Î. EFFETS APPARENTS DE L'APOMORPHINE CHEZ LES SOLIPÈDES
Frôhner rapporte que, d’après ses expériences, une injection hypodermique de vingt-cinq centigrammes d'apomorphine au cheval, détermine de l'inquiétude, de l'agitation et des manifestations de frayeur qui persistent durant une demi-heure environ. Quand on atteint la proportion de 50 centigrammes, on provoque,
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pendant deux ou trois heures, une grande agitation, des troubles moteurs, de la frayeur qui, augmentent peu à peu et aboutissent à des accès de manies furieuses. En même temps, l'animal lèche, ronge les objets environnants, qu'il: saisit avec les dents comme s'il cherchait à manger. Ce sont, à peu de chose près, les résultats que nous avons obtenus et, soit chez le cheval, soit chez l'âne, nous avons toujours vu l’'apomorphine déterminer de la stimulation ; le besoin de marcher avec troubles moteurs très apparents. Chez ces animaux, il ne paraît pas y avoir de différence bien appréciable entre les
. deux apomorphines qui, soit par injection veineuse,
soit par injection hypodermique, sont ou semblent toujours être excitantes.
La dominante des effets, le début de tous les symptômes produits consistent en mouvements des màchoires, lèchements, mâchonnements, mouvements de diduction qui poussent les animaux à mordiller ce qui se trouve à leur portée, à saisir des aliments et à manger. Ce besoin de mordiller s'exagère et devient plus impérieux au fur et à mesure que les doses sont augmentées, de telle sorte que bientôt, pour mordre et tenir quelque chose entre les dents, les animaux s'attaquent à tout ce qu'ils peuvent atteindre, même à leurs propres organes, à défaut de corps étrangers.
Quandils ont saisi un objet avec leurs incisives, ils le tiennent fortement, cherchant à le broyer ou à le déchirer, et c’est de cette façon qu'ils arrivent à entamer dans le vif, s'il s’agit d’un de leurs organes.
Ce curieux symptôme ne manque jamais et persiste, avec une intensité variable, pendant toute la durée de
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l'action de l'apomorphine; c’est le seul que l’on observe avec un peu d’excitation et de l’hypersalivation, quand les doses sont faibles.
Nous avons noté aussi l’agitation, le besoin irrésistible de se déplacer et de marcher; des troubles moteurs caractérisés par de la raideur des articulations et de la faiblesse, surtout dans le train postérieur ; des tremblements musculaires, de l’accélération respiraloire et cardiaque, enfin une exagération des sécrétions, salivaires et sudoripares.
Dans une de nos expériences, nous avons renforcé progressivement les doses et voici ce que nous avons.
noté :
EXPÉRIENCE LXXII {7 juillet 1890).
Dans le tissu conjonctif d’un âne, de petite taille, âgé et assez faible, nous injectons d’abord 8 centigrammes, puis, de dix minutes en dix minutes, la même quantité jusqu'à concurrence de 48 centigrammes de chlorhydrate d'apomorphine cristallisé. Les effets se sont montrés assez rapidement et se sont annoncés par des lèchements avec hypersécrétion salivaire, besoin de mordre et agitation.
Le renforcement progressif de la dose a naturellement exagéré ces premières manifestations, mais en même temps que l'agitaüon augmentait, les mouvements étaient plus difficiles, plus raides et le sujet perdait de son énergie. Il est bientôt tombé, incapable de se relever et de se tenir-debout, et a continué de donner des signes de violente stimulation. À
Saisissant avec les dents un de ses membres antérieurs, il s'est mis à le mordre furieusement sans paraître en souffrir et, en plusieurs endroits, s’est déchiré la peau, les tissus sousjacents et est allé jusqu’à l'os, Il s’est fait ainsi de larges et
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profondes plaies qui saignaient abondamment et dont il arrachait lui-même à pleines dents les lambeaux. Par moment, rejetant la tête par côté, il saisissait une épaisse touffe de gazon qu'il gardait dans la bouche, immobile, la serrant seulement par saccade ou l’arrachant avec une matte de terre, qu'il écrasait entre ses dents et mangeait.
Il était, en même temps, couvert de sueur, salivait abondamment et présentait un resserrement considérable de la pupille.
Une nouvelle injection de 16 centigrammes dans la veine Jugulaire a exagéré les mouvements des mâchoires et fait apparaître des tremblements musculaires; mais l'état de faiblesse du sujet s'élant aggravé et l'expérience menaçant de durer trop longtemps dans ces conditions, on a pratiqué la section de la moelle entre l’atlas et l’axis. La respiration s'est arrêtée, mais,
longtemps après, les réflexes masticatoires ont persisté.