‹ Étude et traitement des maladies de la peau, précéd é d'une notice sur la méthode Boyveau-Laffecteur, du poëme de Barthélemy sur la syphilis, et terminé par un formulaireChapitre 47 sur 115 · ROUGEOLE · texte numérisé non relu

ROUGEOLE

Rubeola-morbilli. — Fièvre morbilleuse. — Septième genre des dermatoses exanthêmateuses d'Alibert.

La rougeole appartient à l'ordre des maladies contagieuses. Elle est ordinairement précédée par des alternatives de frissons et de chaleur , par des lassitudes, la céphalalgie , des nausées ou des vomissemens, par l'irritation catarrhale des fosses nasales , des voies lacrymales , de l' arrière-bouche et des voies aériennes.

Symptômes. — Les phénomènes que je viens d'indiquer précèdent constamment de plusieurs jours l'éruption de la rougeole. Leur intensité s'accroît du troisième au quatrième jour. Le pouls devient plus fort , la chaleur plus vive, le mal de tête augmente; le larmoiement, l'ophtalmie , l'éternuement , l'écoulement séreux du mucus nasal, quelquefois le saignement du nez , le mal de gorge , l'enrouement , une toux sèche et opiniâtre, sont les accidens les plus ordi-

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naires de la rougeole ; ces accidens augmentent progressivement à mesure que l'éruption se développe, et disparaissent avec elle. A* cette même époque, c'est à dire du troisième au quatrième jour , la langue , qui était blanche et humide , devient rouge et sèche , les urines sont plus rares et plus colorées ; l'assoupissement, un léger délire, et quelquefois des convulsions se manifestent. De petites taches rouges deviennent bientôt confluentes , et elles précèdent de vingt-quatre heures l'éruption cutanée , recouvrent la luette et le voile du palais. Les taches extérieures s'annoncent, du quatrième au cinquième jour, par de petites taches rouges semblables à des piqûres de puces : légèrement élevées elles se confondent ensuite , prennent une forme semi-lunaire , irrégulière , s'effacent par l'impression du doigt, et laissent entre elles des intervalles où la peau conserve sa couleur naturelle; les taches paraissent d'abord à la face , ensuite elles se développent successivement au cou , à la poitrine , sur le tronc et sur les extrémités. Elles présentent à la main la sensation d'une surface inégale , et parfois on observe une petite vésicule à leur centre.

Lorsque la rougeole est simple , elle parcourt régulièrement toutes ses périodes en huit à dix jours. L'éruption dont la durée n'est, en général, que de trois à quatre jours, parvient à son développement complet , en trente-six heures , époque où la tuméfaction du visage et des paupières se manifeste toujours , et devient quelquefois considérable.

Vingt-quatre à trente-six heures après l'apparition de la rougeole , terme qui correspond au sixième jour de la maladie, la rougeur des taches s'affaiblit à la figure, tandis qu'elle augmente sur les autres parties. Le jour suivant, la disparition des taches commence et s'opère successivement dans l'ordre où elles se sont développées; alors une desquammation plus ou moins prononcée , accompagnée d'une démangeaison très vive, se manifeste dès le neuvième ou

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dixième jour ; il ne reste plus que de légères traces jaunâtres à la place que les taches avaient occupée.

Une diarrhée légère , une hémorrhagie nasale , des urines sédimenteuses , surviennent quelquefois à la fin de la rougeole ; la convalescence, dans ce cas, est moins longue et moins pénible.

La marche de la rougeole n'est pas toujours telle que je viens de l'indiquer. La couleur des taches est très variable. Leur rougeur est tantôt très vive , tantôt à peine visible. Dans certains cas, elles ont une teinte violacée livide, comme l'ont remarqué Willan , MM. Biett et Rayer [rubeola negra). Biett a observé plusieurs fois que les taches de la rougeole avaient la forme et la couleur du purpura simplex, et que , dans ces cas , elles ne disparaissaient pas sous la pression du doigt.

La rougeole peut exister sans être précédée . ni accompagnée de fièvre , de catarrhe, et d'ophtalmie. (Rubeola sine catarrho. Willan. )

Tous les symptômes de la rougeole, moins l'éruption , se manifestent quelquefois pendant l'épidémie régnante ; ce qui constitue la fièvre morbilleuse sans éruption , telle que l'ont observée Dehaen , Gregory , Consbruch et M. Guersent.

