‹ Étude et traitement des maladies de la peau, précéd é d'une notice sur la méthode Boyveau-Laffecteur, du poëme de Barthélemy sur la syphilis, et terminé par un formulaireChapitre 43 sur 115 · DES CAUSES GÉNÉRALES DES MALADIES DE LA PEAU · texte numérisé non relu

DES CAUSES GÉNÉRALES DES MALADIES DE LA PEAU

1° A l'hérédité.

Les maladies de la peau peuvent naître incontestablement d'une disposition héréditaire ; Lorry, Alibert , et la plupart des auteurs , en citent des exemples.

Les affections cutanées, qui sont dues à l'hérédité, peuvent se transmettre sous une forme identique, des pères aux enfans ; mais elles peuvent aussi subir une transformation , et prendre un caractère différent.

Si on admet que la suppression des affections dermoïdes peut occasionner la goutte , le rhumatisme , des habitudes catarrhales , etc. , et que la cessation de ces maladies peut être suivie du retour des affections supprimées, cette disposition ne doit-elle pas se transmettre du père à l'enfant? celui-ci, en naissant avec l'aptitude au développement de ces diverses maladies, ne sera-t-il pas susceptible de les éprouver tour à tour , ou bien ne pourrait-il être sujet qu'à Une seule, soit la goutte, soit une maladie catarrhale, etc.? Je réponds affirmativement.

Alors, pour avoir changé de nature, la maladie en serait-elle moins héréditaire ?Non, sans doute. Eh ! bien, lorsqu'une des affections, qui peut reconnaître pour cause le vice herpétique , se manifeste chez les enfans d'un père dartreux , la modification constitutionnelle qui en résulte pour ceux-ci, devra n4cessairement être prise en considération dans le traitement de leurs maladies , quelle que soit leur nature.

Je me justifierai plus loin , de l'usage que je viens de faire du mot vice herpétique.

2° A la contagion.

Beaucoup d'affections cutanées peuvent se transmettre

par contagion , telles sont celles qui proviennent de la syphilis , de la gale , de la vaccine , de la teigne , etc. ; il en est de même de la variole , de la rougeole et de la scarlatine , mais ces dernières peuvent être produites aussi par les causes qui modifient l'air atmosphérique et déterminent la constitution médicale régnante.

Les dartres sont moins susceptibles de se communiquer par le contact, cependant cela peut avoir lieu; mais on n'a pas encore déterminé les circonstances qui peuvent favoriser ce mode de transmission.

En général , il est prudent, à l'égard de toutes les maladies cutanées , de prendre les précautions qui peuvent en empêcher la communication.

3° A V action des influences hygiéniques.

Les choses qui constituent la matière de l'hygiène , agissent d'une manière d'autant plus active sur le développement des maladies de la peau, que ces mêmes choses s'éloignent de l'état naturel, et qu'elles se produisent par des altérations brusques.

Le régime alimentaire exerce une grande influence sur le développement et le caractère des affections cutanées.

Certains alimens peuvent occasionner des maladies éruptives d'une durée passagère, tels sont, parmi les coquillages : les huîtres , les moules , le homard , les écrevisses , les crevettes , les crabes. Parmi les végétaux : les fraises , les pommes , les noix , les champignons , le miel, le vinaigre , le riz f les farines d'avoine , de lin , etc.

Observations. — J'ai connu une personne d'un tempérament bilieux qui, toutes les fois qu'elle se trouvait sous l'impression de la vapeur produite par la préparation d'un

cataplasme de farine de lin , éprouvait un prurit fort incommode dans les yeux , ce qui la forçait à les frotter ; une injection vive de la conjonctive et des paupières se déterminait alors ; cet état très pénible durait ordinairement sept à huit heures : des compresses imbibées d'eau froide, apaisaient les souffrances et abrégeaient de quelques heures la durée de cette espèce d'ophthalmie.

J'ai vu mainte fois l'application prolongée des cataplasmes de farine de lin sur la peau , y déterminer l'éruption de petites pustules , qui s'affaissent et disparaissent peu de temps après l'usage des cataplasmes.

Le poisson et les viandes salées , l'usage du porc , surtout dans les pays chauds, peuvent occasionner des affections cutanées, intenses et rebelles.

