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dans le service de M. le Professeur Guyon en 1871. Alling s'appuyant sur différentes expériences conclut : a) que la vessie saine n’absorbe pas d’une façon appréciable les substances médicamenteuses ou toxiques ; b) que la vessie inflammée absorbe d’une facon très notable ;
c) que l’urèthre absorbe également.
Depuis la question a été reprise par Cazeneuve et Livon.
Admettant les théories d’Alling sur l'absorption de la membrane vésicale, ces deux physiologistes se demandent s’il n’y a point quelques cas particuliers à étudier au sujet de cette absorption. La muqueuse vésicale qui n’absorbe pas les substances médicamenteuses et toxiques ne pourrait-elle pas en absorber d’autres, l’urée par exemple en vertu d’une action élective? Cette absorption, en tous cas, serait bien minime se hâtent-ils d’ajouter, sans quoi nous verrions à cha- que instant des troubles dans l'organisme, chaque fois que des produits d’excrétion auraient été introduits dans le sang.
Comment vont-ils opérer ? Kaupp avait fait en 1856 des expériences de ce genre en retenant son urine dans sa vessie et en prenant la densité de cette urine, tandis que le lendemain il urinait fréquemment et prenait à chaque miction la densité de son urine. Cazeneuve et Livon répudient cette méthode, car quoique l’on fasse, il est impossible d’affirmer qu'à deux jours d'intervalle l'urine doive avoir la même densité.
Voici leur raisonnement : « Si l’absorption des pro-
duits urinaires immédiats s'effectue, il est probable que la vessie oit offrir tous les avantages d’un dialyseur. Si au contraire l’épithélium de la muqueuse vésicale joue un rôle d’imperméabilité, il est à présumer qu'il s'opposera à la dialyse tant que persisteront ses propriétés physiologiques. La persistance de la vitalité des tissus quelque temps après la mort de l’animal, nous autoriserait à penser que le phénomène de dialyse n'aurait lieu que quelques heures après l’ablation de la vessie. »
Partant de ce principe, ils ont expérimenté sur des vessies de chiens et voici ce qu’ils ont obtenu.
Une vessie remplie d’urine extraite d’un chien en pleine digestion et saine ne laisse dialyser l'urine que 3 ou 4 heures après l’opération. Si au contraire, la vessie a été extraite depuis plusieurs heures du corps de l’animal, elle laisse dialyser l’urée comme une membrane ordinaire.
D'où ils concluaient : « L’épithélium de la muqueuse vésicale s'oppose au passage de l'urine à travers les parois de la vessie, il offre une barrière aux phénomènes osmotiques, et par suite, il est très probable qu’il s'oppose à l'absorption de tout principe dans les conditions physiologiques normales de l'organisme. »
En 1889 dans le Lyon Médical nous voyons Cazeneuve et Lépine s'occuper de nouveau de l’absorption vésicale.
Leurs expériences, cette fois, ont eu pour but de démontrer que la vessie à l’état normal ne résorbe pas les matériaux salins de l'urine. A cet effet, ils liaient sur un chien la vessie à sa base, en ayant soin d'éviter les troncs vasculaires, puis à son sommet. Toute commu-
nication élant interrompue avec l'urèthre et les urétères, ils retiraient par ponction 25 centimètres cubes d’urine comme liquide de comparaison. Replaçant ensuite la vessie dans l’abdomen, 24 heures après, ils faisaient une nouvelle ponelion. Or de la comparaison des deux liquides, il résullait qu’il n’y avait de diminution sensible que sur le chiffre de l’urée.
A l'étranger, on s’est aussi occupé de cette question, et en 1880, nous voycns Fleischer et Brinckmann traiter des facultés d'absorption de la vessie humaine à l’état normal.
« Plusieurs physiologistes disent Fleischer et Brinckmann ont injecté des poisons dans la vessie des animaux sans constater de symptômes d'intoxication. Ce faitne prouve pas l’imperméabilité de l’épithélium vésicale, car les phénomènes toxiques dépendent de l’état du filtre rénal et Claude Bernard déterminait la mort rapide des chiens chez lesquels les injections de Curare étaient précédées de ligature des uretères. »
Aussi vont-ils faire leurs expériences sur l’homme, en se servant d'iodure de potassium dont ils rechercheront ensuite la présence dans les secrétions, la salive par exemple.
