‹ Étude expérimentale sur la phonationChapitre 48 sur 62 · C. — CONSIDÉRATIONS HISTORIQUES · texte numérisé non relu

C. — CONSIDÉRATIONS HISTORIQUES

En établissant la théorie précédente je ne prétends

point faire œuvre d’innovateur. Le principe sur lequel elle repose, qui place la cause de la distinction des registres dans la différence de volume et de nature des anches vibrantes, a depuis longtemps déjà été conçu. Si parmi les doctrines nombreuses professées sur ce sujet on veut bien faire une sélection spéciale, on en trouvera un grand nombre qui admettent ce principe etqui ne diffèrent de mon opinion que par leur localisations anatomiques; les citer sera fournir à ma théorie la tutelle d’autorités incontestées. Aucune d’elles n’est rigoureusement semblable l’une à l’autre, mais toutes résultent du même principe : la masse et non point la longueur de lanche variant suivant le registre: à travers leurs divergences de détails, il sera aisé de saisir leur analogie fondamentale.

1835.— Lehfeldt! a observé que dans la voix de poitrine les cordes vibrent dans toute leur épaisseur, y compris le muscle thyro-aryténoïdien, tandis que dans la voix de fausset les vibrations sont limitées à leur bord interne; dans les deux cas les cordes vocales ont la même longueur. Lehfeldt est donc le premier qui ait attribué les différences de registre aux différences de volume de l’anche vibrante.

1840.— Le passage suivant du mémoire de Garcia ?, où 1l est traité du mécanisme de la voix mixte, est des plus intéressants au point de vue actuel :

« Certains sons très aigus et très minces de la voix de poitrine sont produits suivant nous par les vibra-

1. Lehfeldt. Nonnulla de vocis formatione, in Diss. inaug. phys. Berlin, sr

2. Garcia. Mémoire sur la voix humaine, in Mémoire de l'Acad. des sciences, 1840.

tions seules des bords de la glotte.; qu'un chanteur convenablement exercé relâche complètement les muscles extrinsèques, que, ensuite, au moyen d'une contraction bien calculée du thyro-aryténoïdien et du crico-aryténoïdien postérieur il rapproche jusqu’à les réunir presque l’un à l’autre les ligaments de la glotte et qu’en outre il amincisse de plus en plus la colonne d'air jusqu’à la réduire à un filet très délié, il obtiendra des sons d’une extrême ténuité, et en même temps d’une pureté et d’une clarté parfaite. Ges notes n’attelgnent tout leur éclat qu’à partir du mis . De ce point elles peuvent s'élever chez les ténors jusqu’au #4 , rés ; mi . On entend de même les basses tailles profondes donner le fas,le sol3, le las... ne tiendra qu’au chanteur de s'assurer que ces sons appartiennent réellement au registre de poitrine : il lui suffira d’augmenter la pression de l'air, de contracter les parties de l'organe qu’il tient dans un état de relâchement; alors les vibrations des ligaments vocaux se communique ront à l'instrument tout entrer, sans secousse et sans changer de nature jusqu'à prendre la puissance des sons de poitrine. »

Il me semble que Garcia fait ici confusion, et que les sons qu’il attribue à la voix mixte appartiennent en réalité à la voix de tête ; le MI" des ténors, Le LA; des basses profondes sont des notes de fausset et jamais: ne sont données en voix de poitrine.

Et puis, quelles sont, suivant Garcia, les modifications laryngiennes nécessaires pour passer de cette prétendue voix mixte à la voix de poitrine? augmenter la pression de l'air, contracter les parties de l'organe qui étaient dans un état de relâchement, faire en sorte

que les vibrations lémitées au bord de la glotte se communiquent à l'énsérument tout entier, n'est-ce pas au fond exactement le même mécanisme que celui que j'ai indiqué pour le passage de fausset en poitrine ?

1845. — Mueller! à expérimentalement établi une théorie qui aujourd’hui encore demeure debout, tandis que d’autres doctrines plus jeunes mais contraires à la sienne sont depuis longtemps renversées. On peut d’après lui considérer les sons de fausset comme lessons flûtés des notes de poitrine; car pour les produire, les parties aliquotes non de la longueur, mais de la largeur des cordes vocales, entrent en vibration pendant que les autres sont simplement distendues par air. Dans les sons de fausset comme dans les sons de poitrine les cordes vocales vibrent dans toute leur longueur; seulement pour produire les premiers leurs bords seuls entrent en vibration , tandis que dans le second cas la corde vocale vibre dans toute son épaisseur. La cause du registre de poitrine c’est la contraction du thyroaryténoïdien qui exerce une pression latérale de dehors en dedans sur la corde vocale ligamenteuse.

