PRIÈRE PARFAITE
des lit, et qui n'est pas suffisamment prouvé par l'emploi douteux de àTtXâvrjç, 2 Cor. IX , 13, dans le sens de libéralité.
Mrj oveiôl^orroç. Beaucoup d'Itt. traduisent ici littéralement: qui ne diminue point le prix de ses bienfaits en les reprochant plus tard. Scharling dcyeloppe ainsi toute la proposition: ,Jn Deo ne cogitari quidem possunt quae in hominibus haud raro rogaturoa déterrent: 1. exorandi difficultas; 2. beneficiorum expro* bratio/' Mais en vérité ce serait là un anthropomorphisme étrange et sans analogue dans la Bible. Il vaudrait mieux expliquer ces mots par un hébraîsme, en les rapprochant de tzi'^lari, faire honte à celui qui demande, le renvoyer honteusement et à vide. Il est vrai qu'on ne trouve ni dans les 70, ni ailleurs, aucun exemple qui autorise à expliquer oveiâl^eiv par Koraiaxvy^^v. Mais on pour* rait lui supposer un sens assez rapproché, celui de rebuter, traiter durement, mal recevoir. Il ne s'agirait pas ici de reproches adressés par humeur après le bienTait, mais d'accueil sévère, fait à des pécheurs qui demandent grâce et miséricorde.
Jod^oexau fl y a un sujet sousentendu : alràfieyov, ou plutôt aoq>la. Ce verset semble faire allusion à Matt. VII, 7. 11, et Luc. XI, 12, ou du moins trahir chez l'écrivain le souvenir vivant de ces paroles de J. C. Dans d'autres endroits de cette épttre on peut faire la même observation. Voyez II, 8; V, 12. 20. Cette remarque est d'un grand intérêt dans un écrit sacré, si peu évangélique dans la forme, quoiqu'il le soit profondément en réalité.
6. Ahelrœ, mot répété du verset précédent. Scrneck.: „Est haec Jfacobi consuetudo, ut verbis semel adhibitis simplici quâdam gravitate iterum utatur, ubi variandi esset occasio.'^ Voyez dans ce paragraphe et dans le précédent les emplois répétés de vtco- ^ovq, réXeioçy Xelno^at, aheïv, et remarquez la force pleine de noblesse et de simplicité que. ces répétitions donnent au discours. Voyez encore v. 13. 14. 23; ffl, 2. 4. 8; IV, 8. 11 ; V, 8. 17.
^v Ttlgeiy avec foi. La foi est évidemment prise ici dans un sens purement subjectif, comme une ferme volonté et une confiance entière dans le pouvoir de celui qui est imploré. Comparez Hatt. XXI, 21 ; Marc XI, 23. 24, que Jaques parait avoir dans l'esprit. Comparez encore Rom. IV, 20.
^ Il a fallu une étrange négligence du contexte de ce passage
et une singulière passion dogmatique pour donner ici, comme on Fa fait, à nlgiç un sens objectif, et en conclure la nécessité d*une croyance bien complète et formulée pour être exaucé. Voyez plus bas n, 14.
JiccxQivôfAevoç, JuxxQlvcjf distinguer, préférer, rendre un jugement. Au moyen ôuxxçlvofÂai peut avoir le même sens. Voyez plus bas II, 4 ; mais il a plus souvent encore le sens de se séparer, de se distinguer des autres, et de là disputer, plaider; puis de là encore hésiter, douter. Comparez Marc XI, 23, et Rom. XIV, 23.
Mriâèv âuxxQivôfÂevoç, sans hésiter, sans être incertain, sans vouloir à moitié comme tant d'autres.
Nous trouvons ici les deux dispositions essentielles à la prière parfaite: iv Ttiçti, confiance absolue de l'esprit et du coeur; fÀTjôkv ôuxxçivofÀepoç , dévouement de la volonté. Le concours de toutes deux est nécessaire à l'efficace de la prière, parceque sans elles il n'y a pas unité de volonté entre Dieu et l'homme; en d'autres termes, parceque sans elles il n'y a pas de véritable prière. Aussi Dieu les exige-t-il pour verser dans le cœur de l'homme les trésors de la céleste sagesse.
^!Eoi7i€ ne se rencontre dans le N. T. qu'ici et v. 23. HÉSTcmus l'explique par (ofiolwrac, Ofioiôg ègi. C'est un prétérit avec la signification du présent.
