‹ Étude et traitement des maladies de la peau, précéd é d'une notice sur la méthode Boyveau-Laffecteur, du poëme de Barthélemy sur la syphilis, et terminé par un formulaireChapitre 73 sur 115 · CONTAGION SYPHILITIQUE · texte numérisé non relu

CONTAGION SYPHILITIQUE

« Dans le principe, le virus se montra sous forme volatile et gazeuse, car l'air servait de conducteur à la contagion. De là les terribles épidémies de cette maladie contagieuse. Dans l'année 1550, le principe volatile et gazeux se changea en principe fixe, qui ne peut se communiquer que par le contact immédiat. Il trouve son véhicule dans les liquides sous forme de mucus (produit de la gonorrhëe ou matière du chancre).

» D'après quelques auteurs, il n'existe point de différences entre le premier et la seconde, car l'un et l'autre infectent de la même manière et sont le produit d'une inflammation. Il faut noter que la matière du chancre est le produit d'un mucus animal, et celle de la gonorrhée, au contraire, celui d'un mucus normal. Berzélius a démontré que, sous le rapport chimique, il n'existait point de différence entre les deux produits. L'identité d'ailleurs est suffisamment démontrée par le fait , que de la communication avec des malades atteints de chancres , naissent des gonorrhées , et ainsi vice versa.

» Il n'est pas rare de voir la même source produire des formes diverses. Des médecins , employés à la surveillance des lieux de prostitution, ont observé que des femmes infec-

tées, cohabitant à de courts intervalles avec différens individus, donnaient au premier des chancres , au deuxième et au troisième une blennorrhagie , et rien au quatrième et au cinquième.»

Schonïein fait une différence entre les deux formes , en ce que la matière du chancre est plus contagieuse que celle de la gonorrhée. Il regarde cette dernière comme le minimum de la contagion et la première comme son maximum.

« Il faut distinguer le liquide qui sert de véhicule à la contagion , du principe de la contagion ; la matière du chancre et celle de la gonorrhée sont des sécrétions propres à la syphilis ; les recherches microscopiques n'ont probablement pas encore clairement prouvé que les infusoires qui habitent ces matières soient d'espèces différentes, et ne se produisent que dans les organes affectés. Yoilà pourquoi les autres organes, qui sont situés hors de leur cercle, ne sont privés du pouvoir infectant qu'autant que la matière syphilitique ne leur est pas propre. Ainsi, par exemple, un individu sain est infecté par un individu qui est atteint d'une dermatose , en couchant avec lui. Par une pareille cause accidentelle , la salive d'un syphilitique devient contagieuse ; la transpiration d'un syphilitique ne devient contagieuse que lorsque celle-ci existe chez lui sous forme d'exanthème; c'est un fait avéré et curieux, que la matière syphilitique conserve ses propriétés infectantes longtemps après avoir été séparée du corps; ainsi, par exemple, de la charpie qui a servi à panser un chancre, humectée de nouveau et placée sur une plaie , communique la syphilis ; une lancette, sur laquelle est desséchée depuis long-temps de la matière de chancre , infectera de nouveau si l'on en fait usage. En général , la ténacité du principe contagieux se rencontre davantage dans la matière du chancre que dans celle de la gonorrhée. Spallanzani a prouvé qu'en humectant de la matière desséchée ,• on rappelle à la vie les infusoires qui s'y trouvaient.

SYPHÏLIDES. 559

» La contagion adhère plus long-temps à certaines matières que sur d'autres ; il est reconnu que la laine , la soie , la conservent davantage que les métaux. »

{extrait de Sclwnlein.)

Tous les écoulemens blennorrhagiques ne sont pas vénériens sans doute , et malheureusement il est quelquefois difficile de les distinguer les uns des autres; la couleur jaunâtre ou verdâtre, qui est donnée comme caractère de l'état syphilitique, n'est pas infaillible, bien qu'on l'observe plus rarement dans les écoulemens dus à une cause herpétique , scrofuleuse j rhumatismale , arthritique , etc.

La matière de l'écoulement syphilitique m'a toujours paru avoir une odeur forte, nauséabonde sui generis, qui en est peut-être le caractère le plus distinctif .

Les syphilides peuvent survenir pendant la durée des symptômes primitifs , tels que la blennorrhagie , le chancre , etc. ; mais le plus souvent elles sont consécutives et se manifestent après leur disparition , soit immédiatement, ou à des époques qui varient de quelques semaines à plusieurs années.

Comme toutes les maladies éruptives de la peau, les syphilides peuvent se diviser en huit ordres, sous les dénominations quelles empruntent de leurs formes primitives ou de l'état exanthématique , vésicuieux , bulleux , pustuleux , papuleux , squammeux, tuberculeux, maculé, sous lequel elles se développent.

Le nombre des altérations que produit le virus vénérien dans les tégumens est porté à douze par M. Rayer, sous les dénominations suivantes : 1° exanthème; 2° bulles; 3° vésicules ; 4° pustules psydraciées et phlysaciées ; 5° papules ; 6° squammes ; 7° macules ; 8° tubercules ; 9° ulcères cutanés consécutifs; 10° végétations ; 11° onyxis ; 12° alopécie syphilitique.

D'après la fréquence relative de ces diverses formes d'altération, on pourrait, d'après le même auteur, les ranger dans l'ordre suivant : tubercules, squammes, papules, végétations, exanthèmes , ulcères cutanés , consécutifs , pustules phlysaciées , pustules psydraciées , alopécies, onyxis , bulles , vésicules.

La méthode de Willan, adoptée par l'école de M. Biett, pour la classification des syphilides , m'a paru préférable , parce qu'elle réunit tous les accidens vénériens qui se manifestent sous une forme essentiellement éruptive ; que sous ce rapport elle détermine, d'une manière précise, le caractère primitif de l'état morbide sous lequel on doit reconnaître exclusivement les syphilides.

En faisant une variété de la syphilide, des ulcères consécutifs , M. Rayer a confondu tous les genres d'ulcérations qui peuvent survenir à la suite de la vérole , tel qu'il serait convenable assurément de les grouper dans un traité complet des maladies vénériennes ; mais dans un traité des maladies de la peau , on ne doit admettre comme syphilides , que les affections dont la forme éruptive est le principe élémentaire.

Loin qu'il faille multiplier les divisions , je crois , avec MM. Cullerier et Ratier (1), qu'il faut rechercher dans les syphilides la forme primitive sous laquelle elles débutent, les transformations qu'elles subissent ultérieurement n'étant que des accidens secondaires. MM. Biett, Gibert, Gazenave et Schedel n'admettent pas la forme ulcérative comme base d'une syphilide. Tout ulcère, survenant à la suite d'une éruption cutanée, est toujours précédé d'une croûte plus ou moins épaisse qui le recouvre.

Le rapprochement que je fais ici n'est pas une critique; ce que M. Rayer a écrit sur les u'cères en général , sous le

(1) Nouveau Diction ::aîre de médecine.

SYPHILIDE EXAINTHÉMATIQUE. 561

nom de syphilides , porte le cachet d'une grande expérience et d'un profond savoir. On ne doit y voir de ma part qu'une occasion de dire une fois de plus combien il est difficile d'assujettir les n aladies de la peau à une classification déterminée et L variable.

Le3 iruptions vénériennes sont souvent précédées de douleurs dans les os , d'ulcères à la gorge , ou d'autres symptômes graves avec lesquels elles peuvent exister en même temps. Ces phénomènes disparaissent aussi quelquefois au début ou pendant le cours de la syphilide , pour reparaître plus intenses au terme de l'éruption.

