II. BUT
Le but de Fépitre se déduit de la pensée dominante que nous venons d'indiquer. L'auteur veut rappeler les Judéo-Chrétiens à la religion réelle, vivante et profonde. Le formalisme sous toutes ses formes et avec toutes ses conséquences, la foi de tête, l'absence de vie, l'égoïsme amer et vaniteux étaient
XX PROLEGOMENES.
inhérents au caractère national des Juifs, et viciaient profondément leur religion au temps de J. C. — Les Judéo-Chrétiens en conservaient nécessairement quelque chose, et c'est ce reste du vieil homme que leur apôtre combat avec une sainte et chrétienne énergie. — Cela ne suflirait-il pas pour montrer que Jaques, judaîsant dans la forme, était profondément évangélique dans le fond ?
Au but premier s'en ajoute un autre accessoire et occasionnel.
L'écrivain sacré parle à des hommes souffrants. Son début suffirait à le prouver. Il leur prêche la patience, la prière et Fespérance. — De quelle nature étaient ces souffrances? Cela n'est pas bien clair; mais l'on peut croire d'après les couleurs employées et d'après l'histoire de la première Eglise, que la misère, la persécution au moins indirecte, et l'oppression exercée par les riches y concouraient à la fois* L'auteur sacré semble en particulier préoccupé de l'antagonisme des riches et des pauvres, spécialement des torts des premiers.
m. PLAN.
Aucun plan n'est apparent; mais la profondeur des pensées fait supposer a priori que St Jaques n'aura pas écrit au hasard et sans ordre. Une méditation attentive réussit à démêler cet ordre réel par dessous le flot des sentiments, la brusquerie des formes et la concision des phrases. — Voyez le commentaire. .
IT. IIPORTAirCE ET UTILITÉ DE L'ÉPITRE.
Ce qui a été dit de son esprit et de ses tendances suffît à montrer quelle mine féconde elle ouvre, si ce n'est au Théologien, du moins au Chrétien penseur et sérieux.
Il y a plus. Elle a pour nous l'utilité spéciale qui résulte de la face particulière du Christianisme qu'elle nous présente. Il ne faut pas oublier que la Bible a été donnée au monde chrétien sous une forme successive et occasionnelle. L'effet quelle doit produire
PROLEGOMENES. XXI
sur les âmes, et la foi qui doit en être extraite sont donc de nature complexe, et doivent être simultanément déduits de ses élémens les plus divers. Les trois principaux docteurs du N. T., Jean, Paul et Jaques, représentent des tendances diflérentes, et, malheureusement pour TËglise, ils ont eu tous trois des zélateurs exclusifs, qui en cela méconnaissaient la nature de la Bible et la volonté de Dieu. — Le Théologien sensé, le Chrétien véritable agissent autrement. Ils acceptent tout ce que Dieu leur donne, et combinent dans leur vie et dans leur foi ces rayons diversement colorés, dont la réunion produira la lumière qui réchauffe le cœur et féconde l'intelligence.
On a dit que, si nous ne trouvions dans le N. T. d'autre docteur que St Jaques, notre foi serait bien incomplète. Il est vrai, mais, si nous n'avions pas J'épître de St. Jaques, ne le serait-elle pas aussi?
ABREVIATIONS A EXPLIQUER.
It. an interprète.
lu. Bs interprètes.
ms. »s manuscrit.
mss. !=» manuscrits.
an. Xty. «s ana^ Xsyo/ueyoy (mot ne se rencontrant qu'une fois).
&n. Xtyy. =i- âncc^ X$y6fxtya,
âtç Xty, =a éiç Xtyofiiyoy (mot ne se rencontrant qne deux fois).
schn. sk. scbneckenbdrckr.
scharl. bbs scharlirg.
Gr. =» Griesbach.
SCH. as SCHOLZ.
Lachh. sa Lachhann.
TiscH. s= Tischendorf.
Alex. =B Alexandrin.
Occ. = Occidental. Syr. = Syriaque.