‹ Étude expérimentale de pharmacodynamie comparée sur la morphine et l'apomorphineChapitre 30 sur 152 · ÎÏ. ESSAIS PHARMACODYNAMIQUES SUR LE CHLORHYDRATE CRISTALLISÉ · texte numérisé non relu

ÎÏ. ESSAIS PHARMACODYNAMIQUES SUR LE CHLORHYDRATE CRISTALLISÉ

EXPÉRIENCE X (28 juin 1890).

J'ai trouvé, dans les collections du laboratoire, du chlorhydrate d'apomorphine nettement cristallisé, dont les caractères physiques correspondaient à ceux que nous admettons comme appartenant au sel cristallisé. I] était en fines aiguilles, transparentes, d'un blanc légèrement verdâtre, se dissolvant parfaitement dans l’eau.

J'en prépare une solution à 2 pour 100 qui me sert pour l’essai suivant :

À un chien âgé, bien portant, pesant r2 kilos 500, je pousse, dans la veine jugulaire, 6 centimètres cubes de solution, soit 12 centigrammes de sel.

L'injection n'était pas complètement achevée que les vomissements se sont montrés presque sans nausée et sans efforts : ils ont été très abondants mais peu nombreux.

1 Bg ec

Au moment même de l'injection, j'ai noté et vu facilement des troubles du cœur et de la respiration. .

Deux minutes s'étaient à peme écoulées quand l'animal ,jusquelà assez tranquille, s'est mis à présenter des symptômes d’excitation d'une violence extrême,

Le facies épouvanté, effrayé par le moindre bruit et l'approche de ceux qui l’observent, il se met à courir d'un côté à l’autre ürant violemment sur la chaîne d'attache qui le retient et tombant chaque fois qu'entraîné par la brusquerie de ses mouvements il est arrêté par son lien.

La langue hors de la bouche, que remplit une salive mousseuse sécrétée en plus grande quantité; les oreilles basses, la queue engagée entre les membres postérieurs ; la région lombaire légèrement surbaissée, la pupille démesurément dilatée, il se débat avec une énergie effrayante, bondissant sur place et se démenant avec une fureur qui étonne tous ceux qui l'examinent.

Afin de mieux suivre les effets de cette excitation, on le conduit dans une cour fermée où on l’abandonne librement. Dans ces conditions, il se met à entamer, tout autour de cette cour, une véritable charge à fond de train, qui devient un emballement affolé, quand on le stimule un peu. Au niveau des angles il ne ralentit même pas son allure et, entraîné par la vitesse, tombe fréquemment chaque fois qu'il passe à un tournant.

Plus on le stimule, plus 1l court, manifestant une véritable terreur, si on cherche à l’atteindre et à le toucher.

Il court ainsi sans répit pendant vingt-cinq minutes, donnant pourtant des signes évidents d’une grande lassitude mais trou-

‘vant toujours assez d’énergie pour fuir.

La salive coule en moins grande quantité, mais la langue, démesurément pendante hors de la cavité buccale, est congestionnée, tuméfiée et d’un violet presque noir, conséquence évidente d’une insuffisance d'oxygénation.

Peu à peu l'animal perd ses forces, il respire bruyamment et avec peine et tombe lourdement sur le flanc, exténué et conser-

vant le décubitus latéral et l'inertie la plus complète. Il est toujours effaré et cherche à reprendre sa course, quand on l'approche, mais il finit pourtant par ne plusopposer aucunerésistance et se laisse conduire au laboratoire où on peut constater l’accélération extraordinaire du cœur et de la respiration, la vive congestion de toutes les muqueuses et une élévation de la température rectale à 43°2.

On remarque de plus que, sous l'influence de cette course folle, les ongles des pattes sont usés Jusqu'au sang, de même que les coussinets plantaires amincis Jusqu'à la rosée.

