‹ Étude et commentaire sur l'Épitre de St. JaquesChapitre 93 sur 100 · Comparez Matt. V · texte numérisé non relu

Comparez Matt. V

JIqo TtàvTiûv , avant tout. L'apôtre veut-il dire ici que le précepte qu'il va donner soit plus important que d'autres (tintjprtm»), ou seulement qu'il le donne le premier (jprtfnum)? La plupart des Itt. préfèrent le premier sens, et si l'on prenait le second, le premier en ressortirait d'ailleurs indirectement.

L'importance que l'apôtre met à ce précepte s'explique assez par l'odieux abus que les Juifs faisaient du serment, abus auquel les Judéo-Ghrétiens devaient par conséquent être pareillement enclins. Chez des commerçants, en outre, il devait conduire à des fraudes et à des parjures. Nous connaissons cet état de choses par les enseignements de J.C, comme par ceux de St. Jaques, comme par les écrits des rs^bins et de Philon. En effet, par respect même pour le nom de Dieu, les docteurs répugnaient à ce qu'il fût mêlé dans les serments; ils y suppléaient par les noms des créatures qui leur semblaient le mieux réfléchir la gloire divine. Philon lui-même, qui veut qu'on s'abstienne du serment, dit comme concession (De spec. leg. 770 A): ^nçocXa^érca tIç el fié- XoiTO, firj fihv TO àvunaxov xai Ttqeafivrcnov evdvg aÏTiov, àXlà yrjv, ijliov, àgéçaç, èçavov, rov aifiTtavra KOGfiov. D'autre part les rabbins prononçaient (MatL XXIII, 16 — 22) que les serments de ce genre n'étaient pas obligatoires, au moins dans certains cas. De ce double enseignement résultait, chez les hommes peu délicats, l'emploi vain, imprudent, ou même perfide et parjure de ces serments vicieux. On les employait d'abord sans nécessité, pour chasser la défiance, puis on s'en servait bientôt pour tromper. Cet état de choses inspirait aux gens pieux l'éloignement du serment, et la tendance à s'en abstenir par piété. Voici sur ce point un beau passage de Philon (De decalogo, 755 C), presque digne de servir de commentaire à ceux de J. C. et de St. Jaques: yyKàXkigov ôf] xai fiiù)q)elégaTOv ytai cLQ^àtrov Xoyixfj qwaec rb aviiiLiOTOv Srioç àlrjd'evecv . . . c5g rèç lôyaç OQxaç eîvac vofxl-

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tea&aiJ^ C'était le même sentiment qui, poussé à Textréme, engageait les Esséniens à proscrire le serment d'une manière absolue.

^OfÀviere . . . rbv àqavbv. 'O/avvcj se construit dans le N. T. avec r objet par lequel on jure, tantôt, comme ici, par le moyen de l'accusatif sans préposition; tantôt par le datif avec èv (Matt. XXIII, 20: iv T<^ xhjaiagrjQlq)); ailleurs par le génitif avec xorà (Hébr. VI, 13: yca^ eavrë)'^ ailleurs enfin au moyen de l'accusatif avec eîç (Matt. V, 35 : elç ^leçoaôlvfxa).

^!Allov Tivà OQKOv. Ce rcvà semble désigner un autre serment du même genre, comme i;bv ègavov ou ttjv yrjv, plutôt qu'un serment quelconque, et en particulier plutôt que le serment normal, celui qui est prêté au nom de Dieu. L'écrivain d'ailleurs ne semble pas s'occuper de celui-ci que ses lecteurs Judéo-Cbrétiens évitaient par principe.

'ïlrw; dorique, pour egco.

Nal val; S «; expression remarquablement énergique et concise, qui exprime bien ce que doit être la sincérité chrétienne. D'après la loi de Dieu, tant naturelle que révélée, la parole doit être l'interprétation fidèle de la pensée et sa représentation parfaitement exacte. Le Chrétien en conséquence envisage la sincérité comme la condition attachée à l'usage de la parole, et il respecte celle-ci conuue un don divin qu'il n'est pas permis de détourner à un usage illégitime. Au reste l'expression employée par l'auteur était probablement jusqu'à un certain point proverbiale. Comparez Matt. V, 37 ; comparez aussi, quoique dans un sens différent, 2 Cor. I, 17.

'Ynb xqiciv. Cette leçon, qui est celle du texte reçu, est réellement alexandrine et occidentale. C'est ici un des cas très-rares, où notre texte ordinaire s'éloigne de la famille constanlinopolilaine. Cette dernière lit dç vnoxQKfiy, leçon absurde, née de la réunion fortuite des deux mots de la leçon ordinaire, puis conservée par l'idée confuse que hypocrisie allait bien en parlant de fausseté. D'autres instruments, voulant sans doute corriger sh vnoxQiay^ ont lu à tort eîç x^iatv.

