CAS PARTICULIERS D ÉRYSIPÈLE
Erysipèîe de la face.
Uu vieillard de soixante-dix ans, d'une bonne constitution, habitué à parcourir la campagne , ayant été exposé , dans le mois de juin , à l'action d'une forte chaleur , fut pris de lassitude, de mal de tête et de dégoût. Dans la nuit, le bout du nez devint rouge et tuméfié. Le jour suivant, la tuméfaction et la rougeur envahirent tout le nez. La langue était blanchâtre ; le pouls fébrile. Le troisième jour l'érysipèle s'étendit à la joue gauche, en se dirigeant vers l'œil. Le quatrième jour le cou, et particulièrement l'oreille du même côté, furent pris à leur tour.
A mesure que l'érysipèle faisait des progrès, la rougeur et
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l'inflammation , en devenant plus intenses sur la dernière partie affectée , s'affaiblissaient successivement sur les points qui, les premiers, avaient été le siège de la maladie.
Un grain d'émétique donné en lavage, le second jour, l'eau d'orge acidulée et miellée, furent les seuls moyens que j'employai contre cette affection.
A la même époque , j'eus occasion d'observer un érysipèle facial chez une jardinière âgée de trente-deux ans , d'un tempérament lymphatico-sanguin , exposée chaque jour à l'ardeur du soleil, attendu les soins qu'elle donnait à son jardin. La maladie occupa aussi le côté gauche de la face , et suivit exactement la même marche que celle de l'érysipèle décrit dans l'observation précédente. Je prescrivis absolument le même traitement.
L'école enseigne que le printemps et l'automne sont les saisons où l'érysipèle se manifeste le plus communément. Si je devais en croire mon expérience , je ferais remarquer que, dans l'été, le développement de cette maladie n'est pas moins fréquent. Quant à la question de savoir si l'érysipèle facial se manifeste plus fréquemment du côté gauche que du côté droit, je dirai que, sur quatre cas qui se sont offerts à mon observation , le côté gauche du visage en a été trois fois le siège.
Érysipèle phlegmoneux survenu à chaque bras , alternativement , 1° à la suite d'un vësicatoire ; 2° à la suite de l'ouverture d'un cautère.
Madame C , âgée de vingt-huit ans, d'un tempérament bilioso-nerveux , mère de plusieurs enfans , ayant de bonnes habitudes et vivant dans l'aisance , était sujette , par une disposition particulière , à avoir depuis six ans un ou
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plusieurs panaris. Chaque année elle éprouvait un catarrhe pulmonaire très intense , qui durait depuis trois mois , et commençait à la faire maigrir. Les principaux moyens employés jusqu'alors , et conseillés par divers médecins , n'avaient produit que de bons effets passagers , quoiqu'on eût fait usage de la pommade stibiée.
Appelé à lui donner mes soins , je proposai l'application d'un vésicatoire , qui déjà lui avait été conseillé ; elle y était peu disposée , j'insistai , elle céda. — Quatre heures après son application, le bras devint très douloureux , rouge et tuméfié. Je fus appelé immédiatement. Je levai le vésicatoire qui était posé depuis six heures. L'épiderme soulevé avait une épaisseur de deux lignes et un aspect lardacé ; la sérosité qui s'écoula de l'ampoule rompue , était d'une couleur jaunâtre. Je fis panser le vésicatoire avec une feuille de bette recouverte de cérat, et je conseillai des lotions fréquentes avec la décoction de racine de guimauve. Le lendemain la tuméfaction était plus considérable : une douleur brûlante arrachait des cris à la malade , le pouls était dur, la langue était sèche , la soif intense. Une éruption de petites bulles assez nombreuses s'était manifestée au dessus du vésicatoire, endroit où l'inflammation avait le plus d'intensité. Je fis une saignée de trois palettes , je conseillai des cataplasmes de farine de graine de lin , délayée avec l'infusion de sureau. Ces cataplasmes furent appliqués froids et renouvelés d'heure en heure; six heures après, les souffrances étaient un peu apaisées ; mais l'érysipèle n'avait pas changé d'aspect, le sang était couenneux , le pouls était toujours développé , mais moins dur. J'aurais fait appliquer des sangsues dans le voisinage de l'érysipèle , si je n'avais craint l'effet de piqûres. Je pratiquai une seconde saignée aussi forte que la première.
