‹ Étude expérimentale sur le tétanosChapitre 26 sur 29 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Traitement.

Les animaux ont été traités par injection sous-cutanée et par injection intra-cérébrale d’un sérum de cheval immunisé provenant de rétablissement de Garches, actif à 0.000.000.001. C’està-dire quë 0.000.000.001 donne au cobaye l’immunité contre la dose cent fois mortelle.

Nous avons traité comparativement aux mêmes intervalles et avec la même dose de sérum des animaux inoculés sous la peau de la patte et dans les divers organes.

| I. — Sérum sous-cutané.

Nous avons injecté le sérum sous la peau à la dose de 2 cent, cubes, soit préventivement, soit 6, 12 et 24 heures après l’inoculation de toxine.

Si nous avons injecté une si forte dose d’un sérum très actif, c’est pour vous montrer une fois déplus que, lorsque certains groupes de cellules nerveuses sont gravement atteints, l’animal meurt de ses lésions quelle que soit la dose de sérum qu’on lui a inoculée sous la peau, tout en présentant un sang souvent très fortement antitoxique (Roux, Y aillard) .

Il est donc évident que si l’animal meurt malgré l’inoculation sous-cutanée d’une dose si considérable, toute intervention par cette voie est devenue inutile (1).

(1) On sait cependant que les animaux peuvent encore quelquefois être traités avec succès par de très fortes doses de sérum dans le péritoine. (Voir ltoux et V AILLA ud. Annales de l'Institut Pasteur , 1893, p. 86.)

A. — Traitement préventif. Dans leurs expériences, MM. Houx et \ aillard ont vu que L’on peut prévenir le tétanos

en empêcher l’apparition de tout symptôme si l’on injecte le sérum sous la peau au moins trois quarts d’heure avant l’inoculation sous-cutanée de toxine.

\ ient-on a injecter le sérum plus tardivement, l’animal pourra encoi e guém mais présentera des symptômes de contracture.

Il n en est pas de meme pour les tétanos splanchniques : tous les animaux que nous avons traités pendant la période d’incubation et qui ont guéri (voir plus loin) ont présenté des symptômes si légers et si vagues qu’il aurait été impossible de reconnaître la maladie si on n avait pas su qu’ils étaient inoculés avec la toxine.

Nous pouvons donc dire qu’on peut prévenir le tétanos splanchnique plusieurs heures après V inoculation cle la toxine.

Nous verrons plus loin que tous les animaux traités dans les six heures qui suivent l’injection de la toxine restent bien portants.

Diaphragme. — Le tétanos du diaphragme, dont on ne peut empêcher la terminaison mortellè en injectant le sérum immédiatement après la toxine, peut être prévenu si l’injection souscutanée de sérum est faite plusieurs heures auparavant.

Nous avons traité 2 animaux préventivement vingt-quatre heures avant l’inoculation de toxine en leur injectant à l’un 1/10, à l’autre 2 cent, cubes de sérum.

Un autre animal a été traité par 2 cent, cubes de sérum six heures avant l’inoculation ; aucun de ces animaux n a présente

de symptômes morbides.

Moelle épinière. — Dans une première série d expériences, 2 animaux reçoivent préventivement du sérum sous la peau, 1 un à la dose de 2 cent, cubes et l’autre à la dose de 1/10 de cent, cubes vingt-quatre heures avant 1 inoculation de toxine , ils

n’ont présenté aucun symptôme.

Dans une autre série, 2 cobayes auxquels on avait donné

2 centim. cubes de sérum sous la peau, l’un 12 heures, l’autre G heures avant l’inoculation de toxine, n’ont pas présenté trace de maladie.

B- — Traitement pendant la période d’incubation et après l’apparition des symptômes- — Y0 Cobayes inoculés de toxine sous la peau de la patte. — Si l’on inocule des cobayes avec 1/100 de c. c. de toxine sous la peau de la patte et qu’on les traite par l'injection de 2 centim. cubes de sérum sous la peau, 6, 12 et 24 heures après l’inoculation, on voit:

1° Que les animaux traités 6 heures après résistent tous. Ils n’ont que du tétanos local.

2° Que les animaux traités 12 heures après, c’est-à-dire 6 ou 8 heures avant l’apparition des contractures, meurent dans la proportion de 1/3.

3° Que les animaux traités 24 heures après, c’est-à-dire de 4 à 6 heures après l’apparition des contractures, meurent tous.

L’intervention n’est donc plus certainement efficace dès la 12e heure.

Or, comme les symptômes n’apparaissent qu’aux environs de la 20e heure, nos expériences prouvent une fois de plus ce qu’avaient déjà constaté MM. Roux et Vaillard : à savoir qu’on ne peut jamais sauver les animaux par l’injection de sérum sous la peau après l’apparition des premiers symptômes.

2° Cobayes inoculés de toxine dans le testicule. — Si nous comparons la statistique des animaux inoculés avec une même dose de toxine dans le testicule et traités aux mêmes intervalles, nous obtenons un résultat absolument identique, à savoir:

1° Les animaux traités 6 heures après résistent tous.