^Ave^iÇp(iiv(ff . . . ^i7Ci^ofÀév(p> Ces mots, tous deux otc. Xeyy., semblent avoir appartenu au langage familier, et le premier pourrait bien même avoir été fait en cette occasion par l'écrivain; il ne se trouve en effet absolument nulle part ailleurs. Quant au second, il se rencontre dans Aristophane avec le sens de souffler le feu. Il vient de qitcLç, soufflet, éventail, La racine çst ^Lxp, branche souple et pliante, vimen flexile.
Image effrayante de vérité du mélange de désirs et de craintes, de passions et de piété , d'amour du monde et d'amour de Dieu, qui agitent jusque dans ses prières le chrétien hésitant.
7. Sentence précise et absolue contre l'inutihté des prières de l'homme sans volonté.
""Exelvoç, non pas dans un sens purement démonstratif, cet homme-ld, mais dans un sens plus générique, l'homme de cette espèce.
PRtÈMS PARFAITE. 13
8. Cette phrase saccadée, dont les deux membres ne sont liés par aucun verbe, et qui ne Test pas davantage avec ce cpii précède, peut par cela même être interprétée de plusieurs manières.
Commençons par repousser celle qui la réunit à la phrase précédente, faisant de àvrjQ dtipvxoq et oxeerag'cnroç le siqet de hqxfjBxai. Cette longue phrase serait tout-à-fait étrangère au style de Jaques. Au reste cette interprétation a peu de partisans. Il faut choisir entre deux autres : celle qui fait de ôltfwxoç et d'axerràgcetoç deux attributs différents de ccvS'çœTtoç hteïvoç (c'est un homme incertain et inconstant) ; et celle qui, faisant de tout le verset une proposition isolée, prend avrjç dhpvxoç pour le sujet, et ccKoctàçoecog pour l'attribut (Vhomme incertain est inconstant). Ici l'étude des mots est de peu de secours pour la solution du prçblème, mais l'examen du contexte conduit à préférer le premier sens, qui conclut bien le raisonnement, et qui à la fin du développement en ramène la pensée principale. Le second au contraire n'a rien en sa faveur dans le contexte. Ce serait une tautologie, ou tout au plus une vérité philosophique inattendue ici et presque déplacée, puisqu'il est question de la prière parfaite et non de l'éloge mérité par la fermeté du caractère.
Quelques mots maintenant sur les détails:
^AvriQ ôltfjvxoç- Ceci ne doit donc être envisagé que comme une épithète de Vavâ'QCJTtog eKeïvoç du verset précédent Mais aucun lien apparent ne l'y rattache, et il y a comme une brusquerie méprisante dans la manière rapide et coupée dont elle est jetée ici à la suite de l'effrayante déclaration du r. 7.
Jlipvxoç ne se rencontre que deux fois, ici et IV, 8. D'après l'étymologie ce mot signifierait proprement l'homme qui a deux âmes, c'est-à-dire dont la conduite est telle, qu'on serait tenté de lui supposer deux âmes pour Texpliquer. Si c'est par le contraste de la vie intérieure et de l'extérieure, c'est rhypocrite. Si c'est par la ^contradiction et l'incohérence de la vie intérieure, c'est l'homme incertain, partagé. Si c'est par l'incohérence de la vie extérieure, c'est Vinconstant. Ces deux derniers cas n'en font qu'un, car la vie extérieure est l'image et le produit de l'intérieure, sauf chez l'hypocrite.
Le sens d'hypocrite semblerait convenir un peu mieux IV, 8
mais ici il ne peat être question que de Tioconstant, ou plutôt de Thomme inoertain et partagé {ôiaxQivôfievoç).
Quelle misère que celle de rhomme hésitant et chancelant, qui non seulement ne sait ni vouloir, ni prier, mais qui de plus, et par cela même, ne sait pas agir sans se contredire (âxora^a- Toç)l C'est avec raison que Fapôtre le flétrit de la vite et méprisante épithète de ibpvxoç. Ce caractère est l'opposé de celui que demande notre Seigneur Matt. XXII, 37 : iy oXji rfj xclqôIç a&, xal iv okj] rfj ywxf} as.