Le lendemain , quatrième jour, les bulles s'étaient affaissées et avaient donné lieu à une légère aspérité croûteuse.
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Le pouls était moins fébrile , les douleurs plus supportables, la tension de la peau moins grande , le contact moins douloureux ; continuation des cataplasmes. A dater du cinquième jour, les accidens diminuèrent progressivement, une desquammation furfuracée commença le sixième jour, elle devint plus abondante les jours suivans , et à mesure que la maladie se dissipait , les aspérités croûteuses tombèrent en même temps; le douzième jour, le bras avait repris son état naturel.
L'infusion de fleurs de mauve avec le sirop d'oranger, la diète la plus absolue , les émissions sanguines , les cataplasmes froids et renouvelés souvent, composèrent l'ensemble des moyens qui furent mis en usage contre cette maladie.
L'affection catarrhale diminua d'une manière remarquable pendant la durée de l'érysipèle. Cette amélioration se soutint pendant près d'un mois; mais ensuite elle reprit graduellement sa première intensité.
Espérant de bons effets d'un exutoire, je proposai l'ouverture d'un cautère deux mois après l'application du vésicatoire , présumant que la peau n'étant pas irritée sur une grande surface, il ne se manifesterait pas d'érysipèle. Je l'ouvris avec un bistouri et j'employai un pois d'iris n° 4. — Au bout de huit heures , une inflammation érysipélateuse se manifesta; ce qui obligea à retirer le pois; l'inflammation se développa avec la même intensité , et suivit la même marche que celle occasionnée par le vésicatoire , hors les bulles qui n'eurent pas lieu , et le retour à l'état normal qui s'opéra deux jours plus tôt. Le pois fut retiré au bout de douze heures, et je pratiquai une saignée vingt-quatre heures après l'incision du bras : le sang se couvrit d'une couenne épaisse. L'état du malade étant le même , je fis une seconde saignée vingt-quatre heures après la première ; ce qui n'empêcha pas l'érysipèle de parcourir sa période d'accroissement , avec le même degré d'intensité; mais, dès le cinquième jour, la
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rougeur et la tension diminuèrent d'une manière sensible. Le traitement suivi dans le premier cas, a été le même dans celui-ci.
La diminution de l'affection catarrhale qui eut lieu la première fois, s'est manifestée dans celle-ci d'une manière également remarquable. Afin de ne pas atteindre le retour des accidens, comme dans le premier cas, je dus chercher les moyens de conserver cette amélioration et de guérir radicalement la maladie , s'il était possible.
Le bon effet produit par l'inflammation érysipélateuse , me fit présumer que, par une rubéfaction opérée sur les parois de la poitrine, je parviendrais à faire cesser l'irritation pulmonaire , ce qui me détermina , tant que dura la toux et l'expectoration , à promener de temps à autre des cataplasmes sinapisés sur la poitrine, de manière à obtenir, sur une large surface, une rubéfaction légère : moyens dont j'obtins les plus heureux effets. Intérieurement, le malade prenait chaque jour, cinq à six petites tasses d'une infusion légère de fleurs à'erysimum, où l'on ajoutait chaque fois une cuillerée à café de sirop de tolu. Un mois ne s'était pas écoulé depuis le dernier érysipèle brachial, que l'affection catarrhale n'existait plus.
Une chose essentielle à noter dans cette observation , c'est l'érysipèle survenu à la suite du vésicatoire et du cautère , ainsi que l'inocuité de la pommade d' Auteurieth , et celle des cataplasmes sinapisés. Doit-on l'expliquer par la différence d'action de ces divers moyens sur le système cutané, ou par l'aptitude spéciale des bras à subir l'inflammation érysipélateuse? Je laisse la question indécise, mais le fait n'en est pas moins digne de remarque.
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Érysipèle phlegmoneux envahissant, développé sur la cuisse
et sur la jambe.
Après avoir porté une vingtaine de moutons, atteints d'une maladie épizootique qui régnait aussi sur les vaches , et avait fait périr la moitié des troupeaux , maladie jugée par les vétérinaires être d'une nature charbonneuse, et qui s'était manifestée au mois de juillet, après une grande sécheresse, Benoit , âgé de vingt ans , domestique de ferme , d'un tempérament sanguin , robuste , fut pris dans la nuit d'une grande lassitude , de frissons , de mal de tête et de soif. Le lendemain il survint aux deux tiers supérieurs , et à la partie interne et antérieure de la cuisse , un érysipèle qui avait cinq à six pouces d'étendue , suivant la longueur, et quatre à cinq suivant l'épaisseur du membre.
