que sa nature est bien plus divine que celle des Astres. Il est possible, cependant, que le Spiritus, ce véhicule sur lequel (d'après Platon) cette Mens est transportée parmi les corps de l'Empyrée, participe aux changements célestes d'autant plus qu'il est de nature éthérée 2 ; par conséquent, il la commande, il l'entraîne, comme un
' Le texte dit : Deum in hœc inferiora aqere per ordinationem stellas verb per executionem ; comme il est panthéiste il ne parle jamais de voluntas divina, mais d'ordinatio Dei; dans sa pensée Dieu ne peut agir que par son administration, son bon ordre, ses lois générales, son ordonnance, car Dieu n'est pour lui que la Nature.
' Analogue à l'éther.
char entraîne ses voyageurs, selon les appétits que suscite l'action des Astres, d'après la loi qui veut que la partie subisse les vicissitudes de la totalité ; et nul possédant une Mens en bon état n'y échappe.
Je m'expliquerai plus clairement. On sait que, selon la doctrine du Trismégiste, le Spiritus éthéré est le réceptacle de la Mens, de même que l'Homme ou plutôt son Ame Sensitive est le réceptacle du Spiritus ; et que ce Spiritus, de même que le Ciel moyen, participe à deux natures : la supracéleste •et la sublunaire.
Si donc, disent les Platoniciens, le Spiritus adhère à la Mens, fuit les voluptés de la chair, se sanctifie, exalte sa nature supracéleste, de laquelle il tire son origine, en recevant les bonnes influences des Astres et en évitant soigneusement les mauvaises, il y a moyen qu'il obéisse moins, par cette préparation, à toutes les actions astrales. Mais si ce Spiritus repousse les rayons de la Mens et adhère à l'Ame Sensitive, il se change de bon Daïmon en mauvais Daïmon, il devient en butte à toutes les actions supérieures et principalement aux mauvaises, à cause du penchant du corps au mal et parce que le corps est commandé par l'Ame Sensitive ; de telle sorte que des Mens très supérieures arrivent à dépendre des Eléments, en tant •que perpétuels réceptacles d'influences célestes, et deviennent aptes et prédisposées à recueillir et à s'emparer avidement de tous les mauvais présents
du Ciel, c'est-à-dire la volupté, la colère, la tristesse, la malechance, la cruauté, l'ivrognerie, la, paresse, l'impudeur, la luxure, la concupiscence, au hasard de l'attrait de l'un ou l'autre vice ; tandis, que, si le bon Spiritus d'un homme recueille, au contraire, les meilleures influences célestes, cet homme recherchera la louange, la gloire militaire ou se montrera intransigeant sur l'honneur et la justice, par exemple dans les questions religieuses, il sera juste, pieux, aimable, studieux, libéral et doué dès sa naissance de toutes les vertus. (C'est un sujet que nous examinons dans le Traité du Mi-
' crocosme où il est question des nativités.)
Tout cela, disons-nous, arrive par l'ordonnancedivine et par les Astres qui les exécutent nécessairement en tant que ses ministres ; c'est pourquoi ces derniers ont été appelés, non sans élégance, par quelques philosophes : les Doigts de la Nature,
■attendu que, sans eux, la Nature n'agit pas et n'opère rien en ce monde inférieur.
La Mens humaine est comme un rayon vivant de ce Dieu et les ministres célestes n'ont pas plus d'action sur elle que sur l'ordonnateur lui-même, c'est-à-dire Dieu ; par conséquent, on doit toujours estimer qu'elle échappe à tout influx, à tout mouvement cosmique et qu'elle n'est soumise à aucune passion, c'est-à-dire qu'elle agit pour le bien et n'est jamais altérée par l'erreur. Mais le Spiritus, son véhicule, est trompé de temps en temps
par les appas de la chair et du monde-; avec la chair, il reçoit parfois, par influx céleste, les passions mauvaises en même temps que les bonnes, tandis que parfois, à vrai dire, la Mens se trouve absolument vide ou travaille fort peu.