Itixarâgaroç; Siclsy. mobile, inconstant. Nous prenons donc cette épithète pour un nouvel attribut de rhomme de cette espèce, qui, étant dicniçivôinevoç , se trouve être nécessairement aussi ôlipvxoç, et par cela même encore àKCcrasaroç, même dans les affaires de la vie.
'Oâoïç. Dans le N. T. oâôç se prend souvent pour agendi ratio, dans le même sens que '^{'n'ïï. C'est une métaphore hébraïque.
Kern paraphrase ainsi l'idée de Jaques : „I1 arrive à l'homme hésitant dans ses prières ce qui arrive en général à tout homme dont le cœur est partagé : il est inconstant dans toute sa conduite. Cette continuelle mobilité ne lui permet pas de s'attacher au Seigneur avec force et confiance; elle ne lui permet pas de prendre dans les rapports extérieurs de la vie la position de l'homme animé de l'esprit du Seigneur, qui, par ses fermes et confiantes prières, a obtenu le don delà aoq>la, et qui, parla aoq)la, domine ces rapports extérieurs."
Ce paragraphe est empreint tout entier comme le précédent de vie intérieure, de christianisme et de philosophie. Cette épttre nous montrera souvent le judalsant dans sa forme, mais toujours l'apôtre chrétien dans le fond de l'enseignement et des pensées
§. 4. T. 9—12. VANITÉ DES APPARENCES DONT LES HOMMES SE RÉJOUISSENT OU S'EFFRAIENT.
9. Kavxdad-CD âe o àâslcpog o Tcmeivbg iv z(p vxpn avTÔ' 10. âè nXéaiog^ iv xfi ranêivwaet. avtô^ on loç âv&og xoçTS naçakevaetai. 11. IdvéTêile yàç o i]Xiog avy r(p xavacorh xoù iSrjçays xhv y(6qncWy xai rh àrS-og
avTÔ Hén^OB, xai fi êimçénêia rô nçoaoins avtS ànoi- Xero; 8tœ xal o nXéatog^ Iv raîg noçuaiç avrs fiaçav- S^aerai. 12. Maxdçiog àrrjÇj og vnofierei nêiçaafiov' Sri doxifiog yero/Lurog Xri^pexai rhv Gxitpav.ov Trig T^anjg^ 'àr inij^yëllaro o xvçiog roïg àyanœair aînov.
9. Que le chrétien pauvre et chétif se glorifie dans sa grandeur, 10. mais que le riche se réjouisse dans son renoncement, car son éclat passera comme la fleur de Fherbe, 11. Le soleil s'est le^é, accompagné du vent brûlant du désert; il a séché l'herbe verte; sa fleur est tombée; sa briU lante apparence a disparu. Ainsi le richesse flétrira dans sa route. 12. Heureux l'homme qui supporte patiemment répreuve, puisque, après avoir été éprouvé, il saisira la couronne de la vie éternelle, que le Seigneur a promise à ceux qui Vaiment.
9 — 12. Ce paragraphe présente de grandes obscurités, surtout dans les deux premiers versets. La signiQcation précise des mots principaux, leur liaison, leur opposition, leur sens positif ou ironique, le caractère même et la foi des riches dont parle l'apôtre, ce sont là des choses susceptibles d'interprétations très-diverses, et qui ont largement prêté le flanc aux conjectures les plus opposées.
Indiquer tous les systèmes des commentateurs, puis, après les avoir discutés, résoudre le problème en faisant l'analyse approfondie de la phrase, serait peut-être la voie la plus régulière; mais elle serait trop longue pour cet ouvrage. Nous prendrons donc de préférence une marche synthétique, et, après avoir simplement indiqué les difficultés les plus saillantes, nous nous bornerons à exposer sur chacune la solution qui paraît le plus naturellement sortir du fond de la pensée de l'apôtre, et la plus propre à Fédaircir.
