‹ Étude expérimentale de pharmacodynamie comparée sur la morphine et l'apomorphineChapitre 49 sur 152 · V. INFLUENCE DU RÉACTIF ANIMAL · texte numérisé non relu

V. INFLUENCE DU RÉACTIF ANIMAL

70e Ce Comme, jusqu'ici, nous n’avons décrit que les effets MENT ee

des sels d’apomorphine chez le chien, nous ne parle-

io — rons pas dans ce paragraphe, des différences qui üennent à l'espèce. Nous aurons à les décrire en particulier un peu plus loin, en faisant ressortir les nuances essentielles qui les distinguent.

Pour tous les médicaments, l'influence de ce que l’on appelle l’idiosynerasie est bien connue; ïl est cerlain que, toutes choses étant égales d’ailleurs, dans une même classe, dans unemême espèce, dansune même race, à égalité d’âge et d’état physiologique apparent, l’individualité, limpressionnabilité particulière du sujet, peuvent imprimer aux manifestations pharmacodynamiques des différences souvent très appréciables.

Dans l’étude des sels d’apomorphine chez le chien, ce sont des influences qu’il ne faut pas oublier, car bien souvent on est aux prises avec des résultats inattendus, surprenants par la façon dont ils se manifestent et les doses de médicament qui les ont produits, parfois même, en contradiction avec ce que l’on espérait.

Par exemple, s’il est habituel de voir les injections hypodermiques un peu fortes d'apomorphine cristallisée, produire l'hyperexcitabilité, l'agitation, l’effarement, le besoin irrésistible de courir, etc., nous avons vu,exceptionnellement, avecles mêmessolutions, injeetées aux mêmes doses et dansles mêmes conditions, des animaux présenter des mamifestations très différentes ; rester couchés dans un coin, craintifs, immobiles; refusant de se lever ou ne le faisant qu'avec peine; montrer, en somme et surtout, des effets déprimants et de la torpeur cérébrale.

Il n’y a d’ailleurs rien de variable comme les sym-

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ptômes excitants et les effets consécutifs à l'excitation du chlorhydrate d’apomorphine cristallisée. Ainsi nous avons dit qu'après l'agitation survenait un calme relatif, pendant lequel, bien souvent, les animaux se mettaient à tourner en manège. Bien souvent mais non foujours, car ce trouble peut faire défaut, et, dans ses manifestations mêmes, on observe une grande variabilité. Avec le sel amorphe c’est lamême chose, et un seul exemple suffira à la démonstration.

A la date du 3 mai 1897 (p. 154, exp. XL), nous trouvons un essai de détermination de toxicité de l’apomorphine amorphe qui nous donne 51 mulligrammes par kilogramme et la mort du sujet à la suite des manifestations déprimantes, narcotiques, parésiantes, etc., que nous avons décrites; or le même jour, nous plaçant dans des conditions expérimentales rigoureusement identiques, nous servant de la même solution et désirant simplement avoir un essai de contrôle, à cause du chiffre élevé que nous avions obtenu, nous avons vu un deuxième chien mourir dansles conditions suivantes :

Aussitôt après l'injection des deux premiers centimètres cubes, survient un calme complet; l’animal paraît ressentir comme les autres l'influence déprimante du médicament et on peut supposer qu'il se comportéra comme le précédent. On continue l’injection lente et on arrive à g centimètres cubes. À ce moment apparaissent des mouvements dans les membres et on constate, en même temps, que l'animal est très hyperexcitable ; le moindre choc sur la table le fait tressaillir, L'agitation continue sans interruption mais

Sig nes exagère pas ; pendant toute la durée de l'expérience les choses restent en cet état, mais, après l’introduction de 16 centimètres eubes, les mouvements prennent un caractère convulsif non douteux. Après 17 centimètres cubes, le sujet prend un violent accès avec tétanisme complet, mais il se remet et, à partir de ce moment, n’a plus aucune hyperexcitabilité. Il reste calme, déprimé, mais toujours sensible. Il meurt brusquement après l'injection de 19 centimèires cubes, soit 38 centigrammes de poison.

