URTICAIRE
Le nom d'urticaire , urticaria, vient d' urticata, ortie, à cause de l'analogie que présente cette éruption avec celle que produit Yurtica dioïca, et Yurtica urens. Elle a été décrite sous les noms suivans : aspritudo (Gelse), essera, sora (Esennert), purpura urticata (Juncker) , febris urticata (Vogel), porcellana (Lieutaud), scarlatina urticata (Sauvage), urticaria (Willam Franch). Alibert en a formé un groupe des dermatoses eczémateuses , sous le nom de cnidosis. D'après la classification de M. Gibert, elle forme le premier genre de l'ordre des exanthèmes.
L'urticaire est une éruption inflammatoire non contagieuse , caractérisée par des taches saillantes plus pâles ou plus rouges que la peau qui les entoure , très fugaces dans la plupart des cas; quelquefois accompagnées d'une cuisson, et toujours d'un prurit fort incommode. Cette maladie peut exister à l'état aigu ; mais elle affecte plus généralement une marche chronique. L'urticaire aiguë n'a qu'une durée éphémère , ou se prolonge de huit à dix jours ; celle qui est chronique n'a pas de terme limité , elle peut durer des mois et des années. Cette éruption peut dépendre d'une cause locale , provenir de l'ingestion de certaines substances et se développer spontanément. Un caractère propre à l'urticaire , c'est de paraître et de disparaître à des intervalles qui varient de quelques instans à vingt-quatre heures. Cependant, dans certains cas rares, l'éruption persiste avec ses alternatives , pendant un ou deux septénaires.
Willan a divisé l'urticaire en six variétés , (voir sa classification) ; Biett n'en admet que trois , savoir : 1° La fièvre ortiée , febris urticaria ; 2° Vurticata evanida ; 3° Uurti-
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cata tuberosa. Rayer rattache toutes les variétés de l'urticaire à deux groupes , suivant que leur marche est aiguë ou chronique : distinction qui me paraît préférable , par la raison que Yurticaria evanida, et Yurticaria tuberosa, ont l'une et l'autre une marche chronique , et que, dans toutes les variétés de cette maladie , l'éruption paraît et s'évanouit tour à tour.
Causes. — Tous les tempéramens , tous les âges , les deux sexes , sont sujets à l'urticaire ; mais les enfans , les femmes, les individus nerveux, sanguins, et ceux qui ont la peau délicate , y sont plus particulièrement exposés ; elle peut se manifester dans toutes les saisons ; néanmoins on l'observe plus généralement au printemps et dans l'été , où quelquefois elle a semblé avoir un caractère épidémique.
L'urticaire est souvent occasionnée par l'usage de certaines substances alimentaires , telles que les crabes , les crevettes , les moules , les homards , le miel , les amandes de fruits à noyaux, les fraises, les framboises, les concombres; parmi les médicamens, la valériane, le baume de copahu, l'eau de Seltz , la produisent quelquefois chez les individus qui y sont prédisposés ; c'est également à une prédisposition particulière qu'il faut attribuer l'action des substances alimentaires désignées plus haut , bien plus qu'à leur altération , ou aux substances vénéneuses qu'elles sont supposées renfermer.
L'urticaire peut être également produite par les piqûres de Yurtica dioïca, et de Yurtica urens. Le contact de certaines chenilles peut aussi l'occasionner , de même que la piqûre des fourmis. M. Michu (1) a observé ce dernier cas chez un malade atteint d'une névrose chronique des organes
(1) Doctrines médicales, septième observation.
INFLAMMATIONS EXÀNTHÉMÀÏEUSES. — URTICAIRE. 249
digestifs dont l'éruption ortiée n'était qu'un accident raconté ainsi par l'auteur.
Le malade s' étant reposé un jour d'été , à l'ombre dans un bois , s'y endormit près d'une fourmilière ; une quantité innombrable de fourmis s'introduisirent dans ses vêtemens ; leurs piqûres furent suivies d'une légère cuisson qui ne tarda pas à s'apaiser ; mais le soir, étant couché , à mesure qu'il ressentait de la chaleur, chaque piqûre devint le siège d'une démangeaison extraordinaire; le frottement le plus actif ne parvenait pas à la calmer. Un nombre infini d'ampoules très volumineuses se développèrent au point que les hanches , les jambes et les cuisses étaient dans un état de phlogose laissant peu d'intervalles libres ; après deux heures d'une telle acuité , la démangeaison cessa , les ampoules diminuèrent progressivement , et le matin elles n'existaient plus. Le soir, à la chaleur du lit, les mêmes accidens se reproduisirent; ce qui eut lieu trois jours de suite avec la même intensité. Les quatrième et cinquième jours, la démangeaison s'affaiblit, les ampoules étaient moins grosses , et le sixième jour il n'en survint qu'un très petit nombre , ayant moins de développement et ne troublant plus le sommeil; après cet accident, le malade fut plus de deux mois sans ressentir aucun des symptômes de la névrose des organes digestifs à laquelle il était sujet. Ce qui a conduit Fauteur de cette observation à en tirer des inductions sur les avantages thérapeutiques qu'on pourrait obtenir de la rubéfaction produite par des fourmis.