L'incertitude commence dès qu'on cherche le lien de ce paragraphe avec le précédent. Ce lien, doit exister, car l'apôtre est trop profond penseur, chrétien trop sérieux et trop méditatif pour jeter ses idées au hasard. Partout dans cette épltre, en scrutant
16 ÉPITRE DE ST. JAQUBB CBAP. I, Y. 9—12.
les enseignements de Tanteur, on découyre qu'un sentiment profond a déterminé leur ordre successif. La pensée fondamentale de ce paragraphe-ci est d'ailleurs trop voisine de celle du §. 2 (y. 2—4), pour laisser là-dessus le moindre doute. On s'accorde à le reconnaître, mais on se débat sur la nature du lien , tantôt parcequ*on le cherche dans une analyse trop subtile (comme Kern), tantôt parcequ'on n*y met au contraire aucune profondeur. Ainsi Theile imagine d'exprimer la liaison des deux paragraphes par ce résumé peu exact et bien superficiel: „Non expectet precationis successum qui diffidit; gloriatur vero qui fidem habet."
Cherchons la yéritable solution dans Bétude du sentiment et de la pensée de l'apôtre. Voici, ce me semble, la série de ses idées précédentes.
§. 2. y. 2. 3. L'épreuve doit être un sujet de joie, y. 4. Il faut donc que la patience soit parfaite.
§. 3. y. 5. On n'y arrivera que par la sagesse chrétienne, y. 5. Cette sagesse s'obtient par la prière, y. 6. 7. 8. Cette prière, pour être exaucée, doit partir d'un cœur non partagé et pleinement détaché de la lerre.
Cela nous fait comprendre comment l'apôtre est maintenant conduit à inculquer le détachement du monde, et voici les deux idées nouvelles, parfaitement liées avec les précédentes, qui se retrouvent dans ce paragraphe-ci.
§. 4. a. Que le chrétien ne se laisse donc pas embarrasser par les affections de la terre ;
b. car elles ne se rattachent qu'à des apparences trompeuses, soit qu'elles séduisent, soit qu'elles effraienL
Arrivé à cette pensée, l'apôtre se retrouve au point de départ, c'est à dire au sentiment par lequel il a commencé. Il n'y a rien là qui doive nous surprendre, car au fond il a totgours tendu au même but et appelé ses lecteurs à la même vertu, au renoncement chrétien dans toute son étendue. H l'a prescrit au v. 4, en l'appuyant sur la profonde théorie chrétienne des v. 2 et 3; maintenant il le prêche, en rappelant la vanité des réalités de la terre (v. 10. 11), puis le prix de celles du del (v. 12).
9. KctvxotC'd'œ. Ce début, comme celui du v. 2, étonne presque par l'intensité de l'expression. Jaques, comme le Seigneur,
VANITE DES APPABENCES. 17
dont il avait entendu les leçons et éo langage duquel il se rapproche souvent, aime à revêtir le précepte d'une couleur décidée et d'une forme saillante. Par ce moyen la sentence du maître frappe l'imagination, se grave dans la mémoire, et ne laisse pas un in^ stant d'hésitation sur la direction du devoir. C'est ainsi que Luc XIV, 26 Jésus veut qu'on haïsse à cause de lui son père et sa mère.
Au reste on voit bien vite que l'écrivain veut relever le pauvre, mais non l'enorgueillir. Kcxv'xaC'S'ai n'est pas exactement rendu ici par se glorifier, qui exprime plus que l'apétre ne veut dire. On ne peut toutefois se borner à l'idée de rappeler, reconnaître (Carpzow, Sghleusner etc.), qui n'exprime pas assez. D faut joindre à ce dernier sens un élément de bonheur et d'espérance religieuse*
'O àdekq)6^. La présence de l'article, en déterminant ici le sens de ce mot, nous prouve qu'il, sert à désigner des membres de l'église chrétienne.
TaTceivoç. Sans entrer dans les nombreuses discussions élevées à l'occasion de ce mot, je fais remarquer qu'il fait ici antithèse à TtléavoÇf et que par conséquent il indique la condition objective d'un homme pauvre et chétif , et nullement l'humilité du coeur. C'est le sens de l'hébreu *^)!{, qui est naturellement ob^ jectif, et a besoin d'un complément {de eceur, en esprit) pour revêtir un sens subjectif.
TaTtecvoç h t^ vxpei avta. Il y a dans le rapprochement de ces mots un contraste intentionnel. Ce pauvre raTteivôç, méprisé des hommes, a une grandeur à lui, dont il doit se glorifier à bien plus juste titre que le TtXàaiog ne peut le faire de celle qu'il croit posséder.
