‹ Étude et traitement des maladies de la peau, précéd é d'une notice sur la méthode Boyveau-Laffecteur, du poëme de Barthélemy sur la syphilis, et terminé par un formulaireChapitre 72 sur 115 · ÉLÉPHANTIASIS DES ARABES · texte numérisé non relu

ÉLÉPHANTIASIS DES ARABES

temps indéterminé on les voit se reproduire , sans qu'il soit possible d'assigner une cause à leur retour.

Cependant il n'en est pas de même de l'affection locale. L'irritation , portée sur le système lymphatique , amène graduellement l'épanchement d'une matière gélatineuse qui distend le tissu cellulaire. C'est ordinairement aux membres inférieurs que ce travail morbide s'effectue. La jambe est le lieu d'élection de l'éléphantiasis. On a toutefois observé la tuméfaction éléphantiasique au col , à la poitrine , à l'abdomen, au pénis, à la marge de l'anus, et aux parties génitales chez l'homme et chez la femme; mais le développement de ces derniers organes n'était qu'une suite nécessaire de l'engorgement du système lymphatique des membres abdominaux.

Lorsque l'éléphantiasis a pris son dernier degré d'accroissement, le tissus de la peau s'épaissit, ses vaisseaux augmentent de calibre, et la surface cutanée présente un aspect terreux : Bateman dit qu'elle devient noire , rude , et quelquefois squammeuse. Des bourrelets rugueux et difformes se dessinent dans toute l'étendue du membre malade ; des gerçures ou de profonds sillons les séparent. C'est alors que l'aspect hideux de la jambe , et son énorme distension , lui donnent quelque ressemblance avec le cuir de l'éléphant.

Cette maladie peut débuter brusquement, mais en général elle marche avec lenteur. Dans les circonstances les plus favorables , elle est stationnaire, et se borne à rendre inutile le membre affecté. La santé générale se maintient alors presqu'à l'état normal. Bateman rapporte, d'après les docteurs Clarck et Winterbottom, que cette maladie ne diminue pas, à Cochin et sur la Côte-d'Or, l'agilité des individus affectés de cette difformité monstrueuse. Un autre médecin, Hendy, fait observer à ce sujet que la jambe n'augmentant que progressivement , les malades ne sont incommodés par la pesan-

feur de leur jambe , que lorsqu'ils sont affaiblis par quelque indisposition.

Si Y êlëphantiasis doit avoir une terminaison funeste , le tissu cellulaire subit graduellement de profondes altérations : une masse fongueuse et larda.cée finit par le remplacer. Quelquefois, après un long engorgement des glandes, succède l'état squirrheux , et la suppuration ou la gangrène surviennent. Des abcès profonds s'établissent, et forment des foyers intarissables d'où s'écoule un pus fétide.

C'est à l'époque où l'éléphantiasis offre toute l'intensité de ses plus graves symptômes , que l'on peut observer plusieurs phénomènes pathologiques , à l'aide desquels on le rattacherait aux classes de maladies cutanées. Ainsi les caractères propres aux lésions élémentaires ne sont accessibles dans l'éléphantiasis que lorsque la maladie est en quelque sorte achevée; les squammes jaunâtres, ou les squammules très dures et semblables à celles de Yichthyose, viennent à l'appui de cette assertion.

Traitement. — 11 est interne et externe. Dans le premier cas, il faut certainement recourir aux saignées locales , dans l'espoir d'enrayer les symptômes précurseurs de la formidable inflammation qui menace le système lymphatique. Les topiques émolliens , plus tard les résolutifs et la compression méthodique, sont les moyens ordinaires pour un début de traitement. Les vésicatoires , les cautères , ont égalelement été mis en usage, mais, il faut l'avouer, sans aucun succès! La compression, les frictions résolutives avec les préparations d'iode , les douches de vapeur, ont rendu de véritables services.

Les remèdes internes consistent dans l'emploi varié des sudorifiques , des mercuriaux , des toniques , et enfin de médicamens énergiques, tels que les préparations arsenicales, la poudre de cantharides , etc.

L'éléphantiasis résiste communément à tous les remèdes destinés à la combattre. L'amputation a été proposée comme un dernier moyen de salut ; mais c'est encore un secours illusoire, puisque le principe du mal ne serait point enlevé, et que, sous l'influence d'une diathèse particulière, il pourrait se reproduire ailleurs.

KELOIDE.

