‹ Étude écologique de Locusta migratoria migratorioides Rch. et FrmChapitre 76 sur 146 · À ALIMENTATION · texte numérisé non relu

À ALIMENTATION

Fic. 39. — Comportement de deux larves def Locusta dans leur station.

Les observations suivantes ont été faites chronologiquement : 9h. 10, la larve est sur une feuille de R. corymbosa, le corps exposé perpendiculairement aux rayons solaires ; 9h.12, elle descend au sol et se déplace de 10 cm. (sans sauter) : 9 h. 13 à 9 h. 15, elle grimpe sur une feuille de Panicum longijubatum dont elle s’alimente, le dos exposé au soleil ; 9h.15, elle se retourne, la tête face au soleil, le reste du corps à l'ombre

d’une feuille ;

(a) Voir note (a), page 68.

9h.25, elle se place à nouveau au soleil, le corps perpendiculaire aux rayons ;

9 h. 30, l’insecte se déplace de 50 cm. en trois sauts et se trouve complètement à l’ombre sur une tige sèche de R. corymbosa ;

9 h.31, :1l grimpe sur une autre,tige et s'arrête à 20 cm. du sol, le dos au

soleil ; 9h.37, après deux bonds successifs de 10 cm. il se trouve à l’ombre, sur une \ feuille d’E. gangetica. Un vent faible fait osciller la feuille sur laquelle

il est perché ; il saute à nouveau de feuille en feuille, s'arrête un instant la tête dirigée vers le bas, se retourne ; 9 h. 40, il est immobile sur tige de R. corymbosa, la tête au soleil ; 9 h. 46, il penche la tête à droite et ses antennes remuent ; 9 h, 48, le vent fait bouger la tige qui le porte, le Criquet reste immobile ; 9 h. 49, il saute au sol et s'arrête une minute, le côté gauche exposé au soleil ; 9 h. 50, il s'oriente, le corps faisant un angle de 459 par rapport aux rayons du soleil, la tête face au soleil ; 10h., ils’alimente, le dos au soleil, aux dépens d’une feuille flétrie. A ce moment les conditions microclimatiques étaient les suivantes :

Température Humidité

relative (a) eursol nu fsec) au soleil. MANN. em on, 40,50 C. (54 %) dans une touffe de Vetiveria. . . … . + à: . + . » 26° C. dans une touffe de Rhynchospora. . . . . . . . . . 28°C. (89 %) à l’ombre des feuilles d’ÆE. gangetica.. . . . . . . . 35° C,

10 h. 04, il fait un bond de 10 em. ;

10 h. 06, défécation ; il dévore une brindille terreuse (Rhynchospora ?)

10 h. 10, il est immobile sur une feuille, une chenille arpenteuse (Lep. Geometridae) passe à 5 cm. devant lui sans provoquer de réaction perceptible (pas même un mouvement d’antenne) ;

10 h. 13, il fait 3 bonds de 5 à 20 cm. ;

10 h. 15, 4 nouveaux sauts ; il se retrouve près de l'endroit où il s’alimentait à 10 h. ; il s’arrête le corps faisant un angle de 459 avec les rayons solaires (côté gauche au soleil, la tête en direction opposée) ;

10 h. 17, il se déplace de 5 cm. et expose cette fois son côté droit au soleil ;

10 h. 21, il est disparu.

La distance totale parcourue par la larve est de l’ordre de 2 m. 50 en 70 minutes. Le trajet suivi n'étant pas rectiligne, la larve se trouvait à la fin de l'observation, à 0 m. 70 du point de départ. Trois périodes de prise de nourriture ont été notées dans le même temps. À partir de 9 h. 40, la larve est restée constamment au soleil, ses séjours au sol furent chaque fois de courte durée. À 10 h. 13, une exaltation de l’activité s’est manifestée spontanément, après une quarantaine de minutes d’insolation permanente. Le fait que la larve n’ait pu être retrouvée après sa disparition suggère qu’elle a dû se dissimuler à l'ombre d’une touffe de Graminée.

(a) Voir note (a) page 68.

126 G. REMAUDIÈRE

Dans la même station une larve femelle verte du stade III a été observée

(fig. 39).

