‹ Étude expérimentale de pharmacodynamie comparée sur la morphine et l'apomorphineChapitre 28 sur 152 · PR UE · texte numérisé non relu

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Explications diverses des effets attribués à l'apomorphine. — Pour les uns, c'est une question de doses, et on voit incriminer tour à tour les doses fortes (Prévost) et les doses trop fables ou insuffisantes (Chouppe).

D'autres reprochent à l'apomorphine ses origines, et, mettant en doute sa pureté, l’accusent de renfermer de la morphine, ou bien, dans un autre ordre d'idées, supposent que dans le torrent circulatoire elle peut s’hydrater de nouveau et revenir à son état primitif. C’est au moins ce que prétendent Bordier et Dabadie. Ce dernier se demande même si les vomissements que produit parfois la morphine ne sont pas dus à la présence d’une certaine quantité de morphine.

Pour Bourgeois, l'effet hypnotique appartient en propre à l'apomorphine ; il est comparable à celui de la morphine, mais celle-ci n'intervient pas.

Bon nombre d'auteurs se rattachent à une explicaüon qui se rapproche beaucoup de la précédente, mais en diffère cependant par ce fait qu’ils invoquent une véritable impureté du produit, impureté ne provenant pas de la seule présence d’une certaine quantité de morphine non transformée, mais d'une préparation défectueuse, ou de l'emploi d'une matière première de qualité inférieure.

Ce n'est plus dans ce cas l’'apomorphine qui a tort, mais bien la préparation qui est censée la représenter.

Telles sont, avec leurs explications diverses, les principales opinions émises par les auteurs sur les propriétés générales et les effets apparents produits par l'apomorphine.

Tout cela nous a semblé tellement confus, tellement contradictoire que, malgré l'abondance de travaux déjà publiés, la contribution que nous apportons maintenant à l'étude expérimentale de ce médicament ne sera peut-être pas inutile.

Voilà pourquoi nous donnerons quelques développements à l'exposé des expériences que nous avons faites chez les animaux.

Mais auparavant, nous devons revenir sur la distinc- {ion que nous avons établie plus haut, entre le chlorhydrate d'apomorphine cristallisé et le chlorhydrate d’apomorphine amorphe. Ces deux sels fort différents déjà, quant à leurs caractères et à leurs propriétés physico-chimiques, le sont encore bien davantage par les manifestations physiologiques qu'ils déterminent chez le chien, quand on les administre dans des conditions convenables. Dans ce qui va suivre,on va voir que ceux qui ont accusé la qualité et la pureté du médicament, pour expliquer la diversité des effets obtenus, avaient raison; mais, précisément à cause de cela, on peut regretter qu'ils aient eux-mêmes négligé de décrire minutieusement les caractères des sels qu'ils ont employés et qui leur ont donné les actions et les accidents multiples ci-devant résumés.

C'est là pourtant que se trouve probablement la clef de l'explication, non pas de tous les faits, mais de la majorité d’entre eux.

Chlorhydrate d’apomorphine cristallisé et chlorhydrate amorphe. — Les sels d’apomorphine qu'on trouve dans le commerce, vendus sous le même

ee d' nom, sous une même étiquette, souvent sans aucune distinction, sont loin de se ressembler.

Nous avons pu en examiner pas mal d'échantillons, conservés au laboratoire ou achetés par nous dans des maisons et des officines différentes, et nous convaincre qu'il est exceptionnel de tomber sur des produits qui se ressemblent absolument.

Cependant, tous ces échantillons peuvent se grouper autour de deux types principaux, bien définis, et bien différenciés par leurs caractères physiques et chimiques essentiels.Ces deux types, déjà connus et complètement décrits plus haut, sont : le chlorhydrate d’apomorphine cristallisé et le chlorhydrate d'apomorphine amorphe.

Les propriétés physiologiques de ces deux catégories de sel étant assez différentes et servant de base à une étude comparative, qui nous paraît avoir quelque intérêt, nous avons poursuivi la plupart de nos expériences avec des produits ayant même origine et qui, parmi les autres, nous ont semblé les plus constants.

Ces produits nous ont été fournis par la maison Merck, de Darmstadt, dont le chlorhydrate d’apomorphine cristallisé, parfaitement blanc, répond aux caractères physico-chimiques indiqués plus haut.

Le chlorhydrate amorphe, que nous avons étudié également, avait même provenance, mais dans le détail des réactions et des effets produits il n’a pas été d’une fixité parfaite, nous avons noté des différences qui, bien que légères, suffiront à nous convaincre de l’inconstance plus grande de ce sel.

Malgré cela, ayant en main des éléments qui nous autorisaient à séparer carrément le sel cristallisé du sel

me

amorphe, nous avons cherché à savoir, du fabricant lui-même, s’il pouvait nous donner la composition et la constitution chimique de chaque produit, espérant trouver de ce côté l’explication des différences existant entre eux.

Or, voici exactement la réponse que nousavons reçue:

« Le chlorhydrate d'apomorphine amorphe s'obtient à côté du chlorhydrate cristallisé au cours de la préparation de l'apomorphine.

« Le sel amorphe a probablement une composition analogue à celle du chlorhydrate d'apomorphine cristallisé, mais la fixation de cette composition par une formule chimique est cependant impossible, par suite même de la nature amorphe du produit, d'autant plus qu'il contient des traces de sel cristallisable qui, jusqu'à présent, n'ont pas été complètement écartées.

« Les réactions chimiques ainsi que l’action physiologique et la manière d'agir des deux sels sont analogues ; à ce point de vue, ils ne montrent point de différence.

« On peut considérer le chlorhydrate d'apomorphine amorphe comme de l’apomorphine qui a perdu la propriété de cristalliser : on prétend, de plus, que la différence essentielle, entre cette combinaison et la préparation cristalline, consiste en ce que cette dernière s'est oxydée au contact de l'air pendant la dernière phase de la formation. »

A part ce dernier renseignement qui nous apprend que le sel cristallisé a dû subir un degré d'oxydation supérieur au sel amorphe, nous ne pouvons pas dire exactement en quoi les formules chimiques de ces sels diffèrent l’une de l’autre ; mais nous allons montrer

eo de suite que physiologiquement, il y a entre ces deux produits des différences capitales et bien tranchées qui fontle pendant de celles que nous avons déjà observées et décrites, à propos de l’action d’un certain nombre de réactifs chimiques.

Pour atteindre notre but, nous décrirons complètement l’action physiologique des sels d’apomorphine chez le chien, animal qui, de tous les sujets d’expérience est celui qui se prête le mieux à la différenciation que nous poursuivons et à laquelle nous arriverons, en nous aidant de tous les moyens d'investigation .qui nous ont donné des résultats satisfaisants.

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