L'époque où l'éruption est complète est bien difficile à déterminer : aussi arrive-t-il souvent qu'on les voit reparaître plus ou moins long-temps après leur guérison apparente , ou à leur place tout autre symptôme caractéristique de la vérole : d'où il faut établir , en principe , que le traitement doit être prolongé long-temps encore , vingt à trente jours , par exemple , après leur disparition.

Ce n'est souvent qu'après plusieurs mois, et même après plusieurs années d'une contagion inaperçue , ou d'une guérison apparente , qu'on voit se développer les symptômes consécutifs de la vérole , particulièrement les syphilides : le virus vénérien semble avoir perdu de son intensité, ou s'être modifié avec le temps , car aujourd'hui les éruptions syphilitiques se développent en général plus tardivement qu'elles ne le faisaient dans les épidémies des xve et xvr siècles , époque où la maladie vénérienne fut introduite en Europe,

Syphilide exanthëmatique.

L'exanthème syphilitique peut affecter plusieurs nuances et prendre une teinte jaune , rouge , violacée , dont la réu™

nion s'observe quelquefois chez le même individu; ce qui constitue l'état morbide auquel on a donné le nom de peau traitée.

La teinte rouge qui est isolée détermine la roséole syphilitique proprement dite. La syphilide exanthématique peut exister avec les symptômes primitifs , tels que la blennorrhagie , le chancre , etc. ; quelques auteurs enseignent qu'elle accompagne plus souvent la blennorrhagie que le chancre. Il en est d'autres qui sont d'un avis contraire : je suis de ce nombre. M. Rayer dit l'avoir vue plnsieurs fois coïncider avec une éruption considérable de tubercules plats , et cette double éruption survenir plusieurs mois après la guérison d'un chancre.

La roséole syphilitique peut aussi exister avec la périostose , l'iritis , l'ulcération de la gorge , et à la suite des maladies vénériennes négligées ou mal traitées. Selon MM. Cazenave et Schedel , cet exanthème présente deux variétés : Fune primitive et aiguë, l'autre consécutive et chronique. Cette opinion ne me semble pas fondée. Les taches, considérées comme exanthèmes chroniques par ces auteurs , ne sont que la transformation de la même maladie , passant de l'état aigu à l'état chronique. Chaque variété emprunte son caractère d'une disposition particulière de la peau, qui a besoin d'être appréciée.

La roséole syphilitique est caractérisée par des taches ordinairement d'un rouge terne ou cuivreux, sans proéminence , quelquefois d'une teinte jaunâtre, d'une forme tantôt arrondie , tantôt irrégulière ( ce qui s'observe le plus fréquemment ), disparaissant sous la pression du doigt. Ces taches se développent sans fièvre et ne font éprouver d'autre sensation locale qu'un léger prurit ; elles sont plus ou moins apparentes , suivant que la température de la peau est plus ou moins élevée ; elles sont plus prononcées après un exercice forcé , ou à la suite d'un bain chaud , que dans le cas où

SYPHILIDE EXÀNTHÊMATIQUE. 563

le malade garde le repos, et que la chaleur du corps est tempérée. Elles se termiuent par résolution et par une exfoliation toujours légère , souvent à peine sensible.

M. Rayer admet, avec Carmikaël et Hunter , que les inflammations exanthémateuses d'une syphilide peuvent se manifester sur certains points de la surface muqueuse , tels que la gorge , la conjonctive , le prépuce , le gland , etc. Alors le diagnostic , d'après cet auteur , offrirait souvent des difficultés insurmontables, si ces altérations n'étaient pas accompagnées d'autres phénomènes caractéristiques (squammes, tubercules, ulcères, etc.), et si leur nature contagieuse était incertaine... «Un mal de gorge exanthémateux chronique est un des symptômes constitutionnels les plus fréquens de la syphilis. 11 diffère par son apparence et par quelques autres phénomènes des ulcères simples ou phagédéniques du pharynx , qui , le plus souvent , sont accompagnés de peu de gêne dans la déglutition , tandis que cette gêne est toujours assez marquée dans l'exanthème syphilitique du pharynx. Quand on examine l'intérieur de la gorge , et surtout la partie postérieure du pharynx , la luette , les parties sont généralement rouges et gonflées Hunter pense que cette

inflammation exanthémateuse peut se propager dans l'œsophage ; cet exanthème est l'analogue de l'ophthalmie vénérienne chronique.

» De toutes les formes de syphilides , l'exanthémateuse est la moins grave. »

S'il est vrai que la syphilide exanthémateuse soit généralement la moins grave , il n'est pas impossible qu'elle ne le devienne, surtout lorsque la gorge en est le siège. J'ai publié dans mon Traité sur la Syphilis , page 313 , une observation à ce sujet.

Je suis entièrement de l'avis de M. Rayer, et je regarde l'érythème syphilitique de la gorge comme un des accidens les plus fréquens de la syphilis constitutionnelle. J'ai été

consulté très souvent par des malades atteints de maladies syphilitiques de la peau , accompagnées d'un mal de gorge , pour lequel mes soins étaient particulièrement réclamés. J'ai vu souvent aussi le mal de gorge exister seul , et succéder à des écoulemens blennorrhagiques.

L'exanthème syphilitique se distingue des autres syphilides maculées par son principe érythémateux , par la forme de ses taches , et par leur siège qui occupe plus ordinairement le tronc et les membres; toutefois, lorsque l'état inflammatoire s'est dissipé , et qu'une teinte jaunâtre a remplacé la rougeur violacée de ces taches , il est difficile de les distinguer des autres taches syphilitiques [maculœ syphilitkœ), surtout lorsqu'elles existent à l'état chronique.

Le mal de gorge syphilitique érythémateux se reconnaît à l'aspect des parties enflammées , qui sont comme boursouflées et d'un rouge pâle , au lieu de présenter la nuance vive de l'inflammation ordinaire. On le distingue encore à sa marche chronique , soit qu'il vienne à la suite ou qu'il coexiste avec d'autres accidens syphilitiques : la douleur de la gorge qui augmente vers le soir , est un signe pathognomonique.

Syphilide vèsiculeuse.

La syphilide vèsiculeuse est fort rare , de l'avis de tous les auteurs. Elle peut accompagner les symptômes vénériens primitifs, ou exister avec des symptômes consécutifs plus ou moins anciens , plus ou moins graves. Elle ne se présente pas toujours avec les mêmes caractères. M. Rayer (1) parle d'un malade atfecté d'une syphilis constitutionnelle ancienne,

(1) Traité des Maladies de la Peau, 2e volume, page 384.

SYPHILIDE VÉSICULEUSE. 565

très grave, sur les avant-bras duquel on voyait de petits groupes irréguliers, de la dimension d'une pièce de cinquante centimes. Ces groupes étaient formés de petites élevures rougeâtres , non prurigineuses , du volume d'une tête d'épingle , contenant une matière louche , opaque , plus saillantes et plus globuleuses que celles de Y eczéma simpleœ, qu'elles surpassaient un peu en volume ; elles étaient encore moins grosses , moins transparentes , et disposées en groupes moins réguliers que celles de l'herpès : les élevures qu'on observe dans l'herpès , se distinguant à leur tour des pustules de l'impétigo par leur teinte rougeâtre et un peu livide.

