À. — LE MUSCLE THYRO-ARYTÉNOÏDIEN NE VIBRE PAS
Bien des idées sont vraies qui cependant semblent paradoxales et qu’on rejette à tort, souvent faute de les approfondir. Inversement telle doctrine est universellement admise sans vérification par cela même que son enseignement s’accorde au mieux avec les idées généralement reçues, et pourtant elle est erreur. L’inconvénient dans le second cas est pire, car on dote la science d’une notion erronée, qui aura force de loi, à l'abri de laquelle des théories fausses pourront en toute aise se développer, grâce à qui enfin toute hypothèse vraie sera d'emblée écartée, parce qu’elles ne peuvent s’accorder ensemble : le danger est donc double. Dans l'espèce, la vérité enseignée par tous les traités de physiologie, ou presque tous, est la suivante : les divers tissus qui composent la corde vocale sont si intimement unis gwon ne saurait concevoir que l’un d’eux vibre isolément; quand l’oscillation vocale se produit, elle
doit entrainer tout l’ensemble de la corde vocale. Ne pas concevoir est un mode de raisonnement plus commode que scientifique, et qui évite de difficiles récherches expérimentales : malheureusement, tous les esprits n'étant point formés de la même façon, leurs conceptions sont diverses; celui-ci conçoit ce que l’autre ne saurait concevoir. Henle dit : « Les fils musculaires pénètrent si avant dans les cordes vocales et sont si intimement unies à la couche élastique qu’on ne peut se figurer que celle-ci vibre isolément... » Mais Fournier au contraire ne saurait admettre que le courant d'air soit suffisamment puissant pour mettre en vibration un corps aussi résistant que le muscle vocal contracté. Et ainsi de suite.
Il ya cependant un moyen simple de concilier toutes les opinions, et de donner à la théorie une base assez sûre, pour que toute Conception adverse qui naïitrait d'ailleurs ne püt prévaloir contre elle : je veux parler du procédé expérimental. Je suis si bien persuadé qu'en ces sortes de controverses une expérience peut rendre son verdict sans appel, que dans tout ce qui va suivre je ne crains pas de me mettre en contradiction avec toutes les doctrines enseignées jusqu’à ce jour au sujet du mécanisme de la phonation, puisque, durant mes recherches bibliographiques, j'ai trouvé beaucoup de théories voisines de la mienne, aucune identique.
Il y a trois parties constituantes des cordes vocales :
La muqueuse ;
La corde fibreuse :
Le muscle thyro-aryténoïdien interne.
Or, j'admets que Jamais le muscle ne vibre. Cela n'est point une conception ou une vue de l'esprit, non
plus qu’une déduction habilement tirée de la structure anatomique des parties : c’est un fait brutalement expérimental.
J'ai montré plus haut (1° partie, ch. TID qu’un chien à qui on enlève les cordes vocales ligamenteuses, tout en respectant le muscle thyro-aryténoïdien, devient aphone; et j'ai été en droit de conclure de cette expérience « que les sons du registre de poitrine sont dus uniquement aux vibrations de la partie ligamenteuse des cordes vocales, et que le muscle thyro-aryténoïdien ne vibrait pas pendant leur émission ».
Et maintenant que ce fait est démontré par l’expérimentation, 1l importe de rechercher s’il concorde ou se met en contradiction avec les principes fondamentaux de la phonation.
Les auteurs classiques qui enseignent que le muscle thyro-aryténoïdien vibre pendant la phonation, et qui d'autre part admettent que ce muscle est tenseur des cordes vocales, se trouvent dans la nécessité d'expliquer comment 1l se fait que l’anche vocale rende un son d'autant plus élevé qu’elle est plus épaisse. Que ce fait soit absolument en contradiction avec la loi de la physique, on s’en inquiète peu; on sauve la théorie en admirant le merveilleux agencement du corps humain, et chemin faisant on se dispense de toute explication. L’anche humaine est la seule quise tende en s’épaississant.
Cette forme de phrase a fait fortune. Par malheur il est aujourd’hui parfaitement démontré que l’anche humaine s’amineit à mesure qu’elle se tend.
« Malgaigne avance que l'épaisseur de la partie vi-
brante des rubans vocaux diminue à mesure que leur
tension augmente; il développe dans plusieurs passages cette pensée, que cet amincissement contribue pour sa part à Pélévation du ton. Cette remarque est très juste, ajoute le professeur Gavarret, car l’amincissement s’accompagne nécessairement d’une diminution du poids de la partie vibrante, et par suite favorise l'accélération du nombre des vibrations ‘. »
Stoerk? a pratiqué l’examen laryngoscopique chez dessujets maigres dont lelarynx était éclairé de bas en haut à l’aide d’une forte lumière dirigée sur le cou et pénétrant dans la trachée à travers les tissus. « Quand on fait tomber extérieurement une lumière intense sur la partie inférieure du larynx, on voit dans le miroir laryngoscopique la lumière paraître de mieux en mieux à travers les cordes vocales à mesure que le son monte, jusqu’à ceque, dansle registre de fausset, il semble n’y avoir plus qu’une fine membrane qui recouvre la source lumineuse. »
On n’est donc plus en droit d'admettre que, par un privilège spécial, l’anche vocale soit la seule qui se tende en s’épaississant, puisqu’au contraire elle s’amincit en se tendant. Au reste, chaque fois qu’une théorie se met en opposition directe avec les lois naturelles ou physiques, et appelle à son aide la suprématie de l’action vitale-ou tout autre principe métaphysique de même acabit, on peut être assuré qu’elle est faussé.
Voyons maintenant si d'autre part le rôle vibrant: du muscle s’accommode: mieux-avec ses fonctions récemment démontréés de relàcheur dela glotte : mais on le place ‘alors dans: une- situation bizarre: Le