Voici leur facon de procéder : Ils administrent tout d’abord à un individu sain 5 centigrammes d’iodure de potassium dans 10 grammes d’eau, quelques minutes après avoir introduit ce médicament, dans la vessie de leur sujet, ils lui injectent dans le tissu cellulaire de la pilocarpine, puis recherchant l’iodure dans la salive, ils retrouvent des traces d’iode. Prenant ensuite un
convalescent, ils vont lui injecter un gramme d’iodure de potassium. Un moment après, ils lui feront une injection sous-cutanée de pilocarpine et examineront la salive. Au bout d’une demi heure, ils ne trouvent que de faibles traces d’iode. Renouvelant leurs expériences en mettant un quart d'heure d'intervalle entre les injections sous-cutanées et vésicales, ils arrivent à trouver des doses très faibles d’iodure dans la salive de leurs sujets.
Poursuivant le cours de leurs études Fleischer et Brinckmann ont employé des doses plus fortes d’iodure et espacé d'avantage leurs injections sous-cutanées de leurs injections intra-vésicales. En ajoutant deux grammes d’iodure à un malade au lieu d'un et en attendant une demi heure au lieu d’un quart d'heure entre les deux injections, ils trouvent une quantité d’iode assez notable.
Craignant que l’on ne fasse à leurs expériences les reproches faits à celles de leurs devanciers, Ségalas en particulier, d'attribuer à la muqueuse vésicale une absorption due à la muqueuse uréthrale, Fleischer et Brinckmann ont expérimenté sur des femmes, et avec des soins tout particuliers, disent-ils, leur permettant d'éviter toute cause d'erreur, or dans deux cas, ils ont obtenu des résultats absolument probants, d’après eux.
Fleischer et Brinckmann se sont donc cru en droit de conclure que la muqueuse vésicale à l’état normal est capable d’absorber de l’iodure de potassium. Mais cette absorption est lente, plus lente que par la voie gastrointestinale : Ce qu'ils disent de l’iodure de potassium,
ils pensent pouvoir le dire des autres médicaments, sans d’ailleurs apporter d’autres preuves à l'appui de leur thèse.
En 1892, en France A. le Professeur Guyon a publié un travail dans lequel il déclare que la vessie ne se laisserait pas plus pénétrer par les poisons microbiens que par les substances médicamenteuses, si elle n'est pas en état de réceptivité, état causé par la stagnation habituelle de l'urine dans la vessie, la congestion, la chute de l'épithélium.
Tel n'est pas l'avis de M. Bazy qui déclare nettement le contraire à la séance de l’Académie des Sciences du 27 novembre 1893 : « Il est classique de dire, écrit le chirurgien de Bicêtre, que seulement quand elle est dé pouillée de son épithélium, la vessie peut absorber. Des faits cliniques observés depuis longtemps m'avaient conduit à supposer que la vessie devait être douée du pouvoir absorbant. Des faits expérimentaux poursuivis depuis plusieurs mois, m'ont démontré d’une facon péremptoire que la vessie saine peut absorber. En injectant dans une vessie saine un poison, on peut tuer l'animal aussi sûrement qu’en injectant ce poison sous la peau »:
Et entrant dans le détail de ses opérations, M. Bazy explique d’abord les causes d'erreur des expérimentateurs partisans de la non absorption. Ces causes d’erreur, il les rattache à trois grands chefs :
a) On a confondu imbibition avec absorption.
b) On n'a pas employé un poison suffisamment actif pour que l’action en fut indiscutable.
Abe
c) On a employé des poisons inactifs par rapport aux animaux en expérience.
Pour se mettre dans les meilleures conditions possibles, voici les précautions qu'il a prises : « Je me suis servi d'une sonde en caoutchouc rouge (n° 8); je n'ai jamais distendu la vessie, je n'ai pas injecté plus de 2 centimètres cubes, de façon à éviter l'intervention de la pression, de façon aussi à éviter de provoquer le besoin d’uriner et à faire passer ainsi l'urine dans l’urèthre. Je n'ai jamais lié l’urèthre pour éviter l'absorption par la muqueuse uréthrale ».
En prenant toutes ses précautions, M. Bazy a obtenu des résultats ne permettant plus de mettre en doute l'absorption vésicale, Avec l'acide cyanhydrique au 1/100, la cocaïne au 1/12 et la strychnine au 1/30, il a tué des animaux dans l’espace de quelques minutes. Laissant de côté les poisons minéraux, il a tenté des expériences avec des poisons microbiens et les résultats n’ont pas été douteux. Avec les injections contenant des pneumocoques, des vibrions septiques ou des bacilles pyocyaniques, il a amené la mort d’un certain nombre de lapins dans un temps plus ou moins long.
Ces expériences de M. Bazy nous les avons reprises el nous sommes arrivés à des résultats identiques. Du reste, dans la seconde partie de notre travail, nous exposerons longuement toutes nos expériences et nous les discuterons. ‘
M. L. Guinard vient de publier un mémoire dans lequel il combat l'absorption vésicale.
M. Bazy et moi, nous proposons de faire à ce sujet une communication à la société de biologie avec expériences à l'appui.