Toguérés de Dégué, Laougna, Saré Kouyé, Fétodjié
Les populations rencontrées sur ces toguérés étaient sensiblement au même état de développement que celles observées dans la région de Dogo à la même époque. Le graphique (fig. 51, lignes 4 à 7) montre en effet la prédominance des jeunes ailés à partir de la 2e décade de novembre, à Saré Kouyé et à Fétodjié comme à Sarédina.
Les plus fortes densités ont été constatées sur le toguéré de Saré Kouyé : les 9 et 10 novembre, on pouvait dénombrer 20 à 40 ailés aux 100 pas sur plusieurs hectares. Dans un espace à végétation homogène d’environ 1 hectare, 241 ailés et 25 larves ont été capturés en 2 heures, la densité des ailés dans cette station est passée de 25 aux 100 pas (avant les captures) à 10 aux 100 pas (après les captures). Les 241 ailés capturés correspondant à une diminution de la densité de 15 aux 100 pas ; la station occupant environ un hectare, on peut admettre que, dans le cas présent, une densité de 1 aux 100 pas correspond approxima-
tivement à Le — 16 individus à l’hectare, la population initiale de la station
peut être évaluée à 16 x 25 — 400 ailés.
Le raisonnement précédent est basé sur l'existence d’un rapport entre le nombre d'individus observés sur 100 pas et le nombre d'individus à l’hectare. D’autres considérations font penser que ce raisonnement est incorrect Car, logiquement, une simple division ne peut permettre de passer d’une densité linéaire qui varie arithmétiquement à une densité superficielle qui varie géométriquement. L’opposition de ces deux points de vue est plus apparente que réelle car le nombre d’indi-
Fi. 52. — Conditions microclimatiques offertes aux larves F, présentes sur le toguéré de Sarédina le 13 octobre 1950, de 7 h. 30, à 18 heures, Pour les humidités relatives voir note (a)
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166 G. REMAUDIÈRE
vidus observés sur 100 pas ne peut absolument pas être considéré comme l'expression d’une densité linéaire ; la seule valeur représentative d’une densité linéaire est la moyenne des distances qui séparent un individu de tous les individus voisins (distance interindividuelle). La distance interindividuelle moyenne ne peut être déduite directement du nombre moyen d'individus observés sur 100 pas car, lors des comptages,.les insectes situés au delà d’une certaine distance de la ligne de passage de l'observateur ne sont pas perturbés. Les décomptes aux 100 pas fournissent ainsi une évaluation du nombre d'individus présents sur la « surface de perturbation », ils expriment donc une densité superficielle et non une densité linéaire.
Le rapport qui permet de passer directement du nombre d'individus aux 100 pas à la densité à l’hectare est fonction de la longueur des pas et de la distance au-delà de laquelle un ailé n’est plus perturbé (distance limite de perturbation) ; dans le cas présent, un calcul indirect a montré que 1 individu aux 100 pas correspond à 16 individus à l’hectare ; on peut en déduire la distance de perturbation :
— la surface individuelle (surface occupée par chaque individu) est égale à 10.000/16 nm»,
— comme on a 1 individu aux 100 pas, la surface de perturbation est égale à la surface individuelle,
— la longueur moyenne des pas étant de l’ordre de 0,80 m., la largeur de la bande de perturbation (largeur égale au double de la distance de perturbation) est de 10.000/16:%x 0,3 X° 100 = 7,8 m.,
— la distance de perturbation est donc de l’ordre de 4 m. Cette valeur limite calculée est en accord avec l’observation : aucun ailé ne se levait à 5 m. de l’observateur. y S
Si l’on avait raisonné sur la base d’une équivalence entre le nombre aux 100 pas et la distance interindividuelle, on aurait obtenu pour 1 ailé aux 400 pas (c'est-à-dire pour une distance interindividuelle de 80 m.), une surface individuelle. égale à (807 x 3/2 — 5.542 m°? (chaque individu est supposé théoriquement au centre d’un hexagone régulier : si la distance interindividuelle est a, le rayon de l'hexagone est a/V 3, d’où sa surface a°V3/2). La bande de perturbation aurait donc pour largeur 5.542/80 # 70 m.; cette largeur est près de 10 fois supérieure à la largeur réellement observée.
Cette discussion nous autorise donc à passer directement, par une simple division, du nombre d'individus trouvés sur 100 pas au nombre d'individus à l’hectare. Le rapport n’est cependant pas constant, car il dépend de la longueur des pas et ‘le la distance limite de perturbation ; ces grandeurs peuvent varier d’un observateur à l’autre, d’un type de végétation à un autre (le facteur température est exclus, car les décomptes aux 100 pas ne doivent être faits que lorsque la température est favorable à l’envol des insectes).
Si l’on approfondit la notion de distance de perturbation, on voit sa complexité et son caractère arbitraire : ,
— la distance de perturbation diminue lorsque la hauteur et la densité de la végétation augmentent,
— elle varie aussi avec la taille de l'observateur et la vitesse de sa progression, si l’on admet que la perturbation est liée à une réaction optomotrice de l'Acridien,
— la disiance de perturbation est une conception théorique dans laquelle on postule que tous les individus situés en deçà de cette distance s’envolent et que tous ceux situés au delà ne réagissent pas ; en fait, la réalité est certainement plus complexe, Ainsi que me le fit observer M. Pasquier, la probabilité d’envol d’un individu situé à l’intérieur de la bande de perturbation n’est pas une constante ; les chances d’envol d’un insecte situé près de la ligne de passage de l’observateur sont plus grandes que celles d’un insecte situé près de la limite de la bande de perturbation, La courbe représentant la variation de la probabilité d’envol en fonction de la distance se rapproche vraisemblablement de la courbe figurative d’une série de Poisson. Malgré le caractère arbitraire de cette « distance de perturbation »,
nous considérons qu’elle permet d’avoir une relation satisfaisante entre la densité aux 100 pas et la densité à l'hectare. Ceci est lié au fait que — en pratique — cette distance varie peu : elle est de l’ordre de 4 à 5 mètres dans la plupart des observations faites sur les différentes générations.
Le toguéré de Fétodjié hébergeait le 23 novembre, des densités allant de 4 à 15 aux 100 pas sur des dizaines d’hectares.
A Dégué, une seule station de faible étendue a été observée, à faible distance de la mare Babel ; densité : 1 ailé aux 100 pas. Aucun Locusta n’a été vu sur le toguéré de Laougna. |
Les espaces occupés par l'espèce sur les divers toguérés présentaient entre eux de fortes ressemblances : la plante dominante était partout Cenchrus catharticus, elle atteignait un développement beaucoup plus grand qu'aux environs de Dogo : 0 m. 30 à O0 m. 60 (contre 0 m. 10 à O0 m. 30).
Les plaines bordant ces toguérés étaient totalement inondées en novembre ; les ailés y étaient extrêmement rares.