‹ Étude et commentaire sur l'Épitre de St. JaquesChapitre 2 sur 100 · VI AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

VI AVANT-PROPOS

ce travail, il a voulu accomplir un devoir, sans compter sur un succès qu'il espère peu ; et il n'ose réclamer qu'un seul éloge, celui d'avoir parlé avec une constante franchise, sans reculer devant aucune question délicate.

Si, contre son attente, le succès de ce livre l'encourageait à d'autres publications exégétiques, l'auteur essaierait (en supposant que Dieu lui en laissât le temps et la force) de rédiger sous une forme semblable ses leçons sur les deux épîtres aux Corinthiens.

A ces brèves explications il croit devoir ajouter quelques mots sur deux points importants: sa méthode et sa foi.

La méthode exégétique de ce commentaire sera peut-être traitée çà et là d'exégèse pratique, et condamnée en conséquence. On paraît être d'accord en effet que l'exégèse pratique et l'exégèse scientifique doivent soigneusement rester distinctes.

Mais ce reproche ne serait pas fondé. Ce n'est pas ce qu'on appelle proprement exégèse pratique, qu'on pourra rencontrer ici, mais seulement celle que la nature spéciale de Tépître de St. Jaques rend impérieusement nécessaire. Un écrit qui se résume tout entier en tendances morales, rattachées à des principes chrétiens par l'étude de l'âme, de ses besoins et de ses misères, un tel écrit ne peut être éclairci, ne peut être compris, qu'en s'aidant de l'examen de ces tendances, de celui de leiu*s sources et de leurs effets.

Au reste l'auteur avoue franchement qu'il n'est pas sans avoir quelques doutes sur les principes ordinaires au sujet de l'exégèse pratique, et il craint qu'il n'y ait là-dessous quelque confusion d'idées.

Qu'entend-on par exégèse pratique ? Est-ce celle qui se propose pour but principal des applications morales, et qui s'efforce de les déduire de chaque ligne du texte, au risque de mutiler ou de dénaturer la pensée de l'écrivain? Dans ce cas il n'a aucune velléité de la défendre. Ce n'est point celle qu'il aime et qu'il croit utile; ce n'est point celle qu'on trouvera dans ce livre.

Mais serait-ce, par hasard, celle qui, en étudiant les leçons et la pensée d'un écrivain sacré, n'en veut rien perdre, et cherche

AVANT-PROPOS. Vil

à les éclaircir, à les mettre de partout en lumière, non seulement par l'analyse des mots, des phrases et même de l'idée, mais encore par rétude de leurs rapports avec l'expérience et la vie? Cette exégèse-là, l'auteur la croit bonne, nécessaire et même scientifique. Il veut la pratiquer toujours et souhaiterait la répandre. Comment interpréter en effet sans tout comprendre, et comment comprendre tout, si Ton ne sent rien et si l'on n'a rien éprouvé? Comment se rendre compte des enseignements et des raisonnemens de Jaques ou de Paul, comment en bien saisir le but et la valeur, sans en observer l'effet sur l'âme des autres et sur la sienne? Comment jetter une clarté suffisante sur ces antiques et saintes paroles, obscures en fait par tant de côtés, sans discerner, analyser et soigneusement exposer le sentiment qui les dicte, la sympathie qu'elles doivent exciter, et la transformation morale qu'elles tendent à produire? Non! aucun véritable exégète ne le niera: Un morceau de St. Jaques, de St. Paul ou de St. Jean qui n'est pas plus ou moins appliqué, n'est pas complètement expliqué.

L'exégèse partiale et dédaigneuse qui ne prétend parler qu'à rintclligence, et qui dénie au cœur et à la vie toute part dans l'interprétation des auteurs sacrés, cette exégèse-là a fait son œuvre et son temps. Elle est jugée. Laissons donc là ses vieux errements.

Enfin l'auteur tient en finissant à faire sa profession de foi sur une grave question qui préoccupe à cette heure les églises de France: l'inspiration du N. T. La condition particulière de l'épître de St. Jaques lui en fait une espèce de devoir; et, s'il ne disait pas ici nettement sa pensée sur ce point, à coup sûr on la chercherait dans son livre.

L'auteur a toujours repoussé la doctrine de la théopneustie absolue, et saisi toutes les occasions directes ou indirectes de la combattre. Mais en même temps il a toujours professé et professe encore une foi sincère et profonde à l'inspiration des Apôtres et de leurs compagnons d'œuvre.

De ces deux doctrines, selon lui très-diverses, l'une est à ses

Yiri AVANT-PROPOS.

yeux une hypothèse anticritique et sans fondement, l'autre un Tait biblique et certain.

Cette double conviction, qui admet Vinspiration des auteurs sacrés, sans attribuer à leurs écrits les privilèges absolus de la théopneustte , est générale dans l'Eglise de Genève. L'auteur est heureux de se sentir en accord sur ce point non seulement avec ses collègues et ses frères, mais encore avec des guides et des appuis comme Tholuck et Juuus Muller. Il espère avoir dans une publication peu éloignée (^), si Dieu le permet, l'occasion d'exposer plus nettement et plus systématiquement ses vues à ce sujet.

St. Jaques est pour lui, si ce n'est l'un des douze Apôtres O, du moins un apôtre de fait, associé à l'œuvre apostolique comme StPaul, quoique d'une manière différente et peut-être plus humaine.

Malgré quelques erreurs critiques, et quelques lacunes plus apparentes que réelles dans sa dogmatique, cet homme apostolique avait droit de parler avec autorité à l'Eglise de Christ, et il a droit aussi à en être écouté avec soumission et respect.

Heureuse cette église, si elle eût été plus souvent et plus profondément pénétrée de la sagesse paisible et céleste qu'il lui prescrivait !

Si, par* la bénédiction de Dieu, ce nouveau commentaire faisait mieux comprendre, relire plus attentivement et étudier avec plus de fruit l'épitre du frère du Seigneur; si la piété pratique, douce et intérieure dont il donnait à la fois la leçon et l'exemple, en était ranimée chez quelques fidèles, l'auteur se croirait richement payé des longues et souvent pénibles heures qu'il a consacrées à ce travail.

GENEVE, le 6 Seplembre 1850.

(^) Manuel d'Herméneotiqae.

(') Voir les prolégomènes.

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