II. y. 14. 15. Prière ecclésiastique dans les maladies
III. V. 16 — 18. Prière fraternelle d la vue des fautes et des matix du prochain.
l. V. 13. Prière individuelle dans les émotions.
13. Phrase remarquable par sa forme concise et nerveuse. Kayt07tad'€ï riç. C'est, avec une tournure plus vive, la même
idée que eï tiç xccKOTtaô-eï.
Evxh)f4,Bïv, d'après l'étymologie, signifie avoir l'âme contente et en bon état ; de là, en substituant la cause à l'effet, avoir des succès et du bonheur.
WàXXeiv, chanter des hymnes en l'honneur de Dieu, s'accompagner d'instruments à cordes. Comparez Eph. V, 19.
La base sur laquelle repose cet enseignement et l'idée mère à laquelle il nous ramène, c'est le devoir de se tourner vers Dieu dans toutes les émotions de la vie. Le Chrétien fidèle doit prendre la sainte habitude de penser constamment à lui, et de recourir à cette pensée habituelle pour dominer, régler et sanctifier ses sentiments aussi bien que ses actions. Ce n'est donc pas seulement l'acte de la prière que St. Jaques prescrit , mais la vie de prière, qui a le privilège de transformer le cœur. Le précepte a donc toute la profondeur et la subjectivité qui caractérisent en général cette épitre.
IL V. 14. 15. Prière ecclésiastique dans les maladies.
Au point de vue historique comme au point de vue dogmatique, ce morceau touche à plusieurs questions diffîdles. Elles ne peuvent guère être résolues qu'à l'aide d'hypothèses et de conjectures. Nous chercherons les solutions les plus probables, mais nous ne les donnerons que comme des probabilités. Ces probabilités, toutefois, nous paraissent d'une grande force.
14. nçea^vréçeç, IlQeapvTeQOi, anciens (D'^l^j^T), sont nommés
ailleurs iTclananoi (Act XX, 28; PhiL I, 1), TtQOlçàf^evoi (Rom. XII, 8 etc.), jtQoegùkeç (1 Tim. V, 17), Ttotfiéveç (Eph. IV, 11).
Ds remplissaient dans l'Eglise chrétienne un rôle analogue à celui des chefs de synagogue (D^iDa'iD). Leur autorité, dérivant soit de rage, soit de Tinstruction, soit de l'élection, soit du choix apostolique, soit des dons du St Esprit, les appelait à diriger le culte et la discipline extérieure. Us figurent ici comme devant oindre les malades et prier pour eux; mais rien n'indique dans cet endroit que l'apôtre crée une fonction nouvelle. Il y a quelque apparence qu'il voulait plutôt recommander et régulariser une institution existante, qui se rattachait probablement, au moins en partie, aux dons miraculeux. L'intervention des chefs de l'Eglise était plus convenable en pareil cas, que celle des Chrétiens quelconques, qui, peut-être par charité, peut-être aussi par vanité, se hâtaient de se charger de cet office.
On peut conjecturer avec quelque vraisemblance que ce précepte de l'apôtre n'est pas sans quelque rapport avec celui qui ouvre le chap. m. St. Jaques a toujours à faire aux mêmes lecteurs, c'est-à-dire aux Judéo-Chrétiens , enclins par dessus tout à l'orgueil spirituel. Il semble vouloir, ici comme là, réprimer le zèle vaniteux qui les portait à se grandir dans l'Eglise, en usurpant sans mission suffisante le rôle et les fonctions, là de docteurs, ici de pasteurs.
Au reste on peut conjecturer, d'après quelques passages des rabbins, que l'usage de la. prière des ù^ip^l pour les malades existait déjà chez les Juifs.
Tîjç haiXrjalaç. Voilà l'Eglise organisée avec ses TtQsafivze- QOi à sa tête, ce qui indique un état de choses déjà avancé.
^En avTOv ; équivaut à lïT'b.?. Cela peut s'entendre physiquement (près de son lit, en lui imposant les mains), ou moralement (pour lui, en sa faveur).
IdXelyjavreç. IdXelqxa, oindre, enduire, vient de XlTtog, graisse, huile, onguent. On sait à quel point l'usage des onctions (d'huile, de baumes, de liqueurs odorantes et huileuses) était général dans l'Orient. C'était à la fois un signe de joie et une importante habitude hygiénique. On le considérait non seulement comme une commodité de la vie, mais comme une nécessité.
^^lalq). Parmi les liqueurs employées pour Tonction, l'huile était de beaucoup la plus ordinaire. Les voyageurs en portaient une fiole avec eux pour soulager, au moment du repos, leurs membres fatigués. Voyez Luc X, 34 la parabole duj bon Samaritain; Marc VI, 13: Les apôtres de J. C. oignaient d'huile beaucoup de malades et les guérissaient.
Ev T(p ovôfiaTi, Voyez plus haut v. 10. Ici c'est à notre Seigneur J. C. que cette formule s'applique, et il convient de nous arrêter un instant à l'éclaircir.
