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Küss rapportait un fait semblant encore plus convaincant. Ce physiologiste, citait le cas d’un homme qui ayant une obstruction du pylore, avait pu avaler sans en souffrir le moins du monde, des quantités énormes d’opium, mais qui était mort empoisonné quand l’obstacle ayant disparu, une débâcle s'était produite.
Cette théorie de la non absorption a été battue en brèche par les expériences de Schiff et de Claude Bernard et les conclusions qu’ils ont tirées de leurs expériences. Schiff nous a donné l'explication de ces faits qui avaient surpris Bouley. Il nous a montré que si la strychnine ne tuait pas l’animal qui la portait dans son estomac quand le pylore est lié, cela provient de ce que cette strychnine est absorbée très lentement par l’estomac par petites doses, non toxiques, qui sont éliminées au fur et à mesure par les reins. Il en donnait comme preuve une de ses expériences qui avait beaucoup étonné à ce moment. Il liait le pylore à un animal, puis lui faisait avaler de la strychnine. Il lui laissait le pylore fermé un certain temps, puis il l’'ouvrait. Si l'estomac n’avait rien absorbé et si toute la dose avalée passait dans l'intestin, l’animal aurait dû périr rapidement. Or il n’en n'était rien, l'animal survivait, il fallait donc qu’il ne passe dans l'intestin qu’une bien faible quantité de strychnine, le reste avait donc été absorbé par l'estomac.
Perosino et Berruti ont fait des expériences du même genre et ils ont constaté que le cyanure de potassium était bien réellement absorbé par l'estomac du cheval, après ligature du pylore. Ils en trouvaient en effet dans
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l'urine quelques heures après l'avoir fait pénétrer dans la cavité gastrique.
Du reste, cette absorption gastrique n'est pas aussi faible chez tous les animaux que chez le cheval. M. Colin a constaté que chez le chien, le lapin, le porc, l’absorption par la muqueuse stomacale est aussi active par la muqueuse intestinale. Quand on injecte dans l’estomac une dose déterminée d'un liquide toxique, on remarque en effet que la mort est à peu près aussi prompte que le pylore soit lié ou qu'il ne le soit pas. (Vulpian).
Cette question, somme toute, n’offre qu’un intérêt secondaire pour nous, notre intention n'est pas en effet d'étudier l'absorption par la muqueuse stomocale prise en particulier, mais bien l'absorption pour la muqueuse gastro-intestinale en général.
Or pour l'intestin, on ne saurait émettre de doute sur l’absorption par sa muqueuse des alcaloïdes et des poisons.
« L’intestin grêle ‘et le gros intestin, dit Beaunis, paraissent absorber en général plus facilement que l'estomac ». Et Vulpian « quant à l'intestin, on sait qu’il absorbe avec une assez grande activité la plupart des substances solubles qui sont mises en contact avec sa membrane muqueuse ». Ces substances ne sont certes pas toutes absorbées avec la même rapidité et c'esl même à cause de la lenteur d'absorption que l’on a pu croire que le eurare n’était pas absorbé par la voie gastro-intestinale supérieure chez les animaux. M. Colin cite des cas où il a pu injecter dans le tube digestif des
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chiens des doses énormes de poison sans déterminer d'intoxication ni même d'effets toxiques.
Ces expériences étonnaient et amenaient à penser naturellement que la muqueuse intestinale devait être réfractaire au curare, puisque le poison après avoir été successivement en contact et avec la muqueuse gastrique et avec la muqueuse intestinale, n’amenait aucun résultat.
Il a fallu que Claude Bernard vint expliquer que de
même que dans l'estomac, dans l'intestin l'absorption du curare est très lente, ce qui permet au poison de passer dans les urines au fur et à mesure qu’il est absorbé. Il en donnait une preuve bien frappante. Une forte dose de curare introduite dans l'estomac d'un chien ne produit pas d'effet, enlevons les reins à ce chien et nous le verrons succomber rapidement par suite de l’intoxication.
« Les reins, d’après une théorie plus récente, écrit Rabuteau, ne seraient pas les seuls organes venant s'opposer à l'intoxication dans ces cas. Dans un mémoire récent, H. Roger a montré quelle part il faut attribuer au foie dans la protection de l'organisme contre les intoxications ».
« Schiffet Lautenbach, dit Beaunis, admettent, d'après leurs expériences, que le foie a la propriété de détruire certains poisons organiques. Ainsi une dose de nicotine, qui injectée dans les veines ou le- tissu cellulaire sous-cutanée déterminerait la mort, reste sans effet ou ne produit que des effets bien moins marqués quand on l'injecte dans l'intestin ou dans une branche de la
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veine porte; de même de la nicotine triturée avec du foie perdrait en partie ses produits toxiques. La neutralisation des propriétés toxiques est encore plus marquée avec l'hyosciamine. Lautenbach a obtenu les mêmes résultats avec la conicine, avec le venin du Cobra ».
«Dans l'absorption gastro-intestinale, dit également Chapuis, et c’est là le mode d'introduction le plus usité. le poison n'arrive aux organes essentiels qu'après un trajet assez lent et assez compliqué. Il est absorbé par les capillaires, les veines mésaraiques et les chylifères. Avant d'arriver au cœur et d’être projeté dans la cireulation générale, il traverse donc le foie. La substance toxique pourra ainsi ne pas pénétrer dans la circulation parce qu’elle peut être éliminée avant que d’y arriver. Elle a en effet à traverser le système de la veine porte, le foie, les veines hépatiques, le tissu pulmonaire, or, dans ce trajet, elle peut être éliminée dans le foie par la bile, dans le poumon par exhalation, surtout si elle est volatile. Les expériences de Monge et Claude Bernard avec l'hydrogène sulfuré le prouvent bien. Une substance toxique introduite dans le tube digestif peut donc rester sans action par le fait de son élimination totale ou partielle avant qu'elle ait pénétré dans le système artériel. »
En définitive l’absorption des médicaments et des poisons ingérés par la voie gastro-intestinale supérieure n’est pas contestable. Mais cette absorption est lente et les produits absorbés sont parfois éliminés avant de pénétrer dans les artères. Du reste bien des conditions peuvent influer sur la rapidité de l'absorption.
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Ainsi la vacuité ou la plénitude de l’estomac, a une influence capitale. D'après Erschen le ferrocyanure de potassium administré à un lapin :
Si l'animal est complètement à jeun est absorbé au bout d’une minute.
Si l'animal est à jeun de 4 heures, il faut 2? minutes — 4 heure 12 — 6à7T — — 25 minutes — 16 - == 2 minutes — 30à40 —
Quand le tube digestif est vide l’absorption est donc presque instantanée, tandis que dans les autres cas, elle est plus ou moins lente. Pourtant cette règle n’est pas sans exception. Les effets de certaines substances sont parfois rendues plus rapides et plus certains par le fait des matières en digestion dans l'estomac, c’est ce qui peut avoir lieu pour les cyanures qui dans ces conditions dégagent immédiatement de l'acide cyanhydrique.
Ces faits sont bien connus et en thérapeutique on y prête grande attention. On voit fréquemment les praticiens recommander à leur malade d'éviter certains aliments le jour où il prend certains médicaments.
Il. L’absorption des médicaments et des poisons poutelle se faire par la voie rectale ?
L'absorption par le rectum est non moins connue dans la pratique que l'absorption par la voie gastrointestinale supérieure.
Depuis longtemps déjà on donne parfois à des malades les médicaments dans des lavements.