‹ Étude et commentaire sur l'Épitre de St. JaquesChapitre 31 sur 100 · V. 13* 15. LE PÉCHÉ VIENT DE L'HOMME · texte numérisé non relu

V. 13* 15. LE PÉCHÉ VIENT DE L'HOMME

13. Mfjâeîg nuçoiiQàfÀèvog layéro} • *^'Ort àno 0€ë naiçd^o/xai' 6 yà^ Oebg ànaiçaûroç èan ntan&v, Ttaiça^ei âè airthç èâéra. 14. '''Exaarog âè neiçat^Bxai. vno zrjg îâiag èm&vfuag è^eXscofurog xal âelea^ofievog. 15. Élra Tj int&viiia avlXa(38aa xixxst â/iaçriar • ^ âè àfia^xia ànoteXea&eXaa ànoxvei &dyaroy.

13. Que personne, lorsqu'il est tenté, ne dise: G est Dieu qui me tente; car Dieu ne pouvant être tenté par le mal, ne tente non plus personne. 14. Chacun est tenté, étant amorcé et subjugué par sa propre convoitise ; 1 5, puis la convoitise ayant conçu enfante la faute, et la faute s'étant développée enfante la mort.

St. Jaques vient enseigner >au chrétien comment il doit se conduire dans la tentation. Il commence par enlever au pécheur les prétextes dont U s'appuie, en lui montrant qu'il est libre et responsable, que le péché ne lui est pas imposé d'en haut, et qu'il n'est pas permis d'envisager nos fautes comme une nécessité de notre nature. Après quoi il montrera (§. 6) où le chrétien peut chercher des forces, et enfin (§.7) il en tirera les conséquences relatives à la conduite à tenir. ^

13. IleiQa^ôfievog signifie ici, non pas éprouvé, mais tenté, ainsi que cela résulte évidemment du contexte.

^eyirct), ne dise (pour s'excuser), ne prenne pour prétexte.

^'Or^, c'est parce que (Dieu me tente). Au lieu d'exposer ce que dit le pécheur, Jaques le fait parler. C'est là une de ces formes dramatiques qu'il affectionne, et qui donnent tant de vie et d'originalité à son écrit.

^Ori aTth Qeë Tteiçix^oi^iai, Excuse éternelle de la lâcheté

da pécheur. Ce langage était fréquent chez les païens (voyez Homère, EURIPIDE, PLAUTE, térence) *, il était un résultat naturel de la doctrine des Pharisiens et des Ësséniens, qui changeaient la Pro- Yidence en Destin, et lui attribuaient de la même manière le bien et le mal moral. H pouvait même résulter abusivement de quel-* ques passages de TA. T., pris trop à la lettre, mais il est inexcusable chez le chrétien.

Cest en enlevant au pécheur ce déplorable refuge, que Jaques pose dans ce paragraphe une des bases deia régénération chrétienne

'Ajto Qb5, ItéTtb a un sens beaucoup plus étendu que n'aurait vTtô. Cette dernière préposition indiquerait Dieu comme la cause immédiate du péché; mais OTtô, plus vague, se rapporte à une cause quelconque, directe ou indirecte, prochaine ou éloignée. En employant aTtô, Tapôtre nous interdit donc de regarder Dieu comme participant en quoi que ce soit à la séduction de l'homme.

Cette déclaration de St Jaques peut rappeler une belle sentence talmudique, mise dans la bouche du rabbin Ezéchias. „yeui et vide, non esse morem Dei summe benedicti qualis hominis. Caro et sanguis deducit a viis vitae ad vias mortis, Deus a viis mortis ad vias vitae.''

'0 yaç. Voici maintenant la preuve: Dieu est sainti Comment celui qui est tellemeiit supérieur au péché qu'aucune tentation ne peut l'atteindre, y porterait-il volontairement ses créatures?

^Ttelçagoç, ajt, ley», de jtetça^ù) (en grec classique aTtelçavoç, de nBiQCLO)), qui n'est jamais tentée ou plutôt qui ne peut être tenté. Les adjectifs grecs en -rog, comme les latins en -^ilis, indiquent une susceptibilité passive. La version éthiopienne et quelques Itt. traduisent ici aTtelçagoç par le sens actif, qui ne tente point. Mais, outre ce que nous avons dit de la forme du mot, ce serait prêter à Jaques une tautologie invraisemblable. La fin de la phrase dirait alors la même chose que le commencement

Kaxùiv. Génitif indiquant à la suite * des adjectifs verbaux une relation assez vague de dépendance. (Winer, 4e édit. p. 179). Ici, ne pouvant être tenté par le mal. Ta xccko sont une espèce de personnification active du péché ; c'est la convoitise, puissance ennemie de l'homme (v. 14), mais qui ne peut rien sur Dieu.