Le sens de cette manière de s'exprimer, en pariant de J. C. et dans le N. T., est au fond partout le même. Elle indique 'tou jours une intervention du Rédempteur accompagnée du recours ou de. l'adhésion du disciple à son œuvre, à sa personne ou à son autorité. Toutefois ce sens est déterminé d'une manière variable et plus spéciale par le verbe qui est employé. Le nom d'un être, en effet, c'est Têtre lui-même, considéré dans la connaissance que nous avons de lui, et non dans sa nature absolue. C'est le choix du verbe qui fera connaître le point particulier par lequel nous entrons en rapport avec le Sauveur. Le verbe modifiera ainsi d'une manière variable l'application d'une idée invariable en elle-même. Nous trouvons par exemple 1 Pier. IV, 14: ovecdit^ea&E èv bv. Xq.\ Act. IV, 12: awâijvar, Act. X, 48: fia^rtTiadijvai; 2 Thess. III, 6: 7taQayyéXXo^ev\ Jean XIV, 13: aÎTrjarjrs'^ Col. III, 17: TtoirJTe . . . €vx(xçigSvT€ç, Dans les trois premiers cas le sujet est, ou semble être, purement passif. Toutefois les rapports exprimés vont du disciple au maître, comme du maître au disciple. Ce sont ceux, soit de l'autorité du maître et de sa charité divine, soit de l'adhésion et de l'amour du disciple fidèle. Dans les trois derniers cas le sujet est actif; mais cette action peut être de double nature. Je puis agir en effet au nom d'un autre, dans ce sens que mon action doit être censée la sienne, étant faite par ses ordres et en vertu de son autorité. C'est le cas du passage des Thessaloniciens et des nombreux passages analogues. Mais je puis encore agir au nom d'un autre, dans un sens différent, par suite de la connaissance que j'ai de ses rapports avec mon action, de la part qu'il y prendra ou qu'il a droit d'y trouver. C'est ce qui a lieu dans les prières et les actions de grâces au nom de J. C.
Il paraît que c'est le cas dans le passage de St. Jaques qui nous occupe, et que le nom du Seigneur J. G. n'intervient ici que pour caractériser la prière, et non pour donner autorité aux pasteurs, comme Ta supposé Schott, qui traduit: „Domini Jesu auctoritate preces ad Deum fundant."
Dans cette interprétation nous admettons que iv t^ ovofxcnL etc. se rattache à TtQoaev^aa-d'waav, comme l'idée l'exige, et non à àXd^avT€ç, comme la forme de la phrase semblerait le demander. Peut-être les deux choses pourraient-elles être réunies, puisque les deux moments de l'institution avaient au fond le même but et le même sens, l'onction du malade n'étant qu'une répétition symbolique de la prière.
15. Commençons par édaircir ici les mots et les détails. Nous en viendrons ensuite aux questions plus générales.
Evxf] TÎjç Ttlgewç, la prière de foi, c est-à-dire faite avec foi, pleine de foi.
Evxfi . . . awaet. C'est à la prière, non pas à l'onction que ce salut est rapporté.
2(jjG€i pourrait s'entendre du salut de l'âme ou de la guéridon du corps. Dans ce qui suit èyeçeï indique la seconde, et àq)sârja€Tai la première; d'où nous sommes forcément amenés à conclure que awaet les indique ici toutes deux.
Kàfxvovra. Kafxvo), être malade, proprement être souffrant, fatigué, languissant. Il s'agit donc bien ici d'un homme malade du corps.
"ËyeQeï avtov b tcvqioç, le Seigneur le rétablira. Schn. „Dominus eum e lecto quasi eriget" ^Eyegeï répond à l'hébreu C^j^n,
Kav àfiaQtlaç jj TteTtoirjxùç, et s'il a péché (littéralement: et s'il a été faisant des péchés). Cette expression dubitative, en parlant des péchés du malade, a surpris sous la plume de l'apôtre qui nous a dit (III, 2): TtoXlà malofxev aTtavreq. En conséquence on a voulu restreindre la pensée de l'écrivain au cas où la maladie serait l'effet naturel de certains péchés. Mais il faut l'étendre un peu davantage, et la difficulté s'explique mieux en traduisant: „Et si cette maladie est un châtiment de ses péchés.^' Les Juifs, comme on sait, regardaient toutes les maladies comme
un châtiment temporel, et voyaient un lien nécessaire entre la guérison du malade et le pardon de ses fautes. Jaques, Judéo-Chrétien, mais éclairé de Tesprit de J. C, n'admet et n'enseigne ce rapport de la maladie au péché et de la guérison au pardon, que comme possible ou fréquent. On peut au reste faire d'autres conjectures encore pour expliquer ici la formule xay.
l^çs&i^aeTac cevT^; guérison de l'âme et pardon du péché. ScuN. : „NoU de singulari numéro queri et pluralem quaerere, quasi al éfiaçTlat condonentur. Non al ainaçrlai, sed to TteTtou]" Kévai ajuaçurlaç proprie condonatur.**
Cette promesse de pardon ne s'applique dans ce cas (xav) qu'aux fautes, causes physiques, morales ou providentielles de la maladie, et dont le pardon est en quelque sorte rendu visible par la cessation du châtiment.
