L'OXYGÉNOTHÉRAPIE PAR VOIE SOUS-CUTANÉE
L’injeetion d'oxygène sous la peau est la dernière venue parmi les méthodes employées contre les hémoptysies. Sans doute certains auteurs avaient depuis longtemps préconisé l'oxygène au cours des hémorragies pulmonaires. M. Dumarest conseillait les inhalations continues d’oxygène pour éviter l'infection broncho-pulmonaire consécutive à la rétention bronchique du sang épanché. MM. Pigeon et Maison indiquaïent les injections sous-cutanées d'oxygène chez les tuberculeux hémoptoïques qui présentaient une défaillance cardiaque. Mais jusqu'en 1933 personne n'avait eu l'idée d'employer l'oxygène comme hémostatique.-
C’est une observation de MM. Ravina, Benzaquen et Bidas qui orienta vers cette nouvelle thérapentique. I s'agissait d’un malade dont l’'hémoptysie ‘fébrile et prolongée avait résisté à tous les traite-
ments habituellement mis en œuvre. Des injections
répétées de morphine ayant momentanément suspendu l’hémorragie, le malade put être examiné à l'écran et la constatation d’un foyer parahilaire droit avec intégrité du poumon gauche entraîna la déeision de tenter un pneumothorax droit. Les injections furent difliciles. Dans la même journée 250, puis 400 ce. d'oxygène furent injectés sans qu'on pût se rendre compte si on les introduisait dans la poche pleurale. Bientôt un emphysème sous-cutané important gagnant tout le thorax, la face et les membres supérieurs, à tel point que des incisions sus et sousclaviculaires furent jugées nécessaires. rendit compte de la perforation pulmonaire qui avait dû se produire. D'ailleurs ultérieurement, à écran, aucun décollement pleural ne put être mis en évidence. Ce qu'il y eut de remarquable, ce fut l’arrêt subit de l’hémoptysie au cours du développement de l’emphysème. Les auteurs se sont demandés si la distension gazeuse sous-cutanée considérable présentée par ce malade n’avait pas déterminé un phénomène réflexe susceptible d'arrêter l’hémorragie. Pour vérifier cette hypothèse, ils ont pratiqué dans deux cas l'injection d’un litre d'oxygène sans aucune autre thérapeutique et ont observé aussitôt la cessation de l’hémoptysie.
A la suite de cette communication, M. Courcoux appliqua systématiquement cette thérapeutique pour chaque hémoptysie qui survenait dans son service. Les résultats obtenus furent très encourageants. Sur 20 essais, l’arrêt de l’hémoptysie fut immédiat dans
12 cas. Dans 4 cas il fallut répéter pendant 2 ou 3 Jours consécutifs l'injection pour obtenir un résultat. Dans 4 cas l’hémoptvsie résista à l’injection d'oxygène et à toutes les thérapeutiques tentées.
Le volume de l'oxygène injecté a été variable, entre 300 et 600 ec. On peut aller jusqu’à un litre sans inconvénient. En effet la distension cutanée même si elle est très importante est toujours bien supportée. Le lieu de l’injection le plus favorable est la région thoracique, M. Coureoux conseille de la faire si possible du côté qui saigne, sans que cette localisation soit essentiellement à l'efficacité de la méthode. M. Pierre Bourgeois a essayé de pratiquer les injections dans le tissu cellulaire de la cuisse. Les résultats sont analogues, mais l'injection est moins commode et plus douloureuse.
M. Courcoux se sert de l'appareil oxygénateur de Bayeux qui est d’une grande précision. La seringue de Jousset, utilisée pour les insufflations de pneumothorax, est très suflisante. Son maniement est facile. Quand l'injection est terminée, nous rappelons qu’il est nécessaire de couvrir le point d'entrée de laiguille d’un peu de collodion et d’un leucoplaste pour éviter la perte d’une partie du gaz injecté.
Quant au mécanisme de l’action de l’oxygénothérapie, il est actuellement tout à fait inconnu. MM. Ravina, Benzaquen et Bidas pensaient que la distension cutanée considérable amenait un réflexe vaso-constricteur local susceptible d'arrêter l’hémorragie. Mais les résultats obtenus par l'injection dans