La rougeole peut se compliquer avec les maladies qui la précèdent , ou avec d'autres qu'elle fait naître , ou qui surviennent simultanément , telles que les phlegmasies pulmonaires et gastro-intestinales, les affections du cerveau, le croup , les éruptions huileuses, pustuleuses, etc. Cette éruption se termine ordinairement par un retour prompt à la santé. Lorsqu'elle est simple et que sa marche est régulière, elle peut néanmoins être suivie d'une convalescence longue et pénible. On voit apparaître, dans ce cas, des maladies consécutives plus ou moins graves et plus ou moins rebelles , telles que l'ophtalmie chronique, la pneumonie, la pleurésie, le catarrhe pulmonaire et la phthisie chez les sujets qui y

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sont prédisposés , l'otite , la surdité , l'inflammation chronique des ganglions lymphatiques sous-cutanés , l'hydrothorax , l'ascite , etc. ; des éruptions pustuleuses semblables à celles de l'ecthyma , ou des pustules moins volumineuses, surviennent pendant la convalescence de la rougeole. Elles se disséminent sur les pieds , les jambes , les cuisses et le scrotum. Des éruptions huileuses se montrent aussi parfois sur le pavillon de l'oreille , phénomènes qui démontrent que les exanthèmes fébriles ne sont pas sans connexité avec les éruptions exanthémateuses , dites spéciales , et qu'il importe d'étudier les caractères de ces éruptions secondaires, de les comparer avec celles qui sont primitives et peuvent se développer sans fièvre. La nécessité de ne pas séparer l'étude des fièvres éruptives, dites phlegmasies cutanées, des autres maladies dont la peau peut être le siège, est la conséquence des remarques précédentes.

Causes. — La rougeole , ainsi que la plupart des maladies contagieuses , est due à un principe morbide dont la nature est inconnue , et qui détermine cette éruption , soit par l'infection, soit par le contact. De même que la variole , la rougeole n'a lieu qu'une fois dans la vie , excepté quelques cas fort rares , où certains individus peuvent l'avoir une seconde fois , comme cela arrive pour la petite vérole.

La rougeole est presque toujours épidémique ; elle se déclare en général du dixième au quatorzième jour après l'infection. Elle se manifeste le plus ordinairement à la fin de l'hiver, ou au commencement du printemps ; mais elle peut aussi régner pendant l'été , ainsi que je l'ai observé. Elle se développe dans tous les climats , elle affecte tous les âges , mais particulièrement les enfans après l'époque de leur première dentition. Des enfans à la mamelle peuvent aussi en être atteints , et chez eux , comme l'a observé M. Baron , l'angine et les affections cérébrales en sont les accidens les

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plus ordinaires. Il peut arriver également que des enfans naissent avec la rougeole , mais cela est fort rare.

Selon quelques médecins , la rougeole peut se transmettre par l'inoculation. Home et Sperenza l'ont pratiquée avec succès , à l'aide de la matière obtenue par l'incision faite avec une lancette , sur les taches de rougeole les plus enflammées , de manière, à ce que la pointe de l'instrument fût teinte de sang. Moura et Fooke ont inoculé cette maladie avec la salive et les larmes de sujets affectés de la rougeole. On a observé que cette affection se manifestait ordinairement peu de jours après l'inoculation ; cependant tous les médecins n'admettent pas, comme certain, ce mode de transmission. L'inoculation a été faite sans succès , au dispensaire de Philadelphie , en employant le sang , les larmes , le mucus nasal et bronchique, et les lamelles exfoliées de l'épiderme recueillies chez des individus atteints de la rougeole.

Reproduisant ici l'opinion que j'ai émise , dans mon Traité des maladies syphilitiques , sur l'inoculation du virus vénérien, je dirai que, dans toutes les maladies susceptibles de se transmettre par l'inoculation , la matière inoculée doit être recueillie , comme pour le vaccin, à une époque déterminée, avant et après laquelle cette même matière n'est plus propre à reproduire une maladie semblable à celle dont elle est le produit. Quant aux succès qu'on assure avoir obtenus de l'inoculation de la rougeole , pour qu'ils fussent incontestables , il aurait fallu pratiquer l'inoculation sur des individus qu'on ne peut pas soupçonner d'être infectés préalablement par la constitution régnante. Je suis porté à croire à la transmission de la rougeole, au moyen de l'inoculation ; mais c'est une question définitive qui appartient à l'expérience : et ce point fût-il décidé par l'affirmative , il resterait encore à déterminer, mieux qu'on ne l'a fait , quels sont les avantages qu'on peut retirer de l'inoculation.

