A. — CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES
+ Pour empêcher la formation des invasions, il suffit de supprimer une seule des étapes préparatoires : intromultiplication, expansion, nutpaenons densation, grégarisation ou‘postgrégarisation.
La lutte chimique, la seule qui soit en usage jusqu'ici, permet d’enrayer une invasion à l’étape de la grégarisation.
C’est en effet dès le début de la formation des bandes primitives, qu’une intervention chimique est à la fois efficiente et économique. Pour être réalisée au moment propice avec les plus grandes chances de succès, la lutte chimique exige la surveillance permanente de toute la région suspectée, c’est-à-dire celle de l’aire grégarigène entière. La lutte chimique n’est rentable que lorsqu'elle est appliquée à des populations de forte densité, c’est la raison pour laquelle les interventions n’ont pas lieu pendant les étapes d’intro- ou d’extromultiplication.
La destruction des insectes au moment de la densation (ailés F à l’époque de la ponte) est possible, mais les résultats ne peuvent qu'être imparfaits car
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les ailés se déplacent en fonction du retrait des eaux et leurs pontes se trouvent
échelonnées dans le temps et dans l’espace.
La lutte chimique est encore praticable lors de la postgrégarisation mais, à ce moment, la surface infestée peut déborder largement l'aire grégarigène proprement dite et des bandes risquent d’échapper à la surveillance la plus attentive ; l'ampleur de ces dernières exige la mise en œuvre de moyens bien plus importants que ceux nécessités par une lutte réalisée dès lé début de la grégarisation ; de plus, les résultats de ces interventions sont incertains.
L'utilisation de la lutte chimique pour là prévention des invasions d’Acridiens s’est avérée efficace dans le cas des espèces dont les aires grégarigènes sont connues et soumises à une surveillance permanente. Ce mode de prévention présente cependant un certain nombre d’inconvénients.
La lutte chimique est coûteuse : indépendamment des erédits importants utilisés certaines années dans l’action directe contre les Acridiens, des sommes considérables sont consacrées tous les ans à la surveillancé des aires suspectes. Bien qu'il soit admis maintenant que toutes les grégarisations survenant dans uné aire grégarigène n’aboutissent pas nécessairement à une invasion, la plus élémentaire prudence exige d'intervenir dès qu'une grégarisation se manifeste plutôt que d'accepter les risques d’une lutte plus onéreuse ét incertaine pendant la posterégarisation..
Des réussites remarquables ont été obtenues depuis 13 années grâce à la lutte chimique pour la prévention des invasions du Criquet migrateur africain ; cependant le coût de la surveillance permanente de l’aire grégarigène et celui des interventions réalisées contre les bandes primitives rend urgente la recherche de solutions plus économiques.
La prévention idéalé des invasions serait de transformer certains éléments du milieu pour empêcher définitivement la formation de bandes primitives. Si l'éradication de l’espèce est, de nos jours, impensable, il est permis par contre d'envisager la suppression du risque d’invasion en modifiant les conditions naturelles et en rendant le milieu inapte à assurer le déroulement normal des étapes qui paraissent nécessaires à la préparation des invasions.
B. — LA PRÉVENTION ÉCOLOGIQUE 1. — Généralités.
La prévention écologique à précisément pour objet de transformer lés conditions du milieu, dé manière à rendre définitivement irréalisables les ne de densation et de grégarisation. Tandis que la lutté chimique n’a qu’un effet temporaire, la prévention écologique devrait apporter, ainsi que l'écrit UvaROv (66a), une solution radicale du problème. | :
Les éléments sur lesquels il est possible d’ intervenir sont d'ordre physique et d'ordre biologique.
S'il accepte d’y mettre le prix, l’homme péut aujourd'hui exercer son action :
sur un grand nombre de facteurs physiques : transformation du relief, aména-
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gements hydrauliques, précipitations artificielles ; il ne peut être question
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d'investir, dans l’unique but de la prévention acridienne, des crédits d’une am-
pleur comparable aux déprédations subies lors des invasions les plus désastreuses ; cependant des solutions très onéreuses pourront être envisagées si elles
ont pour corollaire la mise en valeur de nouvelles régions et la création de res-
sources suffisantes pour assurer dans des délais raisonnables l’amortissement des énormes sommes invésties.
Toute action sur les facteurs physiques du milieu entraîne un bouleversement des éléments biologiques de ce même milieu, mais une action directe de l’homme sur les facteurs biologiques suffit parfois à modifier, de façon aussi importante, les conditions de vie d’une espèce, tandis que le coût de l'opération est dérisoire en regard des capitaux exigés par une intervention directe sur les
éléments physiques du milieu.
2. Possibilités d’une prévention écologique par l'intervention sur les facteurs biologiques.
Notre ignorance de la biologie des ennemis du Criquet migrateur est telle qu’on ne peut encore envisager la moindre action en leur faveur.
On peut cependant rappeler ici comment la prévention des pullulations dans la région de Dogo pourrait être complétée par une intervention contre Ochrops agrestis Wisp., Tabanide qui interdit aux troupeaux l'accès des plaines Ë non encore incendiées. Si l’on parvenait par des méthodes de lutte directes ou indirectes (utilisation de produits répulsifs ou insecticides dont on pourrait imprégner la toison des animaux par exemple) à protéger les troupeaux contre ce Diptère, les plaines des étages à Eragroslis gangelica et à Veliveria nigrilana seraient occupées par le bétail dès l’époque de l’évolution larvaire de la génération F, ; il en résulterait la destruction d’un nombre important de stations de larves (piétinement de la végétation, installation d'oiseaux prédateurs...) (cf. pp. 51, 91). |
3. — Possibilités d’une prévention écologique par l'intervention sur les facteurs physiques.