Cette grandeur du pauvre chrétien est toute intérieure, puisqu'elle est le partage d'un chrétien raTteivôç. C'est la haute dignité conférée au chrétien par l'Évangile, dignité que l'apôtre Paul sent avec la même vivacité que l'apôtre Jaques, et à laquelle il fait si souvent allusion dans ses épltres. Quelques-uns de ses principaux traits sont indiqués plus bas v. 12 et II, 5. — Si c'était ici le lieu d'en rechercher les éléments d'une manière plus complète, nous les trouverions tous dans le développement des trois principes régénérateurs que le christianisme est venu déposer danç
le cœur de Thomme: la foi, l'espérance et la charité, pris dans leur sens le plus éyangélique et dans leurs applications les plus vastes. Avec une grandeur aussi réelle le pauvre chrétien peut bien en effet se glorifier de son sort, car elle TélèYe assez au dessus des apparences terrestres, pour que la richesse ou la misère, Féclat ou l'obscurité, la santé ou la maladie puissent lui sembler des circonstances tout à fait secondaires et en vérité presque indifleren* tes, quand elles sont envisagées des hauteurs du Royaume des Qeux.
10. La première partie de ce verset présente plus d'éléments d'incertitude qu'aucune autre portion du paragraphe. On arrivera à des significations très-différentes, suivant l'acception qu'on attachera à TtXàoiOç, puis à rajiBiviaoei, suivant le verbe qu'on sousentendra entre deux, et l'intention positive ou ironique qu'on attribuera à l'écrivain.
IJXéaiog. Ici commence le débat. Jaques a-t-il en vue les riches païens ennemis de la foi, ce qui contraindrait de donner à la phrase un sens ironique et menaçant, ou bien veut-il simplement instruire et détacher de la terre les riches chrétiens? Les Itt. se partagent d'une manière tranchée entre, ces deux opinions, et nous inclinons à adopter la seconde. Il est vrai que dans d'autres passages de cette épttre on trouve des paroles de meoace contre les riches incrédules et persécuteurs; mais rien ici n'indique la même classe d'hommes. Au contraire : la marche des idées, la forme du contraste, l'emploi ou l'ellipse d'un même verbe pour les deux phrases semblent réunir le raTteivôç et le TcXàaiog dans un faisceau commun. Si, comme nous l'avons admisj l'intention de Jaques dans ce paragraphe est de montrer aux riches et aux pauvres le peu de valeur des apparences qu'ils désirent ou redoutent, nous ne pouvons voir ici autre chose que le riche chrétien, écoutant les leçons de l'apôtre. Les hommes de cette nature étaient sans doute peu nombreux dans l'église de Jérusalem, mais nous n'avons aucun droit d'affirmer qu'il ne s'en rencontrât aucun. Cette église, à son début, n'avait-elle pas compté parmi ses membres Joseph d'Arimathée, Nicodème, Zachée etc.?
TaTteivdaei. Ce mot, d'un sens moins précis encore, a excité bien d'autres discussions. On l'a rendu par la ruine prochaine, la fragilité des richesses, les châtiments à venir, les souffrances
de fa vie chrétienne, une disposition intérieure à F humilité, la connaissance de sa misère, les dangers moraux des richesses etc. Mais puisque ce mot fait antithèse à vtpoç, pris dans le sens de grandeur spirituelle et chrétienne, il doit indiquer une humiliation de même nature ; et puisque TcXàaioç ne doit pas être pris ici en mauvaise part, raTtelvoacç ne doit pas non plus exprimer une idée de malheur et de châtiment. D'après ces diverses considérations, taTtelvcûOiç doit signifier ici Thumiliation intérieure résultant du sentiment de la fragilité et du danger des richesses, et produisant le renoncement
Nous n'avons rien dit encore de la principale cause de l'ob*scurité de la phrase: le verbe à suppléer. D'après l'arrangement des mots il ne parait pas possible de suppléer autre chose après TtXéaiog que le yctvxàad'O} précédent; toutefois cette recomman-dation de se glorifier, qui, adressée au pauvre, avait étonné quelques Itt, les surprenait bien plus encore, adressée au riche et mêlée à un précepte d'humilité. Aussi ont-ils préféré sousentendre ici, les uns aîaxvvéaâ'ù), les autres q)ofiela&eo etc. ; mais c'est là non pas traduire, mais corriger l'apôtre, qui dit très-clairement le contraire de ce qu'on voudrait lui faire dire. Notre devoir est donc de sousentendre xavxdaâ^o), puis d'en chercher le vrai sens.
