RÉSUMÉ
Pour savoir comment se comporte le tétanos du cobaye quand on fait varier le point de pénétration de la toxine, nous avons successivement injecté le poison tétanique dans les différents viscères : testicule, cavité péritonéale, foie, rein, vessie, estomac, utérus, trachée, poumon, ganglion lymphatique, et nous avons constaté que dans tous les cas on déterminait chez l’animal un tétanos très spécial à symptômes très caractéristiques, que nous appelons tétanos splanchnique pour le distinguer du tétanos ordinaire avec contractures, qu’il ne rappelle en rien, et du tétanos cérébral de MM. Roux et Borrel dont il est également tout à fait différent.
La dose de toxine mortelle introduite dans les organes est à peu près la même' que celle qui tue sous la peau, mais l’apparition des symptômes dans le tétanos splanchnique est plus tardive (40 à 48 heures au lieu de 16 à 22) et la marche bien plus rapide une fois les premiers symptômes apparus.
Le début de la maladie est marqué par un frémissement vibratoire généralisé très spécial.
La maladie est caractérisée par :
1° Manifestations toujours symétriques quoique la toxine soit inoculée d’un côté de la ligne médiane;
2° Dyspnée extrême. Sorte de respiration de Clieyne-Stokes, bâillements convulsifs, hoquets ;
3° Spasmes de contracture mettant les pattes en extension perpendiculaire, débutant à distance du point inoculé (inoculation testiculaire : début par les pattes antérieures) ;
4° Manifestations à rémission, très variables suivant les moments chez un même animal.
Jamais de contractures permanentes .
5° Rebondissement de l’animal, quand on le laisse tomber, sur l’extrémité des pattes contracturées spasmodiquement;
6° Démarche impulsive, automatique, aspect de cheval de bois ;
7° Trismus plus ou moins persistant, jamais permanent ;
8° Mort en hypothermie, l’abaissement de température pouvant atteindre 12 degrés dans certaines formes;
9° Flaccidité complète del’animal pendantl’agonie.
Rappelons en quelques mots la symptomatologie très différente qui succède à l’inoculation de la toxine dans une patte :
1° Contracture débutant dans la patte inoculée, toujours asymétrique ;
2° Contractures permanentes et progressives avec spasmes surajoutés, s’étendant de proche en proche : rachis inférieur, patte opposée, tronc;
3° La démarche de l’animal est seulement entravée par les contractures ;
4° Dyspnée peu intense, pas de Cheyne-Stokes ni de hoquet;
5° Jamais de trimus;
6° Mort en hyperthermie (au moins par rapport à la température initiale) ;
7° Raideur ligneuse des pattes postérieures, du rachis et du tronc au moment de la mort.
MM. Roux et Yaillard avaient depuis longtemps constaté que les épithéliums digestifs forment une barrière à peu près infranchissable à la toxine.
Nous avons pu instiller jusqu’à 1 c.c. de toxine dans la cavité vésicale sans résultat.
En inoculant dans les voies respiratoires non lésées quelques gouttes de toxine, on détermine un tétanos splanchnique sûrement mortel.
Tous ces organes de la vie végétative étant innervés, principalement ou exclusivement au point de vue physiologique par le grand sympathique, il est très probablequ’il existe un type spé-
eial du tétanos du système sympathique à opposer au tétanos du système nerveux moteur.
Nous avons aussi inoculé la toxine dans d’autres organes :
Dans la moelle , au niveau de la queue de cheval, et obtenu une forme clinique avec contractures permanentes, attitude spéciale, ci ises de ti emblements aboutissant à de grandes convulsions cloniques.
Pas plus dans cette forme que dans les suivantes on ne constate les symptômes spéciaux du tétanos viscéral : frémissement vibratoire, spasmes de contractures avec pattes perpendiculaires, rebondissement, démarche impulsive, etc.
Dans la carotide , ici la dose mortelle est sensiblement la même que dans la patte, alors qu'il faut chez le lapin inoculer 7 ou 8 fois la dose mortelle de toxine, dans la veine de l’oreille, pour faire périr l’animal.
Les symptômes sont très irréguliers et fort incohérents : démarche titubante, ataxique ; contractures non permanentes mais souvent très persistantes, toujours asymétriques ; contracture de l’orbiculaire des paupières sans photophobie ; convulsions ; trismus très persistant non permanent.
Dans le canal rachidien , suivant la technique du Dr Louis Martin, et obtenu des résultats analogues à ceux produits par l 'inoculation intra- carotidienne.
Nous avons largement imprégné la surface de la peau de toxine pure après raclage et scarification sans résultat.
Dans le conduit auditif externe , l’injection sans lésion de plusieurs gouttes de toxine pure s'est montrée sans effet.
Dans les fosses nasales sans lésion avec la toxine pure nous avons provoqué un tétanos splanchnique typique accompagné de phénomènes d’hallucinations rappelant le tétanos cérébral.
Dans divers groupes musculaires striés comparativement : patte postérieure, patte antérieure, muscles du cou, masse sacro-lombaire, et constaté que les résultats étaient sensiblement les mêmes au point de vue de la durée de l’incubation et de la mort.
Dans le diaphragme : on obtient ainsi une contracture permanente, localisée presque exclusivement à ce muscle. L’incubation est la même que pour l’inoculation dans la patte, mais par suite des phénomènes de dyspnée extrême et des syncopes la mort est plus rapide et souvent subite.
Il suffit du dixième de la dose mortelle pour faire périr l’animal par suppression physiologique d’un muscle indispensable à la vie.
Dans le canal médullaire du fémur : l’inoculation est un peu plus longue mais les symptômes identiques cà ceux produits par l’injection dans les muscles de la cuisse.
Sous la peau de la face : nous avons ainsi obtenu un type clinique mal défini, caractérisé avant tout par le trismus et la contracture des muscles de la face sans avoir pu constater la paralysie faciale du tétanos de Roze.