Symptômes. — L'urticaire est quelquefois accompagnée de fièvre , et de symptômes généraux plus ou moins nombreux. Le plus souvent elle ne présente que les accidens locaux qui lui sont propres; elle est susceptible de disparaître et de revenir à des intervalles ordinairement très rapprochés, et de durer de quelques jours à plusieurs septénaires. Celle qui
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provient de l'indigestion des alimens dure moins en général. Uurticariafebrilis, urticaire fébrile, peut être précédée de symptômes plus ou moins nombreux , et plus ou moins intenses. En voici la description telle que l'ont donnée MM. Cazenave et Schedel. L'éruption est précédée, pendant quelques jours, de céphalalgie, de nausées, de lypothimies , de douleurs épigastriques, et d'anxiété: elle est accompagnée de légères horripilations. Elle débute par un prurit général , avec une sensation de chaleur sur toute la surface du corps ; bientôt il survient, surtout aux épaules, aux lombes, à la face interne des avant-bras , aux cuisses , et autour des genoux , des élévations rouges ou blanchâtres , entourées d'une auréole d'un rouge vif ou cramoisi... Elles sont prédominantes, quelquefois circulaires, mais le plus souvent irrégulières: leur bord est dur, leur étendue est variable , quelquefois très nombreuses et comme confluentes. Elles se réunissent dans plusieurs endroits : les membres semblent alors comme tuméfiés, et la peau offre une teinte rouge presque générale [urticaria conferta, Willan). Une démangeaison et un sentiment de fourmillement des plus incommodes , accompagnent l'éruption et laissent peu de repos au malade. Le prurit est surtout augmenté par la chaleur du lit; il devient insupportable dans certains points, et surtout au scrotum. L'éruption ne persiste pas pendant toute la durée de la maladie , qui est de sept ou huit jours, y compris la période d'invasion. Elle paraît et disparaît irrégulièrement , sur presque toutes les parties du corps , et son retour, qui a surtout lieu le soir, est accompagné d'une légère accélération du pouls. Le malade peut même en se grattant la faire revenir à volonté sur ses divers points. La durée individuelle des plaques varie elle-même de quatre , cinq ou six minutes , jusqu'à une , deux ou trois heures, Dans quelques cas plus rares , les plaques ont plus de durée ( urticaria perstans , Willan) ; elles peuvent persister un , deux ou trois septénaires. Les symptô-
INFLAMMATIONS EXANTHÉMATEUSES. — URTICAIRE. 251
mes qui prédominent, dans le cours de la maladie, sont de l'abattement, de l'anorexie , de la fièvre , et un embarras gastrique plus ou moins prononcé. Ces symptômes disparaissent peu à peu, l'éruption devient insensiblement moindre. Bientôt les retours ne s'annoncent plus que par un léger prurit ; enfin elle cesse entièrement ; et quelquefois lorsque l'exanthème a été très prononcé et très général , il se fait une légère desquamation.
L'urticaire par ingestion n'est pas toujours caractérisée par des plaques saillantes ; elle se manifeste quelquefois par une simple efïlorescence , ayant la teinte de la scarlatine : ce qui donne alors à cette éruption une apparence qui se rapproche autant de l'érythème que de l'urticaire. Elle est souvent précédée ou accompagnée de vomissemens et de déjections alvines ; des spasmes , des convulsions , des suffocations , peuvent se manifester dans cette espèce d'urticaire , et se terminer par la mort ; ce qui , à la vérité , arrive bien rarement.
A l'état aigu ou à l'état chronique , l'urticaire peut être un symptôme de fièvre intermittente , et reparaître chaque fois que l'accès revient accompagné d'accidens plus ou moins graves. Dans ces cas , elle a été désignée par les auteurs sous le nom de fièvre intermittente ortiée. Elle peut aussi se produire sous le caractère de la rémittence. M. Gibert en cite un exemple.
L'urticaire chronique dure ordinairement plusieurs mois , mais elle persiste quelquefois pendant plusieurs années, ainsi que l'ont observé MM. Rayer, Cazenave et Schedel. Biett a vu un malade dont l'éruption a duré sept ans. Turner cite un cas où elle a duré dix ans, et Heberden , un autre où la durée de l'éruption a été de dix-sept années. C'est particulièrement chez les individus où la peau jouit d'une grande sensibilité , que l'urticaire a le plus de tendance à la chronicité.
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L'état chronique de l'urticaire se lie souvent à un dérangement des fonctions des organes digestifs; mais on l'observe aussi quelquefois chez des individus qui jouissent d'une bonne santé. L'éruption se montre à des époques irrégulières , tantôt sur un point , tantôt sur un autre ; souvent elle n'occupe qu'une seule région , et disparaît au bout de quelques heures. Elle se manifeste sous la forme de plaques semblables à celles que produirait la flagellation , et toujours elle est accompagnée de vive démangeaison. C'est cette variété de l'urticaire , qui a été désignée par Willan sous le nom d'urticaria evanida. Dans l'intervalle des retours de cette espèce d'urticaire, les malades éprouvent ordinairement de l'abattement et une lassitude générale ; ce qui donne en quelque sorte à cette affection le caractère de la rémittence.
On observe également à l'état chronique , Yurticaria subcutanea de Willan , dont l'éruption se borne à quelques points rouges qui se montrent à des intervalles très éloignés ; au lieu de prurit , ces points rouges font éprouver au malade une sensation de picotement sous la peau semblable à celui que produirait la piqûre d'un aiguille. Cette variété, qui est très rare , se reproduit ordinairement à la suite des affections vives de l'âme.
L'espèce d'urticaire chronique qui est ordinairement la plus grave , est celle qui a été désignée sous le nom d'urticaire tuberculeuse ( urticaria tuberosa, Willan). L'éruption dans ce cas , au lieu d'être légèrement saillante , se présente sous la forme de véritables tubercules, plus ou moins larges , durs, tendus, douloureux, profonds et s'étendant au tissu cellulaire sous-cutané. Ils apparaissent accompagnés de démangeaison , le soir ou la nuit , et disparaissent le lendemain.