Appelé trente-six heures après l'invasion de la maladie , j'observai les symptômes suivans : le visage est très animé , la peau brûlante , le pouls dur et fort , la langue sèche , il y a soif, rareté des urines, constipation. La surface érysipélateuse avait envahi les deux tiers de la cuisse et s'était étendue davantage, suivant la longueur du membre et de haut en bas. La peau était très tendue , le toucher très douloureux, le tissu cellulaire sous-cutané fortement engorgé, déjà plusieurs phlyctènes assez volumineuses s'étaient développées sur le point où l'érysipèle avait commencé. Je fis Une forte saignée , et conseillai des lotions et des compresses froides réitérées avec la décoction de laitue et de feuilles de mauve. Je prescrivis pour boisson , l'eau pure édulcorée avec le sirop de vinaigre.
Le lendemain l'érysipèle avait gagné le genou , et s'était développé sur la jambe dans la même direction que celui de la cuisse. Le malade était dans le même état de souffrance.
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Le sang était couvert d'une couenne épaisse et jaunâtre. Le pouls, toujours développé , me parut un peu moins dur. Je pratiquai une seconde saignée , aussi copieuse que la première.
Le cinquième jour, les phlyctènes de la cuisse s'étant affaissées , plusieurs points gangreneux existaient sur les parties dépouillées des deux plus grandes phlyctènes.
Le sixième jour, l'érysipèle de la jambe était moins rouge et moins tendu. Le malade souffrait beaucoup moins.
Le septième jour, un cercle inflammatoire se dessina autour des deux surfaces gangrenées ; leur forme ovale était irrégulière, à peu près de quatre pouces d'étendue en longueur, de trois pouces en largeur ; l'une et l'autre se touchaient de manière à former une sorte de huit de chiffre.
Dès le dixième jour, la rougeur et la tension érysipélateuse s'étaient dissipées ; mais une sorte d'empâtement œdémateux se manifesta tout aussitôt sur toute l'étendue de la jambe et à la partie inférieure de la cuisse. Les escarres , de deux à trois lignes environ d'épaisseur, étaient entièrement détachées le dix-huitième jour. Déjà l'œdème était sensiblement diminué. La suppuration prit un bon caractère, et vingt jours après la chute des escarres , les plaies étaient entièrement cicatrisées, et le malade complètement rétabli , après trentehuit jours de maladie.
Réflexions. — Je ne saurai déterminer jusqu'à quel point le contact des animaux malades peut avoir participé au développement de l'érysipèle dont je viens de donner la description ; mais je dirai qu'un de mes confrères , le docteur Duval, a donné , dans le même temps , des soins à une femme qui avait porté un mouton malade sur ses épaules, et à laquelle il survint au cou une inflammation gangreneuse qui fit de rapides progrès et fut qualifiée , par ce médecin , d'érysipèle gangreneux. La malade guérit.
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Erysipèle gangreneux survenu à la suite de mouchetures faites sur les deux jambes , étant œdématisëes.
Legendre , vieillard de soixante-douze ans , ancien cultivateur, d'un tempérament lymphatique , cacochyme , faisant fort peu d'exercice depuis un an , à cause d'une faiblesse générale qui lui faisait désirer le repos , avait éprouvé plusieurs fois une tension douloureuse de l'abdomen ; les urines étaient rouges et fort rares.
Depuis quelques mois , un sentiment de fluctuation s'était fait sentir dans l'abdomen , dont le volume avait peu augmenté ; mais en même temps les jambes devinrent enflées ; l'œdème , en moins d'un mois , s'étendit à la cuisse , et bientôt la position horizontale devint difficile, au point qu'au bout de deux mois le malade éprouvait de la toux , et beaucoup d'oppression pendant la nuit.
Il n'existait aucun signe d'épanchement dans la poitrine ; point de palpitation ni d'affectation organique remarquable.