D'où il résulte que des méchants peuvent produire de bons effets malgré leur nature, devenir riches et être heureux dans la guerre ou dans d'autres entreprises, avec ou sans l'assistance de la Mens. Si, d'autre part, le Spiritus, mobile par essence, adhère à l'Ame Sensitive, il est tantôt bon et vertueux, indifférent à la chair et au monde, et tantôt mauvais et enclin à tous les vices. D'où il s'ensuit que certains hommes, dont le Spiritus est charnellement affecté et désobéit à la Mens, sont portés vers le crime et le vol, et, qui plus est, se trouvent plus disposés à perpétrer leurs for- -faits en un temps qu'en un autre, — par exemple si les Astres de la Nature de Mars sont très puissants dans le Ciel, ils inciteront au crime un voleur martien, plus ou moins, selon leur aspect avec les autres Astres et leur position dans le Ciel, surtout si les antres significateurs célestes l'emportent dans leur accord avec le Seigneur de la Maison VII dans l'horoscope de la nativité de cet homme. L,e vol par conséquent, aussi bien que les autres vices, est fatalement déterminé par les Astres, parce que chez les gens vicieux la Mens, pour ainsi dire inoccupée, laisse agir le Spiritus selon les fantaisies
dépravées de la chair. Alors comme le Spiritus se trouve avoir dans l'entité le second rang après la Mens, la substance céleste ^ a également le second rang ; qui empêche donc que les Astres aient sur cette entité moins d'action que sur les autres parties analogues à celle-là? 2 Et par analogie, si les Astres agissent principalement avec unité et bon ordre sur les Elémentaires, qui les empêche de moins agir sur le Spiritus, tandis que la Mens est inoccupée, alors qu'ils ont autant d'action sur les Elémentaires que les Elémentaires en ont sur le Spiritus ?
D'après cela, il est indubitable que si l'on peut connaître la qualité des Astres, leur mutuelle action et la valeur de leurs conjonctions ou de leurs aspects, il ne sera pas difficile, selon la nature de l'astre significateur et celle du lieu du Zodiaque d'oii l'on tire cette nature, et selon les aspects des autres planètes qui regardent exactement ce lieu, de déterminer la taille d'un voleur, les particularités de son corps et d'en donner infailliblement le signalement complet.
Pour ce qui est de la prédiction du temps et des variations de l'atmosphère, il n'y a aucune controverse. Nous avons démontré que toute la matière
' L'Ether dont est formé le Spiritus.
° C.-à-d. : puisque le Spiritus formé d'Ether est soumis à l'influx astral, pourquoi tout ce qui est Ether dans l'homme ne serait-il pas de même?
de notre monde inférieur et chacune de ses parties a pour but soit la génération, soit la corruption, soit l'altération, soit tout autre changement, en vertu de l'influence de l'Ame Céleste. Gela est clairement exposé dans le premier Traité Général du Macrocosme^. Il en résulte que, si le Giel est puissamment disposé à l'humidité, le monde inférieur sera de même nature ; si c'est à la chaleur, les éléments seront plus chauds ; si c'est au froid, ils seront plus froids ; si c'est à l'agitation, les vents et les souffles troubleront ce même monde inférieur. Il y a là, certainement, un déterminisme qui dérive de la position naturelle des Astres, ministres célestes, de leur puissance et de leur prédomination et qui est irrécusablement prouvé par les animaux et mieux par les êtres inanimés. Nous savons, en effet, par leur répétition annuelle, que les saisons, les changements d'aspect des végétaux, la hauteur du Soleil, réchauffement de l'atmosphère et le renouveau général que l'accroissement de cette dernière occasionne, sont des phénomènes réguliers.
Il en est de même de l'accroissement de la Lune 2 pendant lequel les eaux montent, les corps
De Macrocosmi historia, qui comprend deux soustraités : la Métaphysique (de Macrocosmi metaphysicaj et l'Ontologie (de Macrocnxmi phy.nca). (Tome III et IV de la présente traduction).
' La Lune croît depuis sa conjonction jusqu'à son opposition avec le Soleil ; elle décroît ensuite.
s'humectent petit à petit par un apport invisible d'humidité et les humeurs se sécrètent ; de même aussi de la position de Saturne entouré dans le Capricorne, son Domicile, de plusieurs planètes à qui il a l'air d'offrir un banquet i, — ce qui est arrivé en 1608, — phénomène qui provoque le gel et la froidure parmi les éléments et ailleurs.
Nous concluons donc que, sur ce monde inférieur, le Ciel a une vertu et une action si grandes, il y opère avec un effet si certain, que ce n'est pas à tort qu'Hermès Trismégiste, en tête du Livre II de VAsclepius, l'a appelé le Dieic Sensible, — parce qu'il domine exclusivement d'une manière sensible, alors que le Dieu Intellectuel domine par ses disposition et son ordonnance — , ou encore l'Administrateur de tous les corps, — parce que la croissance et la décroissance de ces derniers est soumise aux variations du Soleil et de Lune — , ou enfin le Gouverneur et V Auteur de toutes choses en ce monde.
' Quand une planète est dans son Domicile et conjointe à une autre, on dit que la première reçoit la seconde.