INJECTIONS DANS LA MOELLE ÉPINIÈRE
La moelle chez le cobaye occupant presque toute la lumière du canal rachidien, il est fort difficile de la mettre à nu et d’injecter purement la toxine dans les régions cervicales et dorsales sans qu’il en résulte des paralysies qui masquent les symptômes tétaniques.
Nous avons introduit la toxine dans la queue de cheval, ce qui est facile sans produire aucun trouble opératoire.
Technique opératoire. — L’animal maintenu couché sur le ventre, on pratique une incision longitudinale de 3 cent, au niveau des dernières vertèbres sacrées et des premières vertèbres coccygiennes.
Le milieu de cette incision correspond assez exactement à la partie moyenne de la ligne qui joint la tubérosité de l’ischion à l’épine iliaque postérieure et supérieure. On peut facilement avec le doigt sentir ces points de repère.
On sectionne les muscles au ras des vertèbres de chaque côté puis on insinue la sonde caqnelée au niveau de la grande échancrure sciatique, à la hau teurdu grand trochanter ou un peu au-dessous, d’abord en suivant la face externe du sacrum, puis sa face antérieure en la rasant immédiatement, puis la face externe du côté opposé, ressortant ainsi par l’échancrure sciatique opposée. Ou peut alors, au moyen de cisailles coupantes, sectionner transversalement le rachis sans craindre la blessure du rectum qui lui est accolé ; abaissant l’extrémité détachée du rachis, on aperçoit le canal médullaire à peine assez large pour laisser pénétrer l’aiguille.
Nous introduisons une très fine aiguille, puis quand elle est enfoncée d’un centimètre environ, nous poussons l’injection tout en continuant delà faire pénétrer jusqu’à 2 ou 4 centimètres au-dessus de la section.
Dans le premier cas on injecte en plein dans le renflement lombaire, dans le second cas on dépasse sa limite supérieure.
Sur plusieurs cadavres, nous avons ainsi pratiqué l’injection avec une solution colorée et constaté, en sectionnant les vertèbres, que la presque totalité reste dans la moelle qui, chez le cobaye, à ce niveau, remplit exactement le canal, mais une minime partie passe toujours dans le canal rachidien sans toutefois jamais ressortir par l’orifice de section qui est complètement obturé par la cautérisation.
En effet, après avoir poussé 1 injection, nous brûlons la surface de section au moyen du fer chaud pour amener la rétraction des tissus.
Les symptômes et lu marche du tétanos ainsi provoqué ne ressemblent en rien à ceux obtenus en injectant la toxine dans le canal rachidien.
Quoique la toxine soit portée ici directement dans les centres nerveux, l’incubation est sensiblement la même que dans le cas d’inoculation sous-cutanée, et la mort survient à peu près dans le même temps.
Peu après le début de la maladie, l’aspect du cobaye est très caractéristique. Le rachis, parfaitement souple, est courbé en avant.
L’animal fait le gros dos, le bassin est presque vertical, les pattes raides par contracture permanente , les cuisses très écartées du tronc, les jambes étendues, les pieds souples.
Pas de frémissement vibratoire quand on le saisit.
Plus tard la courbure dorsale disparait en même temps que la colonne lombaire devient raide . On peut constater un léger opistothonos de la région inférieure du rachis dans certains cas. Le siège aplati est à terre, les cuisses encore plus écartées du tronc, les jambes, étendues en contracture permanente, donnent un peu à l’animal l’aspect d’une grenouille.
Les pattes antérieures sont légèrement raidies, mais elles peuvent se mouvoir et l’animal s en sert pour avancer et traîner ses pattes postérieures immobiles, à l’exception des doigts de pieds qui s’agitent encore. Les convulsions sont le plus souvent spontanées, par crises durant 6 à 10 secondes. Un pincement, le contact d’un objet très chaud ou très iroid, principalement quand ce contact porte au niveau (le la légion
rachidienne inférieure, ne provoquent que rarement des crises convulsives.
Celles-ci débutent par un temblement fibrillaire des pattes postérieures, dont les oscillations vont en croissant et aboutissent cà quelques soubresauts cloniques du train postérieur, dont les pattes tendent à se porter en extension .
Puis, alors que le train postérieur a repris son attitude primitive, les pattes antérieures sont à leur tour secouées par deux ou trois convulsions cloniques.
Pas plus que dans le tétanos musculaire, nous n’avons constaté de trismus .
Peu après l’injection de la toxine, une demi-heure et même un quart d’heure après, nous avons noté presque constamment un abaissement notable de température. Cet abaissement s’accentue peu à peu et peut atteindre deux degrés, puis la température remonte doucement à la normale en quelques heures. Cette hypothermie est surtout marquée dans la partie inférieure du rectum. Si l’on prend la température en même temps, par exemple à 5 et à 8 centim. de la largeur de l’anus, on voit que la température peut être à peine abaissée dans la partie profonde, alors que l’hypothermie devient considérable dans la dernière partie du rectum. On ne peut cependant pas, dans le cas présent, incriminer l’anesthésie. Nous avons bien souvent remarqué (le fait est peut-être connu) que lorsqu’on endort à fond un cobaye, la température rectale s’abaisse considérablement pour revenir à la normale dès le réveil. Or, nos animaux étaient seulement étourdis par l’éther et dans ces conditions il n’y a pas d’abaissement de température.
De plus, nous ferons remarquer que l'injection de quantités doubles ou triples de bouillon ou de toxine chauffée, n’a produit que très rarement un abaissement de température insignifiant.
Nous avons inoculé un animal avec 1/100 de c. c. de toxine, en deux doses injectées dans la masse sacro-lombaire de chaque côté
du rachis, au contact des apophyses épineuses, à l’endroit où nous pratiquons la section ; les symptômes et l’aspect de l’animal ont été très différents : opistothonos très accentué, cuisses non écartées du tronc, mais pattes en extension complète dans toute leur étendue, pas de convulsions, etc.