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H£ LA TENSION PASSIVE DES CORDES VOCALES

$ IV. — DU MÉCANISME DE LA TENSION DES CORDES VOCALES PAR LA PRESSION DE L’AIR EXPIRÉ

Tous les physiologistes qui, voulant étudier le mécanisme de la phonation, ont expérimenté sur des cadavres — et ceux-là sont à mon sens les plus dignes de foi — sont d'accord sur ce point que la tension musculaire des cordes vocales restant fixe, on peut hausser le son en augmentant la pression de Pair qui fait vibrer la glotte. Les divergences dans les opinions ne portent que sur l’étendue de cette variation de ton.

Ferrein enseigne que quand le ton s’élève par accroissement de pression, la variation ne dépasse pas un demi-ton, au plus un ton entier.

Liscovius dit que, à égalité de tension des cordes vocales, le son peut monter d’une quinte quand on souffle plus fort : au delà de cette limite il devient criard.

Mueller tire de ses expériences la conclusion bien nette que voici : « à tension égale des cordes vocales par un poids, la force plus grande du souffle élève le son jusqu'à près d’une quinte et même plus. » Il ya donc, dit-il, deux procédés pour produire un même son : souffler doucement avec une tension donnée des cordes vocales; souffler fort avec une tension moindre. Ces deux sons diffèrent beaucoup quant à leur éclat. Celui qu’on obtient en soufflant doucement est bien plus fort que celui qu’on forme en soufflant plus fort avec une tension primitive moindre. Et Müller ajoute : € A-t-on atteint le maximum de tension avec lequel les cordes vocales donnent le son le plus aigu possible par un souffle tranquille, on peut encore, en soufflant plus fort, faire sortir quelques autres sons plus aigus mais criards. L'épreuve sur nous-mêmes nous lapprend aussi, et on voit par là combien les expériences sur le larynx de cadavre peuvent répandre de Jour sur la théorie de la voix humaine. »

Les expériences cadavériques que j'ai faites à ce sujet (Exp. XXII à XX VIID) m'ont montré que :

1° Les cordes vocales étant maintenues à un degré fixe de tension musculaire, les changements de pression de l’air expiré font varier d'environ une quarte la baüteur du son ;

2% Cette modification du son se fait plus aisément dans les notes basses que dans les notes aiguës; elle peut être d’une quinte dans le premier cas, tandis que dans le second elle est difficilement de plus d’une tierce; 6

3° Elle se produit beaucoup plus facilement dans le registre de fausset que dans le registre de poitrine.

Ce fait de la tension passive des cordes vocales par la pression de l'air expiré est indéniable : il importe d'en donner l'explication et d'en montrer lutilité grande.

Le son monte dans ces conditions parce que les

Fig. 9, 10, 11 et 12.

cordes vocales se tendent davantage, etellesse tendent davantage, parce qu’elles s’allongent.

Les figures ci-jointes représentent une coupe horizontale et une coupe transversale de la glotte dans deux positions qui correspondent à l'UT, et au FA» ,

La position UT, est obtenue par la tension musculaire, le souffle étant très modéré ; si l’on augmente alors la tension aérienne, on fait monter le son à la note RASE: et'en même temps on observe que la glotte s’élargit et que les cordes vocales se bombent à convexité supérieure. Ces deux changements ont pour résultatun allongement des cordes vocales. En effet, qu'on compare les figures 9 et10; les points A etB, quiindiquent les extrémités des cordes vocales, restent à la même distance, puisque la tension musculaire n’a pas varié ; mais quand la glotte s’élargit, ses bords décrivent une concavité plus grande, courbure qui ne peut s’accroître sans que ses bords s’allongent, puisque de deux ares de cercle menés d’un point à un autre, celui dont la convexité est le plus prononcée est évidemment aussi le plus long; il y a donc, du fait de la dilatation de la glotte en largeur, augmentation de la longueur des cordes vocales. Mais la convexité des cordes dans le plan vertical est également accrue (fig. 11 et 19}; par le même mécanisme que dans le cas précédent, cette augmentation de courbure amènera une augmentation de longueur. Il s’ensuit que, sous la pression du courant d'air expiré, les cordes vocales s’allongent par linfluence de deux forces dont l’une agit de dedansen dehors, l’autre de bas en haut; leurs insertions restant fixes, cet allongement amène nécessairement un surcroit de tension : d’où élévation du son. ; Il importe de faire remarquer que l’augmentation de pression de l'air expiré a pour résultat non seulement d'élever la hauteur du son, mais aussi d’en accroitre lintensité : les vibrations deviennent du

même coup plus nombreuses, plus amples. La note

est plus haute et plus forte. De plus, comme la glotte s’élargit à proportion qué la pression augmente, l'air expiré sort plus facilement, et ainsi s’explique qu'à égalité de hauteur une note puisse être tenue d'autant plus longtemps qu’elle est émise plus piano. Les recherches spirométriques confirment ces résultats.

Mais pourquoi cette élévation du son est-elle plus marquée dans les parties graves de la voix que dans les notes hautes? Parce que dans l’octave basse, les cordes vocales ligamenteuses relâchées et molles se laissent bomber et écarter plus aisément, tandis que dans les notes aiguës elles deviennent rigides, et, opposant une forte résistance à l’action de l'air, qui a peine à les mouvoir, elles se laissent moins déformer.