Après dix à quinze minutes de repos, le besoin de courir se fait encore sentir, mais Jugeant que l'expérience est suffisamment démonstrative, on fait reconduire l’animal dans sa loge, où il paraît plus calme. Cependant, quatre heures après, il est encore très excité et tourne sur place, manifestant par moment quelques tendances au mouvement de manège.

Le lendemain tout a disparu et le chien, aussi calme que possible, semble complètement rétabli.

EXPÉRIENCE XI (25 juillet 189»).

Chlorhydrate d'apomorphine ayant tous les caractères physico-chimiques du sel cristallisé, cependant je n'en connais pas la provenance. Solution à 2 pour 100.

Chien âgé, pesant 17 kilogrammes, fixé et immobilisé sur la table d'expérience. La Jugulaire découverte, on commence par des injections faibles qu'on se propose de renforcer peu à peu pour atteindre le total de 40 centigrammes.

Aussitôt après l'introduction des deux premiers centigrammes la pupille se dilate assez brusquement et une nausée suivie de vomissements survient; mais ces vomissements ne durent pas longtemps et sont peu nombreux.

Lorsqu'on arrive à 30 centigrammes, l'animal, très excité depuis les premiers centimètres cubes, est pris soudainement d'une crise violente épileptiforme, Dès le début tous les muscles

se contractent et affectent une raideur tétanique complète; les membres s'étendent rigides comme des barres, la tête est reportée fortement en arrière, les paupières sont convulsivement closes et la respiration est arrêtée ; les muscles thoraciques et abdominaux participent à l'accès. Mais très rapidement la scène change, les muscles tendus entrent en convulsions cloniques ininterrompues, tout le corps est secoué par des tremblements généraux d'une violence extrême; les muscles de la face participant aussi au mouvement, animent le facies d’une singulière façon; les mâchoires claquent et font mousser la salive qui depuis le début est sécrétée avec excès et coule par les commissures, Les mouvements respiratoires sont saccadés, tout, en un mot, contribue à compléter l’ensemble symptomatique qui caractérise la convulsion épileptiforme.

Les crises se succèdent au nombre de trois avec des intervalles de repos pendant lesquels le chien ne cesse pas de s’agiter, de se débattre et de donner tous les signes d’une excitation extraordinaire.

Les 40 centigrammes injectés, l'animal est mis à terre et laissé libre. On constate immédiatement qu'il est particulièrement raide du train postérieur, qui est légèrement en contre-bas. Bien que très excité, l'animal est trop faible et trop gêné dans ses mouvements pour se mettre à courir, mais il prend et conserve une attitude anormale, déjà bien connue. Il se tient constamment plié en deux, le menton sur le dos, au contact de la base de la queue et dans cette position tourne en cercle à gauche, sans prendre un instant de repos.

Il conserve cette attitude et ce mouvement malgré tout, même lorsqu'on cherche à le faire dévier, ne paraissant pas d’ailleurs s'intéresser à tout ce qui l'entoure.

Au bout d'une heure et quart, l'animal a des nausées et vomit plusieurs fois, avec de grands efforts. Cet état nauséeux dure une quinzaine de minutes, puis tout disparaît.

Six heures après le début de l'expérience, on revoit ce chien dans sa loge; il est debout, très excitable et tourne maintenant en grand cercle à droite. Le lendemain il estcomplètement remis,

EXPÉRIENCE XII (26 juillet 1892).

Chlorhydrate d’apomorphine cristallisé, solution à 2 pour 100:

Chien 16 kilogrammes. Rapidement et presque coup sur coup on lui injecte dans la veine jugulaire 35 centigrammes de médicament,

Cet animal n'a pas vomi, mais l'injection était à peine achevée qu'il présentait une crise épileptiforme analogue à celle que nous avons décrite complètement dans l'expérience précédente. Cette crise a duré 40 secondes environ, après quoi, l'animal qu'on avait laissé libre, étendu sur le sol, s'est relevé brusquement, effaré, peureux, et s'est mis à courir sans qu'il soit possibie de l'arrêter et de le calmer.