Je pratiquai une douzaine de mouchetures à chaque jambe avec la pointe d'une lancette ; il s'en écoula beaucoup de sérosité. La cuisse en fut sensiblement diminuée au bout de quelques jours , et la position horizontale fut moins pénible ; mais les mouchetures donnèrent lieu à une inflammation érysipélateuse, qui dégénéra en gangrène, détruisit les chairs à une grande profondeur, dans une étendue de sept à huit pouces , suivant la longueur du membre , et dans les trois quarts de la face interne , de manière à présenter deux plaies énormes, à surface et à bords inégaux. Une suppuration, d'abord assez bonne , s'établit.
Les plaies existaient depuis plus de deux mois, sans tendre à la guérison. L'habitude du corps était moins décolorée qu'elle n'était avant les mouchetures; l'infiltration des mem-
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bres était presque totalement dissipée ; il ne restait qu'un léger empâtement autour des plaies , aux malléoles et sur les pieds.
L'état du malade , tel que l'avait produit l'œdématie , était beaucoup meilleur ; mais bientôt la suppuration devint moins abondante et plus séreuse ; de petits mouvemens fébriles se manifestèrent ; la diarrhée survint ; le malade succomba deuxmois et demi après l'emploi des mouchetures.
Réflexions, — Cette observation témoigne sans doute des inconvéniens que peuvent avoir les mouchetures , faites dans un cas d'œdème ; mais elle permet de penser que la réaction inflammatoire qui s'est opérée sur les jambes, a pu suspendre l'action morbide, cause première de l'infiltration préexistante. Le malade a succombé , moins à l'hydropisie qu'à la résorption du pus ; et , dans ce cas , cette résorption devait être d'autant plus active que les plaies offraient une étendue plus considérable.
Érysipèle de toute la face.
M. V..., âgé de quarante-cinq ans, d'un tempérament sanguin, fut pris d'un mal de gorge et de lassitude, dans le mois de juin , par une température froide ; cette indisposition survint le lendemain d'un excès de table.
Trois jours après, un érysipèle se manifesta d'abord sur la joue droite , et s'étendit, en moins de vingt-quatre heures , sur toute la face jusqu'aux oreilles , et sur une partie du cuir chevelu.
Appelé le troisième jour après l'apparition de l'érysipèle, la maladie offrait l'état suivant : de petites vésicules , ramassées en groupe , existaient sur la pommette gauche ; le pouls était un peu développé , mais souple et régulier ; la langue était saburrale ; le malade était sans soif et sans aucun désir
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de manger. Je prescrivis , pour tout médicament, une infusion légère de bourrache , acidulée avec le suc de citron , et édulcorée avec le sirop de capillaire.
Le sixième jour, la rougeur et la tuméfaction de la peau étaient sensiblement diminuées ; le pouls était souple , régulier, sans développement ; le malade éprouvait de la moiteur; trois ou quatre taches érythémateuses , de la largeur d'une pièce de deux francs , sensibles au toucher, existaient , dès la veille , à la partie extérieure de chaque bras , près de F articulation du poignet.
Le septième jour, la desquammation , s'opérant par petites écailles , se manifesta d'abord aux tempes , ensuite sur toute la face. Une éruption pustuleuse survint en même temps aux lèvres ; le malade se jugea mieux , et l'appétit revint.
Le huitième jour, les taches érythémateuses des poignets, devenues moins rouges , se dissipèrent en trois jours , et prirent une teinte livide graduellement plus pâle.
Érysipèle survenu à la suite de sinapismes appliqués dans un cas d'asthme suffocant.
Quoique l'érysipèle ne soit qu'un accident de la maladie où les sinapismes furent employés , j'ai jugé convenable de publier l'histoire complète de cette observation , en raison de l'intérêt qu'elle me semble présenter.
Un homme de soixante ans , d'un tempérament biliosonerveux, adonné aux études du cabinet, sujet à une affection rhumatismale vague , ressentit une légère douleur à l'épaule droite , d'où elle se déplaça au bout de deux jours, pour se porter dans la région du cœur, où elle ne resta fixée que vingt-quatre heures, et d'où elle se transporta au genou gauche , où elle ne se fit sentir que pendant la journée.
La nuit suivante , une heure après s'être couché , il survint
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de l'oppression qui , en peu de temps , devint extrême , obligea le malade à se jeter hors du lit , sans qu'il fût soulagé par ce changement de position. Un pédiluve fut pris ; les pieds y furent alternativement plongés , à cause de la température de l'eau , élevée à un tel degré que la rubéfaction fut immédiate; cela opéra, en quelques minutes, un soulagement remarquable. Trois heures après , retour de l'oppression au même degré d'intensité ; un second bain de pieds , pris de la même manière , produisit un aussi bon effet que le premier.
