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CHAPITRE I

La déshydratation de l'organisme et la densité du

sang.

On sait depuis les travaux de Ch. RicxeT (1884- 1893) quelapolypnée constitue un admirable mécanisme régulateur de la température parlarespiration. Cette polypnée peut être de cause réflexe (élévation de température du milieu ambiant), ou de cause centrale. Chez le chien elle survient quand la température de l’organisme atteint très exactement {4 1°7.

Elle ne peut se produire qui si les besoins de l’organisme en oxygène sont satisfaits. Elle diffère donc absolument ainsi de la dyspnée. Elle est empêchée par les obstacles mécaniques, même très faibles, opposés à la respiration.

Ces quelques lignes, extraites de l’article « Chaleur » du Dictionnaire de Ricer (1898) (article auquel d’ailleurs on se reportera pour l’historique et la mise au point de la question) suffisent à définir la polypnée. Celle-ci supplée à la transpiration cutanée chez les animaux dont les téguments n’ont point de

glandes sudoripares.

Les animaux dits à sang froid subissent en fait les variations thermiques du milieu ambiant ; toutefois en seplaçantdans certaines conditions on peut mettre en évidence l'existence d’un système rudimentaire de régulation thermique.

J.-P. LANGLOIS (1902) exposant des sauriens, tels que Varanus, Arenarius et Uromastix au soleil vers midi, les vit présenter une accélération du rythme respiratoire tout à fait comparable à la polypnée. Ce n’était point de la dyspnée. J.-P. LANGLOIS (1901) ayant montré que si l’on faisait arriver CO?, dans la cloche où le saurien se trouvait en pleine polypnée, celle-ci cessait aussitôt.

L'évaporation active d’une quantité d’eau supérieure à la normale, à la surface pulmonaire ; tel est le mécanisme simple du refroidissement produit par la polypnée.

Chez les animaux ayant une transpiration cutanée à peu près nulle, les changements de poids subis par eux sur la balance indiquent assez exactement la quantité d’eau perdue par la respiration pulmonaire, et conséquemment la quantité de chaleur perdue. Ricuer a ainsi établi qu’un canard perd par heure en moyenne 1 gr. 75; agité, agr. 5; immobile, # gr. 2 et pendant la nuit 1 gr., 6. Un lapin perd en moyenne 1 gr. 75 ; agité, 3 gr. 5 ; immobile, 1 gr. 5. Un chien pesant 2 gr. 500 perd en moyenne 1 gr. 55, mais étant remuant et agité 2 gr. 3; tandis que couché et dormant il ne perd que 1 gr. 4.

On remarque que la perte d’eau, et par conséquent

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le refroidissement, est plus considérable chez les petits animaux que chez les gros. Ten est, en effet, du refroidissement pulmonaire comme du refroidissement cutané, et cela pour les mêmes raisons, surface pulmonaire plus étendue par rapport à l'unité de poids. Les petits animaux se refroidissent bien plus que les gros ; ils doivent donc produire par unité de poids d'autant plus de chaleur avec des combustions d'autant plus actives que leur poids est plus petit (Ricer, 1885).

Si l’on met sur la balance un chien qui a de la polypnée, on le voit perdre de son poids dans des conditions presque invraisemblables, RicHer cite un cas où un chien avait perdu 11 gr. p. k. p. h., or, la vaporisation de ces 11 grammes d’eau représente précisément en calories (6000 calories environ), trois fois la quantité de chaleur qu'un chien produit normalement.

L’exhalation d’eau est proportionnelle à l’activité respiratoire. Telle est la loi très simple qui régit la polypnée.

Dans les expériences que nous citons plus haut de J.-P. LaANGLoïIs sur la régulation chez les sauriens, l’auteur a enregistré la perte d’eau résultant de la polypnée.

Les animaux étaient à l’inanition absolue ; on pouvait donc admettre que leur quotient respiratoire restait constant et égal à 0,70.

Or, avec ce quotient la perte de poids par suite

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des échanges gazeux est nulle, et toute déperdition de poids représentait de l’eau évaporée.

Jusqu'à 38 degrés, dit P. LANGLOIS, la respiration s'accélère et passe de 10 à 60 ou8o (vers 37°5). Mais vers 38-39, brusquement le système passe de 80 à 320 par minutes, En même temps l’évaporation pulmonaire presque nulle jusque-là, devient très sensible pouvant atteindre 8 grammes par kilogramme d'animal pour une heure.

La température rectale, qui avait suivi ou même précédé la température ambiante, sans s'éloigner d'un degré, cesse de monter aussi rapidement sans toutefois rester stationnaire, mais l'écart peut dépasser cinq degrés.

Quoiqu'il en soit, il est donc un fait absolument certain, l'animal en polypnée perd de grandes quantités d’eau par évaporation pulmonaire ; il se déshydrate.

D'où vient cette eau? Des tissus de l'organisme, cela va de soi. La densité de ceux-ci doit donc se trouver modifiée.

Telle est la genèse des recherches queP. LAnGLotïs et moi (1902) avons poursuivies, afin d'étudier les variations de la densité du sang pendant la polypnée.

Le sang étant un véritable tissu, et surtoutle « milieu intérieur », l'instrument immédiat des échanges qui s’accomplissent entre le monde extérieur et la profondeur de l'organisme, son étude à ce point de vue nous a paru intéressante.

Le poids spécifique du sang ne peut être apprécié par diverses méthodes.

Méthode d'Hammerschlag (1890).—Cette méthode est basée sur le principe suivant : Un corps qui reste en équilibre au sein d’un liquide possède le même poids spécifique que ce liquide.

