LA THÉRAPEUTIQUE MÉDICAMENTEUSE DES HÉMOPTYSIES
Pour arrêter une hémoptysie, le médecin doit s’efforcer de seconder l'organisme dans sa tâche dé-
fensive. Il doit donc d’abord connaître les moyens ‘locaux et généraux qui entrent en Jeu spontanément ‘pour provoquer l’hémostase. Celle-ci est le fait d’un double mécanisme : il y a d’une part vaso-constric-
tion réflexe du vaisseau qui saigne, accompagnée
d’un abaissement de la pression et du ralentisse-
ment de la circulation, d’où stagnation relative du sang dans la plaie, ce qui favorise la coagulation ;
d'autre part, l'organisme tend à augmenter la coa- -gulabihté du sang, tant par un processus local qui
consiste en Ha sécrétion par la plaie de corps zymo-
plastiques, que par un processus général : l’hyper-
‘production de substances fibrinoplastiques. C’est dire
que tout médicament employé devra soit modifier le cours du sang dans un sens favorable à l’hémostase,
’soit augmenter la coagulabilité du sang soit mieux
‘encore, agir conJomtement par ces deux mécanismes,
Si les médicaments eoagulants sont les mêmes dans
toutes les hémorragies, il n’en est pas du tout de même pour les modifications cireulatoires. Ceux-ci agissent efficacement s’ils sont à la fois vaso-constricteurs et hypotenseurs de la circulation pulmonaire. Mais ce sont là deux propriétés qui s’opposent dans le plus grand nombre de cas
On a recouru d’abord aux vaso-constrieteurs hypertenseurs en choisissant ceux qui diminuent le calibre des vaisseaux sans élever d’une façon trop importante la pression artérielle dans l’intérieur de ces
vaisseaux. Certains auteurs ont employé les hypo-
tenseurs, pensant que l’abaissement de pression serait favorable à l’hémostase, malgré la vaso-dilatation. [Il semble cependant que c’est le réflexe vasoconstricteur qui importe avant tout et la pratique vient d’ailleurs confirmer les données de la physiologie à ce sujet. Nous possédons actuellement des médicaments à la fois hypotenseurs et vaso-constricteurs : ils donnent les meilleurs résultats.
Ce qu'il faut souligner enfin, c’est l’action très différente au niveau de la grande et de la petite circulation des substances ayant une efficacité vasomotrice. Claude Bernard a posé le problème des € circulations locales », expliquant comment chaque organe peut avoir sa circulation propre, sa nutrition et par suite son fonctionnement distinct de celui de son voisin. Actuellement on ne se représente plus l'appareil circulatoire sous la domination absolue du cœur ; on reconnaît une autonomie aux différents territoires, autonomie réalisant l” « anisergie » circu-
latoire, selon le terme de MM. Villaret, Justin-Besançon et Cachera. À ce point de vue, la circulation pulmonaire est avec la circulation encéphalique, une des plus indépendantes, relativement, de la grande circulation et il n’y a pas à s'étonner qu’elle présente des réactions tout à fait particulières aux agents pharmacodynamiques.
Nous allons passer en revue les différents médicaments employés comme traitement des hémoptysies, en précisant d’une part ce que la physiologie nous apprend à leur sujet, d'autre part leur posologie. Nous verrons successivement ceux qui agissent à la fois comme modificateurs du cours du sang et comme coagulants, puis ceux qui agissent seulement par un de ces mécanismes. Dans ces différentes catégories, nous irons des plus utilisés à ceux dont l’eflicacité
est la moins probante.
I. — Médicaments modifiant la cireulation pulmonaire et la coagulation
Ils sont au nombre de deux et ont chacun à leur
actif de très bons résultats.