Sur d'autres points , l'éruption dont je parle formait de petits anneaux analogues par leur forme et leur dimension à ceux de la rougeole. Quelques uns de ces groupes étaient surmontés de plusieurs vésicules affaissées et remplacées par une légère exfoliation de l'épiderme ; on voyait çà et là distinctement un petit liseré qui rappelait la dimension des vésicules ; partout où l'exfoliation s'était récemment opérée , la peau présentait des taches ayant parfaitement la même teinte que celle des macules syphilitiques ordinaires. Enfin cette éruption différait des pustules psydraciées syphilitiques , eu ce que les élevures de cette dernière éruption , plus volumineuses et plus acuminées , sont ordinairement suivies de croûtes et quelquefois de cicatrices.

J'ai publié , dans mon Traité sur la Syphilis, une observation remarquable par la complication des symptômes qui se développèrent simultanément , et au nombre desquels on observa une éruption vésiculeuse. Cette observation démontre évidemment que la contagion vénérienne, portée primitivement sur l'urèthre , peut produire des accidens généraux multiples et concomitans ; car , dans la circonstance dont je parle , on ne saurait accuser le mercure ni toute autre erreur commise dans le traitement , le malade n'ayant

réclamé aucun soin avant l'apparition de tous les symptômes de sa maladie.

Des observations décisives ont prouvé qu'il existe deux variétés de la syphilide vésiculeuse : l'une ayant le caractère de l'eczéma, qu'on pourrait appeler syphilide eczémateuse; l'autre à laquelle serait réservé le nom de syphilide vésiculeuse simplement.

La première variété serait plus souvent une complication de la syphilis constitutionnelle, caractérisée par des symptômes graves ; la seconde variété surviendrait le plus ordinairement, comme affection concomitante des symptômes primitifs de la contagion vénérienne , où elle se présenterait avec les accidens récemment consécutifs.

Syphilide biilleuse.

Deux maladies composent l'ordre des bulles : le pemphigus et le rupia. La première n'a jamais été observée avec un caractère syphilitique ; la seconde n'est pas très rare. Une question m'est suggérée à ce sujet ; je demande la permission de la poser ici : le virus vénérien est-il toujours la cause primitive des éruptions dites syphilitiques, ou bien , des éruptions non syphilitiques peuvent-elles revêtir les caractères de la syphilis par suite de l'infection vénérienne? Si l'on admet l'une et l'autre hypothèse, à quel signe reconnaîtra- t-on celles qui ont une origine essentiellement syphilitique , et celles que l'infection vénérienne ne fait que compliquer? Cette question n'est peut-être pas indigne d'un concours académique.

Le rupia syphilitique ne s'observe en général que chez les individus cachectiques , dont la constitution est altérée par une vérole ancienne et invétérée, de sorte que, comme le rupia

SYPHIL1DE BULLEUSE. 567

ordinaire , il se développe seulement dans certaines conditions de débilitation organique ; mais il emprunte à l'infection vénérienne ses caractères distinctifs , tels que : la teinte cuivrée et livide qui entoure les bulles ; la nature des croûtes qui sont verdâtres et deviennent plus épaisses en se desséchant ; les ulcérations profondes , à fond grisâtre et à bords taillés à pic que recouvrent ces croûtes ; les cicatrices blanches et déprimées qu'elles laissent après elles. Ces caractères suffiraient pour le faire distinguer du rupia ordinaire ou prééminant, si d'autres symptômes consécutifs , tels que des exostoses, des douleurs ostéocopes, des ulcérations à la gorge et aux parties génitales, Xiritis, etc. , ne se présentaient, comme cela a toujours lieu, pour confirmer le diagnostic de la maladie.

Syphilide pustuleuse.

Les premiers auteurs qui ont écrit sur la maladie vénérienne, ont désigné cette affection sous le nom de morbus pustalarma et sous celui de grosse vérole , à causeries pustules qui en étaient le signe le plus caractéristique. Par une fausse acception de langage , on a confondu jusqu'à ces derniers temps , sous le nom de pustules , toutes les éruptions vénériennes accompagnées d'un léger degré d'inflammation , quelle que fût la forme sous laquelle elles se présentassent. Aujourd'hui on ne donne le nom de pustules qu'à des boutons dont le caractère est de contenir du pus.

Les pustules syphilitiques se reproduisent sous les deux formes propres aux autres pustules ; ces formes ont été désignées précédemment sous les noms de pustules phlysaciées ( c'est à dire les plus larges) et de pustules psydraciées (celles qui ont moins d'étendue ).

508 ÉRUPTIONS VÉXÊRIENKES.

Les pustules syphilitiques psydraciées ont été décrites par Alibert sous le nom de syphilide pustuleuse lenticulaire. Elles ont quelque ressemblance avec la maladie connue sous le nom de gutta rosacea (couperose). On les observe quelquefois , disséminées ou très nombreuses , sur les divers points de la surface cutanée ; mais elles siègent le plus souvent au front et sur les épaules. Elles se développent successivement, de manière que les unes ne font que paraître, tandis que les autres sont à leur état d'invasion. Ces petites pustules, d'une forme conoïde, sont d'un rouge terne ; leur base est dure et entourée d'une auréole livide ; la matière qu'elles contiennent produit , en se desséchant , une petite croûte d'un jaune terne , au dessous de laquelle existe assez souvent une ulcération de peu d'étendue , laissant après elle une cicatrice arrondie , blanche et déprimée : quelquefois la chute des croûtes ne laisse apercevoir que de petites taches cuivrées.

La syphilide psydraciëe est susceptible de prendre un caractère particulier chez les individus d'une constitution cachectique : des taches violacées plus ou moins nombreuses, rapprochées quelquefois au point d'être confluentes et de former des taches de la dimension d'un écu de cinq francs , précèdent les pustules et leur servent de base. « Alors, dit M. Rayer , les taches se couvrent d'un grand nombre de petites pustules légèrement acuminées ; la plupart donnent lieu à des ulcérations irrégulières , ordinairement peu profondes. Après leur guérison, il reste sur la peau de larges taches d'un rouge brun , parsemées de petites cicatrices blanchâtres et déprimées. »

L'éruption psydraciée existe plus ordinairement avec une bonne constitution , et peut se manifester peu de temps après j'infection vénérienne. Je l'ai observée trois semaines après l'apparition d'un chancre primitif. M. Rayer dit l'avoir vue survenir quatre à cinq semaines après la contagion ; mais elle

SYPHILIDE PUSTULEUSE. 5G9

peut aussi se développer à des époques plus reculées; elle est beaucoup plus rare que la pustule vénérienne phlysaciée. Sur cent trois cas de syphilides observées par M. Rayer, six seulement offraient la forme psydraciée. Dans leur état ordinaire , les pustules psydraciées se distinguent de la couperose par la teinte qui entoure leur base ; celle de la couperose est érythémateuse , tandis que celle des pustules laisse des cicatrices, ce qui n'arrive pas pour la couperose, dont le visage est le siège ordinaire. L'éruption pustuleuse, au contraire, se développe plus souvent sur le front , les épaules et le dos.

La syphilide pustuleuse psydraciée , qui se manifeste sous la forme d'une large tache , diffère des pustules phlysaciées par le caractère de l'éruption , qui se compose de petites pustules développées sur une tache violacée , préalablement existante. Cela n'a pas lieu pour les pustules phlysaciées , qui sont plu* larges et moins rapprochées. Elle se distingue de Y impétigo sparsa en ce que les pustules fluentes de cette dernière affection ne s'ulcèrent pas.