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Diagnostic. — Le diagnostic de la rougeole est quelquefois difficile, surtout au début de l'éruption : principalement parce que les petites taches par lesquelles elle s'annonce , qui sont un peu élevées et qui se montrent d'abord au front et au visage , ressemblent à celles de la variole ; mais on est bientôt fixé sur la nature de la maladie , par la forme semilunaire que prennent les taches de la rougeole ; par l'absence de toute aspérité à mesure qu'elles se développent sur la poitrine et sur les membres, tandis que, dans la variole, l'éruption dépasse le niveau de la peau partout où elle se manifeste.

Pour distinguer la rougeole de la scarlatine on n'a qu'à se rappeler les caractères qui leur sont propres. La fièvre et les accidens qui appartiennent à la rougeole précèdent constamment l'éruption de trois à quatre jours. Les taches ont peu d'étendue, leur forme est semi-lunaire, leur couleur est d'un rouge vif. Dans la scarlatine , la fièvre d'incubation étant d'une moindre durée , l'éruption a lieu promptement. Les taches sont beaucoup plus larges , leur forme est irrégulièrement arrondie , leur couleur est celle de la framboise. La toux et l'expectoration qu'on observe souvent dans la rougeole , n'ont pas lieu dans la scarlatine. La desquammation de l'épiderme s'opère en lamelles plus ou moins étendues dans cette dernière affection ; elle est furfuracée dans la rougeole.

La roséole d'été peut être aisément confondue à son début , surtout avec la rougeole sans catarrhe , dont elle diffère , comme le dit M. Rayer, moins par la forme de Texanthème que par le larmoiement , la toux , l'altération de la voix , qui sont propres à la rougeole ordinaire.

Pour établir le diagnostic avec plus de précision, on devra, dans tous les cas , avoir égard à la nature de la maladie régnante.

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Pronostic. — La rougeole est ordinairement plus bénigne dans les climats et les saisons tempérés que dans les pays chauds et très froids; mais elle peut partout et en tous temps acquérir de la gravité, par suite de la disposition particulière des individus. Lorsque, dans la rougeole bénigne et régulière, les symptômes diminuent d'intensité après l'éruption, la maladie ne présente aucun danger. Les femmes enceintes ou nouvellement accouchées , les personnes affaiblies ou d'une santé délicate , celles surtout affectées d'une irritation préexistante des membranes muqueuses gastrointestinales , d'une maladie des poumons , ou qui subissent l'impression du froid , sont particulièrement exposées aux accidens dont la rougeole peut se compliquer. Le résultat le plus ordinaire est la disparition métastatique de l'éruption : phénomène qui est toujours très grave, et la mort peut en être la suite. Le médecin est donc forcé à porter toute son attention sur l'état des viscères , de nature à compliquer la phlegmasie éruptive. On tiendra, à cet effet , le malade dans une douce température.

L'aspect livide des taches , qu'on observe dans la rougeole hémorrhagique [rubeola negra), ne présente rien de fâcheux, lorsque la maladie ne se produit d'ailleurs qu'avec les symptômes de la rougeole bénigne ordinaire.

Lorsque l'éruption disparait subitement , si le malade est dans un grand état d'adynamie , s'il a de la dyspnée , s'il survient des pétéchies , si les taches rubéolées s'éteignent par délitescence , et non par métastase, le cas est toujours grave et souvent mortel.

La liberté du ventre, le cours des urines, pendant la maladie, sont d'un bon augure. La moiteur de la peau, la sueur même , une diarrhée légère à son déclin , préparent en général une bonne convalescence : ce que j'ai eu l'occasion d'observer après Tissot; c'est aussi l'opinion de MM. Cazenave et Schedel. Néanmoins M. Rayer dit avoir

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vu des convalescences très promptes, sans que ces évacuations eussent eu lieu : ce qui ne prouve pas leur inutilité ; il a vu aussi des diarrhées plus nuisibles qu'utiles : cela arrive sans qu'on puisse en nier les avantages dans certains cas.