"Eçl doit se traduire comme s'il y avait le participe cuv, forme

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nécessaire pour lier cette proposition comme principe avec la suivante comme conséquence.

14. Après avoir combattu le prétexte qui fait Dieu auteur du péché, Jaques en montre maintenant la véritable origine. Elle est dans le cœur malade du pécheur. Il se sert pour cela d'une image, qui, pour n*étre ici qu'indiquée, n'en est pas moins suffisamment daire et d'une effrayante fidélité. Il dépeint la convoitise comme une femme perdue qui attire et séduit un insensé. Cette image, continuée au v. 15, nous montrera bientôt la naissance du péché comme le résultat de cet égarement.

^^ekytofievoç xal âeXeaÇôfievoç. Termes de chasse, ou plutôt de pèche, appliqués ici aux amorces de la volupté. Métaphore naturelle et usitée dans toutes les langues; l'emploi même du mot amorces en est une preuve.

Jeleà^vt} aurait dû, ce semble, être placé le premier des deux. Il signifie attirer le poisson ou le gibier avec un appât (déXeaqy

^^élxco signifie amener le poisson sur le rivage après l'avoir pris.

^TtLSvfila, la convoitise, là passion mauvaise et tyrannique. néc^oç CTti^filaç 1 Thess. IV, 5 ; ^ aàQ^ èTti^fiëaa et èTti- Svfila aaçTcôç Gai. V, 16 et 17 sont des expressions synonimes*

Cette idée est personnifiée ici et au v. 15, comme éfiaçrla et d-avaroç.

^lâlaç. Ce mot semble avoir ici quelque importance. L'apôtre l'emploie avec une légère emphase, pour indiquer clairement, en opposition à la tentation qu'on prétendrait venir de Dieu, que la convoitise de chaque pécheur est bien de son propre fonds, et fait partie de son individualité. Ce mot idla constate donc la responsabilité de l'homme, et par cela même, au moins d'une manière itidirecte, sa liberté, assez démontrée d'ailleurs par le contexte.

Bengel: „Causam peccati . debemus m hobis quaerere, non extra nos. Ne ea quidem quae diabalus injicit periculum facessunt aiitequam fiant ïdux, nostra, Propmm quisque concupiscentiam habet ex ingenio suo.^*^

15. 2vllap5aa, ayant conçn^* Suite de l'image commencée au verset précédent. Cette image de la conception criminelle que suivent inévitablement les progrès utérins de l'enfant, puis sa nais-

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sance (%£xf€i éfiaii%lay)t n'exprime que trop bien TeBrayante fermentation intérieure, au milieu de laquelle la couToitise une fois formée, éTeillée, vÎTante, laisse dans l'esprit comme un point lixe et brûlant, qui grandit à chaque heure, tourmente, affaiblit, pois subjugue la volonté, et enfin, sans qu'aucun mouTcment de devoir et de foi puisse résister, la précipite vers l'action.

l^TtoveXea&eïaa, continuation de l'image, ou plutôt image analogue, mais moins nettement dessinée. L'impure éfiofrla va grandir, et à son tour enfanter la mort ^Anortkéw signifie amener à sa fin (une entreprise). Le sens est id un peu indéds. Suivant les uns devenvt adulte, ce qui conviendrait bien à l'image de cette âfioçrla devenue mère à son tour; suivant d'antres (le péché) consomma, ou développé j mûri. Dans tous les cas ce mot indique les dégradations, les affaiblissements, les bouleversements produits dans l'âme du pédieur par l'acte même du péché; acte fatal, qui mine ses forces, excite les passions, accroît la puissance de l'habitude, et enfin àjtoxvei d'àvcerov.

^ArtOYvei. ^A7toxvé<a, enfanter, ne se rencontre dans le N. T. qu'ici et v. 18.

QavccTOv. La mort se prend évidemment ici dans le sens large et compréhensif (vox praegnans) du N. T., faisant une complète antithèse à b'^^n, indiquant par conséquent la réunion de toutes les misères morales, intellectuelles et physiques produites par le péché.

On trouve dans ce paragraphe-ci l'histoire de l'homme vaincu dans le Tteiçaûfiog (tentation) et finissant par la mort, comme dans le paragraphe précédent nous avons vu l'histoire du chrétien vainqueur dans le jteiQaafiôg (souffrance) et gagnant la couronne de vie.

Ajoutons sur la doctrine de ce passage quelques éclaircissements que rend nécessaires la comparaison de Rom. VII, 8. Au rebours de notre écrivain, Paul, dans l'endroit cité, représente la convoitise comme née de Ya^açrla ; mais il n'y a aucune contradiction entre les deux passages, «t l'enseignement de Paul est aussi philosophique que celui de Jaques.

La tentation ne peut tenter que parce qu'il y a dans l'homme une partie vulnérable, des côtés faibles, une pente vers le mal.

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