Les pustules syphilitiques phlysaciées se manifestent plus généralement chez les sujets dont la constitution est depuis long-temps affaiblie ; elles sont souvent précédées de symptômes syphilitiques graves ; elles commencent par un point rougeâtre dont la base s'élargit progressivement et s'entoure d'une auréole violette plus ou moins foncée ; à leur état primitif, elles ont une forme aplatie , peu élevée et parfois déprimée au centre ; elles contiennent une matière jaune qui , en se desséchant, forme une croûte noirâtre adhérant fortement à la peau ; l'ulcération qu'elles occasionnent, bien que légère , laisse ordinairement une cicatrice déprimée ; dans quelques cas seulement, une injection livide. Néanmoins, il existe des circonstances où l'inflammation des pustules étant plus intense, la matière purulente qu'elles renferment est plus abondante ; les croûtes qui en résultent sont verdâtres, plus épaisses, plus adhérentes , et les ulcérations qui

leur succèdent plus profondes. Dans les cas précédens, les pustules phlysaciées ont à peu près le diamètre des boutons de variole ; plusieurs de ces pustules se réunissent quelquefois : l'étendue des croûtes et des ulcérations se trouve ainsi augmentée.

D'autres fois les pustules deviennent encore plus larges et acquièrent l'étendue de celles de Yecthyma; elles sont alors moins nombreuses , et se montrent ordinairement sur les membres, surtout aux jambes. Elles s'annoncent par des plaques livides de cinq à six lignes de diamètre , et quelquefois plus. La formation des pustules s'opère par le soulèvement de 1'épiderme, que distend un liquide séro- purulent; celui-ci s'accumule peu à peu et n'amène que lentement le dernier développement de la tumeur, qui est toujours entourée d'une large auréole cuivrée ; sa rupture s'opère au bout de quelques jours, et donne issue à une matière qui, en se concrétant, forme une croûte brune très dure, s' épaississant par degré , et dont la forme est ordinairement arrondie. Les croûtes, toujours très adhérentes, sont longtemps à se détacher; lorsqu'elles tombent, elles mettent à découvert des ulcérations d'une forme arrondie plus ou moins profonde ; leurs bords sont durs et taillés à pic ; le fond est blafard et grisâtre ; mais ces ulcérations ne tendent pas à s'agrandir comme les ulcères rongeurs. Abandonnées à elles-mêmes, les ulcérations se recouvrent d'une croûte qui tombe et se reproduit alternativement; les cicatrices qu'elles laissent après elles, arrondies, déprimées et d'un blanc mat, ne s'effacent jamais. Cette forme de pustules est regardée comme la plus fréquente des syphilides pustuleuses.

C'est cette espèce de pustules qu'on observe quelquefois à la paume des mains et à la plante des pieds , chez des individus ayant déjà des pustules phlysaciées présentant d'autres symptômes vénériens : c'est ce qu'on observe princi-

SYPHYLIDE PUSTULEUSE. 571

paiement chez les enfans nés avec la syphilis héréditaire.

Dans certains cas d'éruption phlysaciée, quelques pustules acquièrent leur état d'agrandissement par suite d'un large développement de l'épiderme ; cet effet a lieu par le reflux de la matière purulente vers leur centre. La base de ces pustules prend alors une apparence huileuse ; ce qui les a fait désigner sous le nom de rupia syphilitica. Dans cette variété de la syphilide pustuleuse, la croûte est plus large et surtout plus élevée à son centre, que dans les variétés précédentes. Dans un certain nombre de cas , cette croûte , dit M. Rayer, n'est fortement enchâssée dans la peau que par son centre ; elle se brise et se détache irrégulièrement à sa circonférence ; la peau , dans ces derniers points , est d'une teinte cuivreuse, mais non ulcérée; après la chute de la partie centrale de la croûte, on observe toujours une ulcération plus ou moins considérable offrant les caractères des ulcères syphilitiques. C'est cette dernière apparence qui distingue le rupia syhilitique du rupia simplex; car tous deux offrent des ulcérations centrales , entourées par une surface rouge , circulaire , et un liseré épidermique.f

Les pustules vénériennes ne sont presque jamais accompagnées de symptômes généraux ; l'inflammation qui leur est propre , rarement intense , semble même avoir un caractère spécialement atonique , ce qui détermine la marche lente de l'éruption , et ne produit souvent qu'une suppuration incomplète. La présence constante d'une auréole plus ou moins livide autour des pustules ; la couleur verdâtre des croûtes, leur épaisseur, le caractère particulier des ulcérations qui leur succèdent et surtout la coexistence d'autres symptômes vénériens , feront toujours distinguer la syphilide pustuleuse des autres éruptions avec lesquelles elle peut avoir de l'analogie.

Syphilide tuberculeuse.

La syphilide tuberculeuse est une des plus fréquentes qui existent; le volume des tubercules varie depuis la grosseur d'une tête d'épingle jusqu'à celle d'un pois et même d'une olive; leur forme est également très variable; elle est arrondie , aplatie , conique , ovoïde , lisse ou squammeuse. lî y a des tubercules secs et humides ; quelquefois ils sont recouverts d'une croûte épaisse suivie d'une ulcération circonscrite; d'autres fois ils se terminent par des ulcères d'une étendue illimitée , phagédéniques ou serpigineux ; leur couleur est ordinairement d'un rouge terne et cuivreux.

La syphilide tuberculeuse peut occuper toutes les parties de la surface tégumentaire , mais elle se montre de préférence à la face , surtout aux ailes du nez et aux commissures des lèvres ; les sourcils et le cuir chevelu en sont quelquefois le siège ; les ulcérations qui en résultent amènent alors la chute des poils et des cheveux.

Lorsque les tubercules sont d'une petite dimension, ils se développent ordinairement les uns à côté des autres ; ils forment des cercles complets , d'un diamètre variable dont le milieu reste entièrement sain ; chaque petit tubercule est enveloppé d'un opercule squammeux , qui n'en recouvre pas exactement le sommet ; l'ulcération n'est presque jamais le dénoûment de ces tubercules ; ils disparaissent par une sorte de résolution en s' affaissant graduellement , de manière à ne laisser à la peau que des taches violacées disparaissant avec le temps ; le front et le cou sont le siège le plus ordinaire de cette variété.

D'autres tubercules du volume d'un pois à celui d'une petite olive , d'une forme ovale ou pyriforme , rassemblés en groupes, mais sans ordre, peuvent se manifester de préfé-

SYPHILIDE TUBERCULEUSE. 573

rence aux joues , aux ailes du nez , et occuper une surface plus ou moins étendue ; ces tubercules sont lisses , luisant à leur sommet; ils ne présentent presque jamais d'exfoliation, ni d'ulcération et ne causent aucune douleur; ils peuvent rester stationnaires pendant plusieurs mois et même plusieurs années.

Cette variété est la plus rare des syphilides tuberculeuses , considérée comme affection isolée ; mais dans les éruptions tuberculeuses générales, il n'est pas rare de trouver quelques tubercules qui restent stationnaires à côté d'autres tubercules squammeux, ulcérés ou couverts de croûtes.