Il est fort difficile , en général , de tirer des inductions absolues d'un même phénomène pathologique. Lorsqu'on l'envisage comme signe favorable ou défavorable , il faut toujours tenir compte de l'ensemble des symptômes qui se présentent et de l'état particulier du malade.

L'imminence du danger que peut offrir la rougeole, se déduit de la gravité de la maladie qui la complique , et de l'importance de l'organe qui en est le siège. Les inflammations du cerveau et de ses membranes, l'angine croupale, la bronchite pseudomembraneuse, l'extinction adynamique de l'éruption , peuvent causer promptement la mort ; mais le plus ordinairement elle a lieu du huitième au neuvième jour, à dater de l'invasion de la maladie , quelquefois beaucoup plus tard , lorsquelle est occasionnée par le développement des maladies préexistantes ou consécutives.

Traitement. — Lorsque l'irritation des voies aériennes offre peu d'intensité , et que la rougeole parcourt les périodes sans accidens , le traitement doit être simple. Le repos , la diète , une chaleur tempérée, les boissons délayantes mucilagineuses ou légèrement diaphorétiques , telles que Vinfusion des fleurs pectorales ou de bourrache, l'eau gommée, données tièdes , l'inspiration d'une vapeur émolliente , quelques cuillerées d'un looch ou d'une potion adoucissante , le soin de garantir les yeux d'une vive lumière , suffisent ordinairement.

Le froid étant très contraire au développement régulier de la rougeole , les enfans devront être surveillés nuit et jour, afin qu'ils ne se découvrent pas.

Lorsqu'une maladie inflammatoire complique la rougeole,

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pour peu qu'elle soit intense, on doit avoir recours aux émissions sanguines. La saignée peut être employée à toutes les époques de la maladie , lorsque les indications la réclament ; mais elle est plus généralement indiquée avant l'éruption exantkémateuse. La saignée du bras convient dans les cas où l'inflammation de la gorge ou des poumons complique la rougeole. L'application des sangsues à l'épigastre doit être préférée quand la gastro-entérite est la maladie concomitante ; on les applique à la partie antérieure du cou , lorque c'est le croup qui détermine la complication.

Chez les enfans au dessous de cinq à six ans, dont l'appareil pulmonaire est le siège d'une inflammation, les sangsues, appliquées à la partie supérieure de la poitrine , doivent être préférées à la saignée par la lancette, à moins que, dans un cas de pneumonie intense , l'oppression ou la suffocation ne mettent le malade dans un danger imminent.

Si les accidens qui réclament la saignée, ne se sont pas améliorés par l'apparition et l'écoulement des menstrues , cette circonstance ne doit pas être un obstacle à la saignée.

Les émissions sanguines, pour être suffisantes, doivent être réitérées autant que l'exige la gravité des symptômes , mais on doit éviter de les rendre trop copieuses. [In medio salus. ) On devra surveiller les effets de l'application des sangsues, principalement chez les enfans , à cause de la quantité de sang qui peut s'écouler , comme l'expérience l'a démontré. On s'attachera également à préserver les malades de l'impression du froid, dans l'administration de tous les soins que peut réclamer l'usage des sangsues. Quoique M. Rayer recommande les émissions sanguines, et qu'il leur attribue d'excellens effets dans le traitement de la rougeole, il croit néanmoins que les saignées générales ou locales n'ont pas , sur les inflammations morbilleuses des voies aériennes , une influence aussi salutaire que dans les inflammations des mêmes

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organes , produites par le froid, ou par toute autre cause non spécifique.