L'animal pesant 5 kg. 800, nous avons 65 muilligrammes par kilogramme. Donc, pour l'apomorphine, plus peut-être que pour d’autres médicaments, il faut tenir grand compte de l'influence du réactif animal.

VI. INFLUENCE DE CERTAINES CONDITIONS EXTÉRIEURES SUSCEPTIBLES DE MODIFIER LA RÉCEPTIVITE ET L'IMPRESSIONNABILITÉ DES SUJETS

En thérapeutique générale on admet, et avec raïson, que les conditions de milieu dans lesquelles se trouve placé le sujet médicamenté sont susceptibles de faire varier les actions pharmacodynamiques, en les favorisant ou en apportant quelque obstacle à leur libre manifestation ; elles peuvent même, dans certains cas, faire varier la nature de ces actions et les compliquer en accusant cerlains troubles secondaires fâcheux.

Les effets des sels d’apomorphine, chez le chien, offrent d'excellents exemples de ce principe, et voiei dans quelles circonstances nous l’avons vérifié.

Les sels d’apomorphine cristallisés sont habituellement des excitants énergiques ; ils mettent les animaux dans un état d’hyperexcitabilité considérable, qui les poussent à se livrer aux mouvements désordonnés que nous avons décrits plus haut. Ces mouvements et cet état d’excitation sont d'autant plus exagérés que l’animal est plus stimulé et incité à se livrer à son agitation. En même temps, sa température monte beaucoup et c'est encore une nouvelle cause d'aggravation des effets.

Au contraire, si le chien apomorphinisé est laissé dans une loge, dans le plus grand calme ; si l’on ne stimule pas son système réflexe rendu hyperexcitable, il peut ne pas avoir les grands accès d’agitation eidevant décrits ; il se déplace simplement avec des ma-. nifestations d'inquiétude, où même reste couché dans un coin, se levant de temps en temps avec brusquerie ou bien se mettant à tourner en manège d’une façon automatique et continue.

Dans ces conditions, si les doses sont modérées, il est rare d’avoir les violents accès que nous avons exposés en détail; la température ne monte pas ou très peu et aucundes accidents et complications secondaires n’est à redouter.

Cette influence‘des conditions extérieures n’est pas douteuse, et nombre de fois nous l’avons vérifiée. Mais il en estune autre qui est non moins intéressante, c’est celle de la température.

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L'influence de la chaleur sur les actions thérapeutiques est bien connue ; CI. Bernard l’a indiquée depuis longtemps en faisant remarquer que la sensibilité de la grenouille aux poisons augmente à mesure que la température s'élève.

C'est un fait qui s'explique parfaitement, car au fond de toute action médicamenteuse se trouve un phénomène chimique, etles réactions chimiques s’effectuent généralement d'autant plus vite que la température est plus élevée ; à moins cependant que l’hyperthermie soit assez intense pour provoquer une dissociation.

Toute élévation de la température organique, par immersion dans un bain chaud par exemple, a pour effet d'accélérer les réactions pharmacodynamiques et toxiques.

Quand on administre de la strychnine àdes grenouilles, qui sont les unes et les autres exposées à des températures différentes, on constate que l'élévation de la température précipite etexagère les convulsions.

Les chiens que l’on échauffe par immersion dans des bains à des températures variables (40, 43, 48 ou 52 degrés) et auxquels on administre le chloral meurent d'autant plus rapidement que l'élévation thermique a été plus grande ".

Avec les sels d’amorphine, nous avons constaté des faits absolument analogues, mais dans des conditions différentes.

1 Rallière, Recherches expérimentales sur la mort par hyperthermie (Travaux du lahoraloive de Richet, t. I, p. 353).

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