Certaines affections, telles que le cancer de l'utérus, la fièvre rhumatismale , l'état de la matrice après une fausse couche , peuvent parfois déterminer une éruption ortiée.
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Diagnostic. — L'urticaire peut coexister avec d'autres maladies cutanées , telles que l'érythème , la roséole , le lichen, l'impétigo , Je prurigo , la rougeole , la variole , etc. Pour le distinguer dans ces divers états de combinaison , on devra se rappeler le caractère distinctif de chacune de ces maladies.
Dans son état de simplicité, l'urticaire se distingue de Yerythema levé par la nature de l'éruption, qui est saillante, blanchâtre et entourée d'une large auréole , et par le sentiment de piqûre , de cuisson et de démangeaison qui lui est propre.
L'articaria tuberosa , qu'on pourrait confondre avec Yerythema nodosum, à cause de la forme tuméfiée de l'éruption, en diffère par la disparition et le retour alternatif de cette même éruption , qui , dans l'érythème , affecte une marche continue et non interrompue. La roséole, la rougeole, la scarlatine , ne présentent ni l'aspect de l'urticaire ni sa marche intermittente , ni la nature du prurit qui la distingue.
Le lichen urticatus] diffère de l'urticaire par la nature de ses papules, qui sont arrondies, moins saillantes , moins étendues, d'une couleur plus foncée , plus résistantes, et qui ne disparaissent pas pour reparaître alternativement, comme l'éruption ortiée.
Pronostic. — L'urticaire aiguë est une maladie peu dangereuse. Lorsqu'elle prend un caractère grave et qu'elle devient mortelle par suite de l'ingestion de substances vénéneuses , c'est aux accidens qui proviennent de l'action de ces mêmes substances sur l'estomac et le tube digestif , qu'il faut attribuer la gravité de la maladie, et non à l'éruption considérée en elle-même. L'urticaire fébrile , ou la fièvre ortiée, est également peu dangereuse; à moins que, par sa disparition, elle ne détermine ou favorise les progrès d'une inflammation du cerveau , ou de tout autre viscère important.
2o4 INFLAMMATIONS EXANTHÉMATEIJSES. — URTICAIRE.
L'urticaire chronique est , en général , plus ou moins rebelle.
Considérée sous le rapport de ses effets salutaires , il est évident que, dans certains cas, l'urticaire peut être favorable. Koch cite l'exemple d'une pleurésie , qui disparut subitement à la suite d'une éruption de cette nature. M. Rayer a obtenu le même résultat chez un malade atteint d'une double pneumonie. L'éruption ortiée produite parla piqûre des fourmis, que j'ai citée dans cet article, fit cesser pendant plusieurs mois les accidens nombreux et quotidiens auxquels donnait lieu la névrose qui tourmentait le malade. Il en est ainsi de la plupart des maladies cutanées ; ce qui doit engager à en diriger le traitement avec mesure et précaution afin d'en éviter la répercussion.
Traitement. — Selon que l'urticaire est locale , produite par ingestion, ou survenue spontanément, elle présente des indications curatives différentes. Lorsque elle est locale, si la cuison ou le prurit qu'elle occasionne sont assez intenses pour avoir besoin d'y remédier, les bains frais , les lotions froides acidulées , ou faites avec l'acétate de plomb liquide ( eau végéto-minérale ) , suffisent en général. Si le système nerveux se trouvait agité , et que le sommeil fut troublé , on aurait recours aux préparations opiacées.
Lorsque l'urticaire est occasionnée par l'ingestion de substances susceptibles de la produire , soit par leur caractère vénéneux , soit par la disposition idiosyncratique du malade, on doit se hâter d'en provoquer l'évacuation. On emploiera les boissons émétisées , si déjà le vomissement et les déjections alvines n'ont pas eu lieu ; ensuite on prescrira les boissons éthérées et acidulées ; l'acide nitrique , à dose convenable pour aciduler les boissons , est préféré dans ce cas. On emploie l'éther, à la dose de vingt à trente gouttes,
INFLAMMATIONS EXANTHÉMATEUSES. — URTICAIRE. 255
dans un verre d'eau sucrée. Si les évacuations alvines ne s'étaient pas manifestées , ou qu'elles fussent jugées insuffisantes , on administrera le lendemain un purgatif doux , tel que deux onces d'huile de ricin , ou tout autre minoratif . Un bain tiède, des applications émoliientes sur l'abdomen seraient nécessaires , si on avait à craindre la continuité de l'irritation.
L'urticaire spontanée ( fièvre ortiëe ) réclame des soins différens , suivant sa nature et sa marche. Si elle résulte d'une irritation de la membrane gastro-intestinale , et que ses retours aient lieu avec les paroxysmes de l'affection muqueuse, les sangsues à l'épigastre ou à l'anus, les boissons adoucissantes , la diète , les lavemens émolliens , les bains mucilagineux conviennent alors.
Dans Yurticaria tuberosa , la saignée doit être préférée aux sangsues, en raison de l'intensité ordinaire de ses accès, ou de l'état inflammatoire des organes digestifs ou pulmonaires , qui peuvent la compliquer : toutefois la saignée ne doit être employée qu'avec mesure , c'est à dire comme moyen atténuatif , et non en vue de faire cesser immédiatement l'éruption. M. Rayer enseigne qu'on doit y renoncer, si la première évacuation sanguine ne procure pas un soulagement notable.