Cette maladie fort rare a été observée pour la première fois par Alibert. Il l'a nommée këloïde parce que cette dermatose est caractérisée par une tumeur ordinairement unique , dont la forme ovale , cylindrique ou carrée , est accompagnée de prolongerons que la tumeur envoie dans l'épaisseur des tégumens ; ces prolongemens , qui ont la plus grande ressemblance avec les brides résultant d'une brûlure au troisième degré , peuvent être comparés aux pattes d'un crabe.

Le siège ordinaire de la kéloïde est au tronc, surtout à la poitrine. On le voit quelquefois aux membres , et plus rarement à la face. Autour des prolongemens qui émanent de la tumeur , on voit se développer une série de vaisseaux sanguins qn' Alibert compare aux stries rougeâtres de la rhubarbe de Chine. Le malade éprouve pendant la nuit, et surtout lorsque l'air est chargé d'électricité, des démangeaisons, ou parfois les douleurs lancinantes des carcinomes.

La kéloïde affecte en général une marche chronique , et elle peut être stationnaire des années entières. On cite quelques rares exemples d'une guérison spontanée , à la suite de laquelle on voit une cicatrice blanche et ridée , présentant la plus grande analogie avec celle des brûlures profondes.

Traitement. — Il est encore inconnu , attendu le petit nombre d'observations que la science possède sur cette maladie. Il faut se garder d'employer des topiques irritans. La cantérisation et l'extirpation ne peuvent empêcher le mal de repulluler constamment. Biett a tenté des frictions avec l'hydriodate de potasse ; mais on ne peut rien conclure du petit nombre d'expérimentations essayées à ce sujet.

SYPHILIDES.

ERUPTIONS VENERIENNES.

J'ai divisé les syphilides , dans mon Traite des Maladies vénériennes, d'après la méthode admise alors par la plupart des auteurs , principalement par MM. Alibert , Cullerier et Lagneau. Je les classe aujourd'hui d'après la méthode de Willan , qui , appliquée à l'étude des maladies de la peau en général, en indique le caractère d'une manière plus précise, et permet de mieux en saisir le diagnostic.

On doit entendre par syphilide toute éruption développée sous l'influence du virus vénérien , ayant pour siège la peau ou certaines parties des membranes muqueuses.

Selon M. Ricord , dont je partage l'opinion sur ce point , « les syphilides sont les symptômes les plus fréquens de la vérole constitutionnelle, et ceux qui se montrent le plus tôt après l'accident primitif ou après la naissance , quand l'hérédité les produit Elles arrivent rarement avant le second septénaire qui suit le début d'un chancre , et ne se développent le plus ordinairement qu'après la quatrième , cinquième , sixième semaine , et même beaucoup plus tard. »

Les formes sous lesquelles se présentent les syphilides sont toutes celles qu'on a admises dans l'étude générale des maladies de la peau; mais la cause spécifique qui les produit restant la même pour toutes , les différences ne sont dues qu'au temps de durée de l'éruption , à la période à laquelle elle est arrivée , au siège qu'elle occupe et à l'influence que peuvent exercer sur elle des maladies concomitantes : le tempérament des malades et les conditions hygiéniques et thérapeutiques, dans lesquelles ceux-ci peuvent être placés, doivent être pris en considération. Les lignes de ce passage sont conformes aux propositions que j'ai énoncées au commencement de cet ouvrage , afin de démontrer la difficulté d'assujettir les maladies de la peau à une classification rigoureuse. En effet, la plupart des affections cutanées, celles surtout qui prennent une forme ulcéra tive , peuvent prendre une infinité de nuances , ne laissant à la maladie , dans certains cas , aucun trait de sa forme primitive. Cette transformation peut exiger une médication différente de celle qui convenait dans le principe.

Les différens caractères, sous lesquels les syphilides peuvent se manifester, ne consistent pas seulement dans les formes primitives qui leur sont communes avec les autres affections cutanées , ces maladies subissent encore des transformations propres à chaque espèce : de sorte qu'il est exact de dire que les syphilides , après avoir emprunté toutes les formes que peuvent revêtir les maladies de la peau en général , en présentent d'autres qui leur appartiennent exclusivement.