Cette agitation est allée en s'aggravant et, dix minutes après, notre sujet, absolument affolé, se livrait à des mouvements désordonnés, courant, sautant et bondissant sur place.

: Au bout de vingt-cinq minutes il était exténué ; on l’a reconduit dans sa loge où il s'est couché conservant la plus grande immobilité et ne manifestant aucune tendance aux mouvements en cercle déjà observés chez les autres, mais il a eu des vomissements après quarante-cinq minutes environ.

Ce sujet s'est complètement rétabli et le lendemain ne présentait rien de particulier,

EXPÉRIENCE XII (5 août 1892).

.Chlorhydrate d'apomorphine cristallisé, ayant tous les caractères et toutes les réactions du sel type.

Petite chienne, pesant 9 kilogrammes. Injection intra-veineuse de trois seringues de 5 centimètres cubes de la solution à 2 pour 100, soit 30 centigrammes de médicament au total.

Pas de vomissements, mais dès la première seringue, appa-

raissent l'excitation, l'agitation, l’effarement, l'hypersécrétion

salivaire et bronchique. Aux 5 centimètres cubes suivants, l’excitabilité s'accroît etse manifeste avec plus de violence; enfin,quelques secondes après l'injection de la totalité de la dose, survient une crise épileptiforme superbe dont la phase clonique dure pres de deux minutes. Cette première crise calmée, la bête est mise à terre où, de nouveau, elle est saisie par un deuxième accès, un peu moins prolongé que le précédent.

Celui-ci disparu, la chienne se relève subitement, montrant une grande faiblesse dans le train postérieur et conservant l'attitude hyénoïde ; malgré cela elle obéit à l'impulsion qui l’incite à s’agiter et se met à courir en criant, comme un chien affolé.

Cette course furieuse s'exagère à la moindre stimulation ; la bête fuit à l'approche, bondit et se jette sur les corps environnants qu'elle paraît assez mal distinguer ; sa pupille est très dilatée et la salive continue à couler par les commissures.

Pendant quinze minutes environ, les choses restent en cet état, mais la fatigue occasionnée par ces mouvements désordonnés ne tarde pas à forcer l'animal à s'arrêter et à se coucher.

Vingt minutes s'écoulent, pendant lesquelles notre petite chienne, étendue sur le sol, paraît assez calme, mais surviennent alors des vomissements répétés et abondants avec évacuation considérable de matières fortement chargées de bile.

Après ces vomissements, le calme persiste, mais bientôt réapparaît le besoin de se déplacer qui se traduit par des mouvements en cercle à gauche. L'animal incurvé en arc semble pivoter autour de son train postérieur. Six heures aprésle mouvement se continue, mais le rayon du cercle s'est agrandi. Pourtant cette petite bête s'est complètement rétablie.

EXPÉRIENCE XIV (30 mars 1897).

Chlorhydrate d’apomorphine cristallisé de Merck ; solution à

2 pour 100.

Chien griffon, 15 kilogrammes. Injection veineuse de 20 cen-

tigrammes de chlorhydrate d’apomorphine cristallisé. Pas de

vomissements, mais apparition soudaine d'une très grande excitation. L'animal, abandonné dans une cour fermée, se met à courir aussi vite qu'il le peut ; effaré, peureux, fuyant et ne se laissant pas approcher ; si on cherche à l'arrêter il a même des mouvements de défense, montre les dents, se retournerait volontiers mais n'est cependant pas agressif.

Au milieu de ses mouvements déréglés, le sujet se dirige fort bien ; il voit les obstacles, qu'il sait éviter. Si, sur la piste sur laquelle il court, on dresse une barrière, il la franchit sans hési-

tation, continuant son allure et ne s'arrêtant pas.