Et si cette variation de pression a surtout un effet utile dans le registre de fausset, c’est qu’à ce moment la muqueuse seule vibre — ainsi qu’il sera démontré plus loin, — et que cette membrane mince oppose à la tension aérienne une résistance bien moindre que la corde vocale ligamenteuse.

Tel est le principal mécanisme de la tension passive des cordes vocales par l'augmentation de la pression aérienne. Mais Hooper‘ enseigne que l’augmentation de la pression sous-glottique peut, par un autre procédé, amener une tension plus grande deslèvres de ia glotte.

Cet auteur, par ses expériences, démontre que dans le mouvement d’élévation en totalité du larynx, pendant la production des notes élevées, la pression de l'air donne lieu à un mouvement indépendant et

1. F. H. Hooper. Experimental researches on the tension of the vocal bands. Boston, Harvard medical School, 1883.

marqué des cartilages thyroïde et cricoïde , mouvement dont il n’a pas encore été fait mention jusqu'ici. L’insufflation par la trachée élève Le larynx en masse; mais le mouvement d’élévation du cricoïde est plus marqué que celui du thyroïde, de sorte que sous l'influence de fortes pressions, ces cartilages se rapprochent en avant; ce mouvement est analogue à celui que détermine la contraction du crico-thyroïdien, et comme lui produit la tension longitudinale indirecte des cordes vocales. Plus est grande la force avec laquelle l'air est chassé de la poitrine, plus les deux cartilages cricoïde et thyroïde se rapprochent, plus les cordes vocales sont tendues, et conséquemment plus Le son est élevé.

On n’insiste pas assez, dans les traités classiques, sur le rôle capital que joue la pression aérienne dans la détermination de lintonation laryngée; 1l n’y pas seulement, quand on étudie la formation des notes, à tenir compte du degré de contraction musculaire qui correspond à une hauteur donnée, il importe de considérer au moins autant la pression exacte de Pair expiré à ce moment. Nous ne pouvons donner une note vocale sans une certaine pression respiratoire : or cette pression à elle seule produit un degré de tension glottique qui s'ajoute à la tension déjà produite par l’action musculaire; de sorte que toute hauteur vocale résulte de la somme de ces deux tensions. Instinctivement ou par éducation nous faisons cette addition de forces avec une exactitude si bien combimée que toujours leur somme est telle que nous la voulons, sans cependant que nous sachions au juste quelle part de cette tension musculaire est attribuable à

l’action musculaire, quelle part à la pression aérienne. Je veux dire que quand le larynx veut produire une note,un UT, parexemple, accommodation par action musculaire se fait à peu près pour le SI: ou le ST; ; et c’est la pression de l’air expiré qui se charge de compléter la tension nécessitée par l'UT,. Or si activement la tension glottique s’accommodait d'emblée à PUT., elle ne pourrait se maintenir à ce diapason qu'avec une pression respiratoire {héoriquement nulle; car si légère qu’elle soit, cette pression aérienne détermine un accroissement de tension qui fera délonner la glotte vers une note plus élevée.

Les chanteurs savent bien tout l'avantage qu'ils peuvent retirer de ces variations de la pression expiratoire, et instinctivement ils s’en servent pour amener des résultats analogues à ceux que j'ai observés sur le cadavre (Exp : XXV et XXVI). Quand ils sont arrivés aux limites extrêmes de leur voix, quand leurs muscles contractés au maximum leur refusent tout nouveau service, 1ls appellent à leur aide les modifications de Ja pression expiratoire et parviennent ainsi à atteindre des notes inaccessibles à l’action musculaire.

Voilà pourquoi les ténors lancent à toute volée les UT, de poitrine : peut-être à ce moment leurs tenseurs, dans un effort suprême, sont-ils contractés de façon à ne donner que le LA, ; Pexpiration forcée augmente de deux tons la tension des cordes vocales et l'amène au degré voulu par lartiste. Mais que la note cesse d’être chantée forte, immédiatement elle baisse.

Pour la même raison, dans les parties basses de leurs rôles, les basses profondes émettent des sons si faibles que parfois on les entend à peine. C’est qu’en

effet la plus forte contraction des thyro-aryténoïdiens peut amener par exemple le relâchement de la glotte au SOL, pas plus bas : mais ce SOL,, est produitavec une pression aérienne normale; que cette pression baisse, la tension glottique qui en résulte diminue, et le larynx peut arriver ainsi à fournir un MI.,.

La conséquence qui résulte de cette tension passive des cordes vocales par l’air expiré, c’est que toute note est d'autant plus haute qu’elle est émise plus forte; de sorte qu’on pourrait croire qu’un son vocal ne peut modifier son intensité sans inévitablement altérer sa hauteur. Cela n’est pas. C’est même une question qui a toujours vivement excité la curiosité des physiologistes que de savoir comment un chanteur peut filer un son, Comment il peut enfler puis adoucir une note : sans modifier le moins du monde sa hauteur ; Mueller, qui à franchement abordé la solution de ce problème, a donné au mécanisme qui permet à la voix de modifier son intensité sans changer sa hauteur, le nom de compensation vocale.

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