‹ Étude Expérimentale et Critique sur l'automatisme du cœurChapitre 37 sur 103 · LERS TER · texte numérisé non relu

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rythmiques après la séparation. Qu'il s'agisse d’un cœur précédemment arrêté par la ligature sino-auriculaire, ou d’un cœur normal, ce rythme n’a aucune relation avec le rythme sinusal : c’est un rythme ventriculaire indépendant (1).

Y a-t-il là une preuve de la diffusion de l’automatisme au segment ventriculaire dans les conditions normales (2) ?

Pour le déterminer, il faut établir si la ligature a agi en soustrayant le ventricule, appareil alors normalement automatique, à une action inhibitrice de voisinage, ou Si la ligature à agi à la manière d’un excitant capable de faire naître des contractions rythmiques.

Dans la première hypothèse, l’action inhibitrice supposée, ou bien aurait été mise en jeu par la séparation sinoauriculaire, ou préexistait à cette séparation. Nous pensons la première manière de voir suffisamment infirmée par l’absence d’effet inhibiteur de la ligature du sinus. Dans le deuxième cas, le ventricule séparé des autres segments serait capable d’entrer spontanément en activité rythmique; mais quand il communique avec l’oreillette, il ne

(1) Un rythme ventriculaire identique à celui du sinus ou présentant avec lui un rapport fixe correspond évidemment à une ligature insuffisante ; il est facile, dans ce cas, de vér1fier que la conduction n’est pas interrompue pour les excitations artificielles.

(2) Il importe de remarquer comment nous posons cette question ; nous ne nous demandons pas ici si le ventricule est capable, dans certaines conditions, de manifester des contractions rythmiques automatiques (Voir chap. IV). Nous nous demandons seulement si les phénomènes consécutifs à la ligature établissent la préeristence, avant cette ligature, d’un automatisme ventriculaire,

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manifesterait jamais cet automatisme, parce que celle-ci aurait une influence inhibitrice permanente, influence compensée dans le cœur entier par l’action antagoniste du sinus.

Quoi que l’on puisse penser de cette conception, il .reste que dans le cœur entier, c’est-à-dire dans les conditions normales qui seules nous occupent en ce moment, le ventricule a besoin de l’action du sinus pour manifester son activité; il ne possède donc pas en luimême toutes les causes de son fonctionnement (1). On 1e saurait dire qu’il est normalement automatique.

Enfin, le fait précité : possibilité d'obtenir l’arrêt diastolique après la ligature auriculo-ventriculaire, serait inexplicable dans cette hypothèse.

Le rôle excitant de la ligature est, par contre, facile à mettre en évidence : que l’on emploie, comme GASKELL, un collier muni d’une vis micrométrique ou plus simplement, comme nous-même, un fil, en serrant la ligature en plusieurs temps, on observe à chaque fois une contraction, plusieurs contractions ou une série de contractions, suivant la force de l’excitation. Le phénomène est alors absolument superposable à ce qu’on peut observer au moment de la ligature du sinus. Avec un peu d'habitude, on arrive ainsi à produire à volonté tel ou tel effet.

En dénouant avec précaution la ligature auriculo-ventriculaire, on réussit souvent, comme l’a le premier montré

(1) Nous verrons que le rythme idio-ventriculaire n’atteint jamais, dans les meilleures conditions, le rythme normal habituel,

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GoLTz (1) à interrompre ces contractions ventriculaires. Le même résultat est atteint, si pendant le rythme d’excitation on sépare la région ligaturée du reste du ventricule par une secion ou une ligature plus bas située.

Dans le cas de plusieurs systoles, celles-ci ne présentent pas un rythme régulier, mais toujours un rythme progressivement ralenti: le maximum de l’effet suit immédiatement la ligature. On sait qu’il en est tout différemment d’un cœur qui échappe à une action inhibitrice.

Ajoutons que la durée de la série de contractions dépend, dans une certaine mesure, de l’énergie de la stiction.

