‹ Étude expérimentale de pharmacodynamie comparée sur la morphine et l'apomorphineChapitre 127 sur 152 · LU · texte numérisé non relu

LU

A RSR RE LOS RS RER RS RSR CRE PRES ES PR te

FiG. 195. — Tracé analogue au précédent.

La respiration, très régulière pendant le sommeil, est plaintive pendant le réveil; mais, peu à peu, l'animal se rendort, la pression et le pouls reprennent les caractères du morphinisme; seule la respiration reste plaintive et entrecoupée durant un temps plus long ; mais bientôt tout rentre dans l’ordre.

Le tracé 195 a été fourni par un chien profondément

endormi, par une injection hypodermique de chlorhy-

— 617 ner, drate de morphine, à raison de 2 centigrammes par kilogramme. En F, on l’a excité en le frappant légèrement.

Comme les autres, il est sorti de sa torpeur, dans un brusque sursaut; il a eu des mouvements de défense violents avec accélération de la respiration ; mais cela n'a pas duré; la courbe respiratoire qui termine le tracé était le prélude d’une série de mouvements aussi réguliers que ceux que l'on voit avant la provocation du réveil ; tout s'est terminé là.

L'accélération cardiaque n’a pas été très apparente : du rythme de 60 environ, le pouls a passé au rythme de 72 par minute, en conservant la plupart de ses caractères primitifs. Seule la pression s’est élevée assez progressivement de 140 millimètres à 156, pour retomber, aussi progressivement, au moment où le calme est revenu.

La figure 196 reproduit un tracé manométrographique double, pris dans les conditions indiquées page 438 ; ce tracé nous renseigne sur les modifications de la vitesse du courantsanguin pendant le sommeil. Le chien qui l’a fourni dormait depuis une heure, à la suite d’une injection hypodermique de chlorhydrate de morphine, à raison de 15 nulligrammes par kilogramme. A différentes reprises, on a provoqué le réveil en frappant sur la table ou en faisant du bruit auprès du sujet. Nous avons reproduit une de ces phases.

Conformément à ce que nous avons vu plus haut, à l’écartement régulier des deux courbes, nous constatons que la vitesse du sang est ralentie, En R, un elaquement bruyant des mains provoque un soubresaut

du sujet, qui sort immédiatement de sa torpeur, ouvre

Sn

F1G. 196. — Modifications de la vitesse du sang dans la carotide, sous l'influence du réveil, pendant la narcose morphinique.

les yeux, s’agile un peu el se plaint. On voit aussitôt la pression s'élever, dans chaque branche, et les deux

oo

plumes se rapprocher; mais il semble que, dès le début, l'élévation de pression soit un peu plus brusque dans le tube d'aval que dans le tube d’amont, ce qui traduirat, comme on l'a déjà vu, la gène circulatoire périphérique. Mais ce n’est pas le fait le plus important. Pendant toute la durée de la courte phase d’hypertension qui a accompagné le réveil provoqué, on peut constater que l’écartement moyen des deux plumes est plus considérable: par conséquent, que la vitesse du sang a encore diminué. Ce fait nous paraît intéressant, car il nous démontre que, si à la gêne circulatoire périphérique, par stase, de la période d’hypnose, vient s'ajouter l'augmentation de pression, par vaso-constricüon probable et accélération cardiaque, qui accompagne l'excitation qui a troublé le sommeil, l’écoulement du sang devient encore plus difficile.

En résumé, quand un animal, profondément endormi par une injection hypodermique de chlorhydrate de morphine, est soumis à des excitations qui le sortent, momentanément, de la torpeur et du calme du sommeil hypnotique, on le voit présenter, en plus de l'hyperexcitabilité et des manifestations extérieures du réveil irritable de la phase de narcose, des modifications circulatoires importantes. Le cœur s'accélère, le pouls devient habituellement plus régulier, la pression artérielle s'élève, tandis que la vitesse du courant sanguin diminue légèrement.

Pendant que ces modifications se produisent, l’animal ne cesse pas d’être sous l'influence immédiate du médicament ; son réveil en réalité n’en est pas un, car

pendant qu'il obéit aulomaliquement, et plus violem-

ment même qu'à l'état normal, à l'impulsion de l’excitation portée, il conserve son facies hébété, l'attitude générale déprimée, et l’ensemble des autres caractères essentiels de la narcose opiacée. Troublé dans le calme de son sommeil forcé, il cède à l'hyperexcitabilité réflexe qui l'accompagne et, s'il présente momentanément d’autres symptômes du morphinisme, 1l est toujours, son cerveau surtout, sous l'influence directe de la morphine.

Les modifications ceirculatoires qui se produisent alors, el qui ne sont pas toujours également importantes, marchent de pair avec l’ensemble des autres manifestations excitantes, que traduit le sujet par ses mouvements déréglés.

Mais ces modifications circulatoires elles-mêmes confirment nos précédentes conclusions, puisqu'elles nous montrent, sous une autre forme, l'indépendance qu'il y a entre l’imprégnation morphinique du cerveau, la suppression des fonctions de cet organe, et certaines variations possibles dans l’état de la circulation.