On mélange, dans une éprouvette parfaitement sèche et propre, du chloroforme (densité, 1526) et de la benzine (densité 0,889) en proportions telles que le poids spécifique du mélange soit environ 1057, c’est-à-dire celui du sang normal.

Avec une pipette eflilée, on recueille une petite quantité de sang, et introduisant la pipette dans le mélange, on en fait sortir en soufflant une goutte de sang. Si la goutte de sang tombe au fond de l’éprouvette, on ajoute goutte à goutte du chloroforme pour augmenter la densité du mélange; si elle surnage on ajoute de la benzine, jusqu’à ce qu’un dernier essai montre la goutte en suspension. Alors on peut admettre que la goutte de sang possède le même poids spécifique que le mélange. On filtre, on mesure avec un aréomètre, le poids spécifique du mélange; c’est celui du sang.

Ce procédé, disent BezaANGÇon et LABBé (1904), est plus compliqué qu'il ne parait au premier abord : si l’éprouvette n’est pas absolument sèche, la goutte de sang est attirée par les parois et s’y colle. Pour peu que la goutte de sang contienne une bulle d'air, elle a tendance à surnager.

Le mélange altère le sang et modifie son poids

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spécifique ; l'opération doit donc être conduite aussi rapidement que possible.

Le procédédeRoy (188/),et celuide LYONNET (1896), basé sur le même principe, mais utilisant un mélange d’eau etde glyetrine,le procédé de Faxo (1882) utilisant une solution de gomme arabique exposent aux mêmes erreurs.

La méthode de ScHMALTz (1891), qui n'est autre que l'application à l'étude du sang, du procédé du flacon utilisé par les physiciens, possède une plus grande rigueur ; mais elle est longue, délicate, et exige une balance de précision. Le flacon est ici remplacé par un tube à vaccin eflilé à ses deux extrémités, qu'on pèse successivement vide, plein d’eau et plein de sang,

LANGLOIS (1902), utilisant la méthode d'HAMMERS- CHLAG, avait été frappé des oscillations considérables de la densité du mélange (Chloroforme et benzine) avec des variations très faibles de température. Cet inconvénient lui donna l’idée d'utiliser la grande dilatabilité de la benzine pour déterminer la densité du sang.

J'aitout d'abord, dit-il, déterminé les variations de la densité du sang de chien oxalaté entre les températures de 20° et 35° ; elles sont de 1060 à 1050 ; puis les densités d’un mélange de chloroforme et de benzine ou toluène, ayant une densité des 1060 à 1%. Cette densité oscille de 1060 à 1035 entre 15° et 35e. Dans ces conditions il suffit en laissant tomber la goutte de sang dans un mélange de densité 1060 au

1070 de plonger le tube dans un milieu de température supérieure ou inférieure, et de noter le moment où la goutte de sang comme dans le ludion monte ou descend. Un dispositif pratique consiste à construire un thermomètre benzine-chloroforme dont la cuvette a deux centimètres cubes de capacité comme l’éprouvette utilisée pour la recherche ; les deux liquides présentent ainsi une oscillation thermique égale. On peut à la rigueur se servir d’un simple thermomètre à alcool ou même à mercure à ascension assez lente ; un panier métallique reçoit les deux récipients qui sont plongés simultanément dans le bain.

On peut faire rapidement plusieurs lectures successives, toutefois au bout de quelques minutes les mouvements de la goutte de sang ne coïncident plus avec les degrés thermométriques primitifs.

Cette modification, négligeable d’ailleurs dans les déterminations, lient à deux causes : 1°le mélange n'est pas homogène ; les deux composants s’évaporent dans des rapports inégaux, et par suite la densité du milieu varie : 2° bien que le mélange ne soit pas nuisible avec le sang il se produit des échanges entre le milieu et la goutte de sang qui altèrent sa composition.

Pour remédier à la première cause, LANGLotis a cherché un liquide homogène, non miscible à l’eau, de densité voisine de celle du sang.

Un corps voisin du salicylate de méthyle, l'ulmarène paraissait répondre à ces conditions. Malheureusement sa dilatation est trop faible, de 1065 à

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1048 entre 16 et 35 degrés. La seconde cause d’erreur est plus grave, elle existe aussi bien dans les méthodes de Roy et D'HAMMERSCHLAG.

Nos recherches ont porté exclusivement sur des chiens échauffés par des réflecteurs à gaz et profondément morphinés, 2 centigrammes par kilog. Le sang était recueilli dans l'artère carotide ; on prenait au minimum deux centimètres cubes, les premières gouttes étant rejetées quelquefois, la saignée a dû être plus considérable.

Le sang était reçu dans une coupelle mouillée, une solution d’oxalate dans un milieu glycériné, tel que la densité de la solution était de 1068.

Le choix d’une densité voisine de celle du sang étudié, la petite quantité restant dans la coupelle, ne modifiait en rien la densité du sang de l'animal et en retardait ainsi la coagulation, point essentiel surtout quand on opère avec des animaux ayant 4r°.

La méthode utilisée était tantôt celle de Roy, tantôt celle d’'HAMMERSCHLAG, très souvent les deux procédés se contrôlant ; notons cependant que nous avons substitué le formol au sublimé dans le premier, le toluène à la benzine dans le second.

Dans quelques expériences le chien était placé directement sur la balance enregistrante et on obtenait à tout instant la perte de poids, mais il fallait utiliser alors de petits animaux, et l'influence de la prise de sang se faisait fortement sentir. Il est préférable de placer l'animal sur une romaine très

sensible et déterminer à chaque prise les variations de poids à un gramme près.

On trouvera du reste ci-après les protocoles de quelques expériences :

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