Dans la zone d'inondation du Niger, les conditions naturelles offertes au Criquet migrateur sont différentes d’un lieu à un autre ; la région Sud-Ouest du
Jac Débo est une de celles qui présentent à la fois une grande durée des périodes
propices à la reproduction et une répartition bien équilibrée des périodes défavorables (cf. fig. 60) ; c’est de plus dans cette région que la fréquence d’apparition des bandes primitives fut la plus grande. Si l’on parvenait à modifier certains des éléments du milieu qui font l'originalité de cette partie de la zone d'inondation, un premier pas serait fait dans le sens de la prévention des grégarisations.
Une des caractéristiques notées plus haut (cf. pp. 21-23, 26-27, 183) est la présence — dans la plaine qui s'étend depuis les toguérés de Dogo, Sabouniaka, Sarédina, jusqu’à la Bourgoutière — de vastes étendues très mal drainées qui
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conservent leur végétation jusqu’à une époque très avancée de la saison sèche.
Il serait relativement aisé de modifier cette situation par l'aménagement d’une série de canaux qui, en reliant entre elles les dépressions de la plaine et celles-ci à la bourgoutière, assuréraient une rapide évacuation des eaux à la décrue. La dessiccation du sol s’en trouverait accélérée et la réussite de l’incubation des œufs de la génération F, se trouverait gravement compromise (on sait que c’est précisément en F, que se forment les bandes primitives). De tels aménagements pourraient être réalisés progressivement : une expérience préliminaire serait constituée par le percement d’un canal long de 4 à 5 km. qui prolongerait le marigot de Sarédina depuis la mare Hayré jusqu’à la bourgoutière ; une seconde étape comporterait l’approfondissement du marigot de Doundéoui et de ses affluents (Petit et Grand Tamadji) jusqu’au Ouallado. Les mares Diari, Andarawal, Kokona (Petit et Grand), qui sont déjà imparfaitement reliées entre elles par des dépressions ou des marigots, seraient ensuite reliées, elles aussi, à la plaine à Echinochloa stagnina par un troisième canal. Les autres mares et dépressions pourraient être réunies au réseau principal par des canaux secondaires.
Un tel programme d'aménagement local ne peut être conduit qu'avec la plus grande prudence. L’expérience préliminaire devra être surveillée pendant plusieurs années consécutives avant que ne soit abordée la seconde étape. Il est indispensable en effet de connaître toutes les incidences de la transformation proposée sur la population acridienne ; des conséquences imprévisibles sont susceptibles d’apparaître lors d’une année remarquable par une pluviométrie ou une crue assez différente de la normale. Il sera nécessaire également de suivre
de très près les changements qui pourront survenir dans la végétation et dans :
les populations des autres espèces d’acridiens. A ce sujet, la présence de Nomadacris seplemfasciala ne devra pas être négligée. Les conditions de pullulation de cette espèce ne sont pas identiques à celles de Locusta migratoria et il serait inutile d'empêcher les invasions de cette dernière espèce si les modifications du milieu rendaient possible la pullulation de la première.
Les mesures expérimentales préconisées ci-dessus ne prétendent pasapporter une solution définitive au problème de la prévention des invasions car, certaines années (comme en 1950-1951), d’autres parties de la zone d'inondation (région de San en particulier) sont aptes à assurer la formation des bandes ; elles nécessiteront des recherches comparables. Les aménagements proposés ne paraissent pas susceptibles d'accroître les possibilités économiques de la région intéressée puisqu'ils ont pour but d’accélérer l’assèchement (les cultures de décrue risquent de se trouver défavorisées), mais ce n’est pas là un inconvénient grave si l’expérimentation préliminaire permet d'espérer que toutes les pullulations du secteur intéressé se trouveront enrayées avant la grégarisation. La diminution du coût de la surveillance permanente qui en résulterait serait l’expression de la rentabilité de la transformation réalisée.
D’autres modifications du milieu peuvent être envisagées pour entraver non plus la grégarisation, mais les étapes précédentes : intromultiplication et extromultiplication. La suppression des feux de brousse pourrait conduire
Pr
à une transformation profonde du tapis végétal dans lequel les pyrophytes céderaient du terrain au profit d’autres espèces ; peu à peu on devrait assister au peuplement des espaces dénudés et à l’extension des phanérophytes dans les parties soumises à une inondation de durée assez faible. |
L'interdiction des feux de brousse aura malheureusement l'inconvénient de soulever les plus grandes difficultés dans son application : comme l’a fait remarquer GUNN (19) à propos de l’utilisation de cette méthode pour la pré- . vention écologique de Nomadacris seplemfasciala, il est possible que les dépenses continuelles qui devront être consacrées à la prévention et à la lutte contre les incendies soient aussi élevées que le coût actuel de la prévention des invasions par la surveillance de l'aire grégarigène et la lutte chimique contre les bandes primitives. Une telle transformation ne peut donc être retenue ; elle est inapplicable et ses répercussions sur l’économie pastorale des populations peules seraient déplorables.