La syphilide tuberculeuse peut affecter une autre forme et constituer une troisième variété ; au lieu d'être lisses , luisans et réunis en groupes comme les précédens, les tubercules sont isolés , arrondis , peu nombreux , d'une rougeur foncée et entourés d'une auréole violacée; le visage, principalement la lèvre supérieure et le nez en sont le siège ordinaire ; après être restés stationnaires, plus ou moins long-temps, ils prennent un apparence inflammatoire ; un cercle érythémateux , qui ne tarde pas à prendre une teinte violacée , les entoure ; ils deviennent douloureux, s'ulcèrent bientôt après , et l'ulcération se recouvrant d'une croûte épaisse fait des progrès en profondeur ; de nouveaux tubercules se développent quelquefois à côté des premiers avec lesquels ils se confondent ; la croûte qui se forme de leur réunion dure et noirâtre , devient fort adhérente ; après sa chute , on voit des ulcérations à bords arrondis et taillés à pic , ou bien une perte complète de substance qui semble exactement coupée lorsque la partie, qui est le siège de l'ulcération, offre peu d'épaisseur comme les ailes du nez par exemple ; c'est à cette variété qu'on a donné le nom de tubercule squammeux.

Les ulcères qui détruisent entièrement le nez , paraissent tenir à une autre modification de la syphilis. Selon MM. Gaze nave et Schedel , qui en ont observé un grand nombre

d'exemples à l'hôpital Saint-Louis , le mal a sinon toujours commencé, au moins dans la plus grande majorité des cas, par une altération des os et des tissus intérieurs ; il s'est alors établi des nécroses , des caries , des ulcérations de la muqueuse : c'est de dedans en dehors que dans ce cas la maladie fait des progrès.

Une quatrième variété de la syphilide tuberculeuse se distingue par la nature des tubercules ; ils sont rouges , durs, arrondis , leur volume égale souvent celui d'une petite noisette, et se disséminent sur différens points de la surface cutanée : tels que les bras , la face , le cuir chevelu , et principalement le dos ; ces tubercules peuvent rester plus ou moins stationnaires ; aucune exfoîiation ne les recouvre ; mais, après un certain temps, quelques uns s'ulcèrent par leur sommet, et l'ulcération, au lieu de se développer en profondeur, s'étend sur les parties voisines, en décrivant sur la peau des circonvolutions ; celles-ci représentent des cercles plus ou moins complets , des spirales , des zigzags , des chiffres ou des lettres, comme dans le psoriasis gyra ta; elles n'atteignent le derme que dans une épaisseur de quelques lignes ; ces ulcérations se couvrent de croûtes épaisses, dures, noirâtres , très adhérentes , laissant après elles des cicatrices ineffaçables et plus ou moins difformes.

Des tubercules peuvent se reproduire plus ou moins souvent, et leur ulcération ne s'opérer que successivement : de sorte qu'on peut voir en même temps sur le même individu toutes les transformations qui sont propres à cette affection.

Une dernière forme de la syphilide tuberculeuse est celle qu'on désigne sous le nom de tubercules plats, pustules plates de Cullerier. Cette variété est assez souvent primitive, tandis que les autres tubercules syphilitiques sont toujours consécutifs. La forme de ces tubercules est arrondie, quelquefois ovalaire ; leur couleur est d'un rouge livide foncé ; leur dimension varie depuis celle d'une lentille jusqu'au diamètre

SYPHILIDE PAPULEUSE. 575

d'une pièce de vingt sous ; ils sont toujours humides et quelquefois excoriés : malgré que leur forme soit plate ils s'élèvent de plusieurs lignes au dessus de la peau ; le sommet qui est plissé est souvent le siège d'ulcérations linéaires qui constituent les fissures et les rhagades. Ceux qui se développent aux ailes du nez , aux commissures des lèvres , au front , au cuir chevelu , ont ordinairement moins d'étendue que ceux qui surviennent au scrotum, à î'anus, aux cuisses, sur la verge, à la vulve, aux mamelons. Ils sont communément isolés, et lorsqu'il arrive qu'ils se touchent par quelques points de leur circonférence , c'est particulièrement à l'anus , ou par leur réunion ils offrent l'aspect d'un bourrelet ulcéré superficiellement ; une humeur terne , sanieuse , nauséabonde, suinte de ces tubercules ; elle peut servir à les faire distinguer lorsqu'ils se manifestent sur un point de l'épithélium muqueux. Au lieu d'avoir une couleur d'un rouge livide foncé comme ceux qui ont leur siège à la peau , leur teinte est d'un gris bleuâtre , différence qu'on doit attribuer à la texture spéciale des parties.

Syphilide papuleuse (1).

Une éruption de petits boutons rouges peu élevés au dessus du niveau de la peau , durs , solides , peu sensibles , ne

(1) Un médecin , aussi distingué par son talent que par l'originalité de ses vues, M. le docteur Raiû?\ voit dans la syphilide papuleuse l'élément premier d'un grand nombre d'affections auxquelles les pathologistes accordent une distinction spéciale.

La proposition de M. Ratier renferme un principe d'une grande portée. Cette manière originale d'envisager les maladies de la peau, doit être féconde en résultats heureux.

Il est à peu près ayéré que les affections cutanées, à cause de l'ef-

570 ÉRUPTIONS VÉNÉRIBN.«ES.

produisant jamais de suppuration, d'ulcères, ni de cicatrices , et se terminant par résolution ou desquammation ; tels sont les caractères de la syphilide papuleuse,

Cette éruption peut exister à l'état aigu et à l'état chronique , ou ne se manifester que sur diverses parties du corps :

frayante variété de leurs formes, sont de nature à fasciner l'esprit du plus sévère observateur. Cette tendance presqu'in ésistible à créer des entités là où il n'y avait que des symptômes, a égaré des hommes d'un rare mérite : Alibert offre un exemple éclatant de cette vérité.

La méthode éminemment philosophique que M. Ratier cherche à introduire dans l'étude des dermatoses , doit éveiller les sympathies de tous les hommes jaloux de voir leur art arriver au degré de certitude qui doit donner un jour à la médecine le premier rang paimi 1rs sciences naturelles.

Je craindrais d'affaiblir les idées de M. Ratier, en les interprétant; je vais donc le laisser parler lui-même.

«Parmi toutes les maladies cutanées qui peuvent coïncider avec les «symptômes syphilitiques primitifs, ou leur succéder après un temps «plus ou moins long, il en est une beaucoup plus commune que les » autres, et dont nous devons nous occuper d'abord: c'est la pa- »pule syphilitique, ou syphilide papuleuse, que les auteurs ont ob- »servée et décrite particulièrement sous les noms de plaques mu- »queuses , de pustules muqueuses, de tubercules syphilitiques , de «pustules lenticulaires plates, et qu'ils ont aussi nommée rhugade, • dans quelques circonstances.

» Cette forme de la syphilis ne nous paraît pas avoir été observée »avec tout le soin qu'elle mérite. C'est en lui donnant une attention >> particulière , et en l'observant sur tous les tissus et à toutes les «époques de son existence, que nous sommes parvenus à quelques » connaissances qui ne sont pas sans intérêt pour la pratique. 11 est « résulté de nos observations que , loin qu'il faille renouveler les di- » visions , on doit , au contraire , rapporter à la syphilide papu- »ieuse plusieurs affections considérées jusqu'à présent comme distinctes. »

SYPHILIDE PAPULEUSE. 517

dans les premiers cas, elle est ordinairement un symptôme primitif ou concomitant de l'infection vénérienne ; dans le second, elle est toujours une affection consécutive, soit qu'elle ait lieu peu de temps après la disparition des symptômes primitifs, ou beaucoup plus tard. On la voit survenir

« Considérée de cette manière qui n'a rien de forcé, la syphili Je »papuleuse renferme à elle seule le plus grand nombre des affections «vénériennes secondaires, puisqu'elle constitue : 1° les pustules -è- «ches ortiées, miliaires, lenticulaires, squammeuses, corona veiie- »ris (syphilide sur la peau sèche); 2° les pustules plat s, hu xi- »des, muqueuses, croûteuses, dartreuses, suppurantes (syphilide »sur la peau très secrétaire ) ; 3° enûn, les pustules rongeantes ,-tsï- »céreuses, noli me langer e , chancreuses, phagédéniques , ineri- »sées (syphilide sur les membranes muqueuses, etc. )