Pour compléter l'exphcation de ce verset, nous devons indiquer ou résumer notre opinion sur cinq questions importantes qu'il soulève.
I. La délivrance dont il est ici question s'appliquait-eUe au corps ou à l'âme; était-ce la guérison ou le pardon?
C'est de guérison qu'il s'agit proprement. C'est de la gué rison du corps que l'huile était le symbole chez les Juifs et Marc YI, 13. Le pardon est présenté ici accessoirement et d'une manière conditionnelle. H semble qu'il n'en soit fait mention que comme étant manifesté par la guérison du corps, lorsque la maladie se trouvait liée au péché. C'est d'un pardon spécial et relatif qu'il s'agit, non de la rémission absolue des péchés du malade et du salut de son âme.
Du reste St. Jaques emploie un langage assez vague, d'où l'on peut conclure que, tout en voyant dans l'institution qu'il recommande un usage salutaire et au corps et à l'âme, il n'enseigne rien de positif, de constant et d'absolu sur son efficace.
II. La délivrance annoncée devait-eUe être miraculeuse ou simplement providentielle?
Nous répondrons: Tantôt l'une, tantôt l'autre, tantôt l'une et l'autre. En effet 1) les dons miraculeux existaient certainement alors dans l'Eglise; 2) ils n'existaient pas chez tous les TtQsafiv- TaQOi'y 3) le même 4iomme n'en jouissait pas constamment; 4) il
y avait, à ce qu'il paraît, des différences assez grandes dans l'intensité de ces dons, suivant les hommes, les temps, les lieux. Les guérisons pouvaient donc être dues en entier ou en partie aux dons miraculeux, ou être aussi purement providentielles. Il ne faut pas oublier du reste qu'U est de l'essence du miracle de n'être ni habituel, ni même fréquent Le pouvoir miraculeux des apôtres n'empêcha de mourir ni eux, ni leurs disciples. Si l'institution que nous discutons eût assuré une guérison miraculeuse et complète, on l'a dit, personne ne serait mort dans l'Eglise, et Jérusalem entière y serait bientôt entrée.
D'autre part il faut repousser comme ridicule et étrangère au texte l'interprétation rationaliste qui veut voir ici une guérison médicale opérée à l'aide de l'huile comme spécifique. Nous sommes donc nécessairement conduits à entendre ceci d'une bénédiction résultant de la prière, avec ou sans le secours d'un charisme extraordinaire qui en augmentait parfois la force et l'efficace. C'était, suivant nous, non pas une guérison certaine, mais une guérison demandée par la prière (ce qui est l'essentiel), espérée par la foi, et souvent obtenue ; une guérison accompagnée de repentir, de conversion, de sanctification, et toujours subordonnée à la sagesse providentielle de Dieu.
m. Quel était l'instrument de cette guérison? L'efficace de la prière, la volonté du Ttgea^vreçoç, ou l'onction d'huile?
Cette question est déjà édaircie ou répondue par ce qui précède. La guérison doit être rapportée uniquement à une prière exaucée par la bonté divine. L'huile n'était que symbolique. Le TtQea^vTBQOç, eût-il eu le don de guérir les malades, n'eût encore pu agir que par la prière. Ce que l'auteur sacré dit de la prière d'Ëlie (v. 17 et 18) démontre que c'était bien là son idée. Les apôtres eux-mêmes ne paraissent souvent avoir fait leurs miracles qu'à l'aide de prières exaucées plus constamment, plus promptement et plus évidemment chez eux que chez les autres fidèles.
IV. L'ordre de Jaques s'apphque-t-il à d'autres temps qu'aux temps apostoliques?
Quant à la prière pour le corps et pour l'âme des malades, faite par l'intervention des pasteurs, il ne peut, ce semble, y avoir nul doute à ce sujet. La cessation complète^ des dons miraculeux
n'anéantit nuUement, d'après ce qui a été dit, la convenance, l'utilité, l'efficace de cette prière solennelle. Quant à l'onction symbolique, elle ne paraît point instituée par J. C. (ce qui en ferait un sacrement); mais elle se montre comme un simple usage judaïque, emprunté symboliquement à la synagogue par J. C. et les apôtres (Marc VI, 13), pour accompagner et figurer les guérisons miraculeuses. Les premiers Chrétiens de Palestine purent, malgré la diminution des charismes, conserver -sans inconvénient cet usage; mais après que les pouvoirs miraculeux eurent entièrement disparu, l'Ëglise eut raison de L'abandonner.
y. Y a-t-il dans cette institution un fondement réel pour le sacrement catholique de l'extrême onction?
Il n'est pas besoin de répondre en détail à cette question nouvelle. Ce qui a été dit suffit à démontrer les différences d'origine , de circonstances, de but et d'effet qui distinguent profondément l'usage recommandé par St. Jaques, de l'extrême onction prescrite par l'Eglise de Rome.