Lorsque l'urticaire était entretenue par l'habitude de boissons ou d'alimens irritans , on devra en interdire l'usage. Si elle était favorisée par la malpropreté , ou l'irritation du système cutanée , dépendant de certaines professions , l'interdiction momentanée de ces professions , les bains , les frictions sur tout le corps , et tous les soins qu'exige la propreté , devront être mis en usage.
Lorsque l'urticaire se reproduit avec les accès d'une fièvre intermittente, et qu'elle n'est qu'un phénomène de l'accès fébrile ; qu'elle affecte une marche rémittente , c'est à dire que dans l'intervalle des retours de l'éruption le malade
256 INFLAMMATIONS EXANTHÉMÀTEUSES. — URTICAIRE.
reste dans un état de faiblesse , d'abattement et de souffrance, les fébrifuges sont alors indiqués.
Toutes les fois que l'urticaire se montre rebelle , ces purgatifs doux et réitérés sont d'une grande efficacité. J'en fais une règle générale du traitement de toutes les maladies chroniques de la peau , à moins qu'un état inflammatoire bien caractérisé ne s'y oppose.
ORDRE II
INFLAMMATIONS VESICULEUSES.
VESICULES.
Les éruptions qui appartiennent à cet ordre de maladies sont la miliaire, la varicelle, Y eczéma, le zoster (zona), Yherpes circinatus , l'herpès iris et la gale.
Le pemphigus et le rupia composent l'ordre des bulles , qui ne diffèrent des vésicules que par l'étendue de leur volume.
Un léger soulèvement de l'épiderme , occasionné par la présence d'un liquide séreux et transparent , forme le caractère des éruptions vésiculeuses. Le liquide contenu dans les vésicules est quelquefois résorbé ; mais le plus ordinairement , après avoir perdu sa transparence , il s'épanche sur la peau , où il forme des squammes ou des croûtes lameîleuses , plus ou moins épaisses , et d'une couleur terne ou jaunâtre.
258 INFLAMMATIONS VÉSICULEUSES. — VÉSICULES.
Les vésicules sont toujours l'effet d'une inflammation préalable , plus ou moins apparente , du système cutané , tandis que les éruptions exanthémateuses sont occasionnées par l'irritation, et l'injection particulière des vaisseaux capillaires. Et lorsque , dans la rougeole , la scarlatine , l'érysipèle , une éruption vésiculeuse se joint à ces exanthèmes, on l'attribue à un état inflammatoire qui s'étend des vaisseaux capillaires au tissu dermoïde : on peut croire que les choses se passent ainsi , en adoptant l'opinion de M. Gauthier sur le soulèvement des couches albides, superficielles et profondes , dans les éruptions vésiculeuses. Je ne rappellerai pas ici les opinions diverses qui ont été émises sur le siège présumé direct des éruptions vésiculeuses. L'état d'incertitude où est restée la question sur ce point, ne permet pas d'établir aucun fait positif à ce sujet. Il est même à craindre , si je ne me trompe , qu'il en soit ainsi de la plupart des maladies cutanées, et qu'on soit, peut-être toujours, réduit, pour en apprécier la nature , et les distinguer des uns et des autres , à s'en tenir aux signes d'invasion et de développement qui sont propres à chaque espèce.
Causes. — Le printemps est l'époque où se manifestent le plus ordinairement les éruptions vésiculeuses, principalement la varicelle et l'eczéma. Aucune n'est contagieuse, si ce n'est la gale. Quelques auteurs pensent que la varicelle est aussi contagieuse, et qu'elle est due à un principe analogue à celui de la variole , dont elle ne serait qu'une modification, dépendante delà disposition des individus. Cette proposition peut être contestée, dans l'état actuel de la science, faute d'observations et d'expériences assez précises; mais elle ne me semble pas dénuée de probabilité. Toutes les causes qui activent la circulation , réagissent sympathiquement sur le système dermoïde , telles que les irritations gastro-intestinales ; celles qui l'irritent directement, comme la chaleur, la
INFLAMMATIONS YÉSICULEUSES. — VÉSICULES. 259
brûlure, les vésicatoires , etc., peuvent occasionner ou entretenir les éruptions vésiculeuses , surtout si elles sont d'une nature herpétique.
Symptômes. — Les éruptions vésiculeuses se trouvent quelquefois précédées de symptômes généraux , principalement la varicelle, la miliaire, l'herpès (Willan), et leur marche est toujours aiguë. La gale et l'eczéma peuvent aussi affecter le même caractère ; mais le plus ordinairement elles ont une marche chronique ; les vésicules naissent parfois sur des surfaces enflammées plus ou moins étendues ; d'autres fois elles ne sont précédées ou accompagnées que d'un prurit, plus ou moins incommode, sans présenter la moindre trace d'inflammation. Leur forme est variable; elles sont petites , en pointes, ou arrondies, ou bien larges, irrégulières, saillantes, ou aplaties.
Les affections vésiculeuses peuvent se manifester sur toutes les parties du corps, envahir toute la surface cutanée , comme la varicelle et la miliaire , ou se borner à une partie de l'enveloppe tégumentaire , comme cela arrive le plus ordinairement pour l'eczéma , l'herpès et la gale.
