II. — Le Cœur de l'Embryon
« IL est, dit ARISTOTE (1), dans la nature du cœur de battre dès les premiers commencements de la vie; on peut s’en rendre compte et par les vivisections et par l’étude des poulets dans l’œuf ».
Les recherches modernes, qui ont principalement porté sur le cœur embryonnaire des oiseaux, ont confirmé et étendu cette manière de voir. A vrai dire, on n’a pas établi exactement à quel moment a lieu la première contraction; poser ainsi la question serait d’ailleurs mal la poser, car les premières eontractions enregistrables par la photographie (FANO) ou même simplement observables, ont peut-être été précédées de contractions imperceptibles progressivement accrues (BOTAZzI et FANO), en tous cas d’oscillations dynamiques d’abord inefficaces. La discontinuité dans la vie physiologique est, sans doute, plus apparente que réelle, les phénomènes ne commencent pas
(1) De Respir., chap. III. !
idee
nécessairement lorsque nous les percevons, et il ne faut pas toujours identifier la première perception que nous en avons avec leur première ébauche, L'existence même de seuils de production de phénomènes n’est pas inconcilable avec cette notion.
S'agit-il, dès le début, d’une activité rythmique régulière ? Des résultats contradictoires ont été donnés sur ce point. En ce qui concerne la fréquence, on a indiqué, pour le cas particulier du poulet au deuxième jour, des chiffres excessivement variables : 150 pulsations à la minute (BAER), 90 à 146 (VERNICKE), 40 à 60 (KOLLIKER), 40 (RE- MAK). Dans le cas d’œufs de poule fécondés, placés des la ponte dans une étuve à température invariable ou intentionnellement modifiée, nous avons pu nous convaincre, par nos observations personnelles, de l’extrême variabilité des résultats, en fonction de facteurs connus, mais aussi d’autres conditions qui jusqu’à présent nous échappent. On n’est pas davantage d’accord sur la ques‘ion de savoir s’il s’agit d’une activité rythmique régulière d’emblée (His), ou plus ou moins régulièrement arythmique (PREYER), d'autant qu'il est difficile de faire la part des modifications qui peuvent résulter des conditions d’observation (changements de température, d’état hygrométrique du milieu, notamment). Mais que l’uniformité rythmique de ces contractions soit réalisée d’emblée, ou que ces contractions s’acheminent progressivement vers la rythmicité, un fait reste acquis : c’est la précocité de cette activité.
Le cœur, qui n’est encore, histologiquement, qu’un « tube de protoplasme vivant », à peine différencié, renfermant un peu d’hémolymphe, séparé du reste de l’em-
bryon, continue à se contracter longtemps, même vide. L'origine de ces contractions n’est pas à rechercher dans l’excitation fortuite des éléments qui composent le cœur à ce moment. L’excitabilité du cœur dans les premiers jours du développement est très faible; sa résistance aux excitations extérieures très considérable. Il n’y à aucun parallélisme entre les variations (spontanées ou provoquées) de l’excitabilité et l’activité du cœur embryonnaire; un cœur fonctionnant activement peut être très peu excitable et vice versa. Longtemps après que tout mouvement cardiaque a cessé, tous les segments conservent encore leur excitabilité. (BOTAZzIi).
En place ou excisé, le cœur embryonnaire donne des contractions semblables. La contraction présente une forme péristaltique; l’onde chemine de la région veineuse à la région artérielle, avec une vitesse qui varie suivant les conditions de vigueur ou d’épuisement de l’organe de 11,5 à 3,6 millimètres par seconde (FANO et BADANO), avec un ralentissement vers la partie médiane (BOTAZzzi).
En résumé, abstraction faite des phases de son développement et des particularités de sa structure, que nous traiterons ailleurs, le cœur de l'embryon possède en luimême les causes de ses contractions rythmiques, c’est-àdire de son fontionnement régulier; c’est un appareil automatique.
Nous avons parlé du cœur embryonnaire d’oiseau parce qu’il a été l’objet des études les plus importantes, pour des raisons de facilité, alors que des raisons analogues ont amené à négliger presque complètement, jusqu’à ces derniers temps, l'étude du cœur d’oiseau sorti de l’œuf Toutes proportions gardées en ce qui concerne la rapidité