‹ Étude et enseignement de la langue française à l'étrangerChapitre 5 sur 147 · LA MAMAN, LA FILLETTE · texte numérisé non relu

LA MAMAN, LA FILLETTE

La maman (traduisant aussitôt et ses questions et les réponses qu'elle souffle li l'enfant). Qui est ta maman? La fillette. C'est vous, La maman. Et qui est la fille de ta maman?

La fillette, C'e^t moi.

On peut être certain que notre jeune élève ne commettra jamais la faute de français que fit, à l'entrevue de Tilsitt, un officier supérieur russe. L'empereur Napoléon ayant demandé qui commandait la cavalerie russe à la dernière affaire, un officier s'avança, et dit: «/ip, sire. » Un sourire imperceptible se dessina sur les lèvres de plus d'un personnage de sa suite, mais Napoléon le réprima bien vite par ces mots : ce Général, si vous ne maniez pas parfaitement la « langue française, en revanche vous faites admir^-» « blement bien manœuvrer vos troupes. »

Mais continuons.

La maman. De qui tiens-tu cette orauge ?

La fillette. De ma bonne maman.

La maman. Pourquoi Fas-tu reçue ?

La fillette. Pour ma leçon.

La maman. As-tu donc bien su ta leçon ?

La fillette. Oui , maman, puisque vous m'avez embrassée. La maman. Il me semble que tu étais bien triste en la mangeant, La fillette. J'avais votre baiser, et une belle orange dorée; je ne pouvais pas être triste.

La maman. Les oranges sont-elles bonnes ?

La fillette. Bien, bien bonnes, maman.

Premiers exercices.

La maman. Et qu'est-ce qui est encore meilleur que les oranges ? La fillette. Une bonne maman.

Comptons un peu les mots et les constructions de phrases que vient d'apprendre notre petite élève , en jouant pour ainsi dire avec sa mère. C'est l'équivalent de bien des leçons au cachet dans un âge plus avancé, obtenu sans fatigue, sans pleurs, sans dégoût.

11 y a, dans ce premier dialogue, la matière de séances plus ou moins nombreuses , selon le plus ou moins de dispositions de Tenfant. L'instinct maternel sentira bien où il faudra s'arrêter chaque fois. On pourrait le prolonger, pour ainsi dire, à l'infini ; mais il faut j^e garder de lasser l'attention de l'enfance, qui, dans l'étude comme dans ses amusements, aime la diversité. « Dii^ersité, c'est ma devise, » disait celui que madame de la Sablière nommait son fa* blier, un grand enfant, la Fontaine.

A ces petits vers tout enfantins on pourra faire succéder un morceau plus étendu , demandant déjà une intelligence plus développée , comme , par exemple , ces trois belles strophes de madame Amable Tastu, où se révèle tout l'amour de la femme poëte pour l'enfance :

PETITE PBIÈBE POUB LES PETITS ENFANTS.

Notre Père des cieux. Père de tout le monde, De vos petits enfants c'est vous qui prenez soin ; Mais à tant de bonté vous voulez qu'on réponde , Et qu'on demande aussi dans une foi profonde , Les choses dont on a besoin.

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