La lèpre , l'éléphantiasis des Grecs et des Arabes , étaient attribuées à l'usage du porc , ce qui détermina Moïse et Mahomet à interdire cet aliment aux juifs et aux musulmans.

Les viandes en putréfaction, ou qui proviennent d'animaux malades , peuvent produire des éruptions d'une nature grave : telles que la pustule maligne , le charbon , et amener quelquefois la dégénération gangreneuse des maladies cutatanées préexistantes.

Les viandes saines , et surtout les viandes noires , peuvent occasionner également des maladies éruptives , chez les personnes qui en font un excès habituel.

Les individus qui sont sobres , mais qui se livrent momentanément à des écarts de régime , éprouvent souvent aussi des affections cutanées , ou bien il arrive que celles dont ils sont atteints , acquièrent de la gravité.

Le copahu, la bella-dona, la ciguë, occasionnent quelquefois des éruptions éphémères, telles que la roséole^ (fausse rougeole ) et l'urticaire.

Le vin , le café , les liqueurs , les épices , en un mot tout

ce qui peut échauffer, exerce une action remarquable sur les maladies de la peau. La couperose, gutta rosacea, les pustules au visage , en sont un fréquent exemple.

L'absence des stimulans peut néanmoins entretenir, ou même produire certaines affections cutanées , même la couperose, qui par cette raison a été appelée goutte rose des buveurs d'eau, gutta rosacea hydropotarum.

Observations. — Un monsieur d'une cinquantaine d'années, très actif et très enclin aux plaisirs de l'amour, se nourrissait presque uniquement de légumes et de soupes , dont il mangeait beaucoup , ne buvant que de l'eau faiblement rougie. Il avait depuis plusieurs années le visage tout couperosé ; le nez était moins rouge et moins boutonneux que le front, les joues et le menton.

Ce monsieur s' étant marié, changea ses habitudes de table , et fit usage d'une nourriture plus succulente , ce qui aggrava sa position et donna à la peau , ainsi qu'aux boutons de son visage , une teinte beaucoup plus prononcée.

Un homme de trente ans , d'un tempérament sanguin , très actif, et faisant, comme le premier, beaucoup d'exercice à pied , se nourrissait à peu près de la même manière. Il éprouvait une coloration très vive de toute la face , chaque fois qu'il prenait des alimens chauds, principalement la soupe. Le même phénomène n'avait pas lieu, lorsqu'il prenait ses repas et sa soupe froids.

Ces deux observations me serviront pour établir l'étiologie de la couperose , dans le chapitre où je parlerai de cette maladie; je démontrerai que toutes les variétés de cette affection se développent de la même manière , bien qu'elles soient dues à des causes différentes.

L'action des alimens , considérée comme cause des maladies éruptives, sert à démontrer la sympathie qui existe entre l'estomac et le système dermoïde.

Tous les individus, néanmoins, n'éprouvent pas les mêmes accidens , par suite des alimens spéciaux et des habitudes de table dont je viens de parler : ce qui prouve que la réaction sympathique de l'estomac n'est pas toujours mise en jeu par les mêmes causes ; d'où il faut admettre nécessairement , que la sympathie de ce viscère avec l'enveloppe tégumentaire n'est pas absolue ; que la connexité pathologique , qui peut exister entre la muqueuse gastro-intestinale et la peau, dépend souvent d'une prédisposition particulière, ou d'un état d'idiosyncrasie propre à l'individu.

Il en est de même de certaines personnes qui sont sujettes aux indigestions, ou qui éprouvent par l'usage de certains alimens, même légers , des incommodités particulières. Je reviendrai sur ces considérations , que j'espère justifier.

La misère , une nourriture insuffisante ou de mauvaise qualité, la malpropreté, l'insomnie, enfin la plupart des causes débilitantes, peuvent produire des maladies éruptives, qui diffèrent de celles occasionnées par des causes d'une nature opposée , et dont le traitement ne saurait être le même , la maladie fût-elle du même genre. J'en dirai la raison ailleurs.

Les travaux de cabinet , les affections de l'âme , une sensibilité trop vive , peuvent aussi favoriser le développement des maladies de la peau.

Beaucoup de professions prédisposent aux affections cutanées, les déterminent ou les entretiennent.

Les potiers de terre , les forgerons, les chaufourniers, les boulangers , en un mot tous les individus , qui par état ont les mains et le visage exposés à une forte chaleur, sont sujets à des maladies éruptives ; ces maladies sont d'une nature érysipélateuse , susceptible de se transformer et de prendre un caractère chronique.