Pendant vingt minutes il ne s'est pas arrêté, mettant une telle ardeur à la course qu'il s'est complètement usé les ongles et les coussinets plantaires. A la fin, il est épuisé, mais cherche toujours à fuir lorsqu'on l'approche. On parvient cependant à l'immobiliser pour le conduire au laboratoire où il se couche lourdement, exténué, la respiration haletante, le cœur très accéléré, avec 43°5 de température rectale.

Cinq minutes après surviennent des vomissements répétés de matières biliaires, vomissements qui semblent pénibles et pour lesquels cependant l'animal ne prend pas la peine de se relever.

EXPÉRIENCE XV (30 mars 1897).

Faisant usage de la solution employée dans l'expérience précédente, on injecte 20 centigrammes de chlorhydrate d'apomorphine cristallisé, dans la veine d'un chien pesant 11 kilogrammes,

Pas de vomissements. Le sujet est manifestement excité et montre surtout des secousses convulsives légères, espacées, qui menacent de se transformer en accès épileptiformes véritables.

Mis à terre, le petit chien a une attitude et une démarche raides, il est comme sur des piquets et si, entraîné par un besoin de courir qui paraît impérieux, il cherche à se déplacer, il ne le fait qu'avec difficulté.

Cependant, comme les autres, il est effrayé, peureux, hyperexcitable,

Si l’on cesse de le stimuler, il se couche brusquement, par affaissement primitif du train postérieur et reste étendu sur le ventre, les membres postérieurs dirigés en arrière, animés de continuels mouvements qui doivent être ceux que les Allemands qualifient de « natatoires ».

Quinze minutes après l'injection du médicament surviennent des vomissements réitérés. Après les vomissements, l'agitation et l'hyperexcitabilité se sont exagérées ; l’animal plus effarouché qu'au début, s’est mis à tourner en manège avec insistance,

EXPÉRIENCE XVI (6 avril 1897).

Petit chien griffon, pesant 7 kilogrammes. Injection de 30 centigrammes d’apomorphine cristallisée (Merck). Troubles respiratoires, salivation, mouvements de défense, qui se transforment en moins d’une minute et aboutissent à une crise épileptiforme d'une grande violence ; l’état de contracture musculaire persiste même après la crise qui se montre encore par intervalles ; on injecte une nouvelle dose de 10 centigrammes qui détermine une violente secousse et la mort soudaine par arrêt primitif de la respiration, sans autres phénomènes.

Ces six expériences nous semblent bien suffisantes pour donner une idée des effets apparents et des modifications physiologiques que produit le chlorhydrate d'apomorphine cristallisé, lorsqu'on l’injecte dans la veine du chien.

En résumé, on voit que la dominante de tout ce que nous avons vu est l'excitation, l'agitation avec hyperexcitabilité, timidité, frayeur, effarement, besom de

courir irrésistible, poussant l'animal à se livrer à des

courses folles, déréglées, avec mouvements désordonnés. Après cela, survient un calme relatif, pendant lequel bien souvent les animaux se mettent à tourner en manège. |

Quand les doses sont un peu fortes d'emblée, elles peuvent provoquer des crises épileptüiformes violentes qui, finalement, se terminent et aboutissent aux résultats précédents.

Il est notable aussi qu'au milieu de la dominante excitation, on trouve des manifestations dépressives non douteuses, se traduisant surtout par la lassitude musculaire, l’affaiblissement du tram postérieur, la difficulté de se mouvoir et l'attitude hyénoïde.

Tout cela est bien classique, bien constant, quoique naturellement 1l soit possible de trouver des différences dépendant exclusivement de l'idiosyncrasie.

Enfin, quant aux vomissements, nous nous contentons, pour le moment, de souligner ce détail qui est bien spécial à l’apomorphine cristallisée, c’est qu'ils peuvent se montrer ou réapparaître longtemps après le début de l'expérience, alors que les autres effets de l'injection se sont déroulés avec toute leur pureté et toute leur intensité.

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