I. Gh. Féré. Ouvrage déjà cité
tains sens plus développés que nous ou même des sens qui n'existent pas chez nous.
Tout le monde connaît le phénomène du transfert par l'aimant. Que devons-nous en penser? « La pratique du transfert par l'aimant, dit M. Gilles de la Tourette (i), née de la métallothérapie externe de Burq, apparaît malheureusement aujourd'hui comme d'essence entièrement aug^ gestive, et les résultats qu'elle donne sont tout à fait infidèles. »
Les fonctions des canaux semi-circulaires ressortent clairement des nombreuses expériences dont ils furent l'objet, soit que ces expériences aient porté directement sur les canaux des animaux, soit qu'on ait soumis l'homme sain ou sourd-muet à des expériences de rotation^ de locomotion ou d'équilibre.
J'ai introduit dans cette étude un nouveau procédé de recherche qui, je crois, aidera à éclaicir quelques points obscurs sur les fonctions des canaux semi-circulaires. C'est grâce aux merveilleuses propriétés de la cocaïne qu'il m'a été permis de le faire.
Le meilleur moyen d'étudier les fonctions d'un organe est assurément de l'abolir et d'observer les troubles produits ; mais en l'abolissant il faut évidemment avoir soin d'écarter autant que possible tout élément étranger dont la présence puisse compliquer les troubles ou les empêcher de se montrer dans leur plus simple expression.
I. Gilles de la Tourette. Traiié de l'/iystérie, 2* pdiviie. Hystérie p<iroœy stique, IL
C'est là un principe fondamental de l'art expériment « Le physiologiste et le médecin, dit Claude-Bernard ( aussi bien que le physicien et le chimiste, quand ils trouveront en face de questions complexes, devront t composer le problème total en des problèmes partiels plus en plus simples et de mieux en mieux défmis.
Ils ramèneront ainsi les phénomènes à leurs conditio matérielles les plus simples possibles, et rendront aii l'application de la méthode expérimentale plus facile plus sûre. »
Donc, la cocaïne en produisant l'anesthésie des cana fera apparaître les symptômes de l'abolition de foncti dans leur plus simple expression. Mais en même tem[ la comparaison des symptômes ainsi obtenus avec cei que donne l'ablation ou la section des canaux nous p* mettra de déterminer si, dans ces procédés, l'irritatii joue vraiment un rôle.
Qu'observe-t-on après la section ou l'ablation des c naux? Des mouvements de rotation de la tête et du cor; dans le plan des canaux atteints, du nystagmus et per d'équilibre, celle-ci consistant dans la dinîculté de se t nîr debout, (a recherche d'un troisième point d'appu écartement des jambes, etc.
Que produit la cocaïne? des symptômes identiques, ( même intensité et de même direction.
Il est donc évident que l'irritation ne joue par ell même aucun rôle.
1. Claude-Bernard, Inirodaclioa dl'iladede la médecine «xpirimtnU Bailliire 18%.
) Terrons plus loin comment, selon nous, il faut comdre l'effet de l'irritation.
)U6 pouvons diviser les symptômes observés en deux ipes : 1° ceux qui varient avec les canaux atteints, 2" : qui sont communs à tous les cas.
est clair que c'est le premier groupe qui nous per- ;ra de préciser les fondions des canaux; ceux du se- 1 ne peuvent rien nous apprendre quant à ces fonc- 9 puisqu'ils sont communs à tous les canaux et sont conséquent secondaires à ceux du premier groupe (1). fi bien, qu'observons-nous après la section ou l'anesie des canaux ? Des mouvements de rotation de la et du corps nettement limités aux plans des canaux : Section ou cocaïnîsation des deux canaux korizonc : mouvements de manège ou de roue à droite ou & ;he, mouvements de pendule de la tête horizonlalet et autour de l'axe vertical. Mouvements représentés
le signe * *.
Section ou cocaTnisation des deux canaux transverc : chutes en arrière, mouvements de la tète de haut )a8 dans le plan médian du corps et autour de l'axe sversal. Signe T (Ici les mouvements se font dans le I intermédiaire aux plans des deux canaux).
le n*at pas à parler ici d'un troifiitme groupe de symptàmes, ceux ; présentent quelquefois -t ou 5 Jour» après l'opéralioa (toraions dua de la tête, convulBions etc.) et qui sont pour M. de bk Cyon des phcoes d'irritation ou d'inHammalion couséculive de t'eDciphale. CoQune ont rien à Taire avec les canaux, j'ai été muet à leur égard dans moQ [Ire ezpérimenUil. Les symptdmes qui nous concernent sont ceux qui anifestent immédiatement après l'opÉralion.