^Yjtb xQiatv Ttéarjre ; même menace qu'au v. 9, et sans doute en vue du même événement.

Ce passage ne serait pas suffisamment expliqué, si nous négligions de le comparer, Ugne après ligne, avec Matt. V, 34—37,

remarquable parole de J. C. à laquelle Jaques parait faire allusion.

Matt. ^yù ôh Xéy(o vfÂÎv, fuij Ofioaai,

Jaq. IIqo nàvTîav di, àdeXq>oi fis, fiij Oftrùere,

Matt M17T6 iv Tfp èçavf^, . . . /i^re èv rfj yfj.

Jaq. M'qte %ov èçcevov, fi'qre rijv yîjv,

Matt. VXwç.

Jaq. M'qxB aXkov rivà oçycov.

Matt. ^!Egw dk o Xoyoç vfi&v val val, S S.

Jaq. ^Htiû âè ifiùiv to val val, Tcal to ô ë. Malgré la ressemblance de mots, U y a ici quelque diversité de sens. Le précepte de J. C. se rapporte davantage à la forme des promesses, et celui de Jaques à leur sincérité. Celui de J. C. demande des affirmations simples, par opposition aux serments multipliés et dénaturés; celui de Jaques des afifirmations vraies, par opposition aux serments trompeurs et au mensonge.

Matt. Tb di TteQiaaov tstiûv hi t5 TtovrjQa igiv.

Jaq. 'iva (it] vtvo xçlaiv TtéarjTc, Il y a entre ces deux motifs unité de principe, mais diversité de conséquences. Tous deux s'appuient sur ce que le vice combattu est une révolte contre Dieu ; mais la menace de J. C. se fonde sur la nature coupable des serments condamnés, et celle de Jaques sur le jugement qui les atteindra.

Les fausses Clémentines, bomélies judéo-chrétiennes, reproduisent le précepte de J. C, mais en y mêlant quelque chose de celui de St. Jaques (Hom. III, 55): Toïç de vofil^sacv, wç al yqacpaï âvôaayisaiv, oti o S^eog ofivvec, ïqyrj (5 Xq.) ' ^'Egca vficSv TO vai val, to S ô, Tb yàq TtsQiaabv hc t5 TtovrjQÔ igiv. De la sorte le précepte devient obscur et incohérent, car l'introduction et la conclusion se rapportent uniquement et positivement à l'interdiction du serment, et le précepte même à l'interdiction du mensonge. Les remarques de cette nature se présentent souvent; quand on compare avec les écrits du N. T. ceux qui ont prétendu le continuer ou le contrefaire; et ce perpétuel contraste n'est pas, ce semble, une des preuves les moins persuasives de sa divinité. Les préceptes parallèles de J. C. et de son apôtre ont été

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interprétés par divers docteurs et diverses sectes, comme une interdiction absolue du serment.

Cette interprétation est-elle fondée?

Si Ton ne considère que la forme des préceptes (f^rj ofiôaai. oXwç, firiTs alXov Tivà oqxov), on pourrait aisément le croire; mais un examen plus approfondi conduit à une conclusion]^contraire. En effet:

1) Au point de vue exégétique de la question, il est remarquable que les exemples et les motifs qui forment le contexte de Tun et de l'autre précepte, ne tendent à faire porter Tinterdiction que sur les abus du serment, sur les serments vains, et sur les fausses théories des Juifs. En donnant le précepte, ni J. C, ni son apôtre ne semblent s'occuper du serment véritable fait par le nom de Dieu, conformément à sa loi, avec sincérité, respect et solemnité.

2) L'étude générale de la Bible confirme notre conclusion exégétique. Sans parler des nombreux exemples et des autorités positives que fournit TA. T., St. Paul emploie souvent dans ses épîtres des formules de serment très-positives pour appuyer ses assertions. J. C. lui-même a prêté serment devant le Sanhédrin, et Hébr. VI, 16 l'usage du serment est très-clairement supposé légitime.

3) Si nous prenons la question au point de vue moral et social, nous ne pourrons méconnaître que le serment chrétien, prêté dans un esprit chrétien, semble non seulement utile et même nécessaire à une société civilisée, mais de plus convenable et moral dans une société vraiment soumise à l'empire de la foi religieuse. En revanche il faut reconnaître qu'au moment où cette société cor rompue ne respecterait plus le nom de Dieu, et ne vivrait plus en sa présence et en sa crainte, il deviendrait un instrument de déception, et il serait peut-être nécessaire de le supprimer, comme une institution immorale.

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