Cela ne sera pas très-difïicile une fois que le sens de tcc- Tcelvwatç est déterminé, et nous arriverons à paraphraser ainsi le tout: „Que le riche se glorifie, c'est à dire s* attache avec force et avec joie, en repoussant tout autre sujet de gloire, au sentiment du néant des biens extérieurs, d'où naîtra pour lui celui de la grandeur intérieure." N'est-il pas évident d'ailleurs que le langage sentencieux, ému, et même brusque et heurté de l'apôtre ne doit pas être pressé comme une formule philosophique, et que dans xavxaad-co il faut chercher le sentiment encore plus que l'idée, par conséquent l'émotion de la joie, plutôt que la notion de la gloire: „0n retrouve ici, dit Herder, toute l'énergie, la concision et la beauté des sentences de l'Orient. Jaques a voulu que le même mot Kavxaaâ-a) s'appliquât aux deux sentiments. Que le riche soit comme s'il ne possédait rien, et le pauvre comme s'il possédait tout! Le riche doit vivre et sentir comme si tout ce qu'il possédait lui était déjà ravi."
"On foç. Quelques interprètes regardent cette phrase comme la protase.dont, à la fin du ▼. 11, Srœ xal estrapodose, et tout ce qui est entre deux comme une parenthèse. nCar, comme une fleur séchera ... de la même manière le riche se consumera . . . etc.** Mais cette construction est fort invraisemblable, surtout Ttccçelevaerai n*étant pas au présent, qui conviendrait bien mieux dans cette hypothèse. H est bien plus naturel de regarder ori (àç comme étant le complément du t. 10.
On pourrait espérer de tirer parti dé cette comparaison pour déterminer le sens précis de raTtscvciaec, qui n'a pu être obtenu que par conjecture. Mais ici encore on n'arrive qu'à des résultats équivoques. Ou la phrase se rattache à taTtecvcicei, et dans ce cas elle ne fait qu'établir une liaison quelconque entre le sens de ce mot et la fragilité des richesses; ou elle se rattache à xcru- Xaad'fa sousentendu (ce qui semble le plus probable), et elle présente seulement l'inconstance des biens temporels comme un motif de chercher une gloire plus solide. Dans l'une et l'autre alternative elle confirme plutôt le sens que nous avons adopté, mais sans préciser plus sûrement la signification de TaTielvcjaiç,
XôçTOç, herbe verte.
naçelevaerai. ^ le riche passera, pour ce qui fait qu'il est riche passera, ses richesses se perdront. Si toutefois nXéaioç devait être pris en mauvaise part, comme riche oppresseur et impie, ridée serait un peu différente: „Le riche, en tant que riche et qu'orgueilleux, passei^a avec sa puissance, et deviendra un être chétif et misérable."
11. Ici le style change, l'écrivain s'anime, sa profondeur concise et nerveuse fait place à des images poétiques; la phrase se colore et se développa. Au heu des conjonctions {fàg, oxav) qui sembleraient nécessaires au début pour préciser la pensée et indiquer le lien de comparaison, l'écrivain commence brusquement par avireiXe, comme si Je fait était là réel et sous ses yeux; la période entière est une description vivante, composée de quatre petites phrases parallèles, liées seulement par xal, et avec quatre verbes à l'aoriste au lieu du présent, ce qui suppose l'événement arrivé et rendu visible au lecteur.
Au reste cette idée et cette image se retrouvent fréquemment
dans l'A. T., comme Ësaîe XL, 6; Ps. CIII, 15, 16 etc. Comparez encore 1 Pier. I, 24.
Kavawv, ardeur brûlante , soit da soleil, soit du vent. Ce n'est pas ici du soleil qu'il s'agit, puisque l'action se passe à son lever, et qu'il n'y a pas avrë après xavacjvi. Il est plus probable que ceci fait allusion au vent brûlant du désert (samoum^ D^nij etc.), qui est indiqué Jonas lY, 8, comme se faisant sentir au lever du soleil. En général, quand l'image de la fleur brillante rapi* dément sécbée se rencontre dans l'A. T., c'est le vent du désert et non le soleil qui est représenté comme l'instrument de sa destruction. EvjtçéTteia. Stv. ley. Ce mot répond à l'hébreu ^nri. Hést* cBius: evftoQ(pia.
