V. — DES VARIATIONS DE HAUTEURS DU SON PAR ACTION MUSCULAIRE
[l'y « deux moyens de hausser le son, sans changer La tension de l'air :
À. — Traction de haut en bas sur l'angle du cartilage thyroïde. *
B. — Pression latérale de dehors en dedans sur les lames du thyroïde.
[l'y a un seul moyen de baisser le son :
À. — Traction ou pression d'avant en arrière sur l'angle du thyroïde.
Ces deux derniers moyens donnent de bons résultats
et sont facilement applicables au vivant (Michael,
Jelenffy) ; ils forment la base d’une méthode de manipulation externe du larynx dont j'ai déjà parlé. EXPÉRIENCE XX. — Le larynx étanten position d’équilibre vocal, et émettant un son donné, la traction verticale exercée de haut en bas sur l'angle du thyroïde peut élever ce son d'environ dix notes.
Soit un larynx de femme donnant en position d'équilibre de fausset la note UT,, la traction verticale plus forte lui fait produire le FA.
Soit un larynx d'homme donnant en position d’équilibre de poitrine le ML; la traction verticale l'amène à produire le LA3.
Cette expérience est digne d'attention et mérite quelques explications. D’abord elle est. en contradiction absolue avec l’enseignement de Fournié, qui nous dit que sur un larynx de cadavre la simple modification de la tension longitudinale produit au plus une gamme de quatre ou cinq notes : je n’ai d’autre rélutation à lui opposer que la constatation renouvelée plusieurs fois des faits que je rapporte.
Puis il y a lieu de se demander pourquoi l'étendue du chant vocal du larynx est en général beaucoup plus grande après la mort que pendant læ vie. Or, en ne considérant ici que la contraction du muscle cricothyroïdien, qui d’ailleurs est seule en cause, il ya deux raisons pour que cette action soit accrue chez le cadavre :
1° Parce que ce muscle n’a plus à lutter contre le thyro-aryténoïdien dont on ne peut simultanément imiter les actions complexes : de sorte que sa contrac-
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ÉTUDE EXPÉRIMENTALE SUR LA PHONATION. pi
tion, au lieu d’être contrariée, se fait avec une aisance plus grande ;
2° Parce qu’en raison de son petit volume, ce muscle, à de rares exceptions près, n’a pas la puissance indéfiniment croissante de la série de poids par laquelle on remplace son action. Cest ainsi que, dans mes expériences, les larynx de femmes dépassent toujours l’'UT; et atteignent souvent le FA.
Le tableau suivant, emprunté à Mueller, montre qu’en partant de la note LA qui correspond à la position d’équilibre vocal d’un larynx mâle en voix de poitrine, on peut, par une simple augmentalion de la tension en longueur produite par une addition croissante de poids, amener la glotte à fournir la note RÉ:.
La note laë, est produite par la tension d’un poids de 8 grammes.
ee Sa — — 16 — = Uls FT = 24 Eu ee Téx — — 40 = — AA TT Van 45 LE =s fas — — 56 or = fax. FES ER 64 KES > Sols Fe : Ve: 72 À == sOl*: FT E- 80 F3 == la, — — 88 Te — ak, = NES PEL — 104 — — Sis-ul, — — 112 — — ul A nu 120 LE et - LE Las 128 — eV ÉNTEES — rék, ae | = 155 — — mù — = IS re Fe = AT — Ati = LE 208 — — sol TR 7 248 LE == sOl*: Fa 4 272 EX — las Sc Nr 304 Le — Sa =) ce 400 St
La note wfs est produite par la tension d’un poids de 448 grammes, — Us — 472 — ER rés re ne 560 Le — VÉ# — — 592 — Plus de son.
Cette note RÉ, est de près d’une octave plus élevée queles plus hauts sons de poitrine de nos grands ténors. Mais où trouver un muscle crico-thyroïdien qui possède une force de près de 900 grammes ?
Peut-être sera-t-on choqué du fait que ces expériences s’écartent notablement des phénomènes ordinaires de la phonation chez le vivant, mais je tiens à déclarer qu'à mon sens la hauteur absolue des notes a peu de signification chez le cadavre, modifiée qu’elle est par une foule de circonstances nouvelles et accessoires; ce dont il importe uniquement de tenir compte, c’est la hauteur relative des notes extrêmes émises par un même larynx, c’est l’espace qui les sépare et qui mesure l'étendue du champ vocal.
EXPÉRIENCE XXI. — Quand on appuie latéralement, de dehors en dedans sur les lämes du thyroïde, le son peut monter d'environ une tierce.
J'indiquerai plus loin lexplication ingénieuse et vraie que Jelenffy donne de ce mécanisme.
EXPÉRIENCE XXII. — Quand, le larynx étant en position d'équilibre vocal, on vient à tirer d'avant en arrière sur le cartilage thyroïde, on fait baisser le son d’une quarte à une sixte.
Soit un larynx d'homme qui en équilibre donne le
Ml : une traction du thyroïde d'avant en arrière amène
on diapason à LA, ou SOI.
L'action du muscle thyro-aryténoidien, que dès maintenant je dois appeler muscle re/ächeur des cordes vocales ligamenteuses, est donc ici manifestement d’abaisser la hauteur de la voix. Si j’exagère sa puissance, le larynx devient aphone, et j'ai ainsi expérimentalement déterminé cette disposition caractéristique produite en pathologie par la paralysie des muscles erico-thyroïdiens ou plus souvent des nerfs laryngés supérieurs; seulement ce syndrome clinique coïncide avec une glotte très étroite tandis que chez le cadavre je l’obtiens avec une glotte très large. C’est qu’en effet chez le cadavre je ne puis simuler complètement l’action du thyro-aryténoidien; chez le vivant, en se contractant, il se bombe en son milieu et rapproche les lèvres de la glotte tout en les maintenant détendues ; de sorte que la largeur de la glotte caractéristique de sons graves obtenus expérimentalement, est un phénomène cadavérique dù à la flaccidité du muscle thyro-aryténoïdien.
Remarque. — J'appelle position d'équilibre vocal du larynx cadavérique un état tel qu'il n’y ait prédominance d'action ni du muscle tenseur, ni du muscle relâcheur des cordes vocales; la note émise dans cette situation est d’une quinte ou d’une sixte supérieure au son le plus bas, et d'environ un dixième inférieure au son le plus haut émis par ce larynx. Cette position d'équilibre est due, chez le cadavre, uniquement à une action opposée des ligaments élastiques des cordes vocales qui tendent à raccourcir la glotte et du ligament crico-thyroïdien moyen qui tend à lallonger. C’est là un état purement cadavérique qui correspond
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à peu près à ce qui s’appellerait chez le vivant la posilion d'intonation normale ; mais comme chez le vivant il y à lieu de tenir compte d’actions musculaires infiniment plus complexes que de simples tractions élastiques qui survivent à la mort, il en résulte que la position d'équilibre vocal et la position d’intonation normale ne présentent point entre elles une concordance absolue, et ne correspondent point à une même note de l’échelle vocale. Dans les pages que je consacre plus loin à l'étude, jusqu'ici fort négligée, de lintonation normale, je crois donner la raison de ces différences.