‹ Étude Expérimentale et Critique sur l'automatisme du cœurChapitre 14 sur 103 · ET RES · texte numérisé non relu

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vice versa il suffit de réaliser dans le cœur excisé une tension suffisante pour que réapparaissent les contractions (FRÉDERICQ (1), RANSOM (2). De même, le cœur isolé d’écrevisse continue à battre (BRANDT), mais seulement si l’on prend certaines précautions, ce qui explique les résultats contradictoires observés (CARUS).

Inversement, des conditions nouvelles peuvent résulter de la séparation, conditions capables de jouer un véritable rôle de suppléance, et de masquer ainsi le rôle réel de tel facteur essentiel dans les conditions normales. C’est donc, toutes choses égales d’ailleurs, du moins en se rapprochant autant que possible des conditions normales, que l’on peut dire si un cœur a ou n’a pas besoin de ses connexions anatomiques (vaisseaux et nerfs), pour manifester une activité régulière; s’il est ou n’est pas automatique.

Chez certains organismes inférieurs, la preuve de l’automatisme du cœur est fournie par les conditions naturelles sans qu’il soit besoin de faire intervenir des conditions expérimentales ; c’est, par exemple, le cas pour les insectes pendant la métamorphose; c’est le cas de certains tuniciers bourgeonnants (Botrylloides rubrum, B. Schlosseri, B. Violaceus, etc.) si bien étudiés à ce point de vue par PIz0N (3).

(1) FREDERICQ. — Recherches sur la physiologie du Poulpe commun (octupus vulgaris), (Arch, de zool. exp., 1878, VII, p. 535).

(2) RaxsoM. — Of the cardiac rythm of invertebrata. (Journ. of. Physiol., 1885, p. 261).

(3) Antoine PIZOoN. — Sur la persistance des contractions cardiaques pendant les phénomènes de régression chez les Tuniciers. (C. R. Acad. des Sciences, CXXIX, 21 août 1899,

p. 415-416. — Etudes biologiques sur les Tuniciers coloniaux fixés (Bull, des sciences nat. de l'Ouest, 31 mars 1899).

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Dans ces colonies, sans cesse en voie de transformätion, où constamment des bourgeons jeunes possédant un cœur se développent aux dépens des produits de désintégration des oozoïdes en voie de régression, pour se désintégrer à leur tour, on constate que le cœur préexiste aux autres organes et qu’il leur survit.

En effet, dès la première journée de la régression de l’oozoïde, à un moment où le bourgeon est rudimentaire, où il n’a pas ouvert encore ses orifices, le cœur de ce bourgeon commence à battre, devançant ainsi de deux ou trois jours la première manifestation d'activité des autres organes.

Plus tard, cet oozoïde entre en régression, « ses orifices se ferment, la branchie se contracte et ses éléments se dissocient ; les autres organes, intestin, ganglions nerveux, etc., ne tardent pas à subir la même désintégration et le tout se résout en un amas de globules isolés ou réunis par petits paquets. Mais le cœur reste intact au milieu de cette \légénérescence générale, et conserve son activité fonctionnelle ».

Et, de fait, à continue, ce cœur, à jouer un rôle; par suite de ses contractions, « les élément sanguins et les globules provenant de la destruction des organes larvaires sont chassés dans l’appareil circulatoire colonial; ils s’accumulent dans les cavités du jeune bourgeon en voie de développement et surtout dans les huit ampoules ectodermiques de la périphérie, autour desquelles la production de la substance tunicière est extrêmement active ».

De la sorte, tandis que le bourgeon s’accroît, la masse de l’oozoïde diminue de plus en plus, et pourtant, jusqu’au troisième jour, le cœur « a continué à battre régulièrement,

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Il se ralentit alors progressivement, finit par s'arrêter, puis se désagrège à son tour ».

PIZON (1) a observé des phénomènes analogues de précocité et de vitalité des battements du cœur chez les Diplosomidés (Dipl. spongiforme). Chez ces arimaux, chaque ascidiozoide se constitue par la soudure de trois tronçons primitivement distincts : « 4° l’anse intestinale, moins l’æsophage et le rectum, formée par un diverticule de l’æsophage du parent; 2° le sac branchiai, formé par les tubes épicardiques du parent; 3° le rectum, qui est un diverticule de ce même parent. Or, dès que le cœur s’est détaché à son tour de ces tubes épicardiques, il se développe très vite et se met à battre aussitôt; il associe ses contractions à celles du cœur du parent, sans qu’il y ait toutefois synchronisme parfait. À ce moment les trois tronçons qui doivent constituer le corps du jeune ascidiozoïide ne sont pas encore soudés en un tout continu, ce qui montre que l’activité fonctionnelle de cet organe est loin d’être liée à celle du reste du corps ».

Réciproquement, le cœur des diplosomes continue à battre pendant plusieurs jours après que les ascidiozoïdes sont entrés en voie de désintégration. Ghez les larves mortes depuis 48 heures, les cavités sanguines, le cœur et l’épicarde sont remplis de produits de dissociation et malgré cela l’activité du cœur persiste. A mesure que l’accumulation de ces débris rend plus pénible le travail du cœur, celui-ci se ralentit jusqu’au moment où il lui

(1) Antoine P1IZON. — Physiologie du cœur chez les colonies de diplosomes (ascidies composés). (C. R. Acad. des sciences, CXXXIV, 23 mai 1902, p. 1528).

RE devient impossible d’entretenir un courant dans cette masse devenue compacte.

Ici encore certaines conditions sont nécessaires à l’observation du phénomène. C’est ainsi que chez ces larves en dégénérescence, la dessication amène l’arrêt immédiat du cœur; mais il est encore possible, au bout de cinq minutes, de faire réapparaître des contractions, voire des contractions beaucoup plus énergiques qu'auparavant, en ajoutant quelques gouttes d’eau à la préparation.

Dire qu’un appareil fonctionnant dans ces conditions est autonome, mais non autogène, nous paraît une distinction inutile ici. Sans doute, toute vie (sociale, individuelle, organique ou tissulaire) es: le résultat d’un conflit entre l’être et les conditions où il se trouve placé, mais il n’y a pas de raison, si l’on considère les conditions normales comme des excitants, pour ne pas considérer également comme des excitants l’absence normale de telle condition possible, ayant, par exemple, une action inhibitrice ou empêchante.

Préexistence du cœur aux autres organes, survie de plusieurs jours à la désintégration des mêmes organes, c’est-à-dire à leur mort, avec conservation d’une activité régulière fournissant un travail utile, nous croyons pouvoir appeler cela de l’automatisme cardiaque.

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