Ceux qui manient des substances acres , tels que les lessiviers , les salpêtriers , les droguistes , les épiciers , les fabri-

cans de produits chimiques, etc., contractent également une aptitude particulière aux maladies de la peau. L'usage des pommades irritantes peut produire des éruptions vésiculeuses. La pommade d'Autenrieth est souvent employée dans cette vue , lorsqu'on se propose d'obtenir une dérivation à la peau.

Les fripiers , les marchands de vieux habits , les cardeurs de matelas , et tous ceux qui par état manient et mettent en œuvre des matières empreintes d'excrétions animales, sont sujets à la gale et au prurigo.

Néanmoins les vidangeurs , les boueurs , les cureurs de puits, dont le travail est essentiellement malpropre, n'acquièrent pas une susceptibilité particulière aux maladies de la peau. Selon Alibert , les individus qui vivent dans une atmosphère chargée d'émanations sulfureuses, seraient rarement atteints d'affections chroniques de la peau.

Les charbonniers , les ouvriers qui travaillent à la plombagine , substance qui est un véritable charbon , ne sont pas sujets non plus aux éruptions chroniques de la peau. On a remarqué , au contraire , que ceux qui en étaient atteints , guérissaient par la seule influence de leur profession : ce qui a autorisé l'usage du charbon et de la plombagine contre certaines affections dartreuses.

Les individus qui se livrent à des travaux pénibles et soutenus , susceptibles d'entrenir le système dermoïde dans un état continuel d'excitation, et chez lesquels se manifeste une transpiration abondante , sont aussi fort sujets aux affections cutanées.

La saison, le climat, les habitations, exercent une grande influence sur le développement et la nature des maladies de la peau.

Les pays chauds , tels que l'Inde , l'Egypte , les Antilles , la Grèce, l'Asie, l'Afrique, l'Italie, l'Espagne, donnent aux maladies de la peau qu'on y observe , un degré d'intensité et

un caractère particulier, que ne présentent pas ordinairement celles qui se manifestent dans les pays froids. Dans la Russie, la Pologne, la Norwége, la Suède, le Danemarck, etc., elles peuvent cependant, dans certains cas, offrir un caractère rebelle et dangereux , ainsi qu'on le voit quelquefois pour la plique, le radesyge et la maladie de Brùnn.

L'action du soleil ardent peut occasionner l'érysipèle.

Lorsque la chaleur est constante , ou qu'elle se prolonge dans les pays et les lieux ordinairement humides , tels que la Hollande , la Belgique , la Picardie , la Normandie , les bords de la mer, le voisinage des marais, on voit survenir une foule d'affections qui frappent l'espèce humaine. Les animaux domestiques peuvent aussi être atteints , et , dans certains cas, le mal se communique de ceux-ci à l'homme. J'en citerai des exemples :

Dans les grandes villes , principalement dans les quartiers mal aérés , dans les rues étroites , aux abords des marchés où se vendent les comestibles , surtout les végétaux , on observe beaucoup de maladies de la peau : telles que le porrigo , la teigne et principalement les scrofules.

Le printemps et l'été exercent une grande influence sur le développement et le caractère des maladies éruptives ; c'est l'époque où surviennent ordinairement les éphélides, les dartres et les phlegmasies cutanées.

4° A Vètat anormal, de la texture et des fonctions du système

dermoMe.

La peau étant une espèce de canevas , sur lequel toutes les affections cutanées viennent se dessiner et revêtir leurs formes , il est essentiel de bien connaître sa structure et la nature de ses fonctions.

Les dispositions anormales de la texture et des propriétés fonctionnelles de la peau, sont également importantes à bien connaître, pour établir, d'une manière précise , l'étiologie et le caractère des maladies qui lui sont propres.

Les personnes qui ont la peau fine , délicate , les cheveux blonds ; les femmes , les enfans , les individus d'un tempérament lymphatique , lymphatico-sanguin ; en un mot , ceux dont la peau se laisse pénétrer le plus facilement par les fluides qui viennent y aboutir , sont le plus sujets aux maladies de cet organe.

