ANALYSES ET COMPTES-RENDUS DE SYPHILIS
Les notes sont savantes , instructives; elles forment un traité recominandable ; on y rencontre de beaux vers de M. Barthélémy, ceux de sa traduction de Frascator et un passage de la Némésis, cette souvenance glorieuse. Cet appendice essentiel est dû à M. Giraudeau de Saint Gervais , qu'il faut juger ici à un point de vue grave ; nous y avons trouvé la facile observation qui distingue son livre, Italie, Grèce, Turquie, souvenirs d'un voyage en Orient , et l'étude qui a conquis le succès de son Traité sur le fléau qui a excité la verve de M. Barthélémy. Le poème de M. Barthélémy n'est point un scandale ; et si le titre qu'il porte n'effarouche pas trop la curiosité , la vogue marchande lui est assurée. Eugène Briffavjlt.
( Feuilleton du journal le Temps, du I\ juillet 1840.)
Un livre remarquable vient de paraître. C'est une bonne fortune pour le public et une véritable friandise pour un pauvre journaliste saturé d'indigestes et nauséabonds écrits. 11 semblait que le pouvoir de la poésie dût se briser devant un sujet dont le seul nom inspire l'épouvante. M. Barthélémy a vaincu d'immenses difficultés avec un bonheur inouï! Le génie du poète a su trouver un voile dont le magique transparent laissât voir d'effroyables objets sans blesser les yeux ni révolter l'esprit.
Les vers de Syphilis auront ce rare privilège des adages qui restent fidèles aux plus ingrates mémoires. Les jeunes gens conserveront malgré eux le souvenir de maux affreux dont une magnifique poésie leur aura révélé le terrible mystère. L'impression sera d'autant plus profonde , que la splendeur du langage défie la raillerie, qui avilit jusqu'aux plus sages préceptes, lorsqu'ils sont bassement ou ari dément exprimés. Nous regardons l'ouvrage de M. Barthélémy comme une conquête de la poésie dans le domaine des sciences exactes.
Le poème de Syphilis est fort court. Il est divisé en deux chants : Le Mal, le Remède ; tels sont leurs titres. Plus d'un praticien lettré ( car il y en a ) ne verra là que deux magnifiques chapitres, dans lesquels le talent du poète a dompté jusqu'aux plus rebelles expressions techniques. En lisant ces vers si beaux , si ingénieux à parer la science sans rien ôter à sa sévérité, on voudrait que toute la médecine fût écrite aiusi. Elle aurait alors un irrésistible attrait. A l'aide d'une si belle mnémonique , on apprendrait avec une merveilleuse rapidité ce que tant de savantes leçons traînent si lentement jusqu'à l'intelligence des infortunés auditeurs!...
M. Barthélémy a puisé son sujet dans le poème de Fracastor. Cet auteur écrivait au seizième siècle, en employant cette langue latine, qui était depuis long-temps celle des sciences et des arts. Les vers de Fracastor offrent de grandes beautés. M. Barthélémy est devenu soudain l'émule du poète latin, mais certainement pour le surpasser.
Or, Fracastor était médecin. On conçoit que , le poète écrivant sous la dictée du médecin , il y avait là un avantage immense, refusé à M. Barthélémy. Un homme d'esprit, tel que ce dernier, devait avoir recours à ses inspirations pour sortir d'embarras. Son génie ne l'a pas trahi au moment des plus redoutables obstacles.
M. Barthélémy s'est adressé au docteur Giraudeau de St. -Gervais. Celuici a parlé en prose scientifique , et le poète a traduit en vers admirables ! Maintenant à chacun selon la gloire qui lui appartient , nous allons offrir lin juste tribut d'admiration et d'éloges.
Nous ne croyons pouvoir mieux faire qu'en citant un des plus beaux fragmens du poème de Syphilis. M. Barthélémy décrit ainsi la visite faite dans un hôpital. Il prépare le lecteur au spectacle hideux de tant de misères, en rappelant cette opinion de quelques médecins qui regardent la syphilis comme dégénérant avec la succession des temps. Cependant, afin de ne pas inspirer ainsi une fatale sécurité, le poète s'écrie :
Pourtant ne croyez pas que l'impure furie Soit rentrée aux enfers , sa première patrie , Eté., etc.
Ce morceau offre des beautés du premier ordre, et on peut louer sans restriction un écrivain qui relève la vieille gloire des classiques avec tant d'éclat et de bonheur.
Nous avons dit que le second chant a pour litre, le Bemède. Ici, M. Barthélémy embrasse exclusivement le système sur lequel repose le traitement de la Syphilis sans mercure. On ne peut nier que M. Barthélémy n'ait été ici l'interprète du docteur Giraudeau de Saint-Gervais. Nous dirons à ce sujet, que ce médecin s'est dignement associé à la gloire du poète , par les notes dont il a enrichi son ouvrage. Il résulte, de cette alliance de deux talens distingués, un livre très original , où l'intérêt se trouve partout au plus haut degré.
Comme annotateur, M. Giraudeau a fait preuve d'érudition étendue et d'un goût exercé dans le choix des citations.
( Gazette de Santé, Hygie du 5 juilet.)
Chez G. Baillière, libraire, rue de V Êcole-de-Médecine , 13. TRAITÉ COMPLET