Interprétations de LEAN et de ZoLOTAREVSKY
a) ACCROISSEMENT DU NOMBRE DES INSECTES PENDANT PLUSIEURS ANNÉES CONSÉCUTIVES.
En raison des dimensions considérables des essaims apparus en 1928. LEAN considère comme très improbable la transformation brutale de « solilaria à gregaria » durant une seule génération (bien qu'aucun vol n’ait été signalé dans l'Afrique de l’Ouest avant juillet 1928). L'auteur pense que cette transformation s’est produite « graduellement » durant les générations précédentes et que sa cause doit être recherchée « en 1927 ou même en 1926 ».
De même, Zororarevsky (pp. 234 et 235) envisage une augmentation progressive du nombre des insectes au cours des années antérieures à 1928 : € leur nombre déjà accru en 1925 et au début de 1926, a donc pu encore augmenter pendant la saison des pluies de 1926... » :
b) EPOQUE D'APPARITION DES BANDES PRIMITIVES.
Les deux auteurs s’accordent à considérer que les bandes primitives ont pu apparaître dès 1927. Pour LEAN, certains espaces ne furent pas recouverts par la crue de 1926 (en raison du faible niveau atteint par la crue),la reproduction de l'espèce ne se serait pas trouvée interrompue pendant les hautes eaux, circonstance favorable à là « formation de la phase congregans ». En 1927, les conditions climatiques et la crue similaires, durent intensifier cette tendance vers le « congregans » et, en août, des essaims naïissants se sont probablement rassemblés.
Pour ZoLorarevsky, c’est au début de la saison des pluies de 1927 que l’apparition des premières bandes peu importantes de la phase grégaire aurait pu avoir lieu.
c) LIEUX ET CONDITIONS D’APPARITION DÉS BANDES PRIMITIVES.
; Les environs de Diafarabé seraient, d’après LEAN, le centre le plus important ; à l'appui de sa thèse, l’auteur a formulé les remarques suivantes :
— la montée des eaux semble provoquer la concentration des larves sur les lieux non atteints par l’inondation (a) et assurer ainsi le « développement de la phase congregans » ;
— les lieux où l’apparition de congregans est possible sont donc ceux où le maximum de la crue coïncide avec une période d'activité larvaire ; cette condition se trouve réalisée dans le Sud-Ouest de la zone d’inondation du Niger, tandis que dans le centre et le Nord-Est la crue arrive pendant la saison sèche, époque où il est présumé que les « solitaria » sont principalement à l’état adulte.
— l'habitat préféré pour l'espèce en sa phase solilaria est constitué par les aires à Veliveria nigritana et c’est précisément dans la région de Diafarabé que ce type de peuplement végétal présente sa plus grande expansion.
__ ZoLoTaREvsKkY situe également les lieux de première pullulation de l’espèce dans la partie méridionale de la zone d'inondation du Niger et en particulier au Sud et au Sud-Ouest du lac Débo ; les arguments suivants étayent solidement cette hypothèse :
— c’est dans la partie méridionale que furent signaléès les premières bandes de l'invasion de 19928 ; c’est également dans cette région que l’auteur observa, en 1932, une pullulation suivie de l’apparition de la phase congregans ;
— cette région appartient à une zone climatique favorable à l’espèce ;
— les terrains peu atteints par les crues y sont nombreux et permettent aux insectes de se reproduire pendant toute la saison des pluies, même à l’époque des crues ; les peuplements de Veliveria nigrilana sont seulement les stations d’une étape précédant la transformation dans la phase grégaire ; c’est surtout la zone de contact de la plaine avec ses abords ou ses îles qui peut offrir à l'espèce, pour sa pullulation primaire, des stations caractérisées par leur instabilité.
Reconsidérant la succession des événements survenus en 1928, ZoLOTA- REVSKY estime que les bandes apparues à San et à Diafarabé ont pu avoir pour origine non pas la pullulation des insectes locaux (comme le pense LEAN), mais l'installation dans ces régions d’un essaim peu important (et non remarqué) venu du Nord-Ouest en fin mai.
Cette hypothèse d’une provenance étrangère des insectes ayant engendré les bandes apparues à Diafarabé et à San est fondée sur les trois faits suivants :
— les essaims signalés à Gourma Rharous le 28 juillet ne sont vraisemblablement pas originaires des foyers de San ou Diafarabé distants de plus de 400 km. et dans lesquels les jeunes ailés sont apparus en masse seulement 12 jours plus tôt ; des bandes de larves devaient donc exister plus au Nord ;
— Je retard de l’époque d'évolution des larves apparues à San sur l’époque d'évolution des larves de la région de Diafarabé est en discordance avec les
(a) ZOLOTAREVSKY à montré au contraire que les larves n’abandonnent pas leurs stations lorsque celles-ci sont atteintes par la crue, mais qu’elles demeurent sur les herbes au-dessus de l’eau. Ce comportement constaté à nouveau à Dogo en 1950 (cf. pp. 123 et 154), est incompatible avec l'hypothèse de LEAN.
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climats locaux (les pluies étant plus précoces à San qu’à Diafarabé, les larves de la première localité auraient dû être en avance sur celles de la seconde) ; un vol venu du Nord-Ouest en fin mai et ayant pondu d’abord à Diafarabé, puis, quelques jours plus tard à San, expliquerait la discordance constatée ;
— les bandes larvaires de Diafarabé sont en retard de plusieurs semaines sur l’évolution des jeunes ailés — d'aspect non grégaire — capturés en même
temps, le 25 juin, soit 20 jours avant l'apparition des premières bandes d’ailés.