Une disposition contraire rend également sujets aux maladies cutanées , ceux qui ont la peau sèche, rugueuse, terne, grasse , flétrie ; mais alors on doit concevoir que le mode de développement de ces maladies ne peut être le même ; que d'importantes modifications doivent se produire dans leur forme , leur progrès , leur durée , et présenter pour leur traitement des indications différentes.

En effet, dans le premier cas, les maladies de la peau semblent dues à l'exaltation, ou tout au moins à l'excentricité de la circulation cutanée. Dans le second cas , au contraire , elles paraissent dépendre du ralentissement de la circulation , dont le résultat doit être de favoriser la stase des humeurs dans le tissu dermoïde.

Eh î bien , en partant de cette donnée , je ne pense pas qu'il soit rationnel d'adopter le même système de modification, dans les deux circonstances.

Dans le premier cas , c'est à dire chez ceux dont la peau a le plus de perméabilité , on doit être réservé sur l'usage des bains, auxquels il convient de préférer les frictions sèches sur la peau, afin d'agir par voie de dérivation sur le tube digestif , à moins d'indications contraires.

Dans le second cas , où la peau est moins accessible au mouvement circulatoire , on doit insister au contraire sur l'usage des bains , en les faisant suivre de frictions sèches ou

même faites avec une substance tonique , dans le but de produire tout à la fois, une dérivation à la périphérie , et de ramener la peau à son état normal.

Cette proposition thérapeutique appartient à mes principes d'une manière absolue , comme on le verra dans le chapitre où je discute sur les indications générales du traitement des maladies cutanées.

Indépendamment des circonstances anormales , sous l'influence desquelles les maladies éruptives peuvent se développer et se modifier, comme je viens de le dire, elles sont encore susceptibles de présenter un caractère particulier, suivant la nature des tempéramens considérés dans leur état normal.

Àlibert , après en avoir fait la remarque , dit positivement que les dartres furfuracée et squammeuse , attaquent plus généralement les personnes d'un tempérament lymphatique , et que les individus d'un tempérament sanguin sont plus souvent exposés aux dartres crustacées et flavescentes ; tandis que les sujets bilieux et mélancoliques sont plus ordinairement atteints de dartres pustuleuses.

Les maladies de la peau diffèrent encore , en raison des dispositions que le système dermoïde reçoit de l'influence des âges. Dans l'enfance , la tête est le point où la circulation s'exerce avec le plus d'activité ; mais aussi voit-on le visage et le cuir chevelu être le siège des principales maladies de cet âge.

À l'époque de la puberté , où la circulation s'opère d'une manière plus uniforme , et où l'appareil générateur devient un nouveau centre d'action , il arrive souvent que les maladies cutanées du premier âge se guérissent facilement , après avoir résisté jusqu'alors à tous les efforts de la science.

A mesure qu'on avance en âge , surtout chez les personnes habituées à des évacuations sanguines , principalement chez les femmes au retour d'âge , on voit quelquefois se développer des affections cutanées très rebelles.

Observations. — J'ai été consulté pour une fermière normande , âgée de quarante-six ans , d'un tempérament lymphatico-sanguin robuste, qui, depuis plusieurs mois , chaque fois qu'elle avait ses règles , éprouvait un gonflement considérable et une rougeur très vive du nez. H y avait un sentiment de chaleur très intense , au point de me faire craindre une dégénérescence carcinomateuse. Cet état durait de quatre à cinq jours, ensuite les accidens diminuaient graduellement et cessaient en deux jours.

Cette femme, que j'ai revue quelques années après, n'était plus réglée. Elle avait le nez et le visage tout couperosés et couverts de boutons pustuleux comme dans l'acné , affections qui avait résisté aux divers moyens recommandés par plusieurs médecins. Un régime délayant et des laxatifs légers tempéraient un peu la maladie ; mais elle revenait à son premier état dès que ce régime était délaissé.

Beaucoup d'affections cutanées dépendent des modifications qui s'opèrent dans les fonctions habituelles de la peau. Les sueurs journalières , provoquées par des travaux pénibles, y prédisposent par la réaction exhalative qui apporte , plus abondamment à la peau , la matière excrémentielle de la transpiration.

Les maladies éruptives qui se développent lorsque la peau ne fait pas ses fonctions , peuvent être attribuées à la stagnation de la matière excrémentielle dans le tissus dermoïde. Alors elles prennent un caractère particulier ; elles ont plus d'acrimonie ( qu'on me permette cette expression ), plus de tendance à passer à l'état chronique et à résister à l'action des remèdes : telles sont , par exemple , les affections dartreuses et le prurigo des vieillards.