»I1 est bien entendu d'ailleurs, qu'indépendamment du siège , les «dispositions individuelles, les maladies incidentes, le régime et Je> «moyens thérapeutiques employés, exercent sur la forme, la marché, »la durée et la terminaison de la papule syphilitique , une influence » dont il faut tenir compte. »

« En montrant que la syphilide papuleuse représente à elle seule «la plupart des affections de la peau, qu'on a coutume d'attribuer à la » maladie vénérienne, et que l'on donne comme des affections ûl-:é- » rentes, nous avons au moins la conviction d'avoir préparé la soïu- »tion d'une des questions les plus importantes de la pathologie ïsyphylitique. Réunir, dans la même série, l'ozène syphilitique, l'ul- »cère du voile du palais et du pharynx, les rhagades des orieiîs, i'on* » gl ad e syphilitique, les pustules muqueuses des parties sexuelles, du »périnée et de l'anus, les pustules merisées, végétantes, rongeantes, «les ulcères vénériens consécuifs de la peau, c'est avoir déjà circon- »scrit le champ de l'incertitude et de l'erreur. »

lorsque la santé s'est conservée pendant plusieurs années ; ce qui la distingue des autres syphilides , dont la plupart sont toujours accompagnées de symptômes actuels de la vérole, qui se lient à une constitution détériorée par cette maladie. Suivant MM. Cullerier et Ràtier, cela syphilide papuleuse peut se manifester comme symptôme primitif et succéder immédiatement au coït : » ainsi nous avons vu plusieurs fois des hommes affectés de syphilides papuleuses , les transmettre aux femmes avec lesquelles ils avaient eu commerce , et vice versa ; ce qui nous semble une preuve évidente de la nature essentiellement syphilitique de cette affection.

On a donné les noms de pustules sèches, de gale vénérienne, de syphilide pustuleuse miliaire, etc., à la syphilide papuleuse, dénomination qui, ne déterminât-elle pas le caractère essentiel de la maladie , indique cependant la variété de cette éruption. Les papules de ce genre de syphilide offrent moins d'étendue , disposition qui distingue la syphilide papuleuse aiguë , à laquelle on a donné le nom de lichen syphilitique. Les papules de cette dernière, très petites, souvent très nombreuses, peuvent se manifester sur tout le corps , mais principalement sur le dos et à la face ; elles sont cuivrées, légèrement coniques, indolentes, ou quelquefois accompagnées d'une légère démangeaison. Entourées d'une auréole qui est plus foncée que celle de leur propre couleur, il en résulte que , par leur rapprochement , les parties de la peau où cette disposition s'observe ont une apparence généralement cuivrée ; leur développement s'opère simultanément en vingt-quatre heures ou en quarante-huit heures ; il est rarement accompagné de symptômes généraux. Willan et Bateman ont admis une papule ulcérante livide; mais je dirai, avec MM. Cazenave et Schedel, que c'est une erreur, et avec MM. Cullerier et Ratier, que le caractère essentiel des papules syphilitiques est d'être non sécrètoire. Abandonnées à elles-mêmes , les papules syphilitiques qui

SYPHILIDE PAPULEUSE. S79

existent à l'état aigu sont de peu de durée ; elles s'affaissent au bout de quelques jours et se flétrissent; quelques unes sont le siège d'une desquarnmation à peine sensible, et toutes disparaissent , laissant à la peau de petites taches jaunâtres, qui ne tardent pas à s'effacer à leur tour.

A l'état chronique, les papules se développent d'une autre manière; elles ont une apparence différente : l'éruption , au lieu de s'opérer tout d'un coup , se fait d'une manière lente et successive; les papules sont aplaties, leur largeur est celle d'une lentille ; régulièrement arrondies et légèrement proéminentes , elles ont une teinte jaune cuivrée, sans auréole à leur base ; elles se trouvent séparées par des intervallesoùiapeauest souvent, dans certaines parties, comme terreuse et flétrie : cela s'observe plus généralement chez les vieillards ou chez les individus d'une constitution cachectique ; aucune démangeaison ne les accompagne. Les membres, dans le sens de l'extension, le front, le cuir chevelu, sont le siège le plus ordinaire de la syphilide papuleuse chronique, toujours consécutive et souvent accompagnée par des syphilides d'une autre forme , surtout par des pustules. Les papules chroniques ont ordinairement une longue durée : elles commencent par de petites taches qui s'élèvent par degré jusqu'au terme où l'éruption a acquis son entier développement ; ensuite le sommet de chaque papule se recouvre d'une pellicule grisâtre, sèche, qui tombe et se reproduit sans cesse ; tant que l'éruption n'est pas revenue au niveau de la peau, sur laquelle demeurent des taches d'un blanc grisâtre , ces taches s'effacent difficilement au lieu de se terminer par résolution. Chaque papule s'affaisse par la chute successive des pellicules qui se forment à son sommet, de sorte que c'est par une véritable desquarnmation plutôt que par une régénération de squammes que la maladie se termine.

Syphilide squammeuse.

Cette forme de syphilide se manifeste avec les caractères des éruptions squammeuses ordinaires, principalement avec ceux de la lèpre et du psoriasis dont elle revêt les apparences. La syphilide squammeuse est une affection généralement consécutive qui se rattache presque toujours à une syphilis constitutionnelle ; néanmoins elle peut se manifester peu de temps après le coït , ainsi que Biett l'a observé une fois avec les caractères de la lèpre. C'est une des syphilides qu'on observe le plus souvent ; sa marche, habituellement chronique, est ordinairement d'une longue durée ; la résolution et la desquammation en sont le terme ordinaire , jamais l'ulcération.

Les caractères du psoriasis syphilitique consistent en des plaques cuivrées , lisses , luisantes, plus ou moins arrondies, d'une étendue variable, avec peu ou point de démangeaison, et produisant à leur surface de petites écailles sèches. Ces plaques , ordinairement discrètes , mais qui se réunissent quelquefois en groupes, se montrent communément à la figure , au cuir chevelu , au cou , sur le dos , la poitrine , les membres, etc. ; elles apparaissent souvent au bout de quelques mois, et quelquefois beaucoup plus tard, après la disparition des symptômes vénériens primitifs ; elles peuvent n'occuper qu'une seule région ou plusieurs à la fois.

Dans le plus grand nombre des cas les plaques ont de quatre à huit lignes de diamètre ; elles sont légèrement saillantes au-dessus du niveau de la peau et recouvertes de squammes minces plus ou moins adhérentes , qui , après s'être détachées , montrent la surface qu'elles recouvraient lisse , luisante , d'une teinte cuivrée et légèrement boursouflée.

Presque toujours le pourtour de chacune de ces plaques

SYPHILIDK SQUAMMEUSE. 581

est dépouillé d'épidémie qui , rompu et desséché, forme un liseré blanc , adhérent à sa base, et que Biett regarde comme un signe pathognomonique ; liseré qui diffère de celui qu'on observe après la chute des croûtes dupemphigus et durupia simplex, en ce que, dans la syphilide squammeuse, les plaques autour desquelles il forme un cercle sont bombées à leur centre et d'une teinte livide et cuivreuse , tandis que les taches que laissent apercevoir après leur chute les croûtes du pemphigus sont unies, d'un rose pâle, et qu'elles n'ont pas l'aspect lisse et luisant des premières, et qu'à l'égard du rupia, le liseré qui se forme après la chute totale et partielle des croûtes, est plus large, plus irrégulier, et que le centre de l'éruption est ordinairement ulcéré et couvert de croûtes.

