ON
EXPÉRIENCE LXIX (2 avril 1897).
A. Pelit chien, race commune, à poil ras, 10 kilogrammes, est plongé dans une baignoire contenant de l'eau à 45 degrés ; 1l y est maintenu dix minutes et présente une polypnée très grande, De 39°1, sa température a atteint 40°5. À ce moment, nous lui injectons, sous la ‘peau, 40 centigrammes de chlorhydrale d'apomorphine amorphe. Cette dose forte n’a pas produit de vomissements et, au bout de cinq minutes, on constate que l'animal est plus déprimé. Il paraît s'assoupir, et sa polypnée est moins accélérée.
Après dix minutes, on le sort du bain et on l’abandonne à la température du laboratoire ; il a à ce moment 41°2. Notre sujet reste étendu sur le sol, sans mouvement, incapable de se tenir sur ses pattes et n'ayant aucune défense spontanée. Il est presque dans l'attitude du chien qui a reçu l'apomorphine amorphe dans la veine. L'agitation avec hyperexcitabilité ne s'est montrée que quinze minutes après la sortie du bain. e
En résumé, l’action du bain chaud dans ce cas a eu pour résultat de supprimer la nausée et le vomissement et d'accuser le pouvoir dépressif nerveux de l’apomorphine amorphe qui, on le sait, ne se voit habituellement qu'après une injection intraveineuse .
B. Ghien loulou, 11 kilogr. 500, plongé comme le précédent dans la baignoire à 45 degrés, pendant dix minutes. On lui injecte ensuite hypodermiquement 40 centigrammes de chlorhydrate d’apomorphine cristallé ; vomissements répétés après deux minutes; agitation, excitation, hyperexcitabilité, ete. L'animal sort du bain offre tous les caractères habituels de l'excitation par l’apomorphine ; cependant, il nous semble beaucoup plus faible que les autres du train postérieur.
Quoi qu'il en soit, ce deuxième chien sert de témoin au précédent et prouve l'influence réelle du bain chaud sur les effets du sel amorphe.
EXPÉRIENCE LXX (6 avril 1897).
A. Chien, 12 kilogrammes, plongé dans le bain à 45 degrés. Dix minutes après, injection hypodermique de 20 centigrammes d'apomorphine amorphe. Vomissements après trois minutes, mais l'animal reste calme, ne se défend pas, et quand on le sort du bain au bout de dix minutes, il reste étendu sur le sol, ne cherchant pas à se relever et n'ayant pas la moindre hyperexcitabilité. Température 41 degrés.
Quinze à vingt minutes apres, il se lève et se met à marcher sans trêve, mais avec une grande faiblesse du train postérieur.
B. Chien, 10 kilogrammes, plongé dans la baignoire à 44 degrés, pendant dix minutes, avant une injection hypodermique de 20 centigrammes de chlorhydrate d'apomorphine cristallisé, Vemissements, Tant que l'animal est maintenu dans le bain, il reste calme, mais quand on l'en sort, dix minutes après, il se met immédiatement sur ses pattes et manifeste l'excitation habi-
tuelle.
EXPÉRIENCE LXXI (18 mai 1897).
A. Chien, race commune, 14 kilogrammes. Plongé dans une baignoire contenant de l'eau à 45 degrés. Bientôt, polypnée intense, agitation ; après douze minutes la température rectale est montée de 38°9 à 4o°1. Injection hypodermique de 30 centigrammes de chlorhydrate d’'apomorphine amorphe Cmq minutes après, vomissements, polypnée modérée; le sujet parait moins agité. On le sort du bain après douze minutes, sa température est à 41°4.
Le sujet, couché sur le flanc, ne cherche pas à se relever, mais il a un peu d'hyperexcitabilité. Si on le met sur ses pattes, il cherche à fuir, mais il manque complètement de force et tombe
après quelques pas et reste couché sur le ventre. Si on le stimule, il se débat sur le sol, sans se relever, se déplaçant seulement à l’aide de mouvements de reptation ou de natation, Il a toutes les apparences d’un sujet paraplégique. Cet état dure environ vingt-cinq minutes, après quoi l'excitation prend le dessus, mais l’animal est toujours faible.
B. Chien de chasse, 19 kilogrammes, plongé pendant quinze minutes dans le bain à 45 degrés. Polypnée et élévation de température. Injection hypodermique de 35 centigrammes de chlorhydrate d'apomorphine cristallisé. Vomissements rapides et fréquemment répétés.
Quand, dix minutes après, le sujet est sorti de la baignoire et libéré, il est manifestement agité ; il se promène constamment ; tourne en manège sans discontinuer, mais, différence essentielle avec son congénère, il n'a pas de gêne motrice accusée et se meut sans difficulté.
En somme, il ne nous paraît pas douteux, d’après les descriptions que nous avons données des effets produits par l'injection hypodermique de chlorhydrate d’apomorphine amorphe {voy. page 201) que l’action du bain chaud exagère notablement les effets dépressifs de ce sel et les fait apparaître dans des circonstances où ils sont habituellement beaucoup moins accusés.
Dans notre première description (expérience LXIX), nous avons même vü l'absence de vomissement et la tendance à la narcose qui presque toujours ne succèdent qu'aux injections intraveineuses. D'ailleurs, ces influences de la température sont d’autant plus faciles à observer que le bain est plus chaud, plus prolongé et la dose de médicament injectée sous la peau plus forte.
Dans des circonslances et des conditions inverses,
nous avons vu, au contraire, l'immersion dans le bain (à 35 ou 40 degrés par exemple) exagérer les effets excitants de doses modérées de sel amorphe, introduites dans le tissu conjonctif sous-cutané.
La seule explication que nous croyons pouvoir donner de ces phénomènes ressort de ce que nous avons déjà dit plus haut. D'une part, la chaleur doit accélérer la rapidité de l'absorption et faciliter le transport en masse du médicament au contact des centres nerveux ; d'autre part, le contact entre les molécules médicamenteuses et les éléments cellulaires réactionnels, rendus plus impressionnables aussi, doit être plus facile et plus rapide, de telle sorte qu'on arrive, par le tissu conjonctif, à réaliser presque les conditions de l’injection parles veines.
ot