B. — DU MÉCANISME DES REGISTRES DE POITRINE ET DE FAUSSET
Arrivé en ce point de mon étude, je crois le moment venu de définir la théorie des registres de poitrine et de fausset telle que je l’ai déduite de mes expériences sur les larynx de cadavre. Je n’admets pas dans la phonalion un troisième registre dit « voix mixte », et Je suis absolument de lavis de Vacher quand il écrit : « Quant à la voix mixte, elle me parait formée de la même manière que la voix de poitrine, Car Jai constaté que la glotte ne changeait pas de forme dans lémission d’un son de cette nature ; seulement les vibrations sont adoucies, diminuées de force par l'art du chanteur. »
J’admets donc :
Que dans la voix de poitrine le muscle thyro-aryténoïdien est toujours contracté.
La corde ligamenteuse ct la muqueuse vibrent ensemble.
Que dans la voix de tête, le muscle thyro-aryténoidien se relâche.
La corde ligamenteuse ne vibre pas.
La muqueuse seule vibre.
Tout cela n’est pas une hypothèse, mais une théorie qui procède des faits. Dans la partie purement expérimentale de ce travail, j'ai consacré deux chapitres à étudier toutes les modifications qui se passent dans la glotte pendant la production de ces deux registres ; je n’y reviendrai pas pour éviter de fastidieuses redites. Le fait est tel: la conclusion qui en découle s'impose. Reste à trouver l'explication intermédiaire que chacun peut imaginer à sa guise. Je ne prétends pas expliquer pourquoi les voix de poitrine et de tête sont produites de cette façon : je me contente d'établir comment elles sont émises. Si, d’une part, J'ai expérimentalement démontré ces faits, et si, d’autre part, je prouve qu’ils s'accordent parfaitement avec nos connaissances anatomiques, physiologiques et laryngoscopiques sur cette matière, sera-t-on en droit de m’accuser d’erreur parce que je n’en aurai pas trouvé d’interprétation absolument claire et de nature à frapper les esprits ?
Au reste, si l’on veut une explication, en voici une plausible.
Dans le registre de poitrine : le thyro-aryténoïdien
en se Contractant repousse en dedans la corde ligamenteuse et rétrécit la glotte; par suite de cette contraction, la corde ligamenteuse se décolle du muscle, en même temps que le rétrécissement de la glotte augmente la tension de l’air : la corde fibreuse ainsi libérée, mise en mouvement par un courant d’air assez fort, vibre en entraînant la muqueuse.
Dans le registre de fausset : le muscle thyro-aryténoïdien relâché permet à la glotte de se laisser distendre par le courant d’air expiré, qui éprouvant moins de résistance à franchir l’anneau laryngien diminue sa pression; le courant d’air devenu trop faible pour faire vibrer la couche fibreuse, maintenant accolée au muscle, détache la couche muqueuse qui vient vibrer dans la lumière de la glotte.
Et maintenant, si l’on veut me demander pourquoi J'admets tout cela, je répondrai : parce que cela est. Encore une fois, que linterprétation que j'en donne soit trouvée mauvaise, jy consens; vienne quelqu’un qui en trouve une meilleure et je me rangerai immédiatement à son avis. Mais le fait fondamental, expérimental est indéniable : la membrane seule vibre dans la voix de fausset, la corde ligamenteuse et la muqueuse vibrent ensemble dans la voix de poitrine. Que si lon trouve dans l’histoire normale et pathologique de la phonation un seul fait qui ne s’accorde pas avec cette doctrine, j'y renonce tout le premier. Aussi bien vais-je essayer de démontrer que ce fait n’existe pas.