L'état du fluide contenu dans les vésicules , les changemens qu'il subit et son mode de dessication, méritent d'autant plus de fixer l'attention du médecin, que certaines maladies en tirent leur caractère. Le fluide des vésicules , d'abord limpide quelquefois comme de l'eau , ainsi qu'on l'observe dans certaines miliaires, perd graduellement sa transparence , devient opaque ou lactescent , comme dans la varicelle, et en se desséchant forme des croûtes squammeuses friables , d'une couleur d'opale ou jaunâtre quand la maladie est aiguë. Les croûtes squammeuses ont une teinte blanchâtre , sont plus minces, et prennent une forme lamelleuse plus prononcée, lorsque l'affection est chronique, ainsi qu'on le remarque dans l'eczéma.
260 INFLAMMATIONS YÉSICULEUSES. — VÉSICULES.
Diagnostic. — Les éruptions vésiculeuses , surtout la varicelle , peuvent être confondues avec les affections pustuleuses ; mais on les distinguera bientôt et facilement à leur marche , à la nature du fluide qu'elles contiennent , et à la forme que prennent les croûtes qui leur succèdent. En perdant leur transparence, les vésicules ne contiennent jamais de pus , comme la variole et le vaccin : presque toujours quelques unes d'entr' elles conservent leur transparence. Dans l'état aigu, la durée des vésicules est généralement moins longue que celle des pustules. Les croûtes que produit le séro-puriforme des vésicules , ont une forme lamelleuse , mince et friable. Les affections pustuleuses , au contraire , qui sont dues à un état inflammatoire plus intense , contiennent du véritable pus , et leurs croûtes , généralement plus foncées , sont épaisses , rugueuses , et se détachent plus lentement.
Pronostic. — Les éruptions vésiculeuses sont généralement peu graves en elles-mêmes , lorsqu'elles affectent une marche aiguë ; mais les maladies fébriles dont elles peuvent être un symptôme , sont quelquefois très dangereuses , ainsi qu'on l'observe dans certains cas de fièvre miliaire , comme je le dirai bientôt. Lorsque l'état vésiculeux devient chronique ( et cela arrive souvent dans l'eczéma , dont la guérison se fait parfois long-temps attendre ), on doit mettre de la réserve à se prononcer sur la durée de cette affection.
Traitement. — Les affections vésiculeuses exigent un traitement varié selon le caractère de l'éruption. Lorsqu'elle se manifeste avec les symptômes généraux d'une affection aiguë , les anti-phlogistiques sont indiqués ; dans certains cas , comme la gale et l'eczéma chronique , on a recours à des remèdes spéciaux d'une nature souvent très active. Lorsque l'éruption est le symptôme d'une autre maladie ,
INFLAMMATIONS VÉSICULEUSES. — MILIAIRE. 261
c'est contre l'affection principale que doivent être dirigées les ressources de l'art. Les médications curatives , propres aux diverses espèces, seront indiquées lorsque je parlerai de chacune en particulier.
MILIAIRE [Miliaris).
Le nom de miliaire a été donné aux éruptions dont la ressemblance est analogue à celle du millet ; mais si on peut envisager ce genre d'éruption comme identique en ce qui a trait à l'affection cutanée , il n'en est pas de même lorsqu'on a égard aux maladies dans lesquelles on l'observe.
Les échauboulures vésiculées qui se développent pendant les chaleurs de l'été, ont été désignées par la plupart des auteurs sous les noms de sudamina, d'hydroa, et par Bateman sous celui d'eczéma solare. On a donné les noms de fièvre miliaire , suette miliaire , aux maladies fébriles plus ou moins graves dans lesquelles une éruption analogue se déclare, et, suivant la couleur qu'elle affecte , elle a reçu les noms de purpura rubra, purpura alba.
On désigne généralement sous le nom de sudamina les éruptions miliaires qui présentent peu de gravité ; néanmoins elles peuvent se manifester comme un accident qui précède ou accompagne certaines maladies , telles que la rougeole , la variole , etc. , ou qui survient à la suite d'autres affections où elles apparaissent comme un signe de mauvais augure , ainsi qu'on l'observe dans quelques fièvres typhoïdes. Toutefois le nom de miliaire a été donné plus généralement aux fièvres essentielles , plus ou moins graves et souvent mortelles, dont l'éruption a été regardée comme le phénomène caractéristique, telles que la suette et la fièvre miliaire.
La fièvre miliaire est-elle une maladie essentielle , en ce
262 INFLAMMATIONS VÉSICULEUSES. — MILIAIRE.
sens que la fièvre aurait pour but inévitable l'éruption, comme dans la rougeole, la scarlatine, la variole , etc., ou bien l'éruption n'est-elle qu'un symptôme accidentel qui, ne se liant pas essentiellement à la maladie , ne serait qu'un effet de l'exhalation sudatoire qui en forme le caractère principal? Quelques auteurs soutiennent cette dernière opinion que je partage avec eux.
«La suette miliaire, dit M. Rayer , est une fièvre éruptive contagieuse , presque toujours épidémique , qui s'annonce à l'extérieur par des sueurs abondantes et continues, et souvent par de petites vésicules arrondies , du volume d'un grain de millet. )> La fièvre miliaire est souvent épidémique, mais estelle contagieuse ? L'est-elle également dans les cas où l'éruption n'existe pas ? La question ne me paraît pas définitivement jugée , et j'incline pour l'opinion contraire. La fièvre miliaire épidémique peut se présenter à divers degrés d'intensité, et se manifester à l'état de fièvre miliaire bénigne, ou à l'état de fièvre miliaire maligne , en raison de la disposition des individus : de même que le plus ou moins de gravité de la maladie peut appartenir au caractère qu'elle affecte , indépendamment de la prédisposition individuelle.
