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fortement sa tension de surface ; de même qu'uné solution hypotoxique peut devenir toxique, si l'on abaisse légèrement sa tension superficielle (r;. Les différences de vitesse d'absorption au niveau des diverses parties du tube digestif peuvent également s'expliquer par des variations de la tension superficielle des liquides ingérés (2).
Il existe cependant des différences notables entre les conceptions de Traube et celles du professeur Billard. Traube fait jouer un rôle considérable aux graisses et aux substances lipoïdes dans linterprétation des échanges intra-organiques. Ces substances, en effet, ont une tension. de surface très faible et sont très répandues dans l’organisme, mais elles ne sont pas solubles dans l’eau et, pour le professeur Billard, elles ne peuvent agir qu'à la condition d’être solubilisées, c’est-à-dire transformées en savons, selon le vieil adage : Corpora non agunt nisi soluta.
Il semblerait tout d'abord que nous nous écartons du sujet de notre thèse, alors que tout au contraire ces préliminaires d'interprétation nous conduisent à l'exposé d’une hypothèse que l'observation de nombreux faits a suggérée au professeur Billard et qu'il veut bien nous confier.
Déjà en 1904 le professeur Billard, en collaboration
1. Billard et Dieulafé. Influence de la tension superficielle des solutions de curare sur leur toxicité. Société de Biologie, 1904, L.
2. Dr Billard. /n/fluence des sels biliaires et des savons sur l'absorption intestinale. Société de Biologie, rgu6.
-avec le professeur Dieulafé écrivait : « Toutes nos observations tendent à corroborer ce fait que la tension superficielle des solutions mises en présence des tissus vivants est capable, en augmentant la vitesse des échanges, de modifier dans une certaine mesure la loi des échanges osmotiques. Nous supposons même que les substances à tension superficielle très faible, comme l’éther et le chloroforme, introduites dans l'organisme, peuvent troubler l’équilibre des échanges intercellulaires. Nous croyons possible d'expliquer ainsi l’action anesthésique du chloroforme, de l’éther et de l'alcool: l’activité de ces diverses substances est, en effet, inverse de leur tension superficielle (1). » À peu près à la même époque, Traube signale que tous les anesthésiques, tous les analgésiques ont une tension superficielle irès faible. Faut-il de là conclure que toutes les substances à tension de surface faible peuvent jouer le rôle d'anesthésiques ou d’analgésiques. La chose est osée, mais non pas impossible.
Les peptones doivent-elles être considérées comme des narcotiques? Les savons doivent-ils être considérés comme des narcotiques ? À priori, il paraît, en effet, étrange de ‘ vouloir ainsi classer ces deux substances parmi les narcotiques. Et cependant, la narcose peptonique est un phénomène trop connu pour que nous Insis-
tions (2); mais Rasmann et Munk n’ont-ils pas observé
Tr. Loc. cit.
2. Schmidt-Mülheim. Archio für Physiologie, 1880, p. 35. Fano. Archis für Physiologie, 1881, p. 277.
Bouchard. Gazette des hôpitaux, 1889, p. 698.
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aussi de la narcose chez les animaux auxquels ils injectaient par voie veineuse des solutions de savon. Or, les solutions de peptone ont une tension superficielle relativement plus faible que celle du sérum sanguin.
Comment expliquer .cette narcose que nous avons nous-même observée avec les savons ? Si l’on considère l’ensemble du tableau de l’intoxication d’un animal par le savon ou par la peptone, on ne peut manquer d’être frappé de l’analogie qui existe dans la succession des divers phénomènes entre cette intoxication et les troubles organiques provoqués dans l’anesthésie par l’alcool, par le chloroforme et paf l'éther. Sans doute, avec ces derniers corps, étant données leur vitesse de diffusion et leur volatilité que nous pourrions traduire par tension superficielle très faible et viscosité très faible, les phénomènes se déroulent avec une grande rapidité ; au lieu qu'avec les savons et les peptones, les états successifs de l’intoxication peuvent être suivis pas à pas en raison de leur lenteur. Leur action sur le cœur et sur la pression sanguine présente de nombreuses analogies. Dans l’un et l’autre cas, nous observons des vomissements et d’abondantes sécrétions glandulaires qui rappellent l'action irritante de l’éther sur les premières voies respiratoires. Mais nous ne poursuivrons pas plus loin cette comparaison que le professeur Billard se réserve de développer lui-même.
Grosjean. Archives Belges de Biologie, 1892.
Abelous. Archives de Physiologie normale et pathologique, 1894, p. 53.
Doyon et Gautier. Société de Biologie, 1908, p. 149.
Sinous admettons cette analogie, une hypothès . nouvelle pour expliquer l’action des anesthésiques s’cuvre devant nous. Tous les anesthésiques ayant une tension superficielle très faible et toutes les substances solubles dans l’eau à tension de surface très faible étant capables de modifier en les activant ou en les ralentissant les échanges osmotiques, nous croyons qu'il est facile de concevoir comment se produit la narcose.
La cellule cérébrale étant la plus fragile de toutes doit certainement subir de grandes modifications dans son activité vitale, lorsque brusquement les échanges osmotiques viennent à être modifiés à son niveau. Ces échanges étant, tout d’abord, augmentés au début de l’anesthésie par un faible abaissement de la tension superficielle, l’activité cérébrale devient plus intense et nous avons l'hyperidéation ou l’excitation du début de l’anesthésie. Les substances à tension de surface faible continuant à se dissoudre dans le sang, nous voyons peu à peu diminuer l’activité des échanges, selon la courbe que nous avons établie au début de ces considérations et à ce moment, sans doute, cesse l’activité fonctionnelle de la cellule la plus noble, mais la plus délicate de notre organisme.
Cette hypothèse admise, nous estimons que les phénomènes d'intoxication se trouvent ainsi facilement
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