10 h. 27, elle est perchée sur une feuille de Polygonaceae (?), à 10 cm. du sol ; tête et thorax au soleil, abdomen à J’ombre ;

10 h. 29, le vent fait remuer son support et provoque (?) son départ : déplacement de 15 cm., arrêt au sol, à l'ombre : température 360 C., humidité relative 75 % ; au soleil, la température au sol est de 380 ce

10 h, 38, déplacement de 15 cm,, la larve se place sur une tige sèche et verticale de R. corymbosa et s’immobilise à 5 cm. du sol, la tête au soleil :

10 h. 55, elle redescend au sol, et s'arrête la tête au soleil, l'abdomen à l’ombre ;

. 10 h. 59, elle se place complètement à l’ombre (à l’exception des antennes) ;

IT h,8, position inchangée : température à l'ombre 36 ; humidité relative 81 %; température au soleil, au sol : 419 € : :

12h. position inchangée, capture de la larve.

La larve était molle, prête à muer. Ce fait est vraisemblablement en rapport avec son immobilité.

Les deux séries d'observations mettent en relief Ja grande inertie des larves : il est possible de s'approcher à moins de 50 cm. sans provoquer de réaction ; elles ont pu être photographiées à 33 cm. sans perturbation (phot.31).

Dans le but d'obtenir une meilleure estimation de l’errance individuelle, les larves d’une portion délimitée de la station ont étééliminéesetle repeuplement du vide ainsi créé a été étudié : 17 larves ont été récoltées le 4 août, sur un espace de 12 m. sur 8, en 4 heures de recherches ; une larve seulement ayant été recueillie au cours de la quatrième heure, on peut admettre que le nombre des larves subsistant dans la parcelle est négligeable auprès des 17 individus capturés. Des jalons ont été placés à chaque lieu de capture ; la parcelle fut visitée 24 heures plus tard : 12 larves furent à nouveau rencontrées. Leur distribution semble indiquer deux voies principales de pénétration dans l’espace vide. La faible distance séparant ces larves de la bordure de la parcelle montre que les déplacements au cours de ces 24 heures furent de faible envergure : de l’ordre de quelques mètres seulement.

Des essais de marquages furent entrepris en vue de préciser les distances parcourues par les larves. Des lots comportant respectivement 74, 25, 47 et 30 larves ont été relâchés, après marquage (a), en 4 points distincts. Quelques larves seulement ont été reprises le lendemain à 1 ou 2 mètres de l'emplacement où elles avaient été libérées. Les autres larves n’ont pas été retrouvées.

4. — Facteurs susceptibles de modifier le nombre de larves F2 et leur densité,

Les larves F, ont évolué dans des conditions très favorables à leur développement. Dans chaque station,les densités n'ont pas varié sensiblement jusqu’à

(a) Un carré de cellophane adhésive de 2 mm. de côté était appliqué sur une face latérale du pronotum. Les larves maintenues en cage conservaient très bien ces marques qui demeu raient adhérentes à l’exuvie.

l’apparition des ailés. C’est seulement dans les endroits où la montée des eaux a été trop brusque que la disparition de farves s’est produite (cas de la mare Hayré). at

L'arrivée tardive des pluies favorise l’apparition de densités élevées en déterminant l’éclosion simultanée de toutes les pontes antérieures, alors que des pluies précoces permettent la sortie non retardée des larves, une quinzaine de jours après la ponte. C’est là un cas de la simuldensation définie par PASQUIER (40).

Le maintien de la densité élevée des larves F,, dans les espaces non incendiés, est assez surprenant si l’on considère que les espaces voisins offraient des conditions également favorables. Les faibles déplacements des larves n’expliquent qu’en partie cette constatation. En fait, s'il n'y eut pas une diminution appréciable de la densité « superficielle » (nombre de larves par unité de surface), un abaissement sensible de la densité « spatiale » (nombre d'individus par unité de volume de végétation) s’est produit, Pendant la saison des pluies, la croissance active des plantes détermine en effet une augmentation considérable de l’espace à trois dimensions dans lequel évoluent les larves. L’estimation de la densité spatiale ne devrait d’ailleurs pas seulement tenir compte du volume global occupé par la végétation, mais aussi de la densité de cette végétation.

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