Afin d'établir une irritation permanente , je prescrivis des sinapismes aux cuisses. Néanmoins, un nouvel accès d'asthme très violent , se reproduisit dans la journée : je me déterminai à prescrire des sinapismes aux deux jambes. La nuit suivante , un quatrième accès eut lieu , quoique les sinapismes eussent produit une rubéfaction assez marquée.
Je fis réitérer les sinapismes sur les parties où déjà ils avaient été appliqués. Leur action fut plus douloureuse que la première fois. Celui de la cuisse gauche donna lieu à un érysipèle , qui embrassait les deux tiers de la partie interne de la cuisse. Dans cette région , l'inflammation du tissu cellulaire sous-cutané semblait s'étendre à plus d'un pouce de profondeur. Dès ce moment , les accès d'asthme ne reparurent plus ; mais il survint une toux fatigante qui , d'abord sèche , fut accompagnée , au bout de quelques jours , d'une expectoration successivement plus facile et plus abondante.
L'état érysipélateux de la cuisse resta douloureux et stationnaire pendant plusieurs jours. Vers le septième , la tension diminua et une légère démangeaison se manifesta. Le huitième jour, l'épiderme commença à s'exfolier à la circonférence de r érysipèle ; dans plusieurs endroits de la surface malade il se détachait par lambeaux , de la largeur d'une pièce de deux à cinq francs. Leur chute , provoquée par l'arrachement qu'en faisait le malade , fut suivie d'une inflam-
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mation très douloureuse du derme , et donna lieu à une exsudation qui dura plusieurs jours. Après la guérison, les parties des surfaces où la peau s'était excoriée , conservèrent pendant plusieurs mois une teinte livide qui s'est affaiblie par degré.
Pendant la durée de la maladie , le pouls ne s'est éloigné de l'état normal , que par un peu d'élévation pendant l'acuité de l'érysipèle principalement ; ce qui m'a paru remarquable dans cette affection , dont la gravité s'est montrée seulement pendant quelques jours , c'est une grande faiblesse. Le malade la ressentit dès les premiers jours , et elle se prolongea pendant près de trois semaines au même degré : cet état ne se dissipa qu'après plusieurs purgations , ainsi que le dégoût absolu de tout aliment , qui s'est maintenu le même espace de temps.
Réflexions. — Pour se produire , l'état érysipélateux a eu besoin d'un surcroît et d'un prolongement d'irritation , indiquant qu'il était dû essentiellement à l'action des sinapismes; ce qui doit le distinguer des érysipèles locaux, survenus chez des individus qui y seraient préalablement prédisposés.
Quant aux accès d'asthme , qui constituent l'état le plus grave de la maladie , ils étaient dus assurément à une cause rhumatismale ; et , bien qu'ils aient été précédés de douleurs vagues dans cette circonstance , ils auraient pu se manifester d'abord , et présenter de l'incertitude sur les indications du traitement. 11 faut conclure de ce fait que , chez les individus sujets à des douleurs rhumatismales vagues, le traitement dérivatif, par la rubéfaction cutanée, est rationnellement indiqué , dans les cas même ou l'asthme n'aurait pas été précédé immédiatement d'une affection rhumatismale. Parmi les rubéfactions, l'immersion des pieds dans l'eau, aussi chaude qu'il soit possible de la supporter, en y plongeant les
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pieds alternativement, me paraît devoir être de la plus grande efficacité. On attendait ainsi l'action plus lente des sinapismes , surtout dans les cas d'asthmes suffocans , où une prompte congestion pulmonaire est à redouter.
Dans les maladies antérieures , analogues à celle dont je viens de donner l'histoire, le malade avait été saigné et avait fait usage de différentes potions calmantes ; leur effet fut peu marqué , ce qui m'a décidé à ne pas y avoir recours dans celle-ci , préférant les rubéfians , dont le malade avait obtenu de bons effets. La seule chose dont il ait fait usage intérieurement , ce sont quelques gouttes d'éther, versées , deux ou trois fois par jour, sur un morceau de sucre , qu'il laissait fondre dans la bouche : une petite tasse d'infusion de fleurs d'althéa était prise immédiatement.
ROSEOLE {Roseola).