La paume des mains et la plante des pieds peuvent être le siège du psoriasis syphilitique ; alors la maladie s'annonce par un certain nombre de taches isolées , de trois à quatre lignes de diamètre, légèrement proéminentes à leur centre, et se recouvrent, par les progrès de la maladie, de squammes dures, grisâtres, fendillées, qui, en se multipliant , forment une plaque hérissée de rhagades et de fissures. Biett a donné à cette variété de la syphilide squammeuse le nom de cornée, se fondant sur la présence d'une substance analogue à la corne et d'une forme cylindrique qu'on trouve enfoncée dans la plaque lorsque la maladie existe depuis longtemps. Telle est la marche du psoriasis syphilitique palmaire et plantaire lorsque l'éruption est abandonnée à elle-même; mais si on enlève l'épiderme dont l'altération constitue la maladie, ainsi que je l'ai pratiqué plusieurs fois avant que l'état morbide ait fait des progrès , de petites lamelles épidermiques continuent à se détacher, et les taches prennent bientôt une teinte rouge , violacée , jaunâtre et cuivrée, qui les distingue les unes des autres.

On rencontre souvent chez le même malade plusieurs sy-

philides d'une forme différente , telles que des papules, des pustules, des tubercules, etc. À l'égard du psoriasis syphilitique, «on observe presque toujours, dit M. Rayer, chez les individus qui en sont atteints , sous les aisselles , à la partie interne et antérieure des cuisses, sur le scrotum, sur les grandes lèvres, à la marge de l'anus, aux commissures des lèvres, des plaques qui offrent les apparences des tubercules plats; cette différence d'apparence paraît être due à des conditions locales de ces parties. » Cette explication est-elle bien fondée? Je ne le pense pas. Pourquoi , si elle l'était , les syphilides quî se manifestent sous une autre forme et qui affectent les mêmes parties , ne subiraient-elles pas aussi des modifications dépendantes de la condition locale de ces mêmes parties? N'est-il pas plus vraisemblable que l'apparence prétendue de ces plaques avec des tubercules plats n'est que fictive, et qu'en réalité ce sont de véritables tubercules dont l'existence peut coïncider avec le psoriasis syphilitique, quoiqu'il soit assez généralement établi que la syphilide squammeuse se complique rarement avec des éruptions syphilitiques d'une autre nature.

La lèpre vénérienne se montre sous une forme squammeuse qui diffère de celle du psoriasis syphilitique. Elle commence par une éruption papuleuse privée d'épiderme , d'un rouge violacé ou noirâtre, qui s'élargit circulairement dans une étendue de trois à quatre lignes ; ensuite son centre se déprime, tandis que ses bords s'élèvent de manière à former une sorte de bourrelet au dessus du niveau de la peau. L'épiderme qui les recouvre prend une teinte d'un gris jaunâtre ; bientôt il se déchire et se détache en partie, principalement sur le centre des plaques. Cette exfoliation se renouvelle et tombe successivement, sans être jamais aussi abondante que dans la lèpre et le psoriasis ordinaire.

Lorsque les plaques ont acquis leur étendue la plus grande , qui est de sept à huit lignes de diamètre , la desquam-

SYPHILIDE SQUÀMMEUSE. 583

mation n'a lieu que sur les bords , leur centre étant lisse , luisant et d'une teinte jaune cuivrée.

Les plaques de la lèpre syphilitique prennent , dans quelques cas assez rares , une teinte brune presque noire , qui pourrait la faire confondre avec la lèpre noire. MM. Rayer, Cazenave et Schedel en ont observé des exemples.

La lèpre peut se disséminer sur tous les points de la surface cutanée, ou se borner à une seule région. L'abdomen, le dos , les épaules , la nuque , le front , le cuir chevelu , les membres , en sont le siège le plus ordinaire. Je l'ai observée chez un individu de quarante-cinq ans , d'un tempérament lymphatico-sanguin bien constitué, qui avait plusieurs plaques à chaque bras.

La guérison de la lèpre syphilitique s'annonce par l'affaissement souvent irrégulier de leurs bords et par le changement de la couleur des plaques , qui deviennent moins foncées et prennent une teinte d'un jaune cuivré.

Suivant la remarque de Willan , la lèpre syphilitique se distingue de la lèpre vulgaire et de la lèpre noire par la différence de ses bords , qui ne sont pas durs et écailleux à la circonférence des plaques, et qui ne sont jamais couverts de squammes épaisses , ainsi qu'on l'observe dans la lèpre ordinaire. Les plaques vénériennes sont en outre molles et souples au lieu d'être rudes et sèches , et comme l'a fort bien observé M. Rayer, les plaques de la lèpre sont en général plus larges que celles de la syphilis.

Quelques considérations sur les symptômes concomitans , dont chaque syphilide peut être accompagnée.

Les diverses éruptions qui constituent les syphilides peuvent être accompagnées de tous les symptômes qui appartiennent à la syphilis , et dont presque tous les tissus sont susceptibles d'être atteints, ce qui justifie en quelque sorte l'opinion de M. Rayer établissant que « l'étude des syphilides ne peut être faite d'une manière absolue et indépendante de celle des autres symptômes de la variole, soit qu'ils précèdent , soit qu'ils accompagnent ou suivent ces éruptions. On ne peut surtout étudier les éruptions vénériennes , à part des symptômes primitifs auxquels elles succèdent, après une incubation d'une durée plus ou moins considérable. » Selon cet auteur , l'étude des maladies vénériennes consécutives devrait nécessairement embrasser , ( je suis de cet avis) la connaissance complète et l'exposition exacte de toutes les modifications que peut imprimer à l'économie animale la contagion vénérienne, ce qui forme le sujet d'un traité complet des maladies syphilitiques, mais qui, à propos d'un traité des maladies cutanées , ne me semble pas exiger tous les développemens réclamés par M. Rayer ; aussi me suisje rangé parmi les médecins qui, ayant écrit sur les maladies de la peau , n'ont envisagé les syphilides que sous le rapport de l'analogie de leurs formes élémentaires et des caractères qui sont propres à les faire distinguer les unes des autres.

On voit quelquefois des malades qui présentent la réunion de la plupart des altérations que peut occasionner la syphilis, ce qui est rare il est vrai ; mais ce qu'on observe beaucoup plus souvent, c'est la concomitance des syphilides entre elles. 11 arrive assez fréquemment de rencontrer chez le même in-

SYMPTÔMES CONCOMTTÀNS. 585

dividu des taches , des pustules , des tubercules , des papules, etc. Indépendamment de cette complication, on observe presque toujours d'autres symptômes de la syphilis constitutionnelle qui accompagnent les éruptions tégumentaires, ou leur succèdent.

Les ulcères de la gorge, surtout ceux qui ont pour siège les amygdales et la paroi postérieure du pharynx, sont un des symptômes qui accompagnent le plus fréquemment les syphilides. Le caractère des ulcères ainsi que l'a observé Hunter , est d'être creux avec un fond terne et les bords taillés à pic, ce qui les distingue des ulcères simplement muqueux qui s'étendent en surface et n'ont pas de bords remarquables.