Të TtQoçcjTta. IlQÔQcjTtov est employé ici et ailleurs dans le N. T. dans le sens de l'hébreu D*^;&, pour l'apparence extérieure d'un objet quelconque. Ainsi Matt. XVI, 3 : ro TtQÔçwTtov t5 èçavë. ' JIoQëiaiç, On s'est assez déballa sur ce mot, et en vérité sans motif. On a accordé trop d'attention anx variantes noQituç et evnoQiav, qai ne le méritaient pas. JIoQiaiç qa'ont adopté quelques critiques, et qui est supposé signifier richesses et venir de noqoç, gain^ n'est pas grec, et n'a jamais été employé nulle part. S'il a trouvé place dans quelques dictionnaires, c'est d'après ce passage-ci, lu avec cette variante par le code alexandrin et trois MSS. en minuscules.
Probablement cette variante n'est due qu'à l'identité de prononciation de tto- Q€ia et de noçia,
IIoQeïaL a le sens de bdoly routes, chemins, voies, conseils, projets, de Ttoçevo)* Ici je crois devoir donner le sens de route, image de la vie.
MaQavd-rioexai. ajt. Àcy. Maçalvco a le même sens que V55, se dessécher, se flétrir. Le riche perdra son éclat, qui fait avec si peu de raison le sujet de gloire de tant d'insensés. Cette expression figurée assimile le riche à une plante qui va se flétrir. C'est la suite et l'application de la comparaison précédente.
Si l'on pensait que fiaçavân^aetac oblige à prendre TtXèaioç en mauvaise part, je renverrais à ce qui a été dit v. 10 sur ^aqelevasrai.
12. Le ton de la poésie fait place à celui de l'éloquence. L'apôtre est ému, et sa voix devient forte et pathétique. Ce verset est aussi remarquable par la chaleur du sentiment et l'éléva-
tion de la pensée, que le précédent Tétait par la grâce et la viTacité des images.
L'idée de ce passage-d, quoique un peu différente de celle des précédents, se lie parfaitement avec eux, et rentre bien dans Tensemble du paragraphe. Voici, ce semble, Tenchalnement du touL (V. 9— 11.) „Les biens et les maux temporels ne sont guère que des apparences, au dessus desquelles le chrétien doit s'élever (v. 12). Pour lui, il n'y a de réel et d'important que l'épreuve de l'âme et ses résultats. Sa vie, maintenant cachée en Dieu, sera réalisée et manifestée précisément par suite de la vanité de ces apparences mondaines, et du mépris qu'il en aura fait.^'
Ainsi, comme nous l'avons observé, le raisonnement revient à son point de départ (v* 2—4), et conclut par la thèse annoncée en commençant, v. 2. Le chrétien, âoKifÀOç yerôfievoç, est bien le même chez qui une pieuse vjtOfÀOvrj a produit un ïçyov tiXeior. 'YTiOfÀévei. Allusion à VTtOfÀOvrj au v. 3.
JoKifioç. Non pas seulement éprouvé, comme ôùKifÀaa&elç par' lequel quelques Itt. voudraient l'expliquer, mais vainqtêeur de V épreuve, „exploratione probatus.'' Scharling: „Qui febus adversis constanter sustinendis illecebrisque cupiditatum vincendis virtutem probavit."
n y a dans âonifioç une métaphore latente, celle de l'or éprouvé par le feu. Comparez 1 Pier. I, 7. Voyez ci-dessus v. 3 doxlfiiov, ^OKtfirj, âoycifiaffla, épreuve.
Cette épreuve par la souffrance a pour effet principal de manifester et d'exciter l'amour de Dieu dans l'âme chrétienne: roïç àyaTtùiaiv avrov,
2kjîjç a le sens de l'hébreu ti'^^.n; métaphore biblique, fréquente dans le N. comme dans l'A. T. A l'idée de vie proprement dite, elle réunit toiyours deux autres éléments: celui de gloire, bonheur, et celui de piété, vertu, union avec Dieu. ' Le contexte suffirait à nous faire comprendre ici la présence de ces deux éléments. Le premier est indiqué par ftaxaçvoç et gé<pav6v, le second par ôôxtfioç et ayaTvaiaiv.