La roséole ou fausse rougeole est rangée , par M. Alibert, parmi les dermatoses exanthémateuses , dont elle forme le second genre. Willan , MM. Cazenave et Schedel , M. Rayer, l'ont classée parmi les exanthèmes , accompagnés ou non de fièvre. M. Gibert , qui exclut de sa classification l'érysipèle , la rougeole et la scarlatine , parce que ces maladies sont toujours accompagnées de fièvre , l'admet comme une affection spéciale ; quoique le plus ordinairement elle soit aussi précédée ou accompagnée de fièvre , ce qui témoigne encore de la difficulté de soumettre les maladies de la peau à une classification bien exacte.
La roséole est une éruption exanthémateuse , d'une durée passagère , indéterminée , non contagieuse ; elle est caractérisée par des taches rosées , variables dans leurs formes progressives , dans leur développement ; ne dépassant pas le ni-
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veau de la peau , susceptibles de se montrer, tantôt sur tous les points de la surface cutanée , tantôt sur quelques régions seulement , comme le visage, le tronc, les jambes, etc. ; sa durée varie de un à sept jours ; mais, le plus généralement, elle est de trois à cinq ; elle se termine avec ou sans desquammation.
Symptômes. — Les caractères de la roséole , tels que je viens de les exposer, en constituent les symptômes essentiels; ceux qui se tirent de la cause , de la marche et des dispositions du malade , sont des phénomènes accidentels , appartenant à la description de chaque variété , dont ils sont les signes distinctifs.
Willan a admis sept variétés de roséole. La première , particulière à l'enfance (roseola infantilis) , se manifeste quelquefois chez les enfans à la mamelle , même avant la dentition. Les taches, d'une couleur rose foncée, sont plus ou moins rapprochées les unes des autres , d'une étendue égale à celle d'une pièce de dix ou de vingt sous , dont la durée ordinaire est de vingt-quatre à trente-six heures , et paraissent l'effet d'un trouble passager des organes digestifs.
Chez les enfans qui font leurs dents , on remarque souvent aussi une éruption analogue, précédée ordinairement de mouvemens convulsifs, de fièvre et de diarrhée. Cette éruption se guérit en vingt-quatre heures , ou disparaît et reparaît alternativement pendant plusieurs jours.
La seconde variété, qui règne en été [roseolo œstiva), est la plus intense. Le frisson, le mal de tête, la chaleur de la peau, la soif, l'anorexie, l'agitation, l'abattement, la constipation ou la diarrhée , quelquefois le délire ou des convulsions, précédent le plus ordinairement l'invasion de cette variété : néanmoins la maladie peut avoir lieu sans qu'il existe aucun symptôme fébrile.
Lorsque la roséole est précédée de fièvre, l'éruption a lieu
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du troisième au septième jour , après la réaction fébrile ; elle commence à paraître à la face et au cou , ensuite elle se montre sur le reste du corps dans les vingt-quatre ou quarante-huit heures. Les taches, qui d'abord ont une couleur rose foncée , prennent bientôt une teinte plus claire ; le malade éprouve de la démangeaison et des fourmillemens à la peau. Souvent la déglutition est difficile , douloureuse , et la fièvre continue pendant plusieurs jours. La durée de la roséole d'été est ordinairement de trois à quatre jours ; elle disparaît parfois pour reparaître bientôt après ; alors sa durée est indéterminée.
La troisième variété, la roséole d'automne (roseola autumnalis), n'est pas précédée de la fièvre comme la roséole d'été. Ses taches ont un peu plus d'étendue , et elles occupent particulièrement les extrémités supérieures.
La quatrième variété se distingue par sa forme annulaire [roseola annulata), par sa disposition à occuper toutes les parties du corps , principalement le ventre , le bas des reins , les fesses et les cuisses. Ses taches qui, au début, ont une ou deux lignes de diamètre , s'agrandissent par degré jusqu'à tripler leur étendue et leur centre plus ou moins rétréci , conservent la couleur naturelle de la peau. Quelquefois ces taches se composent de plusieurs anneaux , dont les intervalles restent joints.
Lorsque la fièvre accompagne cette variété de la roséole , sa durée est de peu de jours ; dans le cas contraire , elle peut se prolonger plus long-temps , avec ou sans dérangement de la santé ; mais le plus ordinairement elle est entretenue par une maladie chronique, soit du tube digestif, ou d'un autre viscère. MM. Cazenave et Schedel , disent l'avoir observée dans deux cas où elle coïncidait avec la péricardite chronique.