Il y a un genre particulier d'affections cutanées , qui naissent de la disposition anatomique des parties : ce sont celles qui se manifestent aux endroits où la peau subit le frottement d'une surface sur l'autre; on les a désignées par le mot

intertrigo, qui signifie frottement. Telles sont celles qui viennent derrière les oreilles , aux plis de l'aine , à la partie supérieure et interne de la cuisse , dans l'intervalle des fesses , sous les mamelles chez les femmes.

J'en cite des exemples qui sont intéressans , sous le rapport de leur gravité et de leurs résultats.

5° A l'état pathologique antérieur ou concomitant, et à Vidio-

syncrasie.

L'école de Broussais attribue la plupart des maladies de la peau , à l'irritation de la membrane gastro-intestinale.

Lorry, Stoll , et beaucoup d'autres , en trouvent la cause dans le mauvais état du suc gastrique.

De sordidibus systematis gastriœ, quœri ferè semper débet. Lorry.

L'opinion des uns et des autres ne saurait être adoptée d'un manière absolue. Toutefois il est incontestable que, dans beaucoup de cas , l'état des organes digestifs prédispose aux affections cutanées.

C'est à l'irritation du tube intestinal , et à l'altération du suc gastrique en général , qu'il faut attribuer l'influence des organes digestifs sur le développement des affections dermoïdes. Cette influence des organes est plutôt due à la manière dont ils exercent leurs fonctions , qu'à la nature des alimens dont on se nourrit.

J'incline vers cette opinion , sans nier pourtant les effets qui peuvent se produire à la peau , par suite d'une irritation gastro-intestinale chronique ; mais je crois qu'on a beaucoup exagéré, et souvent mal apprécié, l'influence morbide de l'appareil digestif sur les affections cutanées.

L'affection aiguë, ou l'excitation momentanée d'une partie de la membrane gastro-intestinale , peut évidemment déterminer des éruptions à la peau. L'irritation des gencives, pro-

duite par la dentition, donne lieu à l'érythème ou strophulus, maladie désignée vulgairement sous le nom de feux de dents. On sait que dans les maladies fébriles, où le tube intestinal est irrité, il survient parfois une éruption aux lèvres qui en indique le terme; que d'ailleurs les phlegmasies de la peau sont ordinairement accompagnées de maux de gorge, d'éternument, de dégoût , de nausées , et quelquefois de vomissement.

Si l'estomac subit l'influence prolongée d'un régime échauffant, le visage devient le siège de l'acné ( dartres pustuleuses ), de la couperose, etc.

Il existe donc réellement , dans certains cas , une corrélation entre l'irritation de la muqueuse intestinale , et les affections cutanées ; mais alors, est-ce à dire , comme l'enseigne l'école physiologique , que ces dernières ne sont que des phénomènes sympathiques? Cette opinion ne me paraît nullement fondée. En effet , pourquoi ne survient-il pas des éruptions à la peau , toutes les fois qu'il existe une irritation gastro-intestinale ? Or , s'il peut exister des irritations muqueuses sans réaction à la peau , n'est-il pas plus rationnel d'admettre que lorsqu'une maladie cutanée se développe, comme affection concomitante , c'est une dualité pathologique , dépendante de la même cause ?

Lors même que les affections de l'estomac et du foie se rencontreraient avec des maladies inflammatoires de la peau, « il ne serait pas rigoureux , dit M. Rayer , de conclure que ces dernières sont symptomatiques des premières ; car elles pourraient être l'effet d'une même cause... L'école galénique et , dans les derniers temps , l'école physiologique , ont exagéré cette influence : l'une en attribuant à l'altération de la bile , et l'autre à l'excitation de l'estomac , des résultats auxquels il est impossible qu'ils aient habituellement une part active. » Cette opinion vient à l'appui de la mienne.

La bile a été regardée , depuis Galien , comme étant la cause de la plupart des maladies dermoïques de la peau.

Lorry soutient que l'altération de cette humeur peut occasionner des pustules prurigineuses» charbonneuses. Lieutaud affirme que non seulement les affections rebelles de la peae, mais encore toutes les maladies chroniques, proviennent d'un vice du foie. Il fonde son opinion sur les observations que lui aurait fourni la dissection anatomique ; ce qui prouve que l'ouverture des cadavres ne suffit pas toujours pour rendre infaillible le jugement des médecins.