Causes. — Les personues d'un tempérament lymphatique ou d'une constitution délicate , affaiblies par le travail des champs , par une nourriture insuffisante ou de mauvaise qualité, les localités humides et ombragées, les grandes chaleurs après un temps pluvieux , sont les principales causes des éruptions miliaires. La fièvre miliaire peut être épidémiquesporadique ou épidémique ; elle présente souvent ce dernier caractère. Willan et Bateman n'admettent pas, comme une chose démontrée, l'existence de la fièvre miliaire essentielle. Les éruptions de suclamina , qu'on observe dans certains cas de fièvres puerpérales ou de toute autre maladie grave, semblent , selon ces auteurs , devoir être rapportées aux traitemens échauffans auxquels on aurait assujetti les malades. Je
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crois , en effet , qu'il est permis de douter de la miliaire , comme fièvre essentielle. Yoici une notice qui s'est trouvée dans le portefeuille d'un médecin de Neufchâtel , feu le docteur Duval , et qui peut servir à confirmer cette opinion :
«Au mois de juillet 1808, à la suite d'une température élevée, qui durait depuis plus d'un mois, et avait desséché presque entièrement les mares dont l'eau sert aux usages journaliers , il se manifesta une épidémie de fièvre miliaire à Pommereval. Ce village, situé à deux lieues de Neufchâtel-en- Bray, est remarquable par son insalubrité, occasionnée par le voisinage d'une immense forêt de haute futaie qui s'élève au sud-ouest. De plus , on doit noter l'humidité et la disposition des maisons d'habitation , l'encombrement des fumiers et des animaux , les arbres fruitiers et autres qui , en grand nombre, entourent les demeures; en un mot, toutes les causes les plus capables d'altérer l'atmosphère. Les habitans de ce village , presque tous pauvres , ne vivent que de leur travail , toujours pénible ; ils se nourrissent très mal , ce qui les prédispose à subir d'une manière plus désavantageuse l'action de toutes les causes débilitantes.
» Le quart de la population, sans distinction d'âge ni de sexe , fut atteint de l'épidémie , dont voici les caractères prin- , cipaux :
» L'invasion de la maladie avait lieu le plus ordinairement le soir , après le travail de la journée ; son début s'annonçait par une grande lassitude , un violent mal de tête , des frissons qui, souvent commençant par les pieds, étaient suivis de bouffées de chaleur , et se reproduisaient alternativement. Des vomissemens d'une matière muqueuse, insipide ou peu amère, avaient lieu fort souvent; la langue était blanchâtre, la salive épaisse, il y avait peu de soif. Une sueur abondante se manifestait dès le premier jour. Le pouls était ordinairement naturel, souple et rarement très développé. Le deuxième ou le troisième jour de maladie , une éruption miliaire , précé-
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dée de picotemens plus ou moins importuns , se manifesta sur les côtés du cou , à la poitrine , au bas-ventre et sur les diverses autres parties du corps ; au cou et à la poitrine les vésicules étaient plus rapprochées que dans les autres points de la surface cutanée.
» Après avoir duré deux ou trois jours, les vésicules miliaires s'affaissèrent, et leurs débris furfuracés, humectés par la sueur , se détachaient difficilement.
» J'ai observé chez quelques malades , des pétéchies sans éruption miliaire ; chez d'autres , les deux éruptions ont existé en même temps. Quelques unes n'ont offert aucune trace d'éruption , quoique la maladie , chez eux , eût tous les caractères de l'épidémie régnante.
» La plupart des malades éprouvaient de la difficulté à uriner ; plusieurs eurent des hémorragies nasales , et l'un d'eux, qui perdit beaucoup de sang, resta pendant plus de quinze jours comme hébété, et dans un état d'impuissance des facultés mentales.
» Les malades qui avaient éprouvé les sueurs les plus abondantes , furent ceux dont la maladie eut le plus de durée ; et, pour quelques uns , elle fut d'un mois ou six semaines.
» J'ai cru remarquer que la sueur, se manifestant au début de la maladie , devait souvent son intensité à l'habitude que les malades avaient de se surcharger de couvertures. Leur but était de provoquer cette évacuation, qu'ils sont dans l'usage de regarder comme salutaire dans toutes leurs maladies ; et je suis d'autant plus porté à croire que l'éruption miliaire de même que les pétéchies qui se sont manifestées dans cette épidémie, ont été déterminées par l'excès des sueurs, que les malades, atteints delà maladie régnante sans éprouver d'éruption , sont ceux dont la sueur n'avait pas été provoquée : d'où je crois pouvoir établir que cette épidémie appartient à l'ordre des fièvres muqueuses ou adéno-méningées , et que Féruption miliaire et les pétéchies observées, dans le cours de
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cette maladie , ne seraient seulement que des phénomènes ou des accidens , qui ne peuvent servir à caractériser une fièvre essentielle.
» L'odeur que présentait la sueur était acide, et assez analogue à celle qu'exhale le petit-lait qui se putréfie. Cette odeur, sensible dès les premières sueurs, m'a toujours paru indépendante de l'action des causes qui pouvaient l'exciter.
» Le traitement que je mis en usage fut très simple. Les moyens les plus propres à modifier l'air respiré par les malades , furent l'objet de mes premiers soins. Je fis éloigner les fumiers déposés dans le voisinage des habitations ; je recommandai des aspersions réitérées d'eau et de vinaigre ; je fis jeter par intervalle du sel sur de la braise en combustion ; je défendis de garder les selles et les urines près du malade ; en un mot , je recommandai tous les soins de propreté qui me parurent nécessaires.