L'usage des vomitifs est souvent indiqué dans le traitement de la rougeole ; il convient non seulement pour combattre l'embarras gastrique , mais encore pour favoriser l'éruption ; aussi peut-on l'administrer avec avantage et sans inconvénient , à moins que le tube digestif ne soit le siège d'une irritation inflammatoire. «On a vu souvent, disent MM. Cazenave et Schedel , quelques grains d'ipécacuanha faire paraître l'éruption avec plus de rapidité et de force.» Ils ne disent pas si ce moyen a été suivi de vomissemens : ce qui peut paraître douteux , si quelques grains seulement ont été administrés. La réaction produite vers la peau par les vomitifs, n'a lieu en général que lorsqu'ils produisent des vomissemens ou des nausées fatigantes : c'est une observation que j'ai faite maintes fois. J'ai employé fort souvent, principalement chez les enfans , une potion émétisée très facile à prendre , et qui m'a toujours réussi. EUe se compose de deux onces d'eau distillée, une once de sirop de capillaire et un grain de tartre stibië, dont on donne toutes les vingt minutes une cuillerée à café dans deux ou trois cuillerées d'eau, ou d'une tisane convenable. On peut en augmenter la dose ou la diminuer suivant l'âge des enfans. Telle que je l'ai formulée , elle convient pour les petits malades de deux à six ans. L'émétique, ainsi fractionné, produit ordinairement des vomissemens et des évacuations.

Lorsque le croup complique la rougeole , l'émétique peut être donné de cette manière ; mais il faut rapprocher ou augmenter la dose de la potion , de manière à faire promptement vomir. Ce moyen et l'application des sangsues à la partie antérieure du cou , sont les premiers et les principaux secours qu'on puisse opposer au croup.

Lorsque l'éruption ne se fait pas d'une manière franche , qu'elle pâlit ou reste stationnaire , il faut employer les dia-

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phorétiques , par petites quantités données chaudes et réitérées.

Si l'éruption disparaît subitement, sans qu'on puisse l'attribuer au développement immédiat, ou à l'augmentation d'une inflammation intérieure , on doit s'empresser de provoquer la sueur et le retour de l'éruption à la peau. Dans cette vue , il faut plonger le malade dans un bain chaud simple , ou légèrement sinapisé ; administrer un bain de vapeur, lorsqu'on est à portée de le faire ; pratiquer des frictions sur tout le corps avec des linges chauds, et les réitérer jusqu'à ce qu'elles aient produit le résultat qu'on en attend. Les sinapismes, les vésicatoires promenés sur les jambes, sur le ventre , sur la poitrine , peuvent être employés avec succès , dans le cas surtout où les premiers moyens auraient été insuffisans.

Si la disparition de l'éruption était due au développement d'une maladie inflammatoire , il faudrait la combattre directement. On ne considérerait les moyens précédens que comme les auxiliaires de la médication dirigée contre l'inflammation. Les émissions sanguines forment îa base de ce traitement. L'irritation catarrhale, et les autres phénomènes qui appartiennent à la rougeole régulière , se modèrent ordinairement après l'éruption , ou se dissipent avec elle. On doit éviter la saignée, parce qu'elle pourrait troubler la marche de la maladie.

L'emploi des émissions sanguines est un point grave et important. Suivant MM. Cazenave et Schedel , il ne faut pas oublier qu'on doit le regarder comme une médication exceptionnelle , qui a pour but de combattre les inflammations et les accidens sérieux qui peuvent aggraver la rougeole , et non pas de faire avorter cet exanthème.

Si la fièvre augmente d'intensité , sans que l'éruption se manifeste , on peut craindre le développement d'une phlegmasie intérieure. La saignée, dans ce cas, ne doit pas être

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différée. Il en est de même lorsque la dyspnée a lieu avec suffocation, sans qu'il existe aucun symptôme de pneumonie , la bronchite pseudo-membraneuse pouvant alors se manifester et devenir promptement mortelle. Le tartre stibié ou l'ipécacuanha administrés à dose vomitive , sont indiqués dans cette circonstance , en même temps que la saignée. Ils agissent tout à la fois comme diaphorétiques , et comme moyen de débarrasser les voies aériennes des mucosités ou des fausses membranes, qui peuvent faire obstacle à la respiration.

Chez les enfans qui , pendant la dentition, sont atteints de la rougeole , l'éruption peut être tardive , incomplète , ou disparaître et favoriser le développement des convulsions, auxquelles les enfans sont déjà prédisposés. On doit alors employer les sangsues derrière les oreilles , mettre un vésicatoire sur la tête ou derrière le cou , faire usage de la potion émétisée dont j'ai donné la formule , ou prescrire de petites doses de calomel , avoir recours aux bains de vapeur ou aux bains sinapisés , enfin aux autres moyens que j'ai indiqués pour rappeler l'éruption.