2° Les animaux traités 12 heures après meurent dans la proportion de 1/3.

3° Les animaux traités 24 heures après meurent tous.

Marche des symptômes chez les animaux traités. — Mais

il existe une différence dans la marche de la maladie chez les cobayes traités qui guérissent.

Les cobayes inoculés avec la toxine dans la patte, et traités 6 heures après, présentent toujours, avec un retard notable,

11 est vrai, une forte contracture de la patte inoculée, la partie inférieure du rachis et 1 autre patte deviennent plus ou moins raides, mais nettement atteintes. La température s’élève pour revenir ensuite à la normale. On constate donc toujours des symptômes très évidents. Chez les animaux traités au bout de

12 heures qui ont survécu, les deux pattes étaient devenues ligneuses, le rachis en S ; ils ne pouvaient plus se retourner, tandis que chez tous les animaux inoculés de toxine dans le testicule, qui guérissent, les symptômes sont si fugaces et si peu caractérisés, si même ils se manifestent, — et le plus souvent on n’en constate aucun, — qu’il serait impossible, même pour quelqu’un qui connaît bien cette maladie, d’affirmer l’existence de ces symptômes.

Péritoine. — 1° Tous les animaux traités 6 heures après l’inoculation de toxine ont guéri.

2° Les animaux traités 12 heures après sont morts dans la proportion de 2/3.

3° Tous les animaux traités 24 heures après sont morts.

En résumé, mêmes conclusions que pour l'inoculation testiculaire, pronostic plutôt plus sombre.

De même les animaux qui ont survécu n’ont manifesté le plus souvent aucun symptôme, rarement nous avons constaté des symptômes transitoires, extrêmement fugaces et très mal caractérisés.

Poumon . — Dans une première série d’expériences nous avons essayé une autre toxine qui, inoculée au centième sous la peau de la patte, n’a pas tué l’animal . La raideur delà patte inoculée n a apparu qu'au bout de 48 heures et la contracture s est étendue a la partie inférieure du rachis seulement, laissant 1 autre patte parfaitement souple.

Un animal inoculé en meme temps cl’une même dose dans le poumon n’a présenté les premiers symptômes qu'au bout de 4 jours, puis la maladie a évolué avccune grande rapidité et après avoir présenté les signes les plus caractéristiques du tétanos viscéral, pendant unejournée, l’animal est mort très amaigri un peu plus de 24 heures après le début de la maladie.

Tous les animaux traités (6 h., 12 h., 24 h. après l’inoculation de toxine) ont guéri.

Dans une seconde série , nous avons employé la toxine qui nous servait habituellement .

Les animaux traités sous la peau 6, 12 et 24 'heures après l’inoculation de toxine sont tous morts.

Moelle. — Nous avons traité des animaux inoculés avec 1/100 de toxine dans la moelle, six, douze et vingt-quatre heures après l’inoculation par 2 centim. cubes de sérum sous la peau; ces animaux sont tous norts à peu de chose près en même temps que le témoin,

Un animal traité immédiatement après l’injection de toxine

est mort en un peu plus de quatre jours, un autre en six jours.

Diaphragme. — Dans une première série d’expériences, nous avons traité un certain nombre d’animaux :

Simultanément, c’est-à-dire aussitôt après l’inoculation de la toxine, et deux, six et douze heures après cette inoculation.

Dans une deuxième série d’expériences, nous avons de même traité des animaux : simultanément, trois et six heures après l’inoculation de toxine.

Tous ces animaux sont morts.

Les cobayes inoculés simultanément seuls ont présenté un retard notable sur les témoins.

Canal médullaire de Vos. — Nous avons traité 3 animaux : six, douze et vingt-quatre heures après l’inoculation.

Le premier a résisté après avoir présenté un tétanos local de la patte et de la partie inférieure du rachis.

Les deux derniers sont morts, l’animal traité, douze heures après avec un retard sensible.

Tétanos céphalique. — Nous avons traité 3 cobayes : G, 12, 24 heures après l’inoculation de toxine.

Les animaux traités au bout de 12 heures et 24 heures, sont morts à peu près en meme temps ([ue le témoin.

L’animal traité après 6 heures, a résisté après avoir présenté une raideur manifeste de la mâchoire.

En résumé , nous voyons qu’il est impossible de guérir le tétanos déclaré, par le sérum injecté sous la peau, quelles que soient les portes d’entrée clu poison.

| II. — Sérum Intra-cércbral.

Parla méthode de MM. Roux et Borrel, nous avons inoculé 4/10 de centim. cube du même sérum ; 2/10 de centim. cube dans chaque hémisphère, sans endormir les animaux, l’opération se pratiquant de la manière la plus simple et ne provoquant qu’une douleur insignifiante, un aide maintenait la tête de l’animal sans aucun appareil.

Les animaux, ne présentant aucun symptôme, à peine étourdis pendant quelques instants à la suite de l’opération, n’ont jamais manifesté d’accidents, sauf dans un cas et nous n’avons jamais constaté la moindre paralysie même transitoire.

