CHAPITRE PREMIER
I. L'absorption des médicaments et des poisons se fait-elle par la voie gastro-intesiinale supérieure ?
L’absorption par la muqueuse digestive est la plus étendue de toutes les absorptions et celle qui s’étend sur les produits les plus variés et les plus abondants, dit Longet dans son Traité de Physiologie. C’est sur elle que l'organisme fonde son principal moyen de réparation et c’est elle aussi qui offre à la thérapeutique le moyen de beaucoup le plus usité de modifier l'état des organes malades à l’aide des divers agents dont le sang peut devenir le véhicule. Car, comme l’a dit Béclard, indépendamment des produits de la digestion, d’autres substances peuvent être introduites dans le sang par l'absorption du tube digestif, tels sont les médicaments
et les poisons.
Lo de
Mialhe qui s’est beaucoup occupé de cette question, il y a une vingtaine d'années, ne mel même pas en doute cette absorption.
Il divise les médicaments en corps solubles dans l’eau et en corps insolubles dans l’eau.
L'absorption des agents solubles se fait plus ou moins rapidement suivant qu'ils ne coagulent pas l’albumine de notre organisme ou qu'ils la coagulent, ce qui retarde un peu leur passage dans le sang, mais elle se fait en somme dans un temps relativement très court.
Pour les agents insolubles dans l’eau et qui ont besoin de puiser des dissolvants dans l'organisme, leur absorption est plus lente et moins complète, mais elle ne s’en fait pas moins d'une façon très appréciable.
C’est ainsi, nous dit Mialhe, que le suc gastrique acide transforme. en sels solubles et rend absorbables les oxydes insolubles, le suc intestinal qui est alcalin rendra solubles les huiles, les résines, le phosphore, tandis que les chlorures alcalins qui abondent dans l’économie vont dissoudre les sels insolubles de plomb, de mercure.
Ce pouvoir absorbant de la muqueuse digestive sur les médicaments et les poisons est admis universellement ‘ « L’absorption des substances cristalloïdes ingérées par le tube digestif ne présente rien de particulier, dit Paul- Bert. En quelques minutes, les sels de strychnine déterminent la mort et dans un temps tout aussi court le cyanoferrure de potassium et autres substances analogues sont retrouvées dans les sécrétions. »
Toutefois, comme l'écrit Beaunis dans son traité de
physiologie, si l’eau et les substances en solution dans l'eau sont absorbées dans toute l'étendue du tube digestif, il ne faut pas oublier que la rapidité de l'absorption varie suivant les régions et suivant les substances. I] faut donc bien remarquer que le pouvoir absorbant de la membrane digestive n’est pas le même sur tous les points qu’elle tapisse. Aussi nous semble-t-il utile de rechercher les parties du tube digestif, au niveau desquelles s'opère plus spécialement l’absorption des sels solubles.
Il est convenu de dire que ce pouvoir est très faible sinon nul dans la bouche et dans l’œsophage, où à la vérité les substances ingérées ne font que passer, est assez marqué dans l’estomac, acquiert tout son développement dans l'intestin grêle pour aller en s’affaiblissant de nouveau, à mesure que l’on se rapproche de la terminaison du gros intestin.
Les opinions les plus diverses ont été émises sur ces questions. Citons-en quelques-unes.
€ Il a paru positif à bon nombre d'auteurs dit Budge, dans son traité de physiologie, que le revêtement épithélial de l’estomac constitue, comme celui de la vessie, une barrière infranchissable à l'absorption, que l’estomac n’absorbe pas, malgré les vaisseaux sanguins et lymphatiques qui étendent leurs nombreuses ramifications dans l’épaisseur de sa paroi ».
Les expériences de Bouley avaient donné naissance à ces idées. Bouley avait en effet, disait-il, fait avaler à un cheval auquel il avait lié le pylore des doses formidables de strychnine et il n’avait pas eu d'intoxication.