D'autres ont contesté que le foie et la bile eussent une aussi grande part sur le développement des maladies de la peau. M. Rayer semble même en nier entièrement Finfluence. «Non seulement, dit-il, j'ai vu très souvent des maladies de l'appareil biliaire , sans exceptions , à la surface du corps , mais, dans une foule de maladies cutanées , il m'a été impossible , malgré les recherches les plus minutieuses , de découvrir des traces de lésion concomitante, ou antérieure du foie ou de ses annexes. »

Je suis persuadé que le foie , à l'égard des maladies de la peau , ne joue pas un rôle aussi important que Lieutaud et beaucoup d'autres médecins ont pu le penser ; mais je n'adopte pas , avec M. Rayer , la nullité de son influence ; je ne crois pas même que l'altération morbide de cet organe , s©R toujours nécessaire pour établir une prédisposition aux maladies éruptives.

La prédominance constitutionnelle de l'appareil biliaire , chez les individus d'un tempérament sec , bilieux, mélancolique ; les modifications qui peuvent survenir dans l'exercice des fonctions du foie , sans qu'il existe un état morbide prononcé de cet organe , peuvent seules déterminer l'aptitude aux maladies de la peau.

Observation. — Une dame de quarante-huit ans , encore réglée , habituellement constipée , se portant bien d'ailleurs, est sujette à des taches furfuracées , disséminées sur la poi-

trine , le cou et le dos. Ces taches disparaissent ordinairement par l'usage du régime délayant , des bains tous les trois jours, d'une application de sangsues à l'anus , et d'une dérivation opérée sur le tube intestinal , au moyen de légers purgatifs réitérés plusieurs fois dans l'espace de quinze jours , durée du traitement que je lui fais subir.

La maladie se reproduisant tous les trois ou quatre mois , depuis plus de deux ans , elle cède chaque fois au même système de médication.

Je dois dire que cette dame a été constipée toute sa vie , de manière à n'aller à la selle que tous les deux ou trois jours, ce qui constitue chez elle une idiosyncrasie bien marquée , et doit exclure toute idée d'une lésion pathologique du foie.

Doit-on supposer qu'il ne s'agit ici que d'une affection sympathique? Je ne puis être de cet avis. En effet, si la maladie dépendait du séjour de la bile dans ses réservoirs, ce qui est fort probable , puisqu'elle disparaît par l'usage des moyens qui peuvent en faciliter le cours, ne pourrait-on pas admettre que le sang , de même que dans l'ictère , porte avec lui le principe qui détermine l'éruption cutanée? Cette théorie me semble plus probable , que celle qui attribue à la sympathie la plupart des maladies de la peau.

S'il est vrai , comme Pujol l'a remarqué , que le sérum du sang soit bilieux dans quelques affections cutanées , ou qu'il soit couenneux , comme l'a observé mainte fois M. Rayer , dans des inflammations chroniques de la peau , existant sans fièvre , on ne saurait raisonnablement contester que le sang n'est pas altéré dans ces cas ; qu'il ne doit être regardé ni comme principe de la maladie , ni comme moyen propre à l'entretenir.

Le sang peut être altéré dans la proportion de ses élémens , comme dans la diathèse scorbutique , et prédisposer, par cette modification , aux affections cutanées. Mais ici il

n'y a pas combinaison d'humeurs étrangères, comme dans la rougeole , la variole , la pustule maligne , où le sang renferme évidemment un principe contagieux.

Il est reconnu que l'abus du mercure produit souvent un genre d'affections cutanées , auquel on a donné le nom d'hydrargirie : mot qui en indique la cause.

Dans les derniers temps, M. Orfila a découvert de l'arsenic dans le sang des personnes empoisonnées par cette substance. Il est donc incontestable que le sang peut se charger d'un principe plus ou moins délétère.

Ce point établi, pourquoi n'admettrait-on pas que la bile, le lait, la semence , en un mot toutes les humeurs récrémentielles , peuvent, dans des circonstances données, modifier le sang de manière à produire des phénomènes divers , non seulement suivant la nature du principe modificateur , mais encore suivant la partie qui en reçoit l'impression, de manière à produire tantôt des maladies cutanées, tantôt la goutte ou le rhumatisme , tantôt des palpitations , des spasmes, etc.