Une seule fois l’animal est mort subitement après la seconde inoculation sans que nous ayons pu découvrir, même à l autopsie, la cause de sa mort. Il est très possible qu’en le maintenant 1 aide l’ait involontairement étouffé.

A. — Cobayes inoculés avec la toxine sous la peau de la patte. — Si l’on inocule des cobayes avec 1/100 de cent, cube de toxine sous la peau de la patte et qu’on les traite par injection intra-cérôbrale de sérum : 24,30 et 38 heures apiès, on constate ce qu’avaient vu MM. Roux et Borrel, àsavoii que tous ces animaux résistent.

Lorsqu’on intervient au bout de 24 heures, la contracture est déjà accentuée.

Au bout de 38 heures, la patte est ligneuse, la partie inférieure du rachis et l’autre patte sont raides. Ces symptômes continuent à s’accentuer légèrement et lentement (en suivant la même marche que chez l'animal non traité) pendant 24 ou 36 heures, puis la maladie s’arrête et rétrocède très lentement. Les animaux traités le plus tard ont les deux pattes postérieures étendues en contracture, le rachis en S très raide, et ne pouvant plus se retourner succombent quelquefois dans cette position. C’est pourquoi, comme l’avaient déjà indiqué MM. Roux et Borrel, si l’on veut connaître exactement leur survie, il faut les isoler et les surveiller de près (1).

Après l’injection de sérum la température s’élève encore progressivement pendant 24 à 48 heures pour redescendre ensuite lentement.

B. — Cobayes inoculés avec la toxine dansle testicule. — Si nous comparons la statistique des animaux inoculés avec la toxine dans le testicule et traités aux mêmes intervalles, nous obtenons un résultat très différent :

1° Les cobayes traités 24 heures après sont morts dans la proportion de 1/3.

2° Les cobayes traités 30 heures après sont morts dans la proportion de 2/3.

Comme pour les animaux traités par injection sous-cutanée de sérum, chez les cobayes qui guérissent les symptômes sont extrêmement fugaces, très mal caractérisés et le plus souvent font complètement défaut.

Chez les animaux traités et qui sont morts, les symptômes

(1) C’est ainsi qu’un matin, 11 joursaprès l’inoculation detoxine, nous avons trouvé morts, sur le dos, deux cobayes, que nous avions descendus à l’écurie la veille au soir, dans une cage avec deux autres animaux. Ces cobayes, très raides mais parfaitement vivaces, ne présentaient aucune lésion à l’autopsie, et n’avaient par diminué sensiblement de poids; nous pensons que surveillés de près ils auraient survécu et croyons devoir les compter dans les guéris.

se sont manifestés avec un certain retard, mais la maladie déclarée présente exactement les mêmes caractères que chez les non traités, avec cette différence qu’elle est plus lente et plus caractéristique encore. (Voir symptômes formes chroniques.)

3° Les cobayes traités 38 heures après sont tous morts.

Ci (inc n il des animaux ainsi t r eûtes ne p rese ntciie n t encore des Symptômes morbides ; on voit donc que :

Si 1 on traite dès 1 apparition des symptômes les cobayes inoculés avec la toxine dans le testicule, tous succombent.

Péritoine . — l°Les animaux traités 24heures après l’inoculation sont morts dans la proportion de 2/3.

2°, 3° Tous les animaux traités 30 et 38 heures après l’inoculation sont morts.

On voit que le pronostic est plus sévère que pour la forme testiculaire.

Diaphragme. — Dans une première série, où tous les animaux traités par inoculation de sérum sous la peau même immédiatement après l’inoculation de toxine étaient morts, nous avons traité par inoculation intra-cérébrale de sérum deux animaux, 2 et 4 heures après l’inoculation de toxine.

Ces deux animaux n’ont manifesté aucun symptôme de contracture.

Dans une seconde série, sur trois animaux traités par inoculation intra-cérébrale de sérum : deux, quatre, six et huit heures après la toxine, seul, l’animal traité après deux heures est resté bien portant.

L’animal traité quatre heures après, est mort très tardivement.

Les cobayes traités six et huit heures après sont morts aussi vite que le témoin, mais, chose intéressante a noter, chez les morts le diaphragme seul a été intéressé : le moignon de 1 épaule correspondant, toujours pris plus ou moins dans nos auties

expériences, a été respecté ici.

Canal médullaire de l'os. — Trois animaux ont été traitéspar

inoculation intra-cérébrale de sérum vingt-quatre, trente et trente-huit heures après l’inoculation.

Tous trois ont présenté un tétanos grave, mais ont guéri.

Nous voyons donc que par le traitement intra-cérébral on peut sauver certainement tous les animaux inoculés de toxine dans les membres en les traitant dès V apparition des symptômes, ou même plusieurs heures après, tandis que, par ce même traitement, il est impossible de sauver un seul des animaux inoculés clans les viscères si on les traite dès V apparition des symptômes ou même plusieurs heures avant.

Page 1