» J'employai peu de médicamens ; une fois seulement j'ai administré l'émétique en lavage ; l'eau panée seule ou aiguisée avec un peu de cidre , furent la principale boisson dont les malades firent usage. Lorsque la maladie se prolongeait et que la faiblesse prenait de l'intensité , je prescrivais une infusion légère de camomille et de feuilles d'orangers, avec addition de quelques cuillerées de vin blanc et de deux onces de sirop de capillaire par pinte ; et lorsque le désir de prendre des alimens commençait à se prononcer, je permettais une bouillie légère faite avec la farine de froment et quelques pommes cuites , en augmentant par degré la quantité de ces alimens.
» Sur trente-deux malades que j'ai eu à traiter, un seul a succombé : c'est une femme de soixante-treize ans , dont la maladie , qui prit un caractère adynamico-ataxique , se termina le dix-septième jour, après avoir été précédé pendant trente-six heures d'un état comateux et d'une sueur froide,
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pendant laquelle des vésicules miliaires se manifestèrent pour la première fois autour du cou et sur la poitrine. »
On doit regretter que l'auteur, à qui appartient la notice que je viens de citer, n'ait pas fait une description complète et particulière des observations qu'il a eu occasion de faire ; néanmoins elle m'a semblé présenter assez d'intérêt pour lui donner delà publicité: d'une part, à cause de l'analogie que présente l'épidémie de Pomereval, avec celle qui a régné en 1821 dans le département de l'Oise, et qui a été décrite par M. Rayer (1); d'autre part, à cause de l'opinion de l'auteur, qui considère l'épidémie qu'il a observée comme une fièvre muqueuse , affection avec laquelle elle a effectivement la plus grande analogie , si on n'excepte l'éruption miliaire qu'il me semble permis de regarder comme un effet de la transpiration , plutôt que comme le phénomène caractéristique d'une maladie essentielle , d'autant plus que dans les épidémies , désignées sous le nom de suette miliaire , il arrive souvent que l'éruption manque chez un grand nombre de malades. Cette opinion peut encore se fonder sur la nature des diverses éruptions miliaires , qui paraissent ne se manifester que par suite des causes , qui toutes portent leur action à la peau, « On pourrait avancer, disent MM. Cazenave et Schedel, que le développement coïncide toujours avec une excitation plus ou moins vive de l'enveloppe tégumentaîre, et avec des sueurs plus ou moins abondantes.» La miliaire épidémique règne particulièrement pendant les grandes chaleurs, et surtout pendant les étés où la sécheresse est grande. Elle survient comme symptômes concomitans dans une foule d'affections gastro-intestinales , et son apparition coïncide ordinairement avec les paroxismes ; on l'observe
(1) Voir le compte qui a été rendu de son ouvrage dans les Annales de la Médecine physiologique , janvier 1823, et dans le Journal général de Médecine, t. LXXXII.
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mainte fois dans les fièvres puerpérales , surtout lorsque plusieurs membranes séreuses sont simultanément affectées; on la voit aussi dans les méningo-encéphalites , dans certains cas de rhumatisme , et souvent elle accompagne la scarlatine et la rougeole.
Symptômes. — Les maladies épidémiques où on voit la miliaire se développer, débutent toujours par un abattement qui tend à la syncope , et des sueurs abondantes qui s'élèvent en vapeurs, et ont une odeur acide particulière. Le pouls est ordinairement mou , rapide et intermittent ; les malades se plaignent d'un serrement de poitrine pénible, la respiration est douloureuse. L'éruption se manifeste en général du deuxième au sixième jour de la maladie, et son apparition ne diminue aucunement les symptômes précurseurs, comme cela arrive pour les autres maladies fébriles de la peau. L'éruption miliaire n'affecte jamais tout le corps ; le cou , le tronc , les jambes en sont le siège le plus ordinaire ; elle atteint rarement la face. L'éruption miliaire se fait ordinairement par plaques ; ses vésicules plus ou moins rapprochées peuvent devenir confluentes , et par leur réunion présenter l'aspect d'une bulle.
A leur apparition , les vésicules sont transparentes ; elles ont l'apparence du cristal ou d'une petite goutte d'eau limpide; ensuite elles prennent une forme globuleuse, plus prononcée , et le liquide qu'elles contiennent offre un aspect lactescent.
L'éruption de la fièvre miliaire n'a ordinairement que quelques jours de durée ; mais elle peut se reproduire plusieurs fois pendant le premier et le second septénaire : ce qui indique le prolongement de la maladie.
Les vésicules de la miliaire se développent quelquefois sur une surface d'une rougeur érithémateuse ; ce qui , dans ce cas, a fait donner à l'éruption le nom impropre dé mi-
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liaire rouge ( miliaria rubra ). On a aussi donné , sans plus de raison, le nom de miliaire blanche [miliaris alba) à cette affection , lorsque le fluide limpide , contenu dans les vésicules , a changé d'état et pris une teinte laiteuse ou perlée. De même que les symptômes précurseurs de la miliaire ne s'amendent pas au moment de l'éruption, de même aussi, après sa disparition , la maladie principale continue à suivre sa marche pendant sa durée ordinaire , qui est de deux à quatre septénaires : ce qui peut faire regarder cette affection cutanée comme n'ayant pas elle-même une bien grande importance. Toutefois on a remarqué que dans les épidémies de suette miliaire , lorsque l'éruption ne se montre pas, ou qu'elle disparaît subitement, il peut en résulter les plus graves accidens. La non apparition de la miliaire estelle bien la cause de la gravité de la maladie? Gela ne me semble pas démontré , et lorsque , par suite d'une rétrocession subite , la maladie devient plus dangereuse , n'est-ce pas par suite de l'action directe des causes physiques ou morales qui ont pu la produire? Cela me paraît probable.