Cette opinion est pour moi une de mes principales croyances en médecine : je la reproduirai souvent.

La cessation de la goutte et celle du rhumatisme, peuvent occasionner certaines maladies de la peau, susceptibles de disparaître quand les premières affections se reproduisent, de manière à se succéder respectivement. J'en citerai des exemples.

La syphilis, les scrofules, se produisent fréquemment sous la forme de maladies éruptives. La première de ces affections donne lieu aux diverses espèces de végétations et d'ulcères vénériens , et aux syphilides. La seconde est regardée comme une des principales causes de la dartre rongeante.

Malgré la guérison de la syphilis et des scrofules , il peut s'établir , chez ceux qui en ont été atteints , une prédisposition aux maladies cutanées, aux affections goutteuses et

rhumatismales. J'ai soutenu et développé longuement cette opinion, dans mon Traite des maladies syphilitiques.

11 peut exister chez tous les individus un état d'idiosyn- «rasie, ou une disposition particulière^qui les expose aux maladies de la peau , sans qu'on puisse en assigner la cause. Chez quelques personnes cette disposition est telle , qu'elles éprouvent des maladies cutanées par suite de causes qui., ehez d'autres individus , produiraient des affections différentes : ce qui a fait admettre une constitution dartreuse ou psorique.

En parlant de ces mêmes individus , a ils semblent être , disent MM. Cazenave et Schedel, sous l'influence d'unt disposition particulière , sui generis, de l'économie, en vertu de laquelle une cause morbifique venant à agir sur les individus , c'est le système dermoïde qui en éprouve les effets. Cet état particulier a été désigné par quelques auteurs, sous le nom de vice dartreux : mot inutile, et qui ne signifie autre chose qu'une grande prédisposition aux affections cutanées.

x> Il n'en est pas de même d'autres affections générales, qui mit une influence réelle sur le développement de ces maladies. Le scorbut, les scrofules, le rhumatisme, la goutte, et surtout la syphilis, peuvent agir comme cause interne de ces affections. *

Le passage que je viens de souligner, indique que MM. Cazenave et Schedel, de même que M. Biett, dont ils ont reproduit les leçons , admettent qu'il existe des affections générales qui influent réellement sur la production des maladies cutanées.

C'est une grande concession faite à la doctrine de l'altération des humeurs.

En effet , si les scrofules , le scorbut , la syphilis , peuvent agir comme causes internes susceptibles de produire des maladies de la peau , il faudra bien admettre que l'écono-

Brie animale toute entière , solides et fluides , participe à ces affections générales ; or, je ne vois pas trop pourquoi on rejeterait les mots vice dartreux , comme une locution inexacte ©t sans utilité.

Les auteurs que je viens de citer, pensent que par les mots vice dartreux , on doit entendre seulement une grande prédisposition aux affections cutanées , ou une aptitude sut generis à contracter ce genre d'affection, de préférence à toute autre maladie.

Si on ne veut pas admettre qu'il existe un vice dartreux , comme principe de la plupart des affections cutanées , au moins faut-il reconnaître un vice d'organisme , susceptible de favoriser leur développement. Dans ce cas , les humeurs , tout aussi bien que les solides , se trouvent dans une disposition particulière , propre à donner naissance aux principaux phénomènes sous lesquels se manifestent la plupart des maladies de la peau.

Alors ce qu'on entend par une disposition sui generis, ne serait pas autre chose qu'une habitude générale de l'organisme , où les solides et les fluides sont dans un état anormal. Cet état pourrait désigner une affection générale de l'économie, tout aussi bien que la diathèse scorbutique, scrofuleuse , syphilitique , etc.

Parmi les dénominations qui ont été trouvées impropres , et qu'on a rejetées du langage médical , il en est beaucoup qui ont un sens mal compris, et qui demandent à être remises en faveur : telle est , par exemple , une partie de celles qui appartiennent à la doctrine de l'altération des humeurs.

Lorsqu'on parle du vice des humeurs , on ne doit pas sans doute entendre par là un corps hétérogène , à base déterminée , étranger aux principes constituans de l'économie , susceptible d'exister dans le sang , et de produire toujours des maladies identiques , en raison de la nature particulière de ce même principe.

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