La respiration, le cœur, les vaso-moteurs qui, durant le calme hypnotique, sont modérés ou en repos, subis sent les conséquences de l'état d’excilation générale provoqué par la cause qui à momentanément troublé le sommeil; mais nous avons vu que l'accélération cardiaque et le léger mouvement de vaso-constriction, qui accompagnent le réveil apparent, ne font qu’exagérer la gène cireulatoire périphérique et diminuent la vitesse du courant sanguin.

Comme le personnage de Molière, nous disons donc

que la morphine fait dormir parce qu'elle a des propriétés hypnotiques, etnous nous rattachons à l'opinion des physiologistes qui ont admis que ces propriétés résultent de l’action immédiate de l’alcaloïde sur l’activité et la substance même de la cellule nerveuse.

On pourra peut-être trouver que cette explication est insuffisante, mais il n’y manque cependant que l’indication de la nature exacte de la modification cellulaire, produite par le médicament, et nous ne voyons pas pourquoi, pour la morphine, on se montrerait plus exigeant que pour la plupart des autres substances médicamenteuses ou toxiques, dont les actions, sur les éléments qu'elles impressionnent, ne sont pas mieux connues.

Ce qui n'est pas douteux, c’est que la morphine a des électivités pour les éléments nerveux; elle se fixe sur eux, les imprègne, plus ou moins profondément, et les modifie, soit chimiquement soit physiologiquement.

On a critiqué beaucoup les expériences de Binz, disant qu'elles ne prouvent rien du tout; cependant, il nous semble que, dans les conditions de comparaison où elles ont été faites, elles ont quelque signification.

Binz a examiné, au microscope, trois fragments de substance grise du cerveau qui avaient plongé, l’un dans une solution de chlorure de sodium, l’autre dans une solution d’atropine, le troisième dans une solution de sulfate de morphine. Or les préparations, faites avec ce dernier, ont montré que le protoplasma des cellules était trouble, à contours très marqués, avec obscurcissement de la substance intercellulaire : altérations que ne présentaient pas les préparations faites avec les

fragments immergés dans l’eau salée et dans la solution d’atropine. — Kochs a observé des faits analogues.

De plus, on a recherché la morphine, dans les centres où elle dépense son activité, et on l'a non seulement retrouvée, mais on a vu la trace de son action dans les lésions produites, à la suite de son administration plus ou moins prolongée.

Dans ses études expérimentales sur le morphinisme aigu et chronique, Calvet a retrouvé la morphine dans le cerveau et dans le foie, mais il dit qu’à l’examen histologique les centres nerveux lui ont paru sains.

Plus tard, von Tschisch et Tiggs ont signalé des myélites, à la suite de l’empoisonnement par la morphine, myélites qui prouvent que cet alcaloïde peut produire des altérations apparentes des éléments nerveux.

En 1887, Ball rapporte l’autopsie d'un morphinomane, qui, depuis (reize jours avant sa mort, n'avait pas pris de morphine ; malgré cela, cet alcaloïde a été décelé chimiquement dans les centres nerveux, dans la rate, dans le rein, mais surtout dans le foie.

Une observation analogue a été faite, tout récemment, par Antheaume et Mouneyrat. Elle est relative à un homme de quarante-deux ans, qui était arrivé à absorber jusqu'à 4 grammes de morphine par jour. Dans les derniers temps, 1l n'en prenait plus que 2 grammes et on lui avait supprimé totalement le médicament, depuis quatorze Jours, quand 1l mourut.

L'analyse chimique des organes permit de retrouver la morphine, dans le foie surtout, puis, en moindre proportion, dansle cerveau et dans le rein.

La rétention du poison dans le foie et son accumula-

629 == on, par électivité de cantonnement, dans cet organe, est donc évidente, mais, même après la cessation de l'administration, on retrouve aussi de la morphine, dans le cerveau, où elle s’accumule par suite de ses affinités électives fonctionnelles.

Les observations de Pilliet sont plus complètes. Après avoir donné de la morphine, en injection hypodermique, à deux chiens, pendant trois semaines, en augmentant de 1 centigramme (ous les deux Jours, cet auteur a sacrifié les animaux.

À l’autopsie 1l a noté l'abondance relative du üssu adipeux d'épargne, l’état très légèrement chagriné du foie, qui était d’un rouge assez clair, l’état gras de la substance corticale des reins.

Les lésions trouvées par Pilliet, à l’examen microscopique, portaient sur le cerveau el le foie. Le cerveau, examiné en différents points, montrail des corps granuleux, qui se prolongeaient en amas dans la couronne rayonnante. Dans la substance grise, la couche névroglique externe et la couche des petites cellules paraissaient normales ; mais la couche des grandes cellules montrait une diminulion considérable de ces éléments, diminution surtout frappante, à la comparaison avec les coupes d’un cerveau de chien normal. Le cervelet ne présentait que quelques corps granuleux, dans la substance blanche. Il n’y avait pas de prolifération conjonctive. Les nerfs, les muscles et Lous les autres Uissus paraissaient sains.

A notre point de vue, les observations de Sarytchoff ont un intérêt particulier, car, en recherchant les altérations du système nerveux central dans l'empoi-

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