3° Section ou cocaînisation des deux caaamegaffitlaux : chutes en avant, mouvements de la tête de haut en bas duis le plan médian et autour de l'axe transversal. Signe { (Mouvements dans le plan intermédiaire).
i" Section ou cocaînisation du canal sagittal droit et transversal gauche (canaux parallèles) : chutes en avant et en arrière dans le plan de ces canaux, c'est-à-dire en avant obliques à droite, en arrière obliques à gauche. Mouvements de la tête dans le même plan. Signe ^
5" Section ou cocaînisation du canal sagittal gauche et transversal droit : chutes en avant et en arrière dans le plan de ces canaux, c'est-à-dire en avant obliques à gauche, en arrière obliques à droite.Signe, *^.^
6" Section ou cocaînisation des trois canaux droits : mouvements faibles de la tête à droite, manège à droite, chutes à droite, corps penché à droite dans la marche et le vol.
7° Section ou cocaînisation des trois canaux gauches : mêmes phénomènes, mais tous à gauche.
Nous voyons donc que l'irritation et l'anesthésie produisent les symptômes dans le même ' sens. La première conclusion à tirer des symptômes, c'est que les canaux semi-circulaires ont pour fonction les sensations de rotîition de la tête et du corps.
La seconde conclusion, c'est que chaque canal gauche est principalement pour la sensation de rotation à gauche et vice~versa. Mais comment expliquer que la section (irritation) et la cocaînisation des canaux produisent les symptômes dans le même sens. On pourrait croire, et l'idée est généralement admise, que l'irritation donne de
tes sensations de rotation et que les mouvements qui sont la conséquence sont des mouvements en sens in- 'se pour compenser ces sensations. Mais alors, la sec- 1 par exemple des deux canaux horizonlaux devrait iduire simultanément des sensations de rotation à droite ï gauche, et par suite mouvements compensateurs dans
deux sens; dans ce cas, il me semble qu'il y aurait nobililé, puisque les mouvements compensateurs se conbalanceraient, ou tout au moins trouble général, perte quîlibre sans mouvements de rotation. )e plus, dans la section unilatérale gauche, par exem- , les mouvements se produisent à gauche, et si, pourvant notre idée, ces mouvements sont compensateurs,
canaux gauches doivent nous renseigner sur les senions de rotation à droite. Comment expliquer alors que cocaïne appliquée à gauche produit également des roions à gauche. Dans l'anesthésie des canaux gaaches, deux choses l'une, ou bien on ne devrait pas avoir des uvements de rotation à gauche, puisque les sensations
rotation sont abolies de ce côté ; ou bien, comme il reste que les canaux droits capables de donner des isations de rotation, et d'autre part, comme ils seraient iir les sensations de rotation à gauche, les mouvements npensateurs, s'il s'en produisait, devraient s» faire à )ite. Nous avons vu qu'il n'en est pas ainsi. Dn voit donc qu'il n'y a pas moyen d'expliquer les sympnés par cette supposition que l'irritation donne des isations de rotation. D'ailleurs, comme je l'ai déjà dit,
symptdmes persistent plus longtemps que Tirritation. Pourrait-on les expliquer par le nystagmus t de Gyon
a démontré en effet que la section des canaux des lapin produit toujours le nystagmus dans un sens donné selo le canal coupé. Il est possible que ce nystagmus, quan il se produit, soit pour quelque chose dans les mouTC ments de rotation, mais il ne suffît pas seul à les produire puisque parmi les pigeons, ceux qui n'ont aucun nystag mus, les mêmes mouvements de rotation se produisent.
Il faut donc trouver une explication qui puisse s'appt quer aux deux modes de production des phénomènes irritation et anesthésie.
Je crois que l'explication suivanle ne paraîtra pas tro téméraire puisqu'elle s'accorde avec les données expér mentales.
La section des canaux produit d'abord une Forte irrite tion qui ne détermine pas des symptômes par elle-mêmi mais qui voile les sensations normales, se substitue elles et produit par ce moyen une abolition de fonctio] L'irritation disparue il y a seulement insuffisance fon< tionnelîe, car il m'est impossible de croire qu'il reste ui abolition complète de fonction. Les canaux sont coupi en deux parties qui étant capillaires ne doivent pas i vider de leur endolymphe ; ou bien si elles se viden leur capillarité doit attirer de l'endolymphe de l'utricul On a donc deux segments de canaux qui peuvent fpm tionner. Mais la section aura coupé quelques terminaisoi nerveuses, détruit quelques cellules endothéliales, pr duit, qu'on me passe le mot, des scotomes dans le chan de la rotation.
Quand l'irritation aura disparu, les scotomes demeure ront, produisant une inaufBsance fonctionnelle.
La section des six canaux sera suivie de sixscotomes qui pourront, il me semble, produire une insuffisance fonctionnelle importante.
Mais il est possible aussi que ces canaux se cicatrisent, que Tendothélium et les nerfs lésés se reforment en par^ tie et que cette insuffi^sance fonctionnelle se réduise à un minimum, tous les symptômes disparaissent alors excepté un peu de maladresse dans les mouvements. Le vol reste défectueux ou aboli, car c'est le mouvement qui exige la plus grande sûreté dans la coordination.