2%é(pavov trjç ^(orjg. Métaphore biblique très-usitée, mais qui doit nous arrêta un instant. Nous devons dire quelques mots sur la nature de l'image, sur son sens littéral, sur son idée évangélique.
I. Od a voulu voir dans cette image non la couronne athlétique, mais la couronne royale, à cause des nombreuses images analogues de l'A. T., et parceque les Hébreux de Jérusalem connaissaient fort mal et aimaient moins encore les jeux gymniques. Mais il suffît de lire l'ensemble du v. 12, pour y voir l'idée d'une suite d'efforts récompensés, par conséquent d'un combat et d'une victoire, plutôt que d'un royaume et de son trône. Cette image de la couronne athlétique est d'ailleurs trop fréquente dans le N. T., elle se rencontre trop souvent sous la plume de Pierre et de Jean (dans l'Apocalypse) comme sous celle de Paul, pour qu'on puisse être surpris de la trouver aussi dans l'écrit de Jaques.
n. Les Itt. diffèrent sur le sens littéral de çéq>avoç tijç Çiaijg. Les uns, comme Augusti, rendent couronne de vie par couronne vivante, c'est à dire durable, étemelle. Ds fondent cette interprétation sur 1 Cor. IX, 25 et 1 Pier. Y, 4, où çétpavoç est accompagné des épithètes Sç&açroç ou àfiaçartivoç. Mais c'est détourner ^arq de son sens biblique et admettre ici une espèce d*endiadin trèspeu naturelle. D'autres, comme Sghnegkenburger, traduisent la couronne qui est la vie, ce qui revient à: „la vie éternelle pour couronne', c'est à dire pour récompense. Cette hypothèse n'altère point le sens biblique de ^onij, mais sans pouvoir s'appuyer d'aucun passage parallèle, elle ne tient aucun compte de l'image si scripturaire d'une couronne visible donnée comme prix du combat, et après avoir anéanti l'emblème biblique, elle lui substitue une idée abstraite. D'autres enfin traduisent géqxxvoç rrjç Çcoîjç comme s'il y avait gig)avog h ^tojj, la couronne qu'on porte dans la viCy c'est adiré la couronne glorieuse qui accompagne les joies de la vie éternelle, et leur sert d'emblème. Cette troisième interprétation est la seule qui conserve l'image biblique et son sens accoutumé.
ni. Quant à l'idée évangélique à laquelle répond l'image, nous ne pouvons mieux faire que d'extraire le développement de Kern à ce sujet:
„Les V. 3 et 4, dit-il, indiquaient la perfection morale du chrétien, comme l'état qui correspond à la volonté du maître de l'ordre moral du monde. De même à la fin de cette section, au v. 12, l'épreuve du chrétien réalise pour lui le souverain bien, représenté comme une couronne de vie accordée par le Seigneur. C'eM ce
qui consomme en lui la bienheureuse communion avec le Dieu qui se communique en Christ au fidèle.'^
„La conquête de cette couronne de vie est ici représentée comme un bien futur {Xrjipetai)^ parceque l'épreuve suppose nécessairement une longue durée d'activité. Mais cela ne dit point que cette récompense ne commence à se réaliser qu'au delà du tombeau. Il est vrai que Jaques, comme les autres apôtres, place la consommation de toutes choses après la vie présente et spécialement à l'époque de la parousie de J. C. (V, 7 — fin). Cependant il place aussi la vie étemelle en deçà du tombeau, comme cela parait résulter de la liaison de tcXhûIhç h nlçu et xili;- QOvoiiHç Tqç fiaaiXelaç (II, 5 ; comparez I, 18). faut donc entendre ici par ^cof^ la vie éternelle, véritable, et par cela même bienheureuse, telle qu'elle devient, même sur cette terre, le partage du chrétien dans sa communion avec Christ et avec Dieu.^^
^'Oy èTtriyyelkoTO. Il y a II, 5 un passage exactement parallèle, sauf que le sujet de la phrase est là 'S-eoç, et ici xvçioç, ■sans doute parceque Jaques, qui dans cette épttre a l'A. T. constamment présent à l'esprit, entend ici {i^ti*^ par xvqioç.
UCOIDl SUBDIVISIOI ▼. 13-21. U RÉ^ilfRATIOI OHliniIIE.
Cette subdivision se sépare naturellement en trois paragraphes.