Enfin, dans de bonnes conditions de nutrition du cœur, à la suite d’une ligature brusque, l’excitation peut être telle que l’on arrive à l’arrêt systolique, comme l’a montré LUCIANI. |;

Donc, arrêt diastolique, rythme d’excitation indépendant progressivement ralenti, arrêt systolique, telles sont les trois conséquences possibles, immédiates, de cette séparation auriculo-ventriculaire (2).

(1) GoLrTz. — (Arch. f. Anat. u. Physiol., 1861, p. 201). Cet auteur à réalisé les expériences de STANNIUS en opérant sur un cœur placé dans un bain d’huile pour supprimer l’action irritante possible du contact de l'air. Dans ces conditions, une deuxième ligature sur un cœur arrêté produit un rythme d’excitation qui cesse si la ligature est enlevée.

(2) Dans ces expériences, la relation de causalité entre une excitation extérieure et la reprise des battements est trop évidente pour qu’il puisse être question d’automatisme ventriculaire. Nous analyserons ultérieurement des cas plus complexes, où la reprise se présentera avec des caractères particuliers de spontanéité ; mais, pour plus de clarté, nous aborderons cette étude dans un chapitre spécial, après que nous aurons précisé certains autres points indispensables à la compréhension du mécanisme de ces reprises, .

Ces résultats ne sont contradictoires qu’en apparence.

La région soumise à la ligature sert de passage à l'impulsion du sinus; d'autre part, elle est excitable. (V. chap. IT). Suivant la manière dont est faite la ligature, suivant l’excitabilité actuelle, on conçoit que telle ou telle action puisse prédominer (1).

Dans certaines circonstances, il est possible d’interrompre la conduction par une pression insuffisante ou trop progressive pour causer une excitation.

Dans d’autres circonstances, l’effet d’excitation se manifeste en même temps qu'est rompue la conduction; il y a ininterruption des battements; le rythme d’excitation prenant la place du rythme normal.

Dans un troisième cas, l’effet d’excitation peut se manifester avant que soit rompue la conduction (2), les deux rythmes entrent en conflit.

Enfin, nous verrons que des contractions rythmiques peuvent se développer progressivement dans le ventricule

(1) L’excitabilité est, nous le verrons, conditionnée par une foule de facteurs individuels, de temps, de saison, de temperature, de nutrition, etc.

(2) Quant aux périodes de LUCIANI, observées dans ces conditions, et dont on trouvera un exemple chap. IV, ROSSLAH a, depuis longtemps, montré qu'elles n'ont pas leur cause directe dans la ligature. (Ueber die Umwandling der periodisch aussetzenden Schlagfolge, etc, Art. a. d. Phys. Anst., Leipzig, 1872).

Au sujet de ces périodes de LUCIANr, voir notamment :

Lucrani. Ber, der. Sächs. Gessell., 1873. — RossBACH. Ber der Sächs. Gessell., 1874 —- O. LANGENDOREF. Arch, f. Anat. u. Physiol., 1884 — G. GaAGLio. Observations touchant l’expérience de Stannius Sur la ligature du sinus veineux du cœur. (Arch. Ital. de Biol., 1889, XII, p. 381-384).

isolé (v. chap. IV). On conçoit que cette reprise puisse succéder sans interruption au rythme d’excitation; l’effet fondamental de la séparation fonctionnelle, à savoir l'arrêt, peut ainsi être masqué. Il y a ininterruption des battements.

Le fait essentiel est qu’en tant qu’agent de séparation, la ligature peut arrêter le ventricule, ou ne pas interrompre l’arrêt s’il préexiste.

Du côté de l’oreillette, la séparation auriculo-ventriculaire est sans influence : l’état antérieur, arrêt ou activité persiste.

Au même titre que la septième ligature, et contrairement à l’opinion classique, cette expérience est donc en faveur de l’absence d’automatisme du ventricule.

En résumé : de même que le segment auriculo-ventriculaire dans son ensemble, les oreillettes et le ventricule sont dépourvus d’automatisme à l’état normal.

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