La cinquième variété survenant avec la variole (roseola variolosa ) , est plus rarement observée après la variole spon-
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tanée qu'après l'inoculation. Elle se manifeste ordinairement à l'époque de la fièvre éruptive , qui arrive le neuvième ou le dixième jour après l'inoculation.
La sixième variété est celle qu'on observe après l'inoculation de la vaccine ; elle se manifeste autour des piqûres , le plus souvent après la période inflammatoire du vaccin, c'est à dire neuf à dix jours après l'insertion du virus. Elle peut aussi paraître plus tôt, avec ou sans mouvement fébrile. Je l'ai observée plusieurs fois , le troisième ou le quatrième jour , après l'insertion du vaccin, le plus souvent sans fièvre, et paraissant sur les diverses parties du corps , principalement sur les bras et la poitrine ; sa durée était de vingtquatre à quarante-huit heures.
La septième variété a été désignée par Willan sous le nom de roséole miliaire [roseola miliaris) , mais alors la maladie, au lieu d'être simple, est la roséole compliquée des vé. sicules miliaires.
Causes. — Les enfans , les femmes , les individus dont la peau est fine, sont particulièrement prédisposés à la roséole ; l'été et l'automne sont les saisons où elle se développe le plus ordinairement. La première dentition , la variole , la vaccine, les boissons froides, le corps étant en sueur, l'usage du baume de copahu , la présence des vers dans les intestins, l'irritation de la membrane gastro-intestinale , peuvent aussi la déterminer.
Diagnostic. — L'érythème , la rougeole et la scarlatine sont les maladies avec lesquelles la roséole peut être confondue ; mais un peu d'attention et d'habitude suffisent pour éviter toute méprise : en parlant de l'érythème , j'ai indiqué les signes qui sont propres à chacune de ces maladies.
La roséole se distingue de la rougeole et de la scarlatine par son caractère non contagieux , par l'étendue , la couleur
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et la forme de ses taches, plus larges, d'un rose prononcé et presque circulaire dans la roséole ; tandis que dans la rougeole, elles ont moins d'étendue, leur couleur est d'un rouge plus vif, leur forme est irrégulière et semi-lunaire. Dans la scarlatine , les taches sont plus larges que celles de la roséole, elles ont une couleur framboisée très distincte , et dans leurs intervalles la peau prend une teinte ordinairement plus animée que dans l'état naturel.
L'irritation catarrhale de la membrane pulmonaire et sus-gutturale , qui précède et accompagne toujours la rougeole et la scarlatine, n'existe pas dans la roséole , si ce n'est comme cas exceptionnel.
La roséole est une affection secondaire , dépendante de l'irritation de la muqueuse digestive, ou d'une maladie préexistante. Elle peut se manifester avec ou sans fièvre, tandis que la rougeole , la scarlatine et les phlegmasies , essentiellement fébriles, sont des affections primitives qui peuvent être indépendantes de tout état morbide antérieur ; dans ces dernières affections, l'irritation catarrhale qui les précède , au lieu d'être la cause de ces mêmes maladies , n'est qu'un phénomène concomitant , dû au principe qui les détermine.
La roséole annulaire se distingue de l'herpès iris , par l'étendue de ses anneaux , signe particulier de cette dernière affection.
Pronostic. — La roséole est, en général, une maladie légère et peu grave , à moins qu'elle ne coïncide avec une maladie interne ; alors c'est de l'affection dont elle est en quelque sorte le symptôme , que peut venir le danger , bien plus que de la maladie éruptive.
Traitement. — Le repos , la diète, quelques boissons délayantes, un régime léger , suffisent ordinairement pour fa-
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voriser la guérison de cette maladie , dont la durée n'est que de peu de jours , excepté dans les circonstances où elle tend à devenir chronique. Alors les boissons et les lotions acidulées avec les acides minéraux , les bains de mer , ou les bains alcalins , qui peuvent les remplacer , les purgatifs réitérés plus ou moins souvent , sont des moyens auxquels il est nécessaire d'avoir recours.
Lorsque la roséole survient , comme crise d'une maladie , elle n'exige aucun traitement. Si elle dépend de l'affection d'un organe essentiel, c'est vers cet organe que doit se porter toute l'attention du médecin.