Dans ce cas , la réapparition de l'éruption n'est pas toujours un signe favorable. «M. Rayer a vu les convulsions persister , malgré le retour de l'éruption , et les enfans succomber en quelques heures ; » ce qui impose au médecin le devoir de modifier le traitement par tous les moyens rationnels, de manière à faire cesser l'état convulsif.

Lorsque les taches de la rougeole sont pâles et livides, et que d'autres symptômes adynamiques se déclarent en même temps, tels que la prostration des forces, la faiblesse du pouls, l'absence de chaleur à la peau, etc., que ces phénomènes dépendent de la constitution particulière du malade , de l'abus ou de l'usage intempestif des saignées , ou bien du caractère de la constitution épidémique , on doit avoir recours à une médication tonique. Les boissons vineuses, la

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décoction de quinquina ou de serpentaire de Virginie , les potions cordiales éthérées ou camphrées, les vésicatoires ambulans , sont les principaux moyens qu'il convient alors d'employer.

Les purgatifs, administrés à propos, sont d'une grande utilité dans la convalescence de la rougeole ; mais1, pendant le cours de la maladie, on ne doit en faire usage qu'avec beaucoup de réserve. Ils seront par exemple indiqués dans les inflammations du cerveau , des méninges , du poumon , de la plèvre; dans l'angine suffocante et le croup, ils agissent alors moins comme évacuans , que par leur action contre-stimulante ; on doit les employer conjointement avec les émissions sanguines: hors les cas que je viens d'indiquer, ils pourraient être nuisibles, surtout s'il existait une inflammation des voies digestives , comme cela arrive souvent dans la rougeoie.

Les lotions d'eau froide, recommandées par des médecins anglais lorsque la peau est brûlante et sèche , peuvent avoir des inconvéniens qui me semblent devoir en exclure l'usage. L'état de la peau , contre lequel elles ont été jugées utiles , n'est pas un phénomène essentiellement dangereux : c'est en général un symptôme inflammatoire qui cède ordinairement aux anti-phlogistiques. Les lotions d'eau froide peuvent, dans quelques cas, faire obstacle au développement de l'éruption ou la répercuter ; les phlegmasies pulmonaires , qui compliquent souvent la rougeole , paraissent à M. Guersent un motif de n'en pas faire usage.

La convalescence de la rougeole exige toujours une grande surveillance, à cause des accidens nombreux qui peuvent être la suite de cette maladie. Dès le neuvième ou dixième jour , si une petite diarrhée ne s'est pas établie spontanément , on doit faire usage de purgatifs légers , tels que le sirop de fleurs de cerisier , la mauve , l'huile de ricin , la crème de tartre soluble , etc. Je fais alors souvent usage de ma potion émétisée.

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Quelques bains de courte durée , suivis de frictions faites sur tout le corps , avec de la flanelle ou des linges chauds , en ayant soin d'éviter le refroidissement , sont indispensables. L'avantage de ces moyens est de remédier à la toux et à l'ophtalmie , lorsque déjà elles existent , ou de s'opposer à leur développement et à celui de la fièvre lente , qui peut survenir à la suite de la rougeole , lorsque la guérison n'a pas été franche et radicale.

Si , malgré ces précautions , la toux et l'ophtalmie persistent , les laxatifs peuvent encore convenir ; mais on doit s'en abstenir s'il s'établit des signes de phlegmasie gastro - intestinale , tels que la diarrhée , des frissons , la chaleur et la sécheresse de la peau. Les vésicatoires ou la pommade d'Autenrieth, appliqués à la poitrine ou à la région iléo-ccecaîe; les sangsues posées au creux de l'estomac ou à l'anus ; les boissons mucilagineuses et délayantes , les potions opiacées et adoucissantes , le lait d'ânesse, un régime sévère , sont alors les moyens les plus convenables.

Le traitement préservatif de la rougeole , dans l'état actuel de la science , consiste dans l'isolement seul. Il doit être prolongé jusqu'au vingtième jour, pour la rougeole sporadique. Quant à la rougeole épidémique , l'époque où le foyer d'infection cesse d'être contagieux, n'est pas rigoureusement déterminée. Les enfans qu'on aura éloignés afin de les préserver de la rougeole , ne doivent , pour agir prudemment, être ramenés sur le théâtre de l'épidémie que vingt à trente jours après la guérison du dernier malade.

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