Cependant après l'ablation des canaux la fonction est abolie complètement et pour toujours, et si les symptômes disparaissent presque entièrement, c'est uniquement par la suppléance fonctionnelle de la vue et du toucher que ce retour de fonction, qui n'est qu'apparent, se fait, comme d'ailleurs Ewald l'a bien prouvé chez le chien.
Mais, comme M. Delage en fait la remarque, les organes qui suppléent n'étant pas dévolus à une fonction sa délicate qu'est celle de la rotation, les mouvements restent maladroits et le vol ne se rétablit pas.
Gomment expliquer maintenant les symptômes produits par Virritation et par Vanesthésie qui équivalent toutes deux à une abolition de fonction ? ?
Quand l'animal (dont les mouvements à l'état actif sont, ainsi que les nôtres, toujours ondulatoires) exécute un mouvement, comme les canaux ne le renseignent pas sur le mouvement qu'il exécute, celui-ci dépasse' ie eut. C'est dans ce sens, sans doute, que les sensations venant des canaux semi-circulaires sont modératrices du mouvement, fonction que Flourens leur avait attribuée.
naux semi-circulaires horisontaax du 'animal n'a plus les sensations délicae rotation de la tête et du corps dans de sorte que, aussitôt qu'il essaie 1 le corps soit à droite, soit à gauche, is le mouvement qu'il accomplit, cet et le pigeon est emporté dans un ige ou de roue. Le nystagmus peut, avoir quelque chose à faire dans ce il est horizontal et qu'il empêche les ingle parcouru par la tête, mais, com- I ne suffît pas seul à les produire, txécuté un mouvement dont il n'a pas llusion de ne l'avoir accompli qu'en i renseignements que lui donnent ses osîtion ne s'accordent pas avec les !8 canaux semi-circulaires, il se proe moteur, perte d'équilibre, vertige lensateurs.
s, quand l'image d'un mouvement to- 1 accomplit, ou image psycho-motrice, lée des sensations, conscientes ou in- Dtivesde ce mouvement — sensations natrice — le mouvementdépasse le but ; 1 l'illusion de ne l'avoir pas accomp li ccompli, d'où trouble général, perte
fonctionnement des canaux semi-cir-
culaire s 9 beaucoup de théories ont été faites pour l'expliquer. Breuer prétendait qu'il se faisait un déplacement de Tendolymphe en sens inverse du mouvement, déplacement qui entraînerait les cils des crêtes acoustiques et produirait en même temps un frottement contre l'endothélium des canaux.
Goltz croyait que l'endolymphe exerçait une pression plus grande sur les ampoules et les crêtes acoustiques quand dans les mouvements de la tête les ampoules se trouvaient plus bas — il se produisait des variations de pression renseignant sur les positions de la tête par rapport à ses axes. (Voir Discussion p. 112)
Mach prétendit qu'il ne se produisait pas un déplacement del'endolymphe, mais une pression plus forte en sens inverse du mouvement.
Quoiqu'il en soitde ces théories, presque tous les expérimentateurs rejettent la théorie de Breuer. Les canaux étant capillaires, il ne peut pas se faire un déplacement du liquide qu'ils contiennent.
J'accepte avec Bonnier et Delage une théorie qui explique les phénomènes aussi bien que celle de Breuer:
L'endolymphe ne fait pas un véritable recul, mais par son inertie elle manifeste une certaine indocilité à suivre le mouvement du canal — il y a une tendance au recul qui suffit à entraîner les cils des crêtes acoustiques qui forment des masses compactes et à produire un léger frottement sur Tendothélium.
La sensibilité des canaux, développée en nous avec l'âge et par instinct, est attribuée à une sensation de rotation. L'étude de l'histologie des canaux n'a pu me donner
l'explication du &it, qui ressort des expérieaceï canaux ikotts sont surtout dévolus aux sensatioi tion à droite et vice versa.
La question du sens de l'espace n'est pas de mo ni de ma compétence. M. de Cyon a attribué c tion aux canaux semi-circulaires. Nous avons vt de la discussion que cette théorie est inadmissil
Elle perd d'ailleurs de jour en jour les quelqi ges qu'elle avait réunis.
L'explication que donne M. Delage sur le ser pace me satisfait pleinement ; je ne puis résiste de la rapporter.
« Nous avons commencé, dit l'auteur (i), à yeux ouverts ; or les sensations visuelles nou l'idée des directions bien plus directement que lions musculaires.
Le toucher nous a d'abord fait connaître 1 de l'espace extérieur ; il nous a appris ensuit objets sont placés en ligne droite dans la direct sont vus. Lorsque deux objets sont vus à la fo a appris à rapporter à droite celui dont l'ims gauche et inversement ;il nous a enseigné aussi leur distance angulaire par la distance qui se images sur la rétine.
Lorsque nos yeux se portent d'un objet à l'image du premier se déplace sur la rétine ; c'