CHOIX D'UNE MÉTHODE EXPÉRIMENTALE
Pour mesurer l’absorption de la lumière (!}, on se sert de spectrophotomètres; ces appareils peuvent se diviser
(*) L'étude des radiations calorifiques paraît au premier abord plus facile que celle des radiations lumineuses; mais, pour rendre les mesures précises, il faut faire pénétrer dans les appareils un flux de chaleur considérable, employer par conséquent des cristaux de grandes dimensions, généralement peu homogènes dans toute leur étendue. Cet inconvénient très grave m'a fait renoncer à l'étude des radiations calorifiques.
(*) J’appelle corps colorés chimiquement les corps tels que le sulfate de cuivre, le ferricyanure de potassium, dans lesquels la coloration est due à la constitution chimique et non à des traces d’impuretés, comme c’est généralement le cas pour les cristaux naturels.
en deux catégories bien distinctes, suivant la méthode employée :
1° Les spectrophotomètres à plages contiguës, qu’on amène à l'égalité;
2° Les spectrophotomètres à disparition de franges (!).
Ces derniers n’ont guère été employés pour l’étude qui nous occupe : par suite de la persistance des impressions lumineuses sur la rétine, l’œil aperçoit encore les franges alors qu’elles ont complètement disparu, et les mesures, pour peu qu'elles soient nombreuses, deviennent rapidement très fatigantes. D'ailleurs, les appareils, en raison de leur complication, absorbent une grande quantité de lumière : if faut les éclairer avec une source intense, généralement difficile à maintenir constante.
Les spectrophotomètres le plus souvent employés pour l'étude de l’absorption sont ceux de MM. Crova (2), Glan (3), Vierordt (*). Dans ces appareils, la fente du spectroscope est composée de deux parties donnant deux spectres parallèles, placés l’un au-dessus de l’autre et dans lesquels les couleurs de mème réfrangibilité sont contiguës. L’intensité du spectre inférieur peut être modifiée dans un rapport déterminé et connu (au moyen d'appareils de polarisation, ou tout simplement en donnant à la
(*) Voir : VIoLe, Annales de Chimie et de Physique, 6° série, t. IIL; 1884. — TRANNIN, Thèse de doctorat; Lille, 1877. — JAMIN, Cosmos, t. X, p. 232; 1857. — Wizr, Pogg. Ann., t. XCIV, p. 235; t. XCVIIL, p. 568 et t. CXXXV, p. 99; 1858-1868, et Wied. Annalen, LOXXS D. 425 1089.
(2) Crova, Annales de Chimie et de Physique, 5° série, t. XIX, p. 472, et Comptes rendus de l’Académie des Sciences, t. XCIT, p.36, et t. XC;, p. 292.
(5) GLan, Wied. Ann., t. I, p. 351; 1877.
(“) Virorpr, Die Anwendung des Spectralapparates sur Messung des farbigen Lichtes; Tüb., 1871. — Die Anw., elc., sur Photometrie der Absorptionsspectren; Tüb., 1875.
Voir aussi : Puzrricu, Wiedmann Annalen, neue Folge, Bd. XIV;
6 C. CAMICHEL.
fente inférieure une largeur variable). Pour faire une mesure, on amène d'abord les deux spectres à l’égalité dans la région qu’on veut étudier, on place ensuite le cristal contre la fente supérieure et, en atténuant dans un rapport c l'intensité du spectre inférieur, on reproduit l'égalité d'intensité dans la région choisie : le coeflicient de transmission de la lame pour cette région du spectre est C.
Les appareils précédents ne se prètent guère à l'étude des cristaux; ceux-ci doivent être étudiés sous différentes inclinaisons et plongés la plupart du temps dans un liquide pour éviter les pertes de lumière par réflexion ou leur altération à l’air, et il n’y a guère de place devant la fente supérieure pour une cuve et une pince à cristal, munie de mouvements de réglage et de mouvements de rolation.
Le spectrophotomètre de M. Gouy (!}), dans lequel les deux plages contiguës proviennent de deux faisceaux de rayons parallèles sortant de deux collimateurs indépendants, est, au contraire, très commode (?). On place le cristal devant la fente de l’un des collimateurs : l’intensité du faisceau qui traverse l’autre collimateur peut être atténuée dans un rapport déterminé; M. Gouy emploie, à cet effet, deux nicols placés l’un en avant, l’autre en arrière de la fente du collimateur : le premier est mobile au centre d’un cercle divisé. Le déplacement latéral du faisceau lumineux par le nicol mobile est corrigé au moyen d’une lentille excentrée par rapport à l’axe de rotation. Malheureusement, cette correction n’est jamais complète; on n’est jamais sûr d'appliquer la loi de Malus en toute rigueur. Dans le dispositif que j'ai employé, j'ai préféré laisser les deux nicols immobiles et faire tourner, au moyen d’un
(*) Gouy, Ann. de Chim. et de Phys., 5° série, t. XVIII; r870. (*) L'appareil de M. Gouy a également le très grand avantage de donner des plages monochromatiques très étendues.
quartz d'épaisseur variable, le plan de polarisation de la lumière qui sort du premier nicol (1).