Les symptômes par lesquels les syphilides se distinguent des autres maladies sont les suivans : — 1° Lorsque la syphilide se manifeste simplement sous la forme érythémateuse , la teinte de la peau est toujours obscure et cuivrée. — 2° L'ulcère vénérien se distingue par ses bords arrondis taillés à pic , et par l'aspect grisâtre de sa surface. — 3° Le caractère des ulcérations tuberculeuses se reconnaît à la nature de ses

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croûtes qui sont d'une couleur verte ou noirâtre , épaisses , granulées et adhérentes. — 4° L'ulcération serpigineuse , propre à la syphilis , s'étend plus en superficie que l'ulcère rongeant dont le caractère est de creuser plus avant dans la chair ; sa forme est plus ou moins arrondie, ou d'une irrégularité qui représente tantôt un chiffre , tantôt une lettre de l'alphabet ; les cicatrices qu'elle laisse sont particulièrement blanches et déprimées. — 5° Toutes les autres éruptions vénériennes , celles mémo qui se terminent par résolution , laissent après elles des taches violacées ou cuivrées qui s'effacent plus ou moins lentement. — 6° Les syphilides affectent certaines parties de la peau, telles que les organes sexuels, l'anus, la figure , le front , les ailes du nez , le tronc , et principalement la poitrine , les épaules et le clos ; la gorge est la partie du système muqueux où se remarquent le plus ordinairement les ulcérations secondaires.

Les syphilides qui existent à l'état d'érythème ou d'éphéïides peuvent disparaître spontanément, ce qui n'est pas rare , et tenir le malade sous l'influence de la syphilis , de manière à déterminer ce qu'on appelle la cliathèse ou la constitution vénérienne. Ces phénomènes donnent lieu, à une époque plus ou moins reculée et souvent au bout d'un certain nombre d'années, aux exostoses, à la carie, aux ulcères rongeans , en un mot , aux accidens les plus graves que puisse entraîner la vérole. Il en est de même de la disparition de tout autre symptôme de syphilis , soit d'une manière spontanée ou à la suite de la cautérisation, ou d'une médication intempestive ou incomplète.

M. Ricord enseigne que c'est au chancre et à l'hérédité qu'on doit attribuer la syphilis constitutionnelle , opinion admise par Hernandez (1 ) et par ces médecins qui pen-

(1) Essai analytique sur la non-identité des Virus gonorrhéique et syphilitique ; par J.-F. Hernandez. Toulon, 1802.

sent que le virus gonorrhéique diffère essentiellement du virus syphilitique proprement dit; que le premier ne peut donner lieu aux accidens que produit le second, et vice versa : question qui n'est pas définitivement jugée et contre laquelle des faits de pratique bien observés , s'élèvent en assez grand nombre pour qu'il soit permis d'être d'une opinion contraire.

Le plan de cet ouvage ne permet pas que je puisse me livrer à une discussion sur ce sujet; mais je dirai qu'il existe des faits assez nombreux pour constater l'identité d'origine de la gonorrhée et des accidens syphilitiques. J'ai cité, dans mon Traité des maladies vénériennes, pages 55, 103 et 313, des observations à l'appui de cette opinion. D'autres faits analogues ont été publiés par Hunter, Gardane , MM. Lagneau, Rayer, Devergie, Gibert, etc. Ce dernier auteur, cite dans son Manuel des maladies spéciales de la peau , page 463 et suivantes , deux observations qui ne permettent pas de douter que la syphilis peut se manifester à la suite de la gonorrhée ; quant à moi , l'observation m'a démontré que la blennorrhagie peut produire la syphilis , ou qu'elle peut survenir comme affection consécutive d'accidens essentiellement syphilitiques.

Ici se présente la question si souvent débattue sur la nature contagieuse des diverses formes de la syphilis. On connaît quelles sont , à cet égard , les opinions des plus grands praticiens de l'époque. Tout ce qui se rapporte au principe contagieux de la syphilis ne saurait passer trop souvent au crible de la discussion ; le secret de la contagion doit épuiser long-temps la sagacité des plus habiles.

J'ai pensé que tous les lecteurs me sauraient gré de donner ici un fragment tiré du traité de pathologie du docteur Schonlein. Ce livre, écrit en allemand, n'est pas traduit. Une personne de ma connaissance , C. de Boc , qui possède une rare et vaste instruction, a eu la bienveillance de m'adresser la traduction qu'elle a faite des morceaux les plus curieux de

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l'ouvrage du docteur Schonlein. Ce médecin jouit en ce moment en Allemagne d'une haute réputation; les opinions médicales qu'il professe lui ont déjà valu le titre de réformateur; c'est le Pinel de l'Allemagne. Ainsi, pendant que beaucoup de nous ignorent le nom du docteur Schonlein, sa patrie le décore avec un seul mot français. Si on s'occupait davantage de traductions , nous n'aurions pas au moins le tort de rendre un hommage trop tardif aux célébrités étrangères.

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