Les douleurs ostëocopes sont également très fréquentes , les os qui ne sont recouverts que par les tégumens , comme les tibia , les humérus , les cubitus , la clavicule , les os du crâne, etc., en sont le siège ordinaire. L'action du froid et probablement de l'humidité , paraît exposer ces mêmes os à ressentir plus promptement les effets de la syphilis. Les douleurs vénériennes sont toujours plus intenses la nuit que le jour. Elles se font sentir assez souvent dans les articulations où elles deviennent le principe de la goutte et du rhumatisme vénériens. Le mercure a été regardé par divers auteurs comme la cause principale des douleurs ostéocopes; toutefois il est vrai de dire qu'on les observe souvent chez des individus qui n'ont subi aucun traitement mercuriel , ce qui doit faire admettre comme établi qu'elles peuvent dépendre soit de l'infection vénérienne directement , soit de l'administration du mercure.

L'iritis est aussi un symptôme qui accompagne fréquemment les éruptions vénériennes, principalement la syphilide maculée et la syphilide papuleuse. Cette affection , qui a été bien décrite par messieurs Saunders , Wardrop , Lawrence , Garron , Duvillards, peut devenir très grave. Elle s'annonce

par de violens maux de tête , par des douleurs sourdes et profondes de l'œil qui sont augmentées par l'éclat de la lumière. Les premiers phénomènes de Yiritis sont une diminution progressive des mouvemens de l'iris , l'altération de couleur des cercles de cette membrane qui se rembrunissent et deviennent quelquefois rougeâtres ; l'inégalité du bord de la pupille qui, par les progrès de la maladie, se déforme plus ou moins ; en même temps , l'iris se tuméfie et proémine vers la cornée. De petits abcès se forment, l'inflammation gagne le cristallin qui devient opaque ainsi que la cornée ; enfin l'iris contracte des adhérences indestructibles, et la faculté de voir peut s'anéantir pour toujours si la maladie n'est pas combattue à temps.

Les tumeurs gommeuses accompagnent assez fréquemment les syphilides anciennes. Chaque tumeur paraît prendre son point de départ sur les os. Leur marche est lente; elles prennent une teinte livide qui augmente progressivement et elles proéminent sous une forme conique surtout vers le point où la peau doit se déchirer pour donner issue à la matière qu'elles renferment. Les tumeurs gommeuses paraissent long-temps dures au toucher, et leur fluctuation est assez difficile à bien apprécier. Lorsqu'elles s'ouvrent, elles produisent des ulcères en forme de trous , dont plus tard les bords se renversent et qui prennent alors tous les caractères de l'ulcération syphilitique.

La cachexie vénérienne a des caractères qui la distinguent de la cachexie ordinaire : celle-ci consiste principalement dans la pâleur terne et plombée du visage , dans la bouffissure et la mollesse des chairs. Dans la cachexie vénérienne , au contraire , au lieu d'observer l'état de bouffissure et la lividité de la première , la peau est terne , ridée , comme terreuse , et se présente comme une enveloppe trop grande pour les parties qu'elles recouvrent , ce qui donne à ceux qui en sont atteints une apparence de vieillesse que ne comporte

SYMPTÔMES CONCOMITÀNS. 587

pas leur âge. Les enfans même ont l'air de petits vieillards. Les malades exhalent aussi une odeur désagréable particulière , qui semble appartenir à l'état constitutionnel produit parla syphilis, et peut-être plus encore par le mercure. En effet , le dépérissement profond de la constitution chez les vénériens , est dans beaucoup de cas d'autant plus difficile à expliquer , que les accidens qui ont précédé ou qui existent , ne sont pas d'une extrême gravité , ce qui doit porter à croire que la cachexie syphilitique est due plutôt à l'usage du mercure qu'à l'action directe du virus vénérien, opinion que j'ai émise dans la seconde édition de mon traité sur la syphilis, et où j'ai proposé de substituer le nom de cachexie mercurielle à celui de cachexie syphilitique, par la raison qu'il n'existe peut-être pas un exemple bien caractérisé de dépérissement cachectique chez un vénérien , qui n'ait probablement été traité par le mercure.

Les përiostoses , les exostoses , les caries et les nécroses existent quelquefois comme affections concomitantes des syphilides , mais elles leur succèdent plus ordinairement. La disparition des affections vénériennes s'effectuant dans certains cas assez facilement , après avoir jugé leur guérison complète, il peut arriver qu'à une époque plus ou moins éloignée les os et le périoste deviennent le siège d'accidens syphilitiques.

Les syphilides peuvent non seulement se compliquer entre elles, mais d'autres éruptions non vénériennes telles que l'eczéma-, le prurigo, la gale, Y herpès, le psoriasis, etc., peuvent aussi se manifester comme affections concomitantes.

L'alopécie et l'onyxis se manifestent souvent aussi à la suite des syphilides.

Le diagnostic des syphilides a été établi dans la description de chaque espèce particulière. Ces descriptions renferment implicitement tous les élémens d'un diagnostic complet.

Il sera facile de les réunir lorsqu'il faudra se prononcer sur la nature d'une syphilide soumise à l'observation.

J'ai pensé qu'en donnant de nouveau le diagnostic général de toutes les syphilides , ce serait retomber dans des redites inévitables , et compliquer un sujet dont la clarté ne s'obtient que par la sévérité des méthodes.

Au moment où cet ouvrage est près de paraître, une question d'un intérêt immense captive l'attention du monde médical. Cette question a trouvé des hommes qui la combattent avec d'autant plus d'énergie , que d'autres la défendent intrépidement à l'aide de principes absolus. Eh! comment n'en serait-il pas ainsi , lorsqu'il s'agit d'employer l'inoculation du virus syphilitique comme le guide le plus fidèle du diagnostic!.. Mais l'irrécusable enseignement que donnent les faits , doit prévaloir sur de fatales doctrines ; quel que soit souvent le rare talent de leurs propagateurs.

Des discussions éclatantes de vérités invincibles surgissent de toutes parts. On proteste contre ces hérésiarques de la science , qui veulent élever au rang de médications salutaires des empoisonnemens qui nefont grâce à aucun organe. Si cet ouvrage n'eût pas été si près d'être soumis au public , j'aurais pris part à la discussion élevée sur un sujet qui m'intéresse à ce double titre de médecin et d'auteur.

Ce que j'ai écrit et ce que je professe publiquement à l'égard des préparations mercurielles , me place nécessairement dans les rangs de ceux qui repoussent de toutes leurs forces l'inoculation du virus syphilitique. Lorsque je serai arrivé à l'époque où mes travaux particuliers auront reçu l'indispensable complément des observations que je recueille depuis long-temps, j'aborderai, dans un ouvrage sur les syphilides, cette question de l'inoculation du virus vénérien.

M. Ricord, en se faisant le fauteur d'un système vraiment effrayant dans ses conceptions, a trouvé pour adversaires tous ceux qui pensent que l'expérimentation médicale a deux

SYMPTÔMES CONCOMITANS. 589

limites infranchissables : l'humanité et la raison. Buffon, écrivant sur la génération , disait : « Il y a des expériences » qui ne sont pas permises , même aux philosophes. »

Avant de donner ici l'extrait des deux journaux de médecine qui renferment une des plus remarquables réfutations de la doctrine de M. Ricord, je déclare que je professe la plus haute estime pour ses talens. Mais je dis encore que l'erreur accréditée au nom d'un homme distingué , doit être combattue en raison du mérite de son propagateur.

Extrait du Journal des Connaissances médico-chirurgicales. — Numéro 11. — Mai 1841.

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