1853. — Harless” prouve expérimentalement que la vibration des bords de lu corde vocale produit la voix de tête, tandis que la vibration de toute la corde vocale produit la voix de poitrine.

1862. — Merkel” admet trois registres: registre de poitrine où les cordes vocales vibrent entières ; registre

4. J. Mueller. De la voix, de l’organe vocal el des autres organes producteurs des sons chez l'homme et chez les animaux, in Manuel de physiologie. Traduction. Jourdan, t. III, p. 167.

2. Harless, Stimme in Wagner's Handwôrterbuch der Physiologie, Bd. IV

3. G.-L. Merkel. Die Functionen des. menschlichen Schlund und Kehlkopfes. Leipzig, 1862.

de médium et de fausset, où les bords seuls des cordes vocales vibrent et où le muscle (hyro-aryténoidien se détend.

1868. — Helmholtzt attribue à un phénomène purement physique la différence de timbre et de hauteur des deux registres. « Au-dessous des fibrilles particulièrement élastiques des cordes vocales se trouve un üssutrès mou qui vraisemblablement joue un rôle dans la voix de poitrine en chargeant les cordons élastiques et en ralentissant leurs vibrations. La voix de tête prend vraisemblablement naissance lorsque la membrane muqueuse située entre les cordes vocales est tirée de côté, ce qui rend plus tranchant le bord des cordons, diminue le poids de la partie vibrante, tandis que l’élasticité reste la même. »

«Gette action, ajoute Bergonié?, serait donc analogue à celle des masses mobiles qu'on promène sur les anches de certains diapasons inscripteurs pour modifier leurnombre de vibrations. L’explication est assez séduisante : cependant, en admettant même, cé qui semble difficile, que le poids de ce tissu soit assez considérable pour modifier aussi fortement les conditions de vibration, on ne se rend pas très bien compte du mouvement du tissu en question du bord tranchant des cordes vocales jusqu’à: leur partie -adhérente:»

1869. — Marcet* conclut de ses observations quelles sons de tête ou de fausset sontivraiment produits par

1. Helmholtz. Traité physiologique de La musique. Traduction fran. Paris, in:8, 1868.

2. Bergonié. Phénomènes physiques de La phonation. Paris, 1883, p.65. 3. -W. Marcet. On he falsetto or head sounds of the human voice in The° London, Edimburgh and Dublin Philosophical Magazine and Journal of science, t. XXXVII, 1869, p. 289. qio .8S\U

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la limitation des vibrations aux bords des cordes vocales. Mais les faits pathologiques sur lesquels il se fonde pour établir une explication d’ailleurs fort obscure de sa doctrine, semblent plutôt faire croire que les sons sont dus à un raccourcissement des cordes vocales. Îl'admet dans les cordes vocales des nœuds de vibration parallèles à leurs bords; quand toute la largeur des cordes vocales vibre, les sons harmoniques dus à cette division en bandes longitudinales ne sont pas entendus et le son produit est un son de poitrine: mais si par un mécanisme spécial (accolement des cordes vocales sur une partie de leur longueur), Les bords viennent seuls à vibrer, de la vibration de la bande élastique étroite comprise entre les bords des cordes et l’un des nœuds de vibrations parallèles situés le plus près du bord naît une harmonique qui est un son de fausset.

1870. — Donders* a établi une théorie des registres de poitrine et de fausset qui, grâce à l’enseignement du professeur Gavarret, tend à se vulgariser parmi les médecins français.

Voici cette théorie :

« Lorsqu'un chanteur passe de la voix de poitrine à la voix de fausset, la partie vibrante de l’anche vocale change de longueur; sa partie fixe, qui était située, dans le premier cas, tout contre la paroi des cartilages, s'avance vers l’axe de la cavité laryngienne etun nœud de vibration se forme, à l'union du muscle thyro-aryténoïdien avec la fibreuse qui le recouvre. |

Donc (pour ne m'occuper que de ce qui m'intéresse en ce moment, Je laisse de côté la question de savoir

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