Les vésicules miliaires qui accompagnent d'autres affections , et qu'on désigne communément sous le nom de sudamina , ont une forme analogue à celles qui se développent dans la fièvre miliaire ; de sorte que les mots miliaire et sudamina servent à désigner , comme l'ont dit avec raison MM. Cazenave et Schedel, une seule et même affection vésiculeuse. Quelle que soit d'ailleurs la nature de l'éruption miliaire , son développement ou sa disparition ne modifient en aucune manière la marche de la maladie principale ; ce qui tend à établir l'identité de ces éruptions , et à les faire regarder comme ayant une action passive et secondaire , aulieu d'être la cause ou le principe de la maladie.
Diagnostic. — Les symptômes précurseurs de la miliaire diffèrent trop de ceux qui précèdent l'invasion des phlegma-
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sées cutanées , pour qu'on puisse s'y méprendre. Le coryza, l'ophtalmie, le catarrhe bronchique de la rougeole, l'angine tonsillaire de la scarlatine, les vomissemens et la douleur rachidienne de la variole , sont des signes qui , par leur absence , ne permettent pas de se tromper , si on a égard surtout à l'abattement extrême qui peut aller jusqu'à la syncope, aux sueurs et à la constriction douloureuse de la partie extérieure de la poitrine , à l'état mou , fréquent et souvent intermittent du pouls , qui signalent le début de la fièvre , et précèdent toujours le développement de l'éruption miliaire. La dartre eczémateuse pourrait être confondue , au premier coup d'oeil , avec l'éruption miliaire ; mais la moindre attention suffira pour les distinguer. Les vésicules de l'eczéma , plus petites que celles de la miliaire , sont toujours agglomérées, souvent confluentes et limitées dans un espace circonscrit , tandis que celles de la miliaire , plus volumineuses , sont ordinairement isolées et occupent des surfaces plus étendues.
Pronostic. — Considérée simplement comme affection cutanée, l'éruption miliaire ne présente aucun danger; mais les maladies épidémiques , dont elle est un symptôme , sont souvent funestes ; la mesure de leur gravité est presque toujours indépendante de l'éruption. Cependant M. Rayer dit avoir remarqué , dans l'épidémie de 1821 , que si les symptômes diminuent après l'éruption , l'issue de la maladie est généralement favorable , et que la mort qui survient après l'affaissement des vésicules arrive parfois subitement , plus inopinément que dans les autres fièvres éruptives.
L'apparition d'une éruption miliaire , dans les autres maladies, doit être envisagée comme un phénomène qui dénote une réaction générale très vive, et qui n'exerce sur la maladie principale aucune influence ni favorable , ni fâcheuse. Elle est désignée alors sous le nom de sudamina, et les affec-
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tions où elle se manifeste le plus ordinairement, sont la rougeole , la scarlatine , la pleuro-péripneumonie , la péritonite puerpérale , et la dothinentérite ( fièvre typhoïde ). Elle peut néanmoins, dans quelques cas, exister comme affection primitive. J'ai observé plusieurs fois, chez des enfans , une éruption miliaire sans fièvre , sans inflammation locale apparente , se manifestant subitement au cou et à la poitrine , et se terminant au bout de deux ou trois jours par une légère exfoliation épidermique.
Traitement. — Aucun traitement ne doit être dirigé contre l'éruption vésiculeuse : la maladie générale réclame seule toute l'attention du médecin. Les délayans et les anti-plilogistiques conviennent dans le plus grand nombre de cas, même dans la fièvre miliaire épidémique. Des sangsues appliquées aux pieds , quand la céphalalgie est violente , ou à l'épigastre , lorsqu'il existe quelques signes d'irritation gastro-intestinale , peuvent convenir ; mais quand la maladie est bénigne , la méthode expectante doit être observée.
Lorsque, au début de la maladie, il existe des accidens cérébraux , les dérivatifs dirigés sur la peau , tels que les vésicatoires , les sinapismes , Furtication , sont essentiellement indiqués. La saignée générale est aussi d'une nécessité absolue , dans les cas de congestion au cerveau ; mais il est parfois difficile de distinguer l'inflammation cérébrale , de l'affection nerveuse de l'encéphale : ce dernier état , comme dans la rougeole , la scarlatine et la variole , détermine l'issue funeste de ces maladies.
C'est ici un cas particulier où les évacuations sanguines trop abondantes ne sauraient être efficaces , et où les sangsues , appliquées aux tempes ou derrière les oreilles , doivent être préférées. Les saignées pratiquées après l'éruption sont généralement nuisibles.
Dans les cas où l'éruption disparaît subitement, les moyens
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les plus propres à en provoquer le retour , sont les excitans dirigés sur la peau , tels que les frictions sèches , l'urtication, les cataplasmes sinapisés.
Les sueurs provoquées sont généralement contraires : aussi on ne doit pas faire usage des sudorifiques, ni surcharger les malades de couvertures : par la même raison , les boissons ne doivent pas être données trop chaudes.
Les malades seront tenus à une diète sévère pendant le premier septénaire ; ensuite on permettra des bouillons de veau ou de poulet, ou de petites soupes maigres. On augmentera graduellement la quantité des alimens , avec la précaution d'en limiter sagement la mesure.'
Les soins de propreté , l'assainissement de l'air , la tranquillité de l'esprit, ne peuvent que seconder le succès du traitement.