C. — LA FORMATION DES BANDES PRIMITIVES OÙ GRÉGARISATION
L'apparition de bandes de larves de la génération F, se produit seulement lorsque la densité des ailés F au moment de la ponte est et se maintient-supérieure à une valeur minimum critique dont l’ordre de grandeur est de 20 à 40 ailés aux 100 pas.
La probabilité de formation des bandes primitives dépend donc étroitement de la densité des ailés F présents dans les lieux où s’est réalisée la densation : cette densité est fonction du nombre des individus, de l’importance des surfaces disponibles et de la vitesse d’accroissement de ces surfaces. Le premier de ces facteurs a été discuté à propos des incidences du cycle sur les pullulations (cf. pp. 188-190) ; il joue un rôle capital, car d’une année à l’autre le nombre des ailés F est susceptible de varier dans d’énormes proportions ; le second facteur lié au relief est pratiquement invariable dans le temps pour un lieu donné ; le troisième dépend de la vitesse d’abaissement du niveau des eaux, ses variations annuelles sont assez restreintes (elles sont liées à l'importance de la crue : après une crue forte, le volume d’eau accumulé en amont du Débo est très élevé, les issues offertes à cette eau étant limitées à 3 marigots principaux ; il s'ensuit que, malgré l’élévation du niveau de l’eau dans les marigots, le débit n’augmente pas dans les mêmes proportions que le volume retenu).
Dans les lieux où le relief est tel qu’un faible abaissement de la cote détermine brutalement une augmentation considérable des surfaces exondées, les densités s’abaissent rapidement au-dessous de la valeur critique et la formation des bandes ne se réalise pas ; c’est le cas de la partie périphérique Nord-Ouest de la zone d'inondation (région située au Nord et Nord-Ouest d’Ouro N'Dia et de Tomara par exemple). Dans les lieux relativement bien drainés (comme la région de Tilembéya), l'extension des surfaces disponibles est également rapide ;
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10 années de surveillance ont montré que les conditions favorables à la formation des bandes y sont rarement réalisées.
Il apparaît ainsi que tous les lieux dans lesquels la densation peut se produire ne sont pas également favorables à la formation des bandes. Celles-ci apparaissent seulement dans les endroits où les densités d’ailés ont pu se maintenir élevées pendant une assez longue période. Ainsi les endroits où le retrait des eaux est le plus lent (plaines mal drainées, bords des cuvettes ayant perdu précocement leurs communications avec l’ensemble du réseau hydrographique et dans lesquelles l’abaissement du niveau dépend seulement de l’évaporation) sont particulièrement propices au maintien des ailés F ; ces endroits sont même: susceptibles de s'enrichir (par une nouvelle addensation) d'insectes ayant abandonné des espaces devenus moins favorables en raison du rapide asséchement du sol. |
Outre l'existence préalable de fortes densités d’ailés F, l'apparition des
bandes primitives est liée à la réussite de l’incubation des œufs F, ; cette dernière condition n’est réalisée qu’en certains points de la zone d'inondation et certaines années seulement. C’est la réussite du développement des œufs dans les lieux de densation des ailés F qui détermine le fonctionnement de ces lieux comme foyer grégarigène.
La formation proprement dite des bandes primitives se produit peu après l’éclosion des œufs F, ; elle semble inévitable dès que les densités de larves sont. suffisantes. Les conditions offertes par le milieu ne peuvent que favoriser le regroupement des insectes (par centrodensation) à une époque où le sol et la végétation herbacée se dessèchent rapidement. C’est à ce moment que se réalise la grégarisation.
D. — GRÉGARISATION. ET INVASION
En 1936, Zororarevsxy écrivait (p. 230) — en se basant sur le fait que plus de 30 années s'étaient écoulées entre les deux dernières grandes invasions du Criquet migrateur africain — que « les conditions nécessaires pour la transformalion massive de l’espèce dans sa phase grégaire ne se réalisent pas souvent ».
Les pullulations primitives (accompagnées de l’apparition d'insectes grégariens) qui furent enregistrées en 1943, 1947, 1949 et 1951 prouvent que la grégarisation survient plus fréquemment qu’il n’était possible de le supposer en 1936.
La divergence existant entre la fréquence des grandes invasions et celle de la formation des bandes primitives montrent clairement que l'apparition de ces dernières n’aboutit pas nécessairement au développement d’une invasion.
Ce point de vue s’oppose à celui récemment exposé par KEY (28) dans sa critique sur la théorie des phases. Cet auteur considère en effet la transformation phasée comme un « secondary concomitant » dans le développèement d’une invasion ou tout au plus comme un « minor contributing factor in which only cerlain aspects of the transformation are significant ».